The Project Gutenberg eBook ofLe chanteur parisienThis ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.Title: Le chanteur parisienAuthor: Louis Ange PitouRelease date: January 29, 2010 [eBook #31117]Language: FrenchCredits: Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and theOnline Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net(This file was produced from images generously madeavailable by the Bibliothèque nationale de France(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHANTEUR PARISIEN ***
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Title: Le chanteur parisienAuthor: Louis Ange PitouRelease date: January 29, 2010 [eBook #31117]Language: FrenchCredits: Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and theOnline Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net(This file was produced from images generously madeavailable by the Bibliothèque nationale de France(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
Title: Le chanteur parisien
Author: Louis Ange Pitou
Author: Louis Ange Pitou
Release date: January 29, 2010 [eBook #31117]
Language: French
Credits: Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and theOnline Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net(This file was produced from images generously madeavailable by the Bibliothèque nationale de France(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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Note de transcription:Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
Note de transcription:Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
AVEC
Un Almanach-Tablette des grands Évènements depuis1787 jusqu'à 1808, chaque fait placé à son rang de date et de jour, ou Calendrier Éphéméride pour l'année 1808;
Un Almanach-Tablette des grands Évènements depuis1787 jusqu'à 1808, chaque fait placé à son rang de date et de jour, ou Calendrier Éphéméride pour l'année 1808;
PAR LOUIS-ANGE PITOU,ditle Chanteur, auteur du Voyage à Cayenne.
Jadis j'ai vendu des chansonset d'excellentes aventures.
PARIS,
Chez L. A. PITOU, libraire, rue Croix-des-Petits-Champs,no. 21, près celle du Bouloy.
DE L'IMPRIMERIE DES FRÈRES MAME,rue du Pot-de-Fer, no. 14.
1808.
Voyage à Cayenne, dans les deux Amériques et chez les Antropophages; ouvrage orné de gravures, contenant le tableau général des déportés, la vie et les causes de l'exil de l'auteur, des notions sur Collot-d'Herbois et Billaud-de-Varennes, sur les îles Séchelles, etc., 2 volumes in-8. de 400 pages chacun, seconde édition.Prix, 7 fr. 50 cent. pour Paris.
Je me souviens toujours avec plaisir d'avoir chanté à Paris, depuis 1795 jusqu'en 1797, pour chasser la misère et gagner ma vie, et je remercie le public d'avoir déposé en ma faveur le préjugé qu'il a contre tous ceux qui exercent la même profession que moi. Jadis les troubadours inspirèrent aux Français cette gaieté qui fera toujours notre caractère distinctif: mais, depuis notre civilisation, tout le monde a voulu chanter, et la paresse, la misère, l'ignorance et la mauvaise conduite ont bientôt fait pulluler les chanteurs. C'était autrefois un état considéré, et même lucratif; car les premiers troubadours étaient instruits, gais et probes. Ils nechantaient que par délassement leurs maîtresses, leurs infortunes, et les exploits des sires, des damoisels et des châtelains. Ils voyageaient pour s'instruire; ils trouvaient un asile chez les grands dont ils composaient l'histoire en vers gothiques.
Un grain de vanité est le partage de tous les hommes: le nain prend des échasses, pour s'égaler au géant; ainsi je me crus historien en me faisant chanteur.
Dans le premier volume de mon Voyage à Cayenne[1]j'ai parlé des motifs qui me forcèrent à chanter en public; beaucoup de personnes me croient mort, d'autres viennent me demander si réellement c'est bien moi? Oui, oui, leur dis-je, j'ai traversé gaiement une fournaise ardente; j'ai écrit mon voyage, j'ai chanté au milieu des tourments: à ma voix, le Ténarea souri.... Aujourd'hui, je joins au récit de mes traverses, et les chansons qui m'ont fait exiler, et les airs qui m'ont préservé des influences malignes du climat dévastateur que j'ai foulé pendant trente mois.
Si mon retour fait croire aux revenants, c'est que je suis revenu d'un autre monde avec la même gaieté que j'avais avant mon départ.
Comme l'originalité est mon lot, je me suis établi libraire dans la rue Croix-des-Petits-Champs, numéro 21, près la place des Victoires. Du seuil de ma porte, je vois l'ancien théâtre en plein air, où j'ai chanté lesmandats, lespatentes, lepère Hilarion, lesincroyables, lescollets noirs, lescontradictions, leslunettes, labéquilleset autres vaudevilles, accompagnés de commentaires qui m'ont valu la déportation.
Toutes les fois que je passe dans la rue Saint-Denis, je m'arrête à considérer lamaison de l'Homme Armé, où je débutai en 1795, le premier juillet, à cinq heures du matin. Une marchande de la halle, qui s'aperçut que je m'enrouais à force de chanter contre l'agiotage, me dit en style énergique, qu'un chanteur sans violon sonnait comme un pot cassé. J'avais fait ma journée, et j'allai compter ma recette dans un petit cabaret borgne, où je trouvai des gens attablés, qui me donnèrent un gros morceau de pain!.... Dans ce moment de disette, ce fut pour moi un gros morceau d'or: je donnai en retour quelques cahiers de chansons.
A six heures et demie, je m'en retournai chez moi, persuadé qu'en me retirant tous les jours à la même heure je ne serais reconnu de personne, le jour ne venant ordinairement qu'à dix heures du matin chez les gens du bon ton; mais la faim, qui chasse le loup du bois, réveilloit alors tout le monde avant l'aurore, et je me trouvai caché au milieu deshalles, comme la perdrix qui met sa tête sous l'aile pour se dérober au chasseur.
A dix heures j'allai à mon ordinaire rédiger la séance de la Convention, pour les Annales patriotiques et littéraires. En revenant je trouvai au coin de la place Dauphine un opérateur (le marchand de vulnéraire suisse) entouré de toute sa musique, qui, suivant l'argot du métier,postigeait à faire quimper le trepe, s'arrêtait, et faisait jouer pour attirer les passants.
L'observation de la dame de la halle m'avait frappé. J'avais besoin de musique. Je parlai à l'oreille d'un membre de l'orchestre du marchand de vulnéraire. Convention faite à partage égal, nous nous donnons rendez-vous, pour le lendemain à cinq heures du matin, dans un petit cabaret de la rue du Puits, près des halles. Comme l'opérateur ne sortait de chez lui qu'à sept heures du matin, son musicien trouvait son compteà nous servir tous deux. Nous nous attablons; un verre de cassie met de la colophane à l'archet et dérouille le gosier: nous répétons notre cahier, et nous allonsposticher. J'étais plus hardi; letrepe quimpe, et à six heures et demie nous avons fait quatre cents francs.
Nous allons compter notre recette, et déjeûner à un petit cabaret; c'était la galerie de mon musicien et le rendez-vous des autres chanteurs. Je payai mon entrée. Bientôt les accords discordants des chanteurs et chanteuses font une cacophonie risible. Les savants composent en un clin d'œil de la prose, et des vers outre mesure. Les censeurs et les admirateurs sont des commères du marché aux poirées, qui viennent avec leurs amoureux affublés d'un large chapeau blanc et la pipe en gueule, juger l'impromptu fait à coup de verres. Comme je figure dans cette tabagie, au milieu d'un nuage de fumée, les coudes appuyés sur une table couverted'une serpillière humide, grise, rouge, brune et violette!
L'homme qui se trouve là dans sa sphère, gagnant de l'argent sans beaucoup de peine, le dépense de même, et ne compte jamais pour l'avenir.
Ici, commence la démarcation entre l'être oisif et taré, et l'honnête indigent qui s'accroche à une branche, se secoue sur le rivage au milieu des nageurs, et sait faire de nécessité vertu.
Une jolie femme disait un jour à une dévote qui répondait de sa vertu, que l'amour était par-tout le même et qu'il n'y a que manière de le faire. Que d'actions sont susceptibles du même proverbe!
Quand je commençai à paraître en public, j'avais contre moi-même le préjugé que je reconnaissais aux autres; et ce préjugé était une mauvaise honte qui me faisait rougir de ma profession. En m'interrogeant par ma détresse, je me répondais que cet acte de courage était louable,puis tout à coup je me rendais aux clameurs du préjugé: cette dispute de moi-même contre moi-même ne dura pas long-temps: l'accueil et la bienveillance du public m'auraient presque fait tomber dans un autre excès. Je prie le lecteur de faire attention à cet instant. Il est décisif, et tous les hommes se trouvent plus ou moins souvent dans la même passe. De la coupe de cette jointure des circonstances dépend toujours la prétendue fatalité de malheur ou de bonheur attachée à nos pas ou plutôt à nos déterminations: ce moment est aussi prompt qu'un éclair.
En chantant sur les places, je me trouvai associé à la plupart des gens sans état et sans considération; le public, qui devina les motifs qui m'avaient réduit là, vint me voir avec autant de curiosité que d'intérêt et de plaisir. L'argent ne me manqua plus: je faisais jusqu'à cinquante francs de recette par jour. En 1796, moment où le numéraire ne commençait qu'à reparaître,je nageais dans l'abondance au milieu de la disette. Cette abondance me donna le goût du plaisir et de la dissipation. On ne se doute pas des rencontres que trouve un acteur et un chanteur; sa physionomie, que tout le monde regarde sans contrainte, s'imprime plus ou moins dans la mémoire et dans le cœur de ceux qui l'entourent. De là ces prévenances, ces visites, ces avances qu'on lui fait sans conséquence et sans crainte. S'il assaisonne ses vaudevilles de quelques lazzis ou quolibets, la petite fille qui ne désire qu'un amant entreprenant les prend pour elle, et le chanteur remplace l'amant timide qui se gêne en sa présence.
Deux hommes aimables se présentent dans un cercle; l'un est libre, l'autre a fait un choix; le premier sera assidu et galant auprès de toutes les femmes, le second sera poli; le premier aura dix maîtresses sans y songer, sans excepter même celle de son ami. La vanitéde plaire est souvent plus puissante que l'amour, elle se prend pour lui: plus un homme est exposé aux regards, s'il est goûté du public ou de la société, plus on s'oublie pour lui faire des avances. On ne rougit même pas d'acheter ses faveurs.
Les marchands de la place Saint-Germain-l'Auxerrois, où j'avais établi mon théâtre ambulant, m'ont vu plus d'une fois refuser différents cadeaux; les commissionnaires insister, au point qu'un jour je remis sur la borne trois paires de bas de soie qu'on venait de me présenter en plein jour. Et je ne me rappelle jamais sans rire la ruse d'une jeune femme qui, se trouvant un jour à mon cercle avec son vieux mari, vint le lendemain chez moi me gronder de l'avoir regardée en public, et pour appuyer sa plainte, me montrer une contusion qu'il lui avait faite au cou, en la menaçant du divorce si jamais elle revenait m'entendre: je la voyais pour la première fois. Un jour, au sortir de plaider ma causepour mes chansons, je fus accosté par une autre qui me pria de lui montrer la musique.—Madame, je ne la sais pas.—N'importe, dit-elle, mon mari est vieux et aveugle, nous lui ferons compagnie, et vous serez musicien.—Mais, madame, on le préviendra.—Je me charge de tout.—Je vous tromperais, madame, j'ai une amie.—Et moi un mari. Ainsi l'amour ou le caprice sautent à pieds joints sur toutes les bienséances; et les femmes sont plus entêtées que nous dans leurs résolutions, et plus habiles à en venir à leurs fins. Ce vertige passé il ne reste pas une étincelle d'amour, et l'homme est souvent dupe de l'illusion.
Je ne connais pas de moyens plus dangereux que ces chances de bonne fortune pour plonger l'homme dans l'oubli de son être, de son état, de son cœig;ur et de ses facultés morales et physiques. Les anciens nous ont dépeint cette vérité dans la fable de Circé: tous les chanteurs, comme lescompagnons d'Ulysse, sont entourés de femmes plus ou moins dignes de respect, qui les plongent dans l'ivrognerie, l'oisiveté et la stupeur: les libéralités de ces femmes font perdre à leurs amants cette délicatesse qui distingue l'honnête homme en amour du traitant déhonté: souvent elles volent ce qu'elles donnent au favori receleur, et le tout se termine quelquefois par une association qui finit d'une manière aussi honteuse que déplorable.
Sous ce point de vue, mon préjugé contre moi-même était raisonnable de ma part comme de celle du public; mais ma conduite me permet d'avouer que j'ai été chanteur sans que personne ait à rougir de me donner cette qualification. Si j'ai vaincu le préjugé et la mauvaise honte, je ne l'ai pas déraciné dans tous les esprits; car l'épithète de chanteur m'a fait juger incapable d'occuper certaines places, et j'ai admiré plus d'une fois l'inconséquence de certaines gens qui, me trouvant propreà tout autre emploi, m'éliminaient directement parce que je professais celui-là: c'était me dire de n'en prendre aucun ou d'en choisir un moins honnête, et de le faire adroitement. Le monde est plein de ces donneurs de conseils qui vous trouvent du mérite pour tous les emplois dont ils ne disposent pas, et l'eau bénite de cour se répand par-tout.
Du reste, mes malheurs et l'estime publique sont ma meilleure réponse contre le préjugé attaché à la profession de chanteur. C'est dans cet état, comme dans les prisons, que j'ai appris ce qu'il en coûte pour être honnête homme. Si l'appât de l'or eût pu me séduire, je serais riche et considéré; mais j'aurais perdu le seul titre qui me console dans ma médiocrité. J'ai lutté dix ans contre l'adversité; la fortune qui m'a trouvé inébranlable à mon départ comme à mon retour, m'a conduit au port lorsque je me préparais encore à une tourmente. On m'a demandé les vaudevillesqui me firent voir les bords de la Guyane. Comme on rit du mal passé et que le voyageur, dans un temps calme, revoit avec plaisir les lieux affligés par l'orage, ce petit mémorial, que personne ne sera tenté de rédiger à aussi cher gage que moi, nous paraît aujourd'hui dans le calme du réveil un songe affreux dont le souvenir nous plaît et nous corrigerait pour l'avenir.
Je composerai ce recueil,
1oDes vaudevilles faits avant mon départ;
2oDes romances et des loisirs de mon exil;
3oDes chansons érotiques et critiques des anciens et des modernes;
4oD'un choix de pièces analogues au temps et aux mœurs;
5oD'un tableau général et varié de prose et de vers pour tous les goûts.
Air:Avec les jeux dans le village.
L'amour inventa l'art de plaire,Celui de peindre et de chanter.Daphnis, auprès de sa bergère,Chanta le premier l'art d'aimer.Homère, après lui dans la GrèceChantant ses vers harmonieux,Sut apprivoiser la rudesseDe ce peuple de demi-dieux.Des tyrans les projets superbesOnt tout mis en combustion;Soudain je vois relever Thèbes,Par les doux accords d'Amphion.En Thrace le sensible OrphéeChante l'amour et ses malheurs;Sa lyre lui fraye une entréeDans le sombre manoir des pleurs.Le sort, qui d'un cardeur de laineAvait fait un législateur,Me donna la force et l'haleine,Et le talent d'être chanteur.Modeste au lit tout comme à table,Je ne cherche point le haut bout,Croyant qu'il faut pour être aimableRester plus couché que debout.
L'amour inventa l'art de plaire,Celui de peindre et de chanter.Daphnis, auprès de sa bergère,Chanta le premier l'art d'aimer.Homère, après lui dans la GrèceChantant ses vers harmonieux,Sut apprivoiser la rudesseDe ce peuple de demi-dieux.
Des tyrans les projets superbesOnt tout mis en combustion;Soudain je vois relever Thèbes,Par les doux accords d'Amphion.En Thrace le sensible OrphéeChante l'amour et ses malheurs;Sa lyre lui fraye une entréeDans le sombre manoir des pleurs.
Le sort, qui d'un cardeur de laineAvait fait un législateur,Me donna la force et l'haleine,Et le talent d'être chanteur.Modeste au lit tout comme à table,Je ne cherche point le haut bout,Croyant qu'il faut pour être aimableRester plus couché que debout.
Au mois de mai 1796, on donna au théâtre de la Cité les Mandats de Cythère. Je fis les couplets suivants qui me firent condamner à une amende de 1000 liv. en mandats, somme que j'acquittai pour 2 liv, 10 s. en argent, au mois de septembre de la même année.
Air:Un jour la petite Lisette.
En France, en Europe, à Cythère,On veut fabriquer des mandats.L'amour, en prenant ses ébats,Disait l'autre jour à sa mère.Prendront-ils, ne prendront-ils pas?C'est ce que nous ne savons pas.A l'entreprise je préside,Dit Vénus montrant ses états;J'hypothèquerai nos mandatsSur le double monde de Guide.Prendront-ils, ne prendront-ils pas?Oh, ma foi, nous n'en doutons pas.Deux beaux yeux, une belle bouche,Deux globes taillés pour l'amour;L'Élysée ou le dieu du jourN'entre que quand Priape y couche,Sont les secrets de nos étatsPour hypothéquer nos mandats.Si les législateurs de FranceAvaient d'aussi jolis états,Ils seraient moins dans l'embarrasPour débrouiller notre finance:Car chez nous toujours les mandatsSont au pair avec les ducats.Dans notre aimable républiqueOn bénit le contrefacteur,Et sur le front du délateurCroissent les cornes du tropique.En tous temps nos jolis mandatsSont au pair avec les ducats.L'amour voyant venir Glycère,Pour échanger ses assignats,Lui donne un rouleau de mandatsQu'il avait reçus de sa mère.La friponne disait tout bas....Que ce rouleau vaut de ducats!Une vieille en perruque blonde,Dont le temps ride les appas,Veut captiver le beau LucasEt renaître dans le grand monde.Pour certain rouleau de mandats,Elle offrira mille ducats.Un vieux Mondor de l'assembléeDe Lise veut voir les états;Il offre un rouleau de mandats,Timbré par une planche usée;Mais Lise lui dit: vos mandatsPerdent, cent contre mes ducats.
En France, en Europe, à Cythère,On veut fabriquer des mandats.L'amour, en prenant ses ébats,Disait l'autre jour à sa mère.Prendront-ils, ne prendront-ils pas?C'est ce que nous ne savons pas.
A l'entreprise je préside,Dit Vénus montrant ses états;J'hypothèquerai nos mandatsSur le double monde de Guide.Prendront-ils, ne prendront-ils pas?Oh, ma foi, nous n'en doutons pas.
Deux beaux yeux, une belle bouche,Deux globes taillés pour l'amour;L'Élysée ou le dieu du jourN'entre que quand Priape y couche,Sont les secrets de nos étatsPour hypothéquer nos mandats.
Si les législateurs de FranceAvaient d'aussi jolis états,Ils seraient moins dans l'embarrasPour débrouiller notre finance:Car chez nous toujours les mandatsSont au pair avec les ducats.
Dans notre aimable républiqueOn bénit le contrefacteur,Et sur le front du délateurCroissent les cornes du tropique.En tous temps nos jolis mandatsSont au pair avec les ducats.
L'amour voyant venir Glycère,Pour échanger ses assignats,Lui donne un rouleau de mandatsQu'il avait reçus de sa mère.La friponne disait tout bas....Que ce rouleau vaut de ducats!
Une vieille en perruque blonde,Dont le temps ride les appas,Veut captiver le beau LucasEt renaître dans le grand monde.Pour certain rouleau de mandats,Elle offrira mille ducats.
Un vieux Mondor de l'assembléeDe Lise veut voir les états;Il offre un rouleau de mandats,Timbré par une planche usée;Mais Lise lui dit: vos mandatsPerdent, cent contre mes ducats.
Les mandats étaient un papier-monnaie, décrété en avril 1796, en remplacement des assignats. En août il perdait autant que l'assignat, c'est-à-dire, neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit trois quarts pour cent.... Ce qui les fit appeler, dans le temps, enfants mort-nés.
Ce vaudeville, composé au mois d'octobre 1796, a été une des causes principales de ma déportation. Comme il m'arrivait de porter souvent ma main à ma poche, on prétendit que je faisais des gestes indécents et contre-révolutionnaires, délit prévu par la loi du 27 germinal, emportant peine de mort. L'application m'en fut réellement faite le premier novembre 1797. La peine de mort fut commuée en déportation perpétuelle, et, le 8 septembre 1803, je reçus ma grace et ma liberté de sa majesté l'Empereur et Roi.
Air:Un jour Guillot trouva Lisette.
Républicains, aristocrates,Terroristes, buveurs de sang,Vous serez parfaits démocrates,Si vous nous comptez votre argent.Et comme la crise est urgente,Il faut vous conformer au temps,Et prendre tous une patente,Pour devenir honnêtes gens.Mon dieu, que la patrie est chèreA qui la porte au fond du cœur!Tous les états sont à l'enchère,Hors celui de législateur.La raison en est évidente,C'est qu'aucun des représentantsNe pourrait payer la patenteQu'il doit à tous ses commettants.Un jacobin, nommé Scrupule,En s'approchant du receveur,Retourne sa poche et spécule,Qu'il n'a plus rien que son honneur.Oh! que cela ne te tourmente,Dit le receveur avisé,Ton dos a le droit de patente,Commerce donc en liberté.Une vierge du haut parage,Imposée à quatre cents francs,Dit en descendant d'équipage,Bon dieu! vous moquez-vous des gens?Mais, monsieur, je vis d'industrie;Le financier, le directeur,Vous diront que pour ma patrieJ'ai vendu jusqu'à mon honneur.Un gros procureur, honnête homme,Cousin de tous les fins Normands,Murmure de payer tout commeLes malheureux honnêtes gens.Oh! cette injustice est criante,On se pendrait d'un pareil coup!Faire payer une patenteA ce grand maître grippe-sou.Sous ce déguisement cynique,Remets-tu ce fameux voleur?Fournisseur de la république,Autrefois simple décrotteur.Depuis qu'on parle de patentes,Monsieur dit qu'il n'a plus d'états,Que la république indulgenteLe classe parmi les forçats.Combien paierai-je de patente,Dit certain faiseur de journal?Si tu devais un sou de renteA tous ceux dont tu dis du mal,Je crois bien qu'au bout de l'année,Sans compter tous tes revenus,Ta dette serait augmentéeDe trois ou quatre mille écus.Un vieux médecin se présente,Hé quoi! dit un des assistants,Peut-on payer une patentePour avoir droit de tuer les gens?Non, dit un auteur dramatique,Il vaut bien mieux les égayer;Et mais, répond certain critique,Nous vous payons bien pour bâiller.En fredonnant un air gothique,Arrive un chanteur écloppé.Si pour chanter la républiqueIl faut que je sois patenté,Je ferai, dit-il, sans contrainte,Cette offrande à la liberté,Si désormais je puis sans crainteChanter par-tout la vérité.
Républicains, aristocrates,Terroristes, buveurs de sang,Vous serez parfaits démocrates,Si vous nous comptez votre argent.Et comme la crise est urgente,Il faut vous conformer au temps,Et prendre tous une patente,Pour devenir honnêtes gens.
Mon dieu, que la patrie est chèreA qui la porte au fond du cœur!Tous les états sont à l'enchère,Hors celui de législateur.La raison en est évidente,C'est qu'aucun des représentantsNe pourrait payer la patenteQu'il doit à tous ses commettants.
Un jacobin, nommé Scrupule,En s'approchant du receveur,Retourne sa poche et spécule,Qu'il n'a plus rien que son honneur.Oh! que cela ne te tourmente,Dit le receveur avisé,Ton dos a le droit de patente,Commerce donc en liberté.
Une vierge du haut parage,Imposée à quatre cents francs,Dit en descendant d'équipage,Bon dieu! vous moquez-vous des gens?Mais, monsieur, je vis d'industrie;Le financier, le directeur,Vous diront que pour ma patrieJ'ai vendu jusqu'à mon honneur.
Un gros procureur, honnête homme,Cousin de tous les fins Normands,Murmure de payer tout commeLes malheureux honnêtes gens.Oh! cette injustice est criante,On se pendrait d'un pareil coup!Faire payer une patenteA ce grand maître grippe-sou.
Sous ce déguisement cynique,Remets-tu ce fameux voleur?Fournisseur de la république,Autrefois simple décrotteur.Depuis qu'on parle de patentes,Monsieur dit qu'il n'a plus d'états,Que la république indulgenteLe classe parmi les forçats.
Combien paierai-je de patente,Dit certain faiseur de journal?Si tu devais un sou de renteA tous ceux dont tu dis du mal,Je crois bien qu'au bout de l'année,Sans compter tous tes revenus,Ta dette serait augmentéeDe trois ou quatre mille écus.
Un vieux médecin se présente,Hé quoi! dit un des assistants,Peut-on payer une patentePour avoir droit de tuer les gens?Non, dit un auteur dramatique,Il vaut bien mieux les égayer;Et mais, répond certain critique,Nous vous payons bien pour bâiller.
En fredonnant un air gothique,Arrive un chanteur écloppé.Si pour chanter la républiqueIl faut que je sois patenté,Je ferai, dit-il, sans contrainte,Cette offrande à la liberté,Si désormais je puis sans crainteChanter par-tout la vérité.
Air:Pour attendrir Junon rebelle(d'Anacréon chez Polycrate.)
Ah! qu'on a bien raison de direQu'amour est un étrange enfant;Plus il nous cause de martyre,Et plus il nous paraît charmant.Dans son inconcevable empire,Tout comme en révolution,Chacun de nous veut se conduireToujours par contradiction.Quand Fanchette fut moins cruelleJe songeais à peine à l'aimer;Aujourd'hui qu'elle est infidèle,Fanchette a tout pour me charmer.Et dans mon aveugle délire,Tout comme en révolution,Fanchette, tu vas me conduireToujours par contradiction.On se recherche, l'on s'évite,On s'ennuie de résister;Pour être pris, l'un court moins vîte;L'autre aussitôt va s'arrêter.A Cythère on fait comme en France,Pour l'amour ou pour la raison,Quand l'un recule, l'autre avance,Toujours par contradiction.Aux pieds de la reine de Gnide,Tous les dieux se sont réunis;Elle vole où son cœur la guide,Et c'est dans les bras d'Adonis.De ce choix qu'elle vient de faire,L'amour murmure avec raison;Mais en France, comme à Cythère,Tout va par contradiction.Quand Lucas aime sa voisine,Avec sa peau de maroquin[2],Pluton épouse Proserpine,Et Vénus épouse Vulcain;Mais dans leur aveugle délire,Tout comme en révolution,Les objets peuvent les séduire,Toujours par contradiction.Quand nous pourrons couper les ailesDe ce petit fripon d'amour,Nos dames seront plus fidèles,Et nous les paierons de retour;Quand les trois pouvoirs en cadencePeuvent chanter à l'unisson,Nous voyons que tout dans la France;Marche sans contradiction.
Ah! qu'on a bien raison de direQu'amour est un étrange enfant;Plus il nous cause de martyre,Et plus il nous paraît charmant.Dans son inconcevable empire,Tout comme en révolution,Chacun de nous veut se conduireToujours par contradiction.
Quand Fanchette fut moins cruelleJe songeais à peine à l'aimer;Aujourd'hui qu'elle est infidèle,Fanchette a tout pour me charmer.Et dans mon aveugle délire,Tout comme en révolution,Fanchette, tu vas me conduireToujours par contradiction.
On se recherche, l'on s'évite,On s'ennuie de résister;Pour être pris, l'un court moins vîte;L'autre aussitôt va s'arrêter.A Cythère on fait comme en France,Pour l'amour ou pour la raison,Quand l'un recule, l'autre avance,Toujours par contradiction.
Aux pieds de la reine de Gnide,Tous les dieux se sont réunis;Elle vole où son cœur la guide,Et c'est dans les bras d'Adonis.De ce choix qu'elle vient de faire,L'amour murmure avec raison;Mais en France, comme à Cythère,Tout va par contradiction.
Quand Lucas aime sa voisine,Avec sa peau de maroquin[2],Pluton épouse Proserpine,Et Vénus épouse Vulcain;Mais dans leur aveugle délire,Tout comme en révolution,Les objets peuvent les séduire,Toujours par contradiction.
Quand nous pourrons couper les ailesDe ce petit fripon d'amour,Nos dames seront plus fidèles,Et nous les paierons de retour;Quand les trois pouvoirs en cadencePeuvent chanter à l'unisson,Nous voyons que tout dans la France;Marche sans contradiction.
Je composai ce vaudeville au mois de juillet 1797, au moment où l'on se faisait la guerre à Paris pour un ruban, un collet rouge ou noir; pour des souliers pointus ou carrés, et sur-tout pour les nattes. J. J. Rousseau, en écrivant sa lettre contre la musique française, dit que la querelle qui s'anima au sujet de cette futilité fut si grande, qu'on oublia de grands intérêts et des démêlés plus sérieux pour celui-là. Pour moi, je voulais voir les deuxpartis s'amuser de leurs ridicules, et on m'arrêta lorsque je chantai cette chanson pour la quatrième fois.
Air:Il y a cinquante ans et plus(de la Caverne).
Faut-il pour un collet noir,Pour une perruque blonde,Pour une toque, un mouchoir,Bouleverser tout le monde.Les frondeurs de cette mode,Comme moi dans un boudoir,N'ont rien vu de plus commode,Qu'un collet bordé de noir.Dans l'olympe radieux,Quand Vénus sortant de l'onde,Fut admise au rang des dieuxOn dira qu'elle était blonde.Pour lui donner l'art de plaire,L'amour fit apercevoir,Près du temple du mystère,Son collet bordé de noir.A la mère de l'amourChaque dieu fit son offrande;Mais Mars eut, avant son tour,Le premier droit de prébende.Oh! ma plus belle parure,Lui dit-elle, c'est d'avoirAu-dessous de ma ceinture,Ton collet bordé de noir.D'un déchireur de collet,Pour punir l'audace extrême,L'amour juge du méfait,Sut s'en venger par lui-même.Le galant, par aventure,Chez Thisbé montant le soir,Trouve au bas de sa ceinture,Collet rouge, et blanc, et noir.Si d'un pantalon crasseux,D'une robe rouge ou grise,Aristide est amoureux,Qu'il se vêtisse à sa guise;Si le bonnet et la piquePeuvent flatter son espoir,Qu'il les prenne sans réplique,Moi je veux un collet noir.On peut, sans être malin,Vous dire avec assuranceQue c'est l'habit d'ArlequinQui sied le mieux à la France.Car le démon de la mode,Chez nous du matin au soir,Fait, défait et raccommode,Collet rouge, et blanc et noir.
Faut-il pour un collet noir,Pour une perruque blonde,Pour une toque, un mouchoir,Bouleverser tout le monde.Les frondeurs de cette mode,Comme moi dans un boudoir,N'ont rien vu de plus commode,Qu'un collet bordé de noir.
Dans l'olympe radieux,Quand Vénus sortant de l'onde,Fut admise au rang des dieuxOn dira qu'elle était blonde.Pour lui donner l'art de plaire,L'amour fit apercevoir,Près du temple du mystère,Son collet bordé de noir.
A la mère de l'amourChaque dieu fit son offrande;Mais Mars eut, avant son tour,Le premier droit de prébende.Oh! ma plus belle parure,Lui dit-elle, c'est d'avoirAu-dessous de ma ceinture,Ton collet bordé de noir.
D'un déchireur de collet,Pour punir l'audace extrême,L'amour juge du méfait,Sut s'en venger par lui-même.Le galant, par aventure,Chez Thisbé montant le soir,Trouve au bas de sa ceinture,Collet rouge, et blanc, et noir.
Si d'un pantalon crasseux,D'une robe rouge ou grise,Aristide est amoureux,Qu'il se vêtisse à sa guise;Si le bonnet et la piquePeuvent flatter son espoir,Qu'il les prenne sans réplique,Moi je veux un collet noir.
On peut, sans être malin,Vous dire avec assuranceQue c'est l'habit d'ArlequinQui sied le mieux à la France.Car le démon de la mode,Chez nous du matin au soir,Fait, défait et raccommode,Collet rouge, et blanc et noir.
Fait au premier janvier 1797.
Parallèle des abus du cloître avec les abus de 1793, 94, 95 et 96.
Air:A moins que dans ce monastère.
Peuple français, peuple de frères,Souffrez que père Hilarion,Turlupiné dans vos parterres,Vous fasse ici sa motion(bis.)Il vient sans fiel et sans critique,Et sans fanatiques desseins,Comparer tous les capucinsAux frères de la république.Nous renonçons à la richessePar la loi de notre couvent,Votre code, plein de sagesse,Vous en fait faire tout autant.Comme dans l'ordre séraphique,Ne faut-il pas, en vérité,Faire le vœu de pauvreté,Pour vivre dans la république.On nous défend luxe et parure,Et vos frères les jacobinsAvaient la crasseuse figureDe nos plus sales capucins.Notre chaussure est sympathique;Souvent sans bas et sans souliers,On voit par-tout des va-nu-pieds,Capucins de la république.Tout comme dans nos monastères,Vous aviez vos frères quêteurs,C'étaient vos braves commissairesEt vos benins réquisiteurs.Par leur douceur évangéliqueEt par leur sainte humanité,Comme ils faisaient la charitéAux pauvres de la république!On nous ordonne l'abstinence,Dedans notre institut pieux:N'observait-on pas dans la FranceLe jeûne le plus rigoureux?Dans votre carême civique[3],Vous surpassiez le capucin;En vivant d'une once de pain,Vous jeûniez pour la république.Par un vieux règlement d'usageNous faisons vœu de chasteté;Le sacrement de mariagePar vos frères est rejeté[4].Dans cette gaillarde pratique,Qu'il est beau de voir à présent,Pour une femme seulement,Vingt filles de la république!Nous avons notre discipline,Instrument de punition.Vous avez votre guillotine,Fraternelle correction.Ce châtiment patriotiqueEst bien sûr de tous ses effetIl n'en faut qu'un coup pour jamaisNe manquer à la république.Demandant toujours des réformes,Vous avez fait tout réformer;De toutes vos nouvelles formes,Quand je vous entends murmurer,Je vous dis, trève de critique,Puisque vous l'avez fait créer,Il faut bien vous accoutumer,A supporter la république.Rien ne vous plaît, tout vous ennuie,Vous voulez toujours innover;En abhorrant la monarchie,Vous ne pourrez vous en passer.Pour jouer nos capucinades,Notre cloître était excellent;Faudrait qu'il fût cent fois plus grand,Pour jouer vos arlequinades.Agréez, mes chers camarades,Le salut de l'égalité,Et recevez mes accolades,En signe de fraternité;Mais respectez ma barbe antique,Lorsque je viens vous embrasser,Et ne la faites point passerAu rasoir de la république.
Peuple français, peuple de frères,Souffrez que père Hilarion,Turlupiné dans vos parterres,Vous fasse ici sa motion(bis.)Il vient sans fiel et sans critique,Et sans fanatiques desseins,Comparer tous les capucinsAux frères de la république.
Nous renonçons à la richessePar la loi de notre couvent,Votre code, plein de sagesse,Vous en fait faire tout autant.Comme dans l'ordre séraphique,Ne faut-il pas, en vérité,Faire le vœu de pauvreté,Pour vivre dans la république.
On nous défend luxe et parure,Et vos frères les jacobinsAvaient la crasseuse figureDe nos plus sales capucins.Notre chaussure est sympathique;Souvent sans bas et sans souliers,On voit par-tout des va-nu-pieds,Capucins de la république.
Tout comme dans nos monastères,Vous aviez vos frères quêteurs,C'étaient vos braves commissairesEt vos benins réquisiteurs.Par leur douceur évangéliqueEt par leur sainte humanité,Comme ils faisaient la charitéAux pauvres de la république!
On nous ordonne l'abstinence,Dedans notre institut pieux:N'observait-on pas dans la FranceLe jeûne le plus rigoureux?Dans votre carême civique[3],Vous surpassiez le capucin;En vivant d'une once de pain,Vous jeûniez pour la république.
Par un vieux règlement d'usageNous faisons vœu de chasteté;Le sacrement de mariagePar vos frères est rejeté[4].Dans cette gaillarde pratique,Qu'il est beau de voir à présent,Pour une femme seulement,Vingt filles de la république!
Nous avons notre discipline,Instrument de punition.Vous avez votre guillotine,Fraternelle correction.Ce châtiment patriotiqueEst bien sûr de tous ses effetIl n'en faut qu'un coup pour jamaisNe manquer à la république.
Demandant toujours des réformes,Vous avez fait tout réformer;De toutes vos nouvelles formes,Quand je vous entends murmurer,Je vous dis, trève de critique,Puisque vous l'avez fait créer,Il faut bien vous accoutumer,A supporter la république.
Rien ne vous plaît, tout vous ennuie,Vous voulez toujours innover;En abhorrant la monarchie,Vous ne pourrez vous en passer.Pour jouer nos capucinades,Notre cloître était excellent;Faudrait qu'il fût cent fois plus grand,Pour jouer vos arlequinades.
Agréez, mes chers camarades,Le salut de l'égalité,Et recevez mes accolades,En signe de fraternité;Mais respectez ma barbe antique,Lorsque je viens vous embrasser,Et ne la faites point passerAu rasoir de la république.
Ce vaudeville poissard est la relation fidèle du combat que nous soutînmes depuis minuit jusqu'à six heures du matin, le 21 mars 1797, sur la frégate la Charente, qui sortit de la rade de Rochefort dans la nuit du 20 mars, pour nous déporter à Cayenne. Le lendemain, en avançant en haute mer, nous vîmes à notre poursuite trois bâtiments anglais, le Vieux Canada, de 74 canons, escorté des frégates la Pomone et la Flore, toutes deux de 42 pièces. Toute la journée nous tentâmes degagner les côtes de Médoc; mais la Flore nous rasait la terre: la Pomone gagnait au large, et le Vieux Canada fermait la marche. Dans la journée on jeta à la mer toute la cargaison et une partie de nos effets pour délester le bâtiment. La nuit vint, et nous nous perdîmes de vue; à minuit la lune nous trahit et nous nous trouvâmes près de l'écueil du phare Cordouan. Les Anglais nous débouquèrent; la marée montait; le combat s'engagea. On délesta de nouveau le bâtiment, qui, démâté par le canon, le gouvernail brisé, nous fit échouer sur les ruines de l'ancienne ville des Olives, près la rade de Royan, à dix-huit lieues de Bordeaux.
Air:Stuila qu'a pincé Berg-op-Zoom.
Ventrebleu qu'il est donc brutal,(bis.)Ce carillon de germinal;J'crayons ma foi que c'te Charente,Au diable f.... l'épouvante.Voyant ces trois châtiaux flottants,J'avions largué la voile aux vents;Avec tout nout échapatoire,Fallut nous casser la mâchoire.Par là corbleu, monsieu Breuillac,N'est ma foi point un monsieu d'Crac,C'est f.... ben un pinc' sans rire,Que malgré lui l'Anglais admire.Not maison quand brutal ronflait,Sur le rocher se reposait.J'avions un pied dans l'onde noire,Et plus qu'nout saoul j'ons failli boire.Au milieu de tout c't'embarras,Le grand marin qu'je n'voyons pas,Qui ben mieux qu'nous connaît l'parage,A lui seul sauva l'équipage.
Ventrebleu qu'il est donc brutal,(bis.)Ce carillon de germinal;J'crayons ma foi que c'te Charente,Au diable f.... l'épouvante.
Voyant ces trois châtiaux flottants,J'avions largué la voile aux vents;Avec tout nout échapatoire,Fallut nous casser la mâchoire.
Par là corbleu, monsieu Breuillac,N'est ma foi point un monsieu d'Crac,C'est f.... ben un pinc' sans rire,Que malgré lui l'Anglais admire.
Not maison quand brutal ronflait,Sur le rocher se reposait.J'avions un pied dans l'onde noire,Et plus qu'nout saoul j'ons failli boire.
Au milieu de tout c't'embarras,Le grand marin qu'je n'voyons pas,Qui ben mieux qu'nous connaît l'parage,A lui seul sauva l'équipage.
Air:De la béquille.
Tous nos messieurs du jour,Pour lorgner les brunettes,Font porter à l'amourCent sortes de lunettes;Mais fillette gentilleBien mieux s'amusera,D'une grosse béquilleDu père Barnaba.Hortense est dans son lit,Hortense est bien malade;N'amenez point iciD'Hippocrate maussade.De cette jeune filleLe bobo guériraPar un coup de béquilleDu père Barnaba.Hélas! depuis long-tempsComme tout change en France!Dès nos plus jeunes ansLe malheur nous devance;Garçon et jeune fille,En sortant du berceau,Prennent tous la béquillePour aller au tombeau.C'est en se chamaillantPour la chose publique,Qu'on fit clopin clopan,Boiter la république.Moins leste que nos filles,La jeune libertéCourt avec des béquillesA la caducité.Pour réconcilierTous les aristocrates,Il faut les marierAvec les démocrates.A la grande familleTout se réunira,Par un coup de béquilleDu père Barnaba.
Tous nos messieurs du jour,Pour lorgner les brunettes,Font porter à l'amourCent sortes de lunettes;Mais fillette gentilleBien mieux s'amusera,D'une grosse béquilleDu père Barnaba.
Hortense est dans son lit,Hortense est bien malade;N'amenez point iciD'Hippocrate maussade.De cette jeune filleLe bobo guériraPar un coup de béquilleDu père Barnaba.
Hélas! depuis long-tempsComme tout change en France!Dès nos plus jeunes ansLe malheur nous devance;Garçon et jeune fille,En sortant du berceau,Prennent tous la béquillePour aller au tombeau.
C'est en se chamaillantPour la chose publique,Qu'on fit clopin clopan,Boiter la république.Moins leste que nos filles,La jeune libertéCourt avec des béquillesA la caducité.
Pour réconcilierTous les aristocrates,Il faut les marierAvec les démocrates.A la grande familleTout se réunira,Par un coup de béquilleDu père Barnaba.
Vaudeville-proverbe, composé en brumaire, octobre 1799.
Air:Lise voyait deux pigeons se becquer.
Vous qui n'aimez que les dons de Plutus,Le bruit de Mars, les myrtes de Vénus,Votre bonheur est sur l'aile d'Eole;Le char se brise et tombe tout à coup;Appliquez-vous ce proverbe d'école,Y n'faut qu'un coupPour assommer un loup.J'ai vu le loup, disait la jeune Iris,Il m'a pris hier mes deux jolis cabrits;Pour m'en venger, je tiens cette houlette;C'était le bien du beau berger Pâris.Pâris lui dit, la jetant sur l'herbette,N'en faut qu'un coupPour assommer le loup.Par intérêt, ou pour tout autre cas,Sa vieille mère avait suivi ses pas;En la voyant tomber sous la coudrette,Bon dieu, bon dieu, qu'elle fit de fracas!Elle disait à la pauvre fillette:Voilà le coupPour assommer le loup.Par son voisin, Guyot voit ses enfants;Mais au voisin ils sont très ressemblants.Un vieil ami que Laure répudie,Rend du mari les yeux trop clairvoyants:Au bois d'amour quand naît la jalousie,I' n'faut qu'un coupPour assommer un loup.Guyot annonce un voyage important:Laure a déjà prévenu son amant.Madame, il faut voyager à ma place,Lui dit l'époux au beau milieu du champ;Guyot revient, Laure fait la grimace.I' n'faut qu'un coupPour assommer un loup.Pour mieux tromper les yeux de ses voisins,Pour enchaîner leurs caquets assassins,A son amant Laure avait, par prudence,Fait fabriquer un bon passe-partout.Guyot absent, il venait en silence.I' n'faut qu'un coupPour assommer un loup.Sur le minuit il entra doucement;Le gars savait toiser l'appartement:En tâtonnant sur le lit de la dame,Il le pressait.... Guyot dit tout à coup:Réservez donc vos baisers pour ma femme.I' n'faut qu'un coupPour assommer un loup.
Vous qui n'aimez que les dons de Plutus,Le bruit de Mars, les myrtes de Vénus,Votre bonheur est sur l'aile d'Eole;Le char se brise et tombe tout à coup;Appliquez-vous ce proverbe d'école,Y n'faut qu'un coupPour assommer un loup.
J'ai vu le loup, disait la jeune Iris,Il m'a pris hier mes deux jolis cabrits;Pour m'en venger, je tiens cette houlette;C'était le bien du beau berger Pâris.Pâris lui dit, la jetant sur l'herbette,N'en faut qu'un coupPour assommer le loup.
Par intérêt, ou pour tout autre cas,Sa vieille mère avait suivi ses pas;En la voyant tomber sous la coudrette,Bon dieu, bon dieu, qu'elle fit de fracas!Elle disait à la pauvre fillette:Voilà le coupPour assommer le loup.
Par son voisin, Guyot voit ses enfants;Mais au voisin ils sont très ressemblants.Un vieil ami que Laure répudie,Rend du mari les yeux trop clairvoyants:Au bois d'amour quand naît la jalousie,I' n'faut qu'un coupPour assommer un loup.
Guyot annonce un voyage important:Laure a déjà prévenu son amant.Madame, il faut voyager à ma place,Lui dit l'époux au beau milieu du champ;Guyot revient, Laure fait la grimace.I' n'faut qu'un coupPour assommer un loup.
Pour mieux tromper les yeux de ses voisins,Pour enchaîner leurs caquets assassins,A son amant Laure avait, par prudence,Fait fabriquer un bon passe-partout.Guyot absent, il venait en silence.I' n'faut qu'un coupPour assommer un loup.
Sur le minuit il entra doucement;Le gars savait toiser l'appartement:En tâtonnant sur le lit de la dame,Il le pressait.... Guyot dit tout à coup:Réservez donc vos baisers pour ma femme.I' n'faut qu'un coupPour assommer un loup.
Tableau des aimables du jour, et du costume des plus élégants de la révolution de 1796 et 1797.
Air:Dans nos bois, dans nos campagnes.
Tout est incroyable en FranceDans la révolution:La sagesse est la démence,La folie est la raison.Faisant la guerre aux coutumesPour rappeler les vertus,Sous d'incroyables costumes,Se vois rentrer les abus.Nous n'avons plus de comtesses,Nous n'avons plus de barons;Nos merveilleuses déessesLeur ont pris leurs phaétons:Et Margot dans l'équipageVient d'oublier son talent;Se voyant dans l'apanage,Ne connaît plus ses parents.Son incroyable NarcisseLui dit du haut de son char:Vénus, ou que je périsse!A moins de graces et moins d'art.Pa'ol' d'honneur, dit-elle,Sous ce costume élégant,Je voudrais être aussi belleQue vous paraissez galant.
Tout est incroyable en FranceDans la révolution:La sagesse est la démence,La folie est la raison.Faisant la guerre aux coutumesPour rappeler les vertus,Sous d'incroyables costumes,Se vois rentrer les abus.
Nous n'avons plus de comtesses,Nous n'avons plus de barons;Nos merveilleuses déessesLeur ont pris leurs phaétons:Et Margot dans l'équipageVient d'oublier son talent;Se voyant dans l'apanage,Ne connaît plus ses parents.
Son incroyable NarcisseLui dit du haut de son char:Vénus, ou que je périsse!A moins de graces et moins d'art.Pa'ol' d'honneur, dit-elle,Sous ce costume élégant,Je voudrais être aussi belleQue vous paraissez galant.
La merveilleuse à l'incroyable.
En vous tout est incroyable,De la tête jusqu'aux pieds;Chapeau de forme effroyable,Gros pieds dans petits souliers;Si pour se mettre à la modeGargantua venait ici,Rien ne serait plus commodeQue d'emprunter votre habit.Botté tout comme un saint George,Culotté comme un Malbrouk,Gilet croisant sur la gorge,Épinglette d'or au cou;Trois merveilleuses cravattesOnt bloqué votre menton,Et la pointe de vos nattesFait cornes sur votre front.Je vois un autre incroyableChaussé comme une catin,A la belle inconcevablePrésenter sa blanche main;Cette incroyable coiffureA, dit-elle, tant d'appas,Qu'en voyant votre figureJe ne vous remettais pas.De vos boucles de culottesMénageant les ardillons,Nous déborderons nos cottes,Pour vous faire des cordons;Mais venez en diligence,O merveilleux chevaliers!Chez nous par reconnaissanceChercher chaussure à vos pieds.
En vous tout est incroyable,De la tête jusqu'aux pieds;Chapeau de forme effroyable,Gros pieds dans petits souliers;Si pour se mettre à la modeGargantua venait ici,Rien ne serait plus commodeQue d'emprunter votre habit.
Botté tout comme un saint George,Culotté comme un Malbrouk,Gilet croisant sur la gorge,Épinglette d'or au cou;Trois merveilleuses cravattesOnt bloqué votre menton,Et la pointe de vos nattesFait cornes sur votre front.
Je vois un autre incroyableChaussé comme une catin,A la belle inconcevablePrésenter sa blanche main;Cette incroyable coiffureA, dit-elle, tant d'appas,Qu'en voyant votre figureJe ne vous remettais pas.
De vos boucles de culottesMénageant les ardillons,Nous déborderons nos cottes,Pour vous faire des cordons;Mais venez en diligence,O merveilleux chevaliers!Chez nous par reconnaissanceChercher chaussure à vos pieds.
Réponse des incroyables aux merveilleuses.
O charmante merveilleuse!Mère du divin amour,De votre taille amoureuseRien ne gêne le contour;De votre robe à coulisseLes plis sont très peu serrés;C'est pour faire un sacrificeQue vos bras sont retroussés.Vous avez déjà l'étoleDes prêtresses de Vénus,Et je vois à votre écoleUn essaim de parvenus:Cythérée à sa toilette,Voulant enchaîner l'espoir,Tous cèderait son aigrettePour votre immense mouchoir.De votre robe traînanteQuand les replis ondulantsAvaient interdit l'attenteA nos désirs renaissants,Je vois votre main légère,Conduite par les amours,De l'asile du mystère.Nous découvrir les détours.Talons à la cavalière,Boucles et souliers brodés,Bottines à l'écuyère,Ou bas à coins rapportés;Ridiculement mondainesDans tous vos ajustements,Des reines et des RomainesVous quêtez les agréments.Mais vos perruques friséesTout comme un poil de barbetNe sont donc plus couronnéesPar des chapeaux à plumet;Et vos toques prolongéesDisent aux maris françois,Que leurs femmes corrigéesPortent la moitié du bois.Mais ces autres dédaigneusesOnt un bonnet plus galant;Leurs têtes impérieusesSont un vrai moulin à vent:Celles-ci plus souverainesVous disent éloquemment,En France nous sommes reines,Et nous portons un turban.
O charmante merveilleuse!Mère du divin amour,De votre taille amoureuseRien ne gêne le contour;De votre robe à coulisseLes plis sont très peu serrés;C'est pour faire un sacrificeQue vos bras sont retroussés.
Vous avez déjà l'étoleDes prêtresses de Vénus,Et je vois à votre écoleUn essaim de parvenus:Cythérée à sa toilette,Voulant enchaîner l'espoir,Tous cèderait son aigrettePour votre immense mouchoir.
De votre robe traînanteQuand les replis ondulantsAvaient interdit l'attenteA nos désirs renaissants,Je vois votre main légère,Conduite par les amours,De l'asile du mystère.Nous découvrir les détours.
Talons à la cavalière,Boucles et souliers brodés,Bottines à l'écuyère,Ou bas à coins rapportés;Ridiculement mondainesDans tous vos ajustements,Des reines et des RomainesVous quêtez les agréments.
Mais vos perruques friséesTout comme un poil de barbetNe sont donc plus couronnéesPar des chapeaux à plumet;Et vos toques prolongéesDisent aux maris françois,Que leurs femmes corrigéesPortent la moitié du bois.
Mais ces autres dédaigneusesOnt un bonnet plus galant;Leurs têtes impérieusesSont un vrai moulin à vent:Celles-ci plus souverainesVous disent éloquemment,En France nous sommes reines,Et nous portons un turban.
David, surnommé le prophète-roi, était le plus jeune des fils d'Isaïe, bethléémite, et, suivant certaines versions, le moins aimé de son père, qui l'avait relégué dans la campagne pour garder ses troupeaux. Dieu le tira de ce néant pour le placer sur le trône d'Israël. David, au milieu de la prospérité, oublia une si grande faveur. Dans un moment d'oisiveté, ense promenant, il vit au bain Bethsabée femme d'Urie, un des capitaines de ses troupes. Urie était absent pour le service de son prince. David s'enflamma pour Bethsabée, qui devint enceinte en l'absence de son mari. Le roi rappela Urie pour que son adultère ne fût point connu; mais ce guerrier se rendit au palais du roi sans vouloir rentrer chez lui, et répondit à David qui l'y engageait: Comment ne jeûnerais-je pas et rentrerais-je dans ma maison, quand l'arche du seigneur couche dans les camps et qu'elle est peut-être au pouvoir des infidèles?.... Le roi, loin d'être touché de ces paroles, fit marcher Urie dans un défilé, d'où, il ne put échapper à la mort. Bethsabée épousa David, donna le jour à Salomon, et mourut subitement à la fleur de son âge, au moment où David l'idolâtrait....
L'auteur de ce chef-d'œuvre peint David debout, les bras étendus sur les tristes restes de son amante, dont le visage à découvert dans le cercueil, en lui laissant le souvenir de ses charmes, lui rappelle son ingratitude envers Dieu et son crime envers Urie. David, en proie à l'amour, au remords, à la reconnaissance, cède tour à tour à sa passion, à son désespoir et à son repentir. Cette héroïde arrachait deslarmes aux sauvages de la Guyane, quand nous la chantions sur les bords de la mer: l'écho des forêts et des montagnes lui donnait quelque chose de mélodieux, et les cultivateurs quittaient leurs travaux pour nous écouter. Je me croirais poëte si j'eusse fait ces couplets.