MARCHANDISES DES GANTIERSET PARFUMEURS.

Il y a près les Peres de l’Oratoire rue saint Honoré, et dans la rue de l’Arbre sec, des Marchands qui vendent des Gands de Rome[1], de Grenoble[2], de Blois[3], d’Eslan, de Chamois etdiverses autres sortes de la meilleure fabrique.

[1]On savoit déjà combien ils étoient en vogue dès le temps de la Fronde, par quelques lettres de Poussin à M. de Chanteloup, qui le chargeoit de lui en acheter. Un sien ami, « connoisseur en matière de gants », faisoit l’emplette, et, lui, faisoit le paquet et l’envoi : « Il y en a une douzaine, écrit-il, le 7 octobre 1646, la moitié pour les hommes, et la moitié pour les femmes. Ils ont coûté une demi pistole la paire, ce qui fait dix huit écus pour le tout. » Le 18 octobre 1649, autre achat, mais cette fois de gants parfumés à la frangipane. Poussin s’en est fourni, pour M. de Chanteloup, chez la signora Maddalena, « femme fameuse pour les parfums ».

[1]On savoit déjà combien ils étoient en vogue dès le temps de la Fronde, par quelques lettres de Poussin à M. de Chanteloup, qui le chargeoit de lui en acheter. Un sien ami, « connoisseur en matière de gants », faisoit l’emplette, et, lui, faisoit le paquet et l’envoi : « Il y en a une douzaine, écrit-il, le 7 octobre 1646, la moitié pour les hommes, et la moitié pour les femmes. Ils ont coûté une demi pistole la paire, ce qui fait dix huit écus pour le tout. » Le 18 octobre 1649, autre achat, mais cette fois de gants parfumés à la frangipane. Poussin s’en est fourni, pour M. de Chanteloup, chez la signora Maddalena, « femme fameuse pour les parfums ».

[2]Leur réputation commençoit. Sous Louis XV, elle s’étoit beaucoup étendue : « les étrangers, dit l’abbé Jaubert, dans sonDict. des Arts et Métiers, t. II, p. 313, les préfèrent à ceux d’Italie et d’Espagne. » Pour ces derniers, il en étoit ainsi déjà sous Louis XIII, même de la part des Espagnols. Pendant que nous recherchions leurs gants, ils ne vouloient que des nôtres. Il existe aux Archives, dans la partie qui vient de Simancas, une lettre de Dona Ines Henrique de Sandobal, datée de Madrid et adressée au duc de Monteleone à Paris, par laquelle demande lui est faite de douze paires de gants pareils à celui qu’elle lui envoie pour modèle. Il y est joint encore. C’est un gant de peau blanche, cousu à la diable, comme tous les gants parisiens de ce temps-là, mais d’une très-jolie coupe, avec son revers retombant du poignet sur la main, et les petits rubans et les fines rosettes de couleur incarnat qui s’entrelacent sur ce revers.

[2]Leur réputation commençoit. Sous Louis XV, elle s’étoit beaucoup étendue : « les étrangers, dit l’abbé Jaubert, dans sonDict. des Arts et Métiers, t. II, p. 313, les préfèrent à ceux d’Italie et d’Espagne. » Pour ces derniers, il en étoit ainsi déjà sous Louis XIII, même de la part des Espagnols. Pendant que nous recherchions leurs gants, ils ne vouloient que des nôtres. Il existe aux Archives, dans la partie qui vient de Simancas, une lettre de Dona Ines Henrique de Sandobal, datée de Madrid et adressée au duc de Monteleone à Paris, par laquelle demande lui est faite de douze paires de gants pareils à celui qu’elle lui envoie pour modèle. Il y est joint encore. C’est un gant de peau blanche, cousu à la diable, comme tous les gants parisiens de ce temps-là, mais d’une très-jolie coupe, avec son revers retombant du poignet sur la main, et les petits rubans et les fines rosettes de couleur incarnat qui s’entrelacent sur ce revers.

[3]Ils étoient de peau de chevreau bien choisie, et mieux cousus que ceux de Grenoble et de Paris, « à l’angloise », dit l’abbé Jaubert, car c’étoit autrefois un proverbe que, pour qu’un gant fût bon et bien fait, il falloit que trois royaumes y contribuassent : « l’Espagne, pour en préparer la peau, la France, pour le tailler, et l’Angleterre, pour le coudre. » C’est la souplesse des gants espagnols qui avoit donné lieu au proverbe, aujourd’hui mutilé : « souple comme un gant d’Espagne. » (Francion, 1663, in-12, p. 63.) Il étoit de mode, sous Louis XIII, « de présenter aux dames après la collation des bassins de gants d’Espagne ». Tallemant,Édit.P. Paris, t. IV, p. 209.

[3]Ils étoient de peau de chevreau bien choisie, et mieux cousus que ceux de Grenoble et de Paris, « à l’angloise », dit l’abbé Jaubert, car c’étoit autrefois un proverbe que, pour qu’un gant fût bon et bien fait, il falloit que trois royaumes y contribuassent : « l’Espagne, pour en préparer la peau, la France, pour le tailler, et l’Angleterre, pour le coudre. » C’est la souplesse des gants espagnols qui avoit donné lieu au proverbe, aujourd’hui mutilé : « souple comme un gant d’Espagne. » (Francion, 1663, in-12, p. 63.) Il étoit de mode, sous Louis XIII, « de présenter aux dames après la collation des bassins de gants d’Espagne ». Tallemant,Édit.P. Paris, t. IV, p. 209.

Il y a d’ailleurs des Marchands Gantiers en divers quartiers de Paris qui sont bien assortis, par exemple, MrsRemy devant saint Mederic, en réputation pour les bons Gands de peau de cerf, Arsan près l’Abbaye S. Germain, Richard rue S. Denis au petit S. Jean renommé pour les Gands de Cuir de Poules[4], et Richard rue Galande au Grand Roy qui fait grand commerce de Gands de Daim et façon de Daim.

[4]On appeloit « cuir de poule » l’épiderme de la peau du chevreau. Il falloit, pour l’enlever, une délicatesse extrême qui ne se trouvoit que chez les ouvriers de Rome et de Paris. Ces gants étoient d’une telle finesse qu’on en faisoit tenir une paire dans une coquille de noix. Les gants de Vendôme, dont il devroit être parlé ici, car ils étoient depuis longtemps célèbres, avoient la même réputation de finesse et de souplesse. Ils ne sont pas oubliés dans le petit poëme si curieux publié en 1588,Le Gande Jean Godard, reproduit dans nosVariétés, t. V, p. 180-181 :Il est temps de parler des gans blancs de Vendosme,Qui sont si délicats que bien souventes foisL’ouvrier les enferme en des coques de noix ;On en parle aussi tant que leur ville gantièreReçoit presque de là sa renommée entière.

[4]On appeloit « cuir de poule » l’épiderme de la peau du chevreau. Il falloit, pour l’enlever, une délicatesse extrême qui ne se trouvoit que chez les ouvriers de Rome et de Paris. Ces gants étoient d’une telle finesse qu’on en faisoit tenir une paire dans une coquille de noix. Les gants de Vendôme, dont il devroit être parlé ici, car ils étoient depuis longtemps célèbres, avoient la même réputation de finesse et de souplesse. Ils ne sont pas oubliés dans le petit poëme si curieux publié en 1588,Le Gande Jean Godard, reproduit dans nosVariétés, t. V, p. 180-181 :

Il est temps de parler des gans blancs de Vendosme,Qui sont si délicats que bien souventes foisL’ouvrier les enferme en des coques de noix ;On en parle aussi tant que leur ville gantièreReçoit presque de là sa renommée entière.

Il est temps de parler des gans blancs de Vendosme,Qui sont si délicats que bien souventes foisL’ouvrier les enferme en des coques de noix ;On en parle aussi tant que leur ville gantièreReçoit presque de là sa renommée entière.

Il est temps de parler des gans blancs de Vendosme,

Qui sont si délicats que bien souventes fois

L’ouvrier les enferme en des coques de noix ;

On en parle aussi tant que leur ville gantière

Reçoit presque de là sa renommée entière.

Mesdames de France rue de la Limace, et Charpy quay des Orfèvres, tiennent magasins de Gands de Rome, de Grenoble et de Blois.

Les Parfumeurs qui font grand commerce de Poudre[5]et de Savonnettes[6], sont au bout du Pont saint Michel, à l’entrée de la rue de la Harpe, à l’entrée de la rue d’Hurepoix, au bout du Pont au Change, à l’entrée de la rue de Gesvres et rue Bourlabé près la Trinité.

[5]La mode de la poudre, comme on voit, ne s’étoit jamais perdue depuis Louis XIII. La plus célèbre, « la poudre à la maréchale », datoit même à peu près de ce moment. Elle devoit son nom à l’une des femmes curieuses que nous avons vues plus haut : « le nom depoudre à la maréchalle, lisons-nous dans l’avertissement duParfumeur françois, n’a été donné que parce que Madame la maréchalle d’Aumont se divertissoit à la faire. »

[5]La mode de la poudre, comme on voit, ne s’étoit jamais perdue depuis Louis XIII. La plus célèbre, « la poudre à la maréchale », datoit même à peu près de ce moment. Elle devoit son nom à l’une des femmes curieuses que nous avons vues plus haut : « le nom depoudre à la maréchalle, lisons-nous dans l’avertissement duParfumeur françois, n’a été donné que parce que Madame la maréchalle d’Aumont se divertissoit à la faire. »

[6]C’est d’Italie qu’on faisoit venir les plus renommées : « les meilleures savonnettes sont celles de Boulogne (Bologne). » (Richelet,Dictionnaire.) — On en trouve la recette dans leNouveau Recueil des Secrets et Curiositezde l’académicien Lemery, p. 133.

[6]C’est d’Italie qu’on faisoit venir les plus renommées : « les meilleures savonnettes sont celles de Boulogne (Bologne). » (Richelet,Dictionnaire.) — On en trouve la recette dans leNouveau Recueil des Secrets et Curiositezde l’académicien Lemery, p. 133.

Le Sieur Bailly rue du petit Lion près la rue Pavée, vend des Savonnettes legères qu’il dit être de crême de savon, et meilleures que les Savonnettes ordinaires.

Le Sieur Adam Courier du Cabinet du Roy pour l’Italie, apporte souvent des Essences de Rome, de Gennes, et de Nice[7]; il demeure chezM. Crevon Marchand devant la barrière saint Honoré[8].

[7]« Ces essences, ajoute Liger (Voyageur fidèle, p. 376), sont bien plus spiritueuses que celles de France, et par conséquent bien plus estimées. » On étoit, lorsqu’il parloit ainsi, à la veille de la Régence, qui fut l’époque des parfums violents. Louis XIV n’en avoit voulu que des plus modérés, dont il faisoit même assez peu d’usage, au grand étonnement du Sicilien, dont nous vous avons cité la lettre. Il suffisoit de papiers trop parfumés pour lui porter à la tête. (Journal de la Santé, p. 284.) Plus jeune, il veilloit lui-même à la confection des odeurs qu’il pouvoit supporter. C’est le gantier Martial, valet de chambre de Monsieur, que l’on connoît par la grotesque confusion que la comtesse d’Escarbagnas fait de lui avec le poëte Martial, qui les composoit devant lui : « le plus grand des monarques, dit l’avertissement duParfumeur françois, s’est plu à voir souvent le sieur Martial composer dans son cabinet les odeurs qu’il portoit sur sa sacrée personne. »

[7]« Ces essences, ajoute Liger (Voyageur fidèle, p. 376), sont bien plus spiritueuses que celles de France, et par conséquent bien plus estimées. » On étoit, lorsqu’il parloit ainsi, à la veille de la Régence, qui fut l’époque des parfums violents. Louis XIV n’en avoit voulu que des plus modérés, dont il faisoit même assez peu d’usage, au grand étonnement du Sicilien, dont nous vous avons cité la lettre. Il suffisoit de papiers trop parfumés pour lui porter à la tête. (Journal de la Santé, p. 284.) Plus jeune, il veilloit lui-même à la confection des odeurs qu’il pouvoit supporter. C’est le gantier Martial, valet de chambre de Monsieur, que l’on connoît par la grotesque confusion que la comtesse d’Escarbagnas fait de lui avec le poëte Martial, qui les composoit devant lui : « le plus grand des monarques, dit l’avertissement duParfumeur françois, s’est plu à voir souvent le sieur Martial composer dans son cabinet les odeurs qu’il portoit sur sa sacrée personne. »

[8]C’est-à-dire la barrière des Sergents, dont nous avons parlé.

[8]C’est-à-dire la barrière des Sergents, dont nous avons parlé.

M. Guilleri rue de la Tabletterie, fait venir de Portugal la véritable Eau de Cordouë[9].

[9]Cette eau de Cordoue, qui vient du Portugal, ne donne qu’une médiocre confiance dans le savoir de Blegny, pour peu qu’il fût apothicaire comme il étoit géographe.

[9]Cette eau de Cordoue, qui vient du Portugal, ne donne qu’une médiocre confiance dans le savoir de Blegny, pour peu qu’il fût apothicaire comme il étoit géographe.

L’Eau de Fleurs d’Oranges et les Essences pour les cheveux et pour le Tabac[10], sont apportées et commercées par les Provençaux au cul de sac saint Germain l’Auxerrois[11].

[10]« Les essences fortes et douces à tabac et à cheveux, les vins de liqueurs, les fromages de Roquefort, les eaux de fleurs d’oranges de Cette, etc., se vendent en gros en différents magasins du cul de sac des Provençaux, etc. » Édit. de 1691, p. 32. — Pour les cheveux ou perruques, c’est l’essence de jasmin qui étoit la préférée ; et, pour le tabac, c’étoit déjà la civette, mais frelatée par un procédé que Lémery indique dans sonNouv. Recueil des Curiositez, p. 122.

[10]« Les essences fortes et douces à tabac et à cheveux, les vins de liqueurs, les fromages de Roquefort, les eaux de fleurs d’oranges de Cette, etc., se vendent en gros en différents magasins du cul de sac des Provençaux, etc. » Édit. de 1691, p. 32. — Pour les cheveux ou perruques, c’est l’essence de jasmin qui étoit la préférée ; et, pour le tabac, c’étoit déjà la civette, mais frelatée par un procédé que Lémery indique dans sonNouv. Recueil des Curiositez, p. 122.

[11]C’est de Grasse qu’il en venoit surtout. Antoine Artaud, « marchand parfumeur », en faisoit là un très-grand commerce. On a son adresse gravée en bois par Papillon. Le plus en vogue des parfumeurs de Lyon, Jean Chabert, dont la boutique se trouvoit sur la place des Terreaux, avoit pris pour enseigne : « au Jardin de Provence ». On a son portrait gravé avec cette indication.

[11]C’est de Grasse qu’il en venoit surtout. Antoine Artaud, « marchand parfumeur », en faisoit là un très-grand commerce. On a son adresse gravée en bois par Papillon. Le plus en vogue des parfumeurs de Lyon, Jean Chabert, dont la boutique se trouvoit sur la place des Terreaux, avoit pris pour enseigne : « au Jardin de Provence ». On a son portrait gravé avec cette indication.

On trouve en détail de bonne Eau de Fleurd’Oranges à l’Orangerie rue de l’Arbre sec, et à la Devise Royale, sur le quay de Nesle près la rue de Guenegaud.

On vend au même lieu les fines Essences pour les Tabacs, les Eaux odoriférantes d’Anges[12]et de Mille fleurs[13], les Cassolettes philosophiques, le Lait d’Amarante qui parfume les chambres sans blesser les vaporeux, les Essences d’ambre, de musc, etc.

[12]Lémery a donné aussi, p. 131, la recette de cette eau, dont la gomme odorante, appeléeBenjoin, l’iris et les clous de girofle étoient la base.

[12]Lémery a donné aussi, p. 131, la recette de cette eau, dont la gomme odorante, appeléeBenjoin, l’iris et les clous de girofle étoient la base.

[13]C’étoit moins un parfum qu’un remède. On la devoit à la comtesse de Daillon, et la préparation en fut longtemps faite par le médecin Defougerais — le Défonandrès de Molière. — Plus tard, on en tira une sorte de panacée, que recommande une brochure, aujourd’hui rare, publiée à Lyon, en 1706 :Traité de l’Eau de Mille fleurs.

[13]C’étoit moins un parfum qu’un remède. On la devoit à la comtesse de Daillon, et la préparation en fut longtemps faite par le médecin Defougerais — le Défonandrès de Molière. — Plus tard, on en tira une sorte de panacée, que recommande une brochure, aujourd’hui rare, publiée à Lyon, en 1706 :Traité de l’Eau de Mille fleurs.

Le Sieur Joubert[14]qui demeure au Soulier d’or, rue des vieilles Estuves près la Croix du Tiroir, est un Colporteur qui donne à très grand marché des sortes de Poudres et de Savonnettes communes.

[14]Peut-être faut-il lire Jobert. Il y eut, en effet, un peu plus tard, un parfumeur de ce nom, rue de la Croix-des-Petits-Champs, qui étoit célèbre pour sa « pommade au pot-pourri ». Papillon a gravé son adresse.

[14]Peut-être faut-il lire Jobert. Il y eut, en effet, un peu plus tard, un parfumeur de ce nom, rue de la Croix-des-Petits-Champs, qui étoit célèbre pour sa « pommade au pot-pourri ». Papillon a gravé son adresse.


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