Il y a de remarquables actions à accomplir sur la terre. Je pourrais m’illustrer de plusieurs façons, dans les arts, dans les guerres ou dans les commerces, mais je suis si bien auprès de ma bien-aimée.
On me dit qu’une caravane va se mettre en marche à travers les montagnes, pour Kaboul, puis elle gagnera Ispahan. Quelle réception me feraient les poètes de la ville ! Prends ton éventail, ma bien-aimée, pour que je voie comment tes yeux se ferment quand l’air frais caresse ton visage.
L’empereur de Delhi vient de me mander auprès de lui. C’est un grand honneur auquel je suis très sensible. Vite ma robe brodée ! Ali qui me verra passer de son balcon s’évanouira de jalousie. Mais ma bien-aimée a défait sa chevelure sur ses épaules et il me faut jusqu’à demain pour la contempler. Demandez pour moi pardon à l’empereur.
Tous les soufis se sont rassemblés ce matin dans la mosquée pour discuter sur la pureté de la doctrine. C’est le prophète d’Allah lui-même qui m’appelle. Mais ma bien-aimée a fait un gâteau de lait d’amandes et de cannelle et elle est si charmante quand je lui fais des éloges parce que je le trouve à mon goût. O soufis ! demandez au Prophète de détourner son visage d’un insensé.
Les caravanes se mettent en marche pour les pays éloignés, les empereurs sont assis solennellement au milieu de leur cour, les sages s’enivrent de la sagesse de Dieu. Mais nous, ma bien-aimée, nous lisons les livres des poètes, nous partageons le gâteau d’amande, nous nous regardons en silence, dans la petite maison qui abrite un immense bonheur. Nous avons choisi la meilleure part.