LA NUIT DES PAVOTS MORTS

La chambre était pleine de pavots et le vent avait entr’ouvert la fenêtre.

Étendu au milieu des coussins j’attendais que le rossignol se mît à chanter.

Mais cette nuit-là, il n’y avait, dans le jardin, que le chuchotement des cèdres entre eux.

Je posai ma cithare à côté de la coupe à demi pleine et je m’endormis quand baissa la lampe.

Alors celle que je ne dois plus revoir écarta le rideau de soie.

Elle avait une robe traînante, parfumée avec du musc de la Perse.

Elle avait des babouches silencieuses, des colliers muets, des bagues sans reflets.

Elle avait ce sourire lointain de ceux dont l’âme est absente.

Elle a pris la coupe, elle l’a portée à ses lèvres et elle l’a vidée.

Elle a pris la cithare et elle a joué un air doux et triste que j’ai entendu sans me réveiller.

Elle a hésité un peu, elle s’est regardée dans le miroir, elle a touché les panneaux de laque.

Et puis elle a disparu comme le souvenir d’une soirée d’autrefois.

Quand je me réveillai je vis le carmin de ses lèvres aux bords de la coupe.

Et sur une corde vibrante de la cithare, la teinture de son ongle avait fait comme une goutte de sang.

Le vent était froid, les pavots mouraient, dehors le rossignol commençait à chanter…


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