Il y a un usage funéraire du Népal qui veut qu’on mette un diamant dans la bouche des morts afin qu’ils gardent la beauté de leur visage dans les ténèbres de la tombe.
Les dieux qui président à la décomposition des molécules de la forme arrêtent leur travail à cause de la clarté de la pierre précieuse qui interrompt l’effort de leur volonté souterraine.
L’homme pauvre qui ne serre entre ses dents que la poussière de son regret terrestre, l’homme pauvre sentira le contour de son visage disparaître et une active destruction ôtera sa chair de ses os.
Les dieux de la mort eux-mêmes, ces subalternes instruments du passage d’un monde à l’autre, sont les esclaves de la richesse. On retarde leur venue par une somptueuse demeure qui préserve du froid et du soleil, par l’abondance des remèdes qui font reculer la maladie, sœur de la mort.
Le diamant éblouit ces dieux mercenaires par les facettes de sa lumière et accroupis en silence autour du possesseur de pierres précieuses ils respectent le visage rigide de l’homme riche marqué du sceau de l’autorité.
Pourtant, ô homme pauvre, la loi est juste, la loi supérieure pour qui les dieux de la mort ne sont que des fantômes obéissants, des larves aveugles et muettes, soumises à leurs ordres.
Car plus ta forme charnelle de pauvre périt vite, ta forme usée par les travaux et maigre par le manque de nourriture, plus rapidement tu t’achemines vers la vie plus subtile et meilleure où tu ne seras revêtu que de la claire forme de l’esprit.
Et là enfin tu ne crains l’attaque d’aucun dieu corruptible et ténébreux. Là, chacun apporte le trésor qui lui appartient, chacun garde la propriété spirituelle qu’il a accumulée par sa sagesse.
Il n’est pas de diamant assez pur pour immobiliser les traits changeants de l’âme s’ils ne se sont pas sculptés eux-mêmes dans le marbre de la beauté morale. Ce n’est que dans le royaume de l’esprit que l’homme mesure le rythme de la justice.