Tu levais le brûle-parfum et tu l’abaissais tour à tour et tu poursuivais de tes bras ouverts les belles fumées mauves et bleues qui tournoyaient avec lenteur et se perdaient mystérieusement dans les ténèbres du plafond.
Et tu me disais en riant, mais avec un peu de crainte pourtant en me montrant l’air parfumé : « Regarde ! Il y a un juge avec une longue robe rouge et un turban noir et derrière lui portant une épée recourbée, je vois le bourreau du roi des Mahrattes. »
Et je t’ai répondu : « Il y a bien longtemps que je suis suivi par un juge, un juge au turban noir derrière qui un bourreau se tient. Même quand le soleil couchant ne rougit pas le bleu des fumées, il est toujours à côté de moi, ce juge éternel.
« Celui que tu me montres se dissipera tout à coup si tu ouvres la fenêtre et si tu fais pénétrer le vent du soir. Mais mon invisible juge demeurera et le bourreau du remords mille fois plus impitoyable que celui du roi des Mahrattes me tourmentera avec son épée. »