O toi qui portes une lanterne au bout d’un bâton et un bouquet de feuilles séchées, pourquoi viens-tu frapper à ma porte, annonciateur de la mort ? Je sais la nouvelle, elle vient de mourir, dans sa maison qui est de l’autre côté de la ville, au bout d’une longue allée de tamariniers.
Tu t’étonnes de ce que je dis, parce que l’événement vient de se produire, parce que sa vie est partie il y a quelques minutes avec la lumière qui baissait, parce que tu es le premier qui est sorti de sa demeure pour inviter ceux qui l’ont connue à la pleurer. Vois-tu, c’est que j’ai reçu des dieux le don de la clairvoyance.
Je l’ai vue déjà avec un visage muet et des yeux où il n’y a plus de flamme, j’ai marché déjà dans la longue allée de tamariniers avec un cœur désespéré et cette lanterne au bout d’un bâton s’est déjà agitée pour moi sur mon seuil. Ah ! l’aveugle est mille fois plus heureux que le clairvoyant !
Il y a différentes manières de voir mourir ceux qu’on aime et la mort que tu annonces, annonciateur de la mort, est bien loin d’être la plus cruelle. Va, continue ta route. La nuit s’avance. Elle avait beaucoup d’amis qu’elle chérissait mieux que moi et tu dois frapper encore à beaucoup de portes. Il y a des années que je la pleure car je l’ai perdue depuis longtemps.