UNE FEMME DANS UN MIROIR

Rien n’est plus mélancolique que de regarder une femme dans un miroir. On ne reconnaît pas bien la chambre, derrière la femme, et la bougie, au fond, à l’air de brûler pour le culte d’un dieu oublié.

C’est une illusion de bonheur que l’on goûte auprès d’une illusion de créature. Je ne serai pas surpris si la femme s’envolait tout à coup par la fenêtre comme un oiseau et si la flamme se détachait de la bougie et tombait à terre comme un rubis mort.

Celle qui est auprès de moi pourrait être une autre. Je ne suis pas bien sûr d’être dans cette chambre-là. Un oiseau de mousseline tourbillonne, un rubis mort fait une goutte de flamme sur le tapis, et moi je me détache de mon corps, je cesse d’être moi-même, je me perds dans l’infini du miroir.


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