Chapitre IIIIXXIIIe.
Un autre exemple vous diray de Rebeca, qui à merveilles fust belle et bonne et plaine de bonnes mœurs. Ceste Rebeca est moult louée en la Sainte escripture sur toutes, comme d’estre doulce femme et humble. Elle fust femme Isaac et mère Jacob. L’escripture tesmoingne qu’elle ama et honnoura son seigneur sur toutes, et se tenoit devant luy sy humble et sy doulces responses donnoit, que pour mourir elle ne deist et ne feist chose dont elle le cuidast corrocier, et pour son humilité elle sembloit mieux servante de l’ostel que la dame. Elle fut moult longuement brehaingne ; mais Dieu, qui aime saint et net mariage et humilité, li donna ij. enffans en une ventrée. Ce fut Esaü et Jacob, duquel Jacob yssirent les xij. enffans qui furent princes des xij. lignées dont l’espitre de la Toussains parle, si comme saint Jehan le racompte que il vit quant il fut ravy au ciel. CesteRebeca aima le plus Jacob, qui estoit lepuisné, et lui fist par son sens avoir la beneyçon de son père, si comme un leçon le racompte. Elle aimoit le plus cellui qui le mieulx se savoit chevir et qui estoit de plus grant pourveance. Elle sembloit à la leonnesse et à la louve, qui ayment plus celui de leurs faons qui le mieulx se scet pourchacier ; car Jacob estoit de grant pourveance et Esaü avoit son cuer en chasses, en boys et en venoysons. Et ainsi ne sont pas les enffans d’un père et d’une mère d’une manière ; car les uns aiment un mestier et une manière de oeuvre et les autres une autre.
Je vous diray l’exemple d’un bon preudomme et d’une preude femme qui furent long-temps ensemble sans avoir enffans, et à leur prière nostre Seigneur leur en donna un bel à merveilles. Or avoient-ilz promis que le premier seroit mis et donné à l’eglise pour à Dieu servir. Après cellui ilz en eurent un autre qui ne fust pas si bel, et lors ilz vont changier leur propos et vont dire que ilz mettroient à l’eglise le plus let et retendroient le plus bel pour estre leur héritier, et Dieu s’en courrouça et les prinst tous deux, et ne leur fist nul tort, car l’un après l’autre si furent donnés, ne onques puis n’eurent lingnée, dont ilz furent à grant douleur. Mais Dieu leur fist assavoir par le prophète la cause et l’achoison. Et pour ce a cy bonne exemple que nul ne doit promettre à Dieu chose qu’il ne vueille tenir, car nul ne peut moquer Dieu, comme ceulx cy qui le cuidoient moquer à bailler le plus let, et le plus bel retenir. Sy n’en verrés jà nul bien venir à ceulx qui ainsi le font, ne qui ostent leurs filz ne leurs filles de religion,comme moygnes ou nonnains, puis que une fois ont esté baillez et donnez. Dont j’ay veu maint exemple de mes yeulx, comme plusieurs qui ont esté traiz des abbaies pour les terres qui leur escheoient, comme de leurs frères ou seurs qui se moururent, dont la terre leur avenoit, et puis par convoitise l’en les ostoit. Mais, pour certain, de x. je n’en vi onques un devenir à bien, fors à meschiez ou honte, comme des hommes vivre et finer mal, et des nonnains que l’on ostoit tout aussi, car au derrenier elles tournoyent à mal et estoient blasmées, ou mouroient d’enffant ou finoient mallement. Et pour ce ne doit l’en oster à Dieu ce que promis et donné luy est une foiz.