Cy parle du saige.

Chappitre CVIIIe.

Pour ce dit le saige en un prouverbe que, quant les dames furent levées, pingnées, adournées et mirées, les croix et lesprocessions s’en furent alées et les messes chantées ; c’est tout aussy comme Dieu parla en l’euvangille des cinq saintes vierges qui furent curieuses et esveillées et garnies de huille et de lumière en leurs lampes, et, quant l’espoux fust venu, elles entrèrent avecques lui en la grant joye du chastel et trouvèrent les portes ouvertes. Mais les autres cinq vierges, qui se estoient endormies et ne s’estoient point garnies de huille et de luminaire en leurs lampes, quant elles vindrent, si trouvèrent les portes fermées, et quant elles demandèrent de l’uille, l’en leur dist :Nescio vos, c’est-à-dire que elles n’en auroient point, car elles estoient venues trop tart. Dont je doubte que à cest exemple il en y a par le monde de moult endormies et pareceuses du service de Dieu fayre et oïr, et desgarnies de ce qui appartient à leur sauvement, c’est de faire bonnes et saintesœuvres et de la grace de Dieu avoir. Et me doubte que se elles se tardent à elles amender devant leur fin, de laquelle fin elles ne scevent l’eure ne le jour, que elles trouveront la porte close. Et l’en leur dira comme l’en fist aux cinq foles qui se estoient endormies :Nescio vos. Lors ne sera mie temps de soy repentir, ains seront moult esbahies quant elles se verront departies de Dieu et des bonnes, et mener ou chemin d’enffer en l’orde compaignie et en la cruelle paine et doleur continuelle, qui jamais n’ara fin ne joye, ne repos, helas ! tant seront chier vendues les cointises, les foles plaisances et les faulx delis dont l’en aura usé pour plaire à la folle chair et au monde. Ainsi et par celle voye yront les mauvaises femmes, et les bonnes au contraire ; car elles yront avec l’espoux, c’est avecques Dieu leur createur, et trouveront la porte ouverte pour entrer en la grant joye, pour ce que elles auront estez esveillées et curieuses à leurs lampes et à leurs luminaires pour attendre l’eure de l’espoux, c’est-à-dire que elles auront fait les saintes œuvres et auront veillé pour attendre l’eure de la mort, et ne se seront pas endormies en pechié ne en ordure, ainçois se seront tenues nettes et souvent confessées et gardées de pechié à leur povoir, et auront amé Dieu et craint ; car qui l’aime et craint, il se garde nettement et het pechié à faire ; car pechié est le desplaisir de Dieu. Cestes cy seront les bonnes de quoy Dieu parla en l’euvangille, comme ouy avez.


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