De la royne Hester.

Chapitre IIIIXXXVIIe.

Je vous diray un autre exemple de la royne Hester, femme au grant roy de Surye. Celle fut à merveilles bonne dame et saige, et amoit et craingnoit son seigneur. Sur toutes dames la sainte escripture la loue moult de sainte vie et de ses bonnes mœurs. Car le roy son seigneur estoit mal et divers, et lui disoit aucunes foiz moult d’oultraigeuses paroles et vilainnies ; mais pour riens que il lui deist elle ne lui respondoit aucune parole dont il se deust corroucer devant les gens ; mais après, quand elle le trouvoit seul et veoit son lieu, elle se desblamoit et luimonstroit bel et courtoisement sa faulte, et pour ce le roy l’amoit à merveilles et disoit en son secret qu’il ne se povoit courroucier à sa femme, tant le prenoit par bel et par doulces paroles. Certes, c’est une des bonnes taches que femme puist avoir, que ne respondre point en l’ire ne en courroux de son seigneur. Car cuer gentil estcremeteux et a touz jours paours de faire ou dire chose qui desplaise à cellui qu’il doit honnorer et craindre, dont l’en conte ès livres des roys de la femme d’un grant seigneur qui estoit mal et divers et sa femme estoit moult douce, et moult souffroit et estoit humble. Sy estoit un jour moult pensive, et ses damoiselles lui disoient : « Madame, pourquoy ne vous esbatez-vous, comme juenne dame que vous estes ? » Et elle respondit que il convenoit que elle se doubtast et se demenast comme elle sçavoit que estoit la voulenté de son seigneur, pour avoir la joye de luy et la paix de son hostel. Et puis disoit que la paour de trois prisons la destreignoit de estre trop joyeuse et trop gaye, dont l’une estoit amours, l’autre paours, et la tierce honte. Ces iij. vertus la maistrioient ; car l’amour qu’elle avoit à son seigneur la gardoit de lui faire son desplaisir ; paour la destraingnoit de perdre son honneur et de faire pechié, fors le moins qu’elle povoit ; honte d’avoir villain reproche. Et ainsi la bonne dame dit à ses damoiselles. Pour quoy, mes chières filles, je vous prie que vous ayez ces exemples en voz cuers, et ne respondez nulle grosse parole ne envieuse à vostre seigneur, fors doulce et humble, comme faisoit celle bonne dame, la royne Hester, comme ouy avez, et comme ceste bonne dame qui dist à ses damoisellesque son cuer estoit en l’amour et en la prison de son seigneur, et pour ce ne povoit-elle faire fors que à tout son plaisir et vivre en sa paix.


Back to IndexNext