De querre conseil.

Chappitre IIIIXXXIIIIe.

Je vous diray un autre exemple de la royne de Sabba, qui moult estoit bonne dame et saige, laquelle vint de vers Orient en Jherusalem pour demander conseil d’un grant fait au roy Salomon, lequel la conseilla feablement, et bien lui prist de son conseil, et elle ne perdy pas son travail ne ses pas. Et pour ce a cy bon exemple que toute bonne dame doit eslire un bon preudomme et saige de son lignaige ou d’autre et le tenir en amour et soy conseiller à lui de ses besoingnes ; car le bon conseil fait la bonne œuvre, et fait tenir bonne amour à ses voisins et garder le sien sans parler et sans rioter, et, se aucun plait ou contensse met, le bon preudomme et le saige conseil si le oste et amodèrela chose, et fait avoir le sien sans grans coustz et sans grans mises, et tousjours en vient grant bien, comme il vint à la bonne royne de Sabba, qui de sy loing vint querre conseil au saige roy Salemon. Et encores vouldroye-je que vous sceussiez l’exemple d’un empereur de Romme. L’empereur estoit malade au lit de la mort. Chascun des seigneurs et des senateurs et autres pour lui plaire disoient que il seroit tantost guery, mais que il eust sué. Mais amy que il eust ne lui parloit du prouffit de l’ame. Sy avoit avecques lui un chambellan qui l’avoit nourry, lequel le servoit d’enffance. Cellui veoit bien que il ne pouvoit eschapper, et que tous ne le conseilloient fors que pour lui plaire seulement. Sy lui va dire le chambellan : « Sire, comment sentez-voz vostre cuer ? » Et l’empereur luy dist que bien petitement. Lors lui commença à dire moult humblement : « Sire, Dieux vous a donné en cest monde toutes honneurs et les biens terriens et la joye mondaine, si l’en recongnoissez et merciez, et departez à ses povres des biens que Dieu vous a donnez, tellement que il n’ait que reprouchier sur vous. » L’empereur escouta et dist deux motz : Plus vault amy qui point que flatteur qui oint. Et fust pour ce que ses amis ne lui avoient parlé que de l’esperance de la santé du corps pour lui plaire ; mais cestuy-cy lui parloit du sauvement de l’ame ; car qui ayme le corps il doit amer l’ame, et ne doit l’en riens celler à son amy de chose qui lui porte prouffit et honneur, ne, pour amour ne pour hayne, ne le laisse à conseillier loyaulment, comme preudomme et bon amy, et ne le flatte pas ne faire leplacebocomme firent tous les amis de l’empereur,qui veoient bien qu’il ne povoit eschapper de mort et ne lui osoient pas dire le prouffit de son ame comme fist son povre chambellain, qui le mist à la voie du sauvement. Et l’empereur le creust, car il donna et departi du sien largement pour Dieu.


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