CHAPITRE IILA VIE DANS LA MER.

CHAPITRE IILA VIE DANS LA MER.«Que les eaux produisent en toute abondance des animaux qui aient vie et qui se meuvent!»(Genèse.)IA l’aspect de la haute mer, libre de tout rivage, celui qui aime à créer en lui-même un monde à part où puisse s’exercer librement l’activité spontanée de son âme, celui-là se sent rempli de l’idée sublime de l’infini. Son regard cherche surtout l’horizon lointain. Il y voit le ciel et l’eau qui s’unissent en un contour vaporeux où les astres montent et descendent, paraissent et disparaissent tour à tour. Mais bientôt cette éternelle vicissitude de la nature réveille en lui le vague sentiment de tristesse qui est au fond de toutes les joies de notre cœur. (Humboldt.)Des émotions d’un autre genre, et tout aussi sérieuses, sont produites par la contemplation et par l’étude des innombrables êtres organisés qui peuplent l’Océan.En effet, cette immense masse d’eau qu’on appelle lamern’est pas un vaste désert liquide. La vie habite dans son sein, comme elle habite sur la terre. Elle y règne en souveraine, avec ses épanouissements, son luxe et ses agitations.La vie plaît à Dieu. C’est la plus belle, la plus brillante, la plus noble et la plus incompréhensible de ses manifestations.On l’a dit il y a bien longtemps, la vie est partout, et le monde n’est rien que par la vie. Les êtres qui en jouissent la transmettent fidèlement à d’autres êtres, leurs enfants et leurs successeurs, qui en seront comme eux les dépositaires ou les usufruitiers. Le merveilleux héritage traverse ainsi les années et les siècles, sans être dénaturé ni amoindri, et le globe possède toujours la même quantité de vie qui lui a été si libéralement distribuée.On sait ce que produit la vie, mais on ignore ce qu’elle est (Lamartine), et cette ignorance est peut-être l’aiguillon puissant qui excite notre curiosité et provoque nos études.Au sein de toute chose animée, il se livre un combat incessant et muet, entre la vie, qui assimile, et la mort, qui désagrége. La première est d’abord la plus puissante, elle maîtrise la matière. Cependant son règne est limité; elle s’affaiblit graduellement avec l’âge, et finit par s’éteindre avec le temps: alors les lois physiques et chimiques reprennent le dessus et détruisent l’organisation. Mais les éléments de cette dernière, d’abord inertes, sont bientôt ressaisis et remis en œuvre par une nouvelle vie. Ainsi, chaque plante, chaque animal se lie avec le passé et se confond avec l’avenir; car toute génération qui surgit n’est que le corollaire de celle qui expire et le prélude d’une autre qui va naître. La vie est le séminaire de la mort. La mort est la nourrice de la vie.IILa vie ne s’est pas manifestée sur le globe au moment même où il a été formé. Elle a paru tard; elle n’est venuequ’après les autres phénomènes naturels. Pour la recevoir, il fallait un sol convenablement préparé et un ensemble déterminé de conditions physiques et chimiques.L’apparition et la diffusion des êtres vivants n’ont pas marché au hasard, elles ont suivi un ordre rigoureux. La connaissance des débris fossiles a jeté le plus grand jour sur ce développement régulier et progressif de l’organisation. L’évolution des êtres vivants a commencé par les plus rudimentaires. Les couches très-anciennes de la terre ne recèlent rien qui ait vécu; les traces des corps organisés n’existent que dans des terrains de formation relativement récente. Les végétaux se montrent les premiers, et, parmi ces végétaux, ce sont d’abord les plus inférieurs. Paraissent ensuite les animaux, et en première ligne ceux qui se rapprochent le plus du règne végétal, et qui appartiennent, par conséquent, aux tribus les moins parfaites. Ainsi, les combinaisons de la vie, d’abord simples, sont devenues de plus en plus compliquées, jusqu’au moment de la création de l’homme, cet admirable chef-d’œuvre de l’organisation.Si l’on met au printemps, dans une soucoupe exposée à l’air et à la lumière, une certaine quantité d’eau pure, on voit bientôt se produire des nuages légèrement jaunâtres ou verdâtres. Ces nuages, examinés au microscope, présentent des milliers de végétaux agglomérés. Bientôt naissent des animalcules qui nagent au milieu de ces nuages vivants et se nourrissent de leur substance; puis se forment d’autres animalcules qui poursuivent et dévorent les premiers.En résumé, la vie transforme la matière brute en matière organisée. Les végétaux apparaissent tout d’abord; puis viennent les animaux herbivores, puis les animaux carnassiers. La vie entretient la vie. La mort des uns alimente le développement des autres. Car tout s’enchaîne, tout s’entr’aide, tout se métamorphose dans le monde organisécomme dans le monde minéral, et il en résulte une harmonie générale toujours profonde, toujours la même et toujours digne de notre admiration. Dieu seul est permanent, tout le reste est transition.IIILes eaux ont beaucoup plus d’habitants que les parties solides de la terre[2]. Sur une surface moins variée que celle des continents, la mer renferme dans son sein une exubérance de vie dont aucune autre région du globe ne pourrait donner l’idée (Humboldt).La vie s’épanouit au nord comme au midi, à l’est comme à l’ouest. Partout les mers sont peuplées; partout, au sein de l’abîme, s’agitent et s’ébattent des créatures qui se correspondent et s’harmonisent; partout le naturaliste trouve à s’instruire et le philosophe à méditer; et ces changements mêmes ne font qu’imprimer davantage dans notre âme un sentiment de reconnaissance pour l’Auteur de l’univers. (J. Franklin.)Oui, les rives de l’Océan et ses profondeurs, ses plaines et ses montagnes, ses vallées et ses précipices, même ses ruines, sont animés et embellis par d’innombrables êtres organisés. Ce sont d’abord des plantes solitaires ou sociales, dressées ou pendantes, étalées en prairies, groupées en oasis ou rassemblées en immenses forêts. Ces plantes protégent et nourrissent des millions d’animaux qui rampent, qui courent, qui nagent, qui volent, qui s’enfoncent dans le sable, s’attachent à des rochers, se logent dans des crevassesou se construisent des abris; qui se recherchent ou se fuient, se poursuivent ou se battent, se caressent avec amour ou se dévorent sans pitié.Charles Darwin remarque, avec raison, que nos forêts terrestres n’entretiennent pas, à beaucoup près, autant d’animaux que celles de la mer.L’Océan, qui est pour l’homme l’élément de l’asphyxie et de la mort, est, pour des milliards d’animaux, un élément de vie et de santé.Il y a de la joie dans ses flots; il y a du bonheur sur ses rives; il y a du bleu partout!IVLa mer influe sur ses nombreux habitants, végétaux ou animaux, par sa température, par sa densité, par sa salure, par son amertume, par l’agitation de ses flots et par la rapidité de ses courants.On a vu, dans le chapitre qui précède, que les eaux marines ne se congèlent qu’à la surface, et qu’à 1000 mètres de profondeur, il existe une température permanente, la même sous toutes les latitudes. D’un autre côté, on a reconnu que l’effet des agitations les plus puissantes et celui des ouragans les plus forts s’étendent tout au plus à 25 mètres de profondeur (Bergmann). D’où il résulte que les végétaux et les animaux, en descendant plus ou moins, suivant le froid ou les mouvements qui les dérangent, peuvent toujours avoir un milieu qui leur convienne.Les hôtes de la mer se distinguent par une mollesse particulière. Certaines plantes pélagiques ne présentent qu’une faible, une très-faible consistance; un grand nombre se transforment, par l’ébullition dans l’eau, en une sorte de gelée. Les animaux marins offrent une chair plus ou moinsflasque; beaucoup semblent n’être composés que d’un mucilage diaphane. Le squelette des espèces les plus parfaites est plus ou moins flexible et plus ou moins cartilagineux; il ressemble rarement, quant au poids et à la consistance, aux os des vertébrés terrestres. Cependant les coquilles et les coraux sont remarquables par leur solidité pierreuse. Parmi les corps organisés marins, se trouvent donc à la fois, et les plus mous, et les plus durs!La répartition des êtres organisés nourris par l’Océan est soumise à des lois fixes. On ne trouve pas, sur les côtes, les mêmes espèces qu’on rencontre éloignées des continents, ni à la surface celles qui se cachent dans les profondeurs.Quelle immense variété de tailles, de formes et de couleurs, depuis la végétation presque invisible qui sert de nourriture aux petits coquillages, jusqu’aux algues élancées, longues de 50 mètres, depuis l’infusoire microscopique jusqu’à la baleine gigantesque!On trouve dans la mer animée de l’unité et de la diversité, qui constituent le beau; de la grandeur et de la simplicité, qui forment le sublime; de la puissance et de l’immensité, qui commandent le respect. (Lacépède.)On a décrit et figuré bien des plantes et bien des animaux. Mais combien en reste-t-il encore à figurer et à décrire? Depuis plus de deux mille ans que les recherches se multiplient et se succèdent sans interruption, combien la science ne laisse-t-elle pas encore à désirer, même pour amener les connaissances déjà acquises au degré de perfection dont elles sont susceptibles! (Lamarck.)VLorsque la marée se retire des bords de l’Océan, la mer abandonne sur la plage quelques-uns des êtres si nombreuxqu’elle abrite dans son sein. Le naturaliste et l’amateur peuvent, dans les premiers moments, recueillir une foule de végétaux et d’animaux avec tous leurs caractères, toutes leurs couleurs et toutes leurs propriétés.Les populations riveraines y trouvent les éléments de leur nourriture, de leur commerce ou de leur industrie. Aussi s’empressent-elles d’accourir à la marée basse. Les villages et les hameaux les plus rapprochés y envoient tout leur contingent. Hommes et femmes, vieux et jeunes, chacun est propre à la récolte, suivant ses forces et son activité. On s’arme de bâtons, de perches et de pioches; on apporte des corbeilles, des paniers, des sacs, même des filets. On amène des brouettes et des chariots.FILETS DE PÊCHE.Des pêcheurs ramassent lesZostèresrubanées, lesUlvesmembraneuses, lesFucusrembrunis, et en font des chargements considérables. D’autres recueillent les petits coquillages disséminés sur la grève. Les jeunes garçons enlèvent adroitement sur les rochers, desRansouBuccins, desVignettesouTurbos, et desOreilles de merouOrmiers. Ilsdétachent aussi desBéniclesouPatelles. Les jeunes filles font la chasse auxMactres, auxCythéréeset auxBucardes. Des femmes entrent dans l’eau jusqu’à mi-jambes, et vont arracher des quantités considérables deModioleset deMoules.On retourne les pierres, ou bien on sonde les crevasses avec un crochet attaché au bout d’une latte. On y surprend desPoulpes, desSècheset desCalmars, quelquefois même desAnguilles de merouCongres, qui s’y sont réfugiés.On explore les petites mares que la mer a formées en se retirant. On y plonge une pochette longuement emmanchée; on y promène un filet à mailles très-petites, et l’on s’empare ainsi des animaux qui s’y sont attardés, mollusques, crustacés ou poissons.Des hommes creusent le sable, et mettent à nu desOursins, desDonaceset desManches de couteau.VIDans la Méditerranée et dans les petites mers, la marée est nulle ou presque nulle, au grand détriment des populations du voisinage. Il existe, d’ailleurs, un grand nombre de végétaux et d’animaux, appartenant à la haute mer, que les flots ou les courants n’amènent presque jamais sur la plage. Il en est d’autres tellement fugaces ou si fortement collés à leurs rochers, qu’on ne peut bien les étudier que dans les endroits mêmes qu’ils habitent. Il faut aller les surprendre flottant à la surface des eaux ou retirés dans leurs mystérieux asiles. Voilà pourquoi les naturalistes sérieux doivent étudier beaucoup de productions vivantes de l’eau salée au sein même de la mer, et non sur les rivages.La plupart des explorateurs emploient dans ce but ladrague, la sonde et d’autres engins propres à racler et à briser les rochers les plus durs.DRAGUEURS.Dans son voyage sur les côtes de la Sicile, M. Milne Edwards a eu l’excellente idée de se servir de l’appareil inventé par le colonel Paulin, ancien commandant des pompiers de Paris. Cet appareil consiste en un casque métallique pourvu d’une visière de verre, et par conséquent transparente, qui se fixe au cou à l’aide d’un tablier de cuir maintenu par un collier rembourré. Ce casque est une véritable cloche à plongeur en miniature. Il communique avec une pompe foulante au moyen d’un tube flexible. Quatre hommes sont employés au service de cette pompe: deux la mettent en exercice, pendant que les deux autres se reposent. D’autres hommes tiennent l’extrémité d’une corde (qui passe dans une poulie attachée à une certaine élévation), laquelle permet de hisser rapidement le plongeur. Un observateur vigilant tient dans la main lepetit cordon destiné aux signaux. L’immersion du plongeur est facilitée par de lourdes semelles de plomb, lesquelles favorisent en même temps la station verticale au fond de la mer. Il faut près de deux minutes pour retirer un homme de l’eau et pour le débarrasser de son casque. M. Milne Edwards se faisait descendre, avec cet appareil, jusqu’à 8 ou 9 mètres de profondeur. Ses recherches ont été couronnées du succès le plus complet. Dans ses excursions sous-marines, ce savant naturaliste a pu étudier sur place, dans leurs retraites les plus cachées et en apparence les moins accessibles, des animaux rayonnés, des mollusques, des crustacés, des annélides, surtout des larves et des œufs, et a contribué puissamment à faire connaître les développements, les fonctions et les mœurs d’un certain nombre d’habitants de la mer, que leur séjour et leur manière de vivre semblaient soustraire pour toujours à nos investigations.On a proposé, dans ces derniers temps, pour tous les travaux qui exigent un séjour plus ou moins long au sein des eaux, le bateau plongeur de MM. Lamiral et Payerne. Ce bateau est un réservoir d’air atmosphérique comprimé, qu’on descend à différentes profondeurs. Il fournit les éléments de la respiration, sans communication extérieure; il favorise le contact direct avec les objets submergés et permet facilement la locomotion sous l’eau.VIIOn peut encore étudier les êtres vivants abrités par la mer, en les conservant dans des vases convenables. C’est à M. Charles des Moulins (de Bordeaux) qu’on doit la possibilité de ces éducations à domicile (1830).Quand on place dans un bocal rempli d’eau douce, des mollusques, des crustacés ou des poissons, on voit, au bout de quelques jours, le liquide perdre sa transparence et sa pureté, et se corrompre peu à peu. Il faut nécessairement changer ce dernier de temps à autre, changement qui dérange, fait souffrir et même périr les animaux. L’eau nouvelle, d’ailleurs, n’offre pas toujours la même composition, ni la même aération, ni la même température que l’eau remplacée. M. Charles des Moulins a proposé de mettre dans le vase un certain nombre de plantes aquatiques, flottantes ou submergées, par exemple des lentilles d’eau, des volants d’eau, des potamogets. Ces plantes agissent sur le liquide en sens inverse des animaux qui l’habitent. On sait que les végétaux assimilent le carbone, en décomposant l’acide carbonique, produit de la respiration des animaux, et dégagent l’oxygène indispensable à ces derniers. De cette manière, on n’a plus besoin de changer le liquide, ni même de l’agiter, et l’on ne trouble pas ses habitants.M. Dujardin, en 1838, M. Thysme, en 1846, et M. Warrington, en 1849, ont eu l’heureuse idée de faire pour l’eau salée ce que M. Ch. des Moulins avait conseillé pour l’eau douce. Il va sans dire que les plantes dont ils se servent sont des ulves et des fucus. Enfin, M. Philippe Henri Gosse et M. Bowerbank ont imaginé des réservoirs sur une plus grande échelle, espèces de bassins transparents auxquels ils ont donné le nom d’aquariums.Les aquariums sont pour les populations aquatiques ce que les volières sont pour les oiseaux. Seulement, au lieu de cages de fer, ce sont des cages de verre, et au lieu d’air, c’est de l’eau. (Millet.)Les aquariums de cabinet affectent généralement une forme rectangulaire. Qu’on se représente des bassins dont le fond est une table d’ardoise ou une lame de zinc. Quatrecolonnettes de fonte ou de fer soutiennent quatre glaces verticales, surmontées par un encadrement de métal. Ce sont des maisons de verre qui dévoilent, avec tous leurs secrets, les mouvements, les mœurs, les habitudes du monde aquatique.AQUARIUM.Afin d’élever un plus grand nombre d’animaux, et pour imiter jusqu’à un certain point l’agitation des eaux et leur incessante aération, on a imaginé de renouveler le liquide petit à petit et d’une manière continue, à l’aide d’un appareil spécial. On fait arriver l’eau, soit en un filet plus ou moins grêle, soit seulement goutte à goutte. Le liquide s’échappe par un trop-plein.On a soin de placer, dans le réservoir, des pierres creuses, des tuyaux, pour offrir des abris aux animaux qui fuient la lumière. On peut aussi former des écrans, soit avec une planche ou une lame de carton, soit avec une pièce d’étoffe ou un verre dépoli. On ménage sur l’écran quelques petitesouvertures qui permettent d’observer sans être vu. De cette manière on ne dérange en aucune façon les fonctions des animaux, et l’on saisit tous les détails de leur vie intérieure. C’est en réalité la maison de verre des sages de l’antiquité (Millet).Il est bon d’appliquer un couvercle sur l’aquarium, pour arrêter les animaux qui pourraient en sortir, soit en sautant, soit en rampant, et pour empêcher la poussière de tomber sur l’eau, de s’y accumuler et de pénétrer dans sa masse.En 1853, M. Mitchell, secrétaire de la Société zoologique de Londres, construisit dans le jardin de Regent’s Park un aquarium avec des dimensions qu’on n’avait pas encore employées. Le succès de ce petit musée vivant de la mer excita en Angleterre de véritables transports d’admiration (Rufz de Lavison).Le plus grand, le plus beau et le plus complet des aquariums établis jusqu’à ce jour, est celui du Jardin zoologique du bois de Boulogne, à Paris, inauguré le 3 octobre 1861.Qu’on se figure un bâtiment, solidement construit en pierre, de 40 mètres de long sur 10 de large, offrant une rangée de quatorze réservoirs, d’ardoise d’Angers, alignés du côté du nord. Ces réservoirs sont à peu près cubiques, et offrent des devants de forte glace de Saint-Gobain, qui permettent de voir l’intérieur. Ils sont éclairés par le haut: il en résulte un demi-jour verdâtre, uniforme, mystérieux, qui donne une idée exacte des faibles clartés sous-marines. Chaque réservoir contient environ 900 litres d’eau; il est garni de rochers disposés un peu en amphithéâtre et d’une manière pittoresque. Sur ces rochers s’étalent ou s’élèvent diverses espèces de plantes aquatiques. Les réservoirs ont dans le fond une couche de galets, de gravier et de sable, pour donner à certains animaux des retraites suffisantes.Dix de ces réservoirs sont destinés aux animaux marins.La quantité d’eau employée est d’environ 22 700 litres. Cette eau n’est jamais changée, mais elle est sans cesse en mouvement, elle circule. Ce mouvement est produit de la manière suivante. On profite d’un courant d’eau amené par le grand tuyau de la concession qui alimente le bois de Boulogne. Cette eau, soumise à une forte pression, comprime une certaine masse d’air. Cet air, dès qu’on lui permet d’agir sur une partie de l’eau de mer contenue dans un cylindre fermé qui se trouve au-dessous du niveau de l’aquarium, la fait monter et entrer avec une grande force dans chaque réservoir, où elle s’introduit par un petit jet. L’eau de mer, pressée, absorbe beaucoup d’air, qu’elle entraîne avec elle dans les réservoirs. Un tuyau placé dans un coin de ces derniers reçoit le trop-plein du liquide, et le conduit dans un filtre de charbon très-serré, d’où il passe dans un grand réservoir souterrain, de fonte, doublé de gutta-percha. De là, l’eau revient au cylindre fermé, y subit encore la pression de l’air, et remonte de nouveau dans l’aquarium. Les cylindres étant sous terre, on y maintient facilement une température égale de 16 degrés centigrades environ: ce qui est à peu près la température uniforme de l’eau dans l’Océan. Pendant l’hiver, le bâtiment de l’aquarium est chauffé artificiellement. (Lloyd.)A l’aide d’une disposition très-simple, on peut, dans chaque réservoir, diminuer la quantité de l’eau, et imiter le flux et le reflux de la mer. On peut même, en baissant considérablement le liquide, exposer périodiquement certains animaux à l’air atmosphérique.Dans cette circulation et cette agitation de l’eau, sa masse tend à diminuer par l’évaporation. Les matières qu’elle contient restant dans le liquide, ce dernier finirait par devenir trop salé. Pour remédier à cet inconvénient, on y ajoute de l’eau pure. A l’aide d’un appareil spécial, on faitentrer de temps en temps, dans le grand réservoir, une certaine quantité d’eau pluviale qui vient du toit du bâtiment. Un hydromètre indique le moment où cette addition d’eau douce est devenue nécessaire.«La lengua no basta para decir, ni la mano para escribir todas las maravillas del mar!» (Christophe Colomb.)

CHAPITRE IILA VIE DANS LA MER.«Que les eaux produisent en toute abondance des animaux qui aient vie et qui se meuvent!»(Genèse.)I

«Que les eaux produisent en toute abondance des animaux qui aient vie et qui se meuvent!»(Genèse.)

«Que les eaux produisent en toute abondance des animaux qui aient vie et qui se meuvent!»

(Genèse.)

I

A l’aspect de la haute mer, libre de tout rivage, celui qui aime à créer en lui-même un monde à part où puisse s’exercer librement l’activité spontanée de son âme, celui-là se sent rempli de l’idée sublime de l’infini. Son regard cherche surtout l’horizon lointain. Il y voit le ciel et l’eau qui s’unissent en un contour vaporeux où les astres montent et descendent, paraissent et disparaissent tour à tour. Mais bientôt cette éternelle vicissitude de la nature réveille en lui le vague sentiment de tristesse qui est au fond de toutes les joies de notre cœur. (Humboldt.)

Des émotions d’un autre genre, et tout aussi sérieuses, sont produites par la contemplation et par l’étude des innombrables êtres organisés qui peuplent l’Océan.

En effet, cette immense masse d’eau qu’on appelle lamern’est pas un vaste désert liquide. La vie habite dans son sein, comme elle habite sur la terre. Elle y règne en souveraine, avec ses épanouissements, son luxe et ses agitations.

La vie plaît à Dieu. C’est la plus belle, la plus brillante, la plus noble et la plus incompréhensible de ses manifestations.

On l’a dit il y a bien longtemps, la vie est partout, et le monde n’est rien que par la vie. Les êtres qui en jouissent la transmettent fidèlement à d’autres êtres, leurs enfants et leurs successeurs, qui en seront comme eux les dépositaires ou les usufruitiers. Le merveilleux héritage traverse ainsi les années et les siècles, sans être dénaturé ni amoindri, et le globe possède toujours la même quantité de vie qui lui a été si libéralement distribuée.

On sait ce que produit la vie, mais on ignore ce qu’elle est (Lamartine), et cette ignorance est peut-être l’aiguillon puissant qui excite notre curiosité et provoque nos études.

Au sein de toute chose animée, il se livre un combat incessant et muet, entre la vie, qui assimile, et la mort, qui désagrége. La première est d’abord la plus puissante, elle maîtrise la matière. Cependant son règne est limité; elle s’affaiblit graduellement avec l’âge, et finit par s’éteindre avec le temps: alors les lois physiques et chimiques reprennent le dessus et détruisent l’organisation. Mais les éléments de cette dernière, d’abord inertes, sont bientôt ressaisis et remis en œuvre par une nouvelle vie. Ainsi, chaque plante, chaque animal se lie avec le passé et se confond avec l’avenir; car toute génération qui surgit n’est que le corollaire de celle qui expire et le prélude d’une autre qui va naître. La vie est le séminaire de la mort. La mort est la nourrice de la vie.

II

La vie ne s’est pas manifestée sur le globe au moment même où il a été formé. Elle a paru tard; elle n’est venuequ’après les autres phénomènes naturels. Pour la recevoir, il fallait un sol convenablement préparé et un ensemble déterminé de conditions physiques et chimiques.

L’apparition et la diffusion des êtres vivants n’ont pas marché au hasard, elles ont suivi un ordre rigoureux. La connaissance des débris fossiles a jeté le plus grand jour sur ce développement régulier et progressif de l’organisation. L’évolution des êtres vivants a commencé par les plus rudimentaires. Les couches très-anciennes de la terre ne recèlent rien qui ait vécu; les traces des corps organisés n’existent que dans des terrains de formation relativement récente. Les végétaux se montrent les premiers, et, parmi ces végétaux, ce sont d’abord les plus inférieurs. Paraissent ensuite les animaux, et en première ligne ceux qui se rapprochent le plus du règne végétal, et qui appartiennent, par conséquent, aux tribus les moins parfaites. Ainsi, les combinaisons de la vie, d’abord simples, sont devenues de plus en plus compliquées, jusqu’au moment de la création de l’homme, cet admirable chef-d’œuvre de l’organisation.

Si l’on met au printemps, dans une soucoupe exposée à l’air et à la lumière, une certaine quantité d’eau pure, on voit bientôt se produire des nuages légèrement jaunâtres ou verdâtres. Ces nuages, examinés au microscope, présentent des milliers de végétaux agglomérés. Bientôt naissent des animalcules qui nagent au milieu de ces nuages vivants et se nourrissent de leur substance; puis se forment d’autres animalcules qui poursuivent et dévorent les premiers.

En résumé, la vie transforme la matière brute en matière organisée. Les végétaux apparaissent tout d’abord; puis viennent les animaux herbivores, puis les animaux carnassiers. La vie entretient la vie. La mort des uns alimente le développement des autres. Car tout s’enchaîne, tout s’entr’aide, tout se métamorphose dans le monde organisécomme dans le monde minéral, et il en résulte une harmonie générale toujours profonde, toujours la même et toujours digne de notre admiration. Dieu seul est permanent, tout le reste est transition.

III

Les eaux ont beaucoup plus d’habitants que les parties solides de la terre[2]. Sur une surface moins variée que celle des continents, la mer renferme dans son sein une exubérance de vie dont aucune autre région du globe ne pourrait donner l’idée (Humboldt).

La vie s’épanouit au nord comme au midi, à l’est comme à l’ouest. Partout les mers sont peuplées; partout, au sein de l’abîme, s’agitent et s’ébattent des créatures qui se correspondent et s’harmonisent; partout le naturaliste trouve à s’instruire et le philosophe à méditer; et ces changements mêmes ne font qu’imprimer davantage dans notre âme un sentiment de reconnaissance pour l’Auteur de l’univers. (J. Franklin.)

Oui, les rives de l’Océan et ses profondeurs, ses plaines et ses montagnes, ses vallées et ses précipices, même ses ruines, sont animés et embellis par d’innombrables êtres organisés. Ce sont d’abord des plantes solitaires ou sociales, dressées ou pendantes, étalées en prairies, groupées en oasis ou rassemblées en immenses forêts. Ces plantes protégent et nourrissent des millions d’animaux qui rampent, qui courent, qui nagent, qui volent, qui s’enfoncent dans le sable, s’attachent à des rochers, se logent dans des crevassesou se construisent des abris; qui se recherchent ou se fuient, se poursuivent ou se battent, se caressent avec amour ou se dévorent sans pitié.

Charles Darwin remarque, avec raison, que nos forêts terrestres n’entretiennent pas, à beaucoup près, autant d’animaux que celles de la mer.

L’Océan, qui est pour l’homme l’élément de l’asphyxie et de la mort, est, pour des milliards d’animaux, un élément de vie et de santé.Il y a de la joie dans ses flots; il y a du bonheur sur ses rives; il y a du bleu partout!

IV

La mer influe sur ses nombreux habitants, végétaux ou animaux, par sa température, par sa densité, par sa salure, par son amertume, par l’agitation de ses flots et par la rapidité de ses courants.

On a vu, dans le chapitre qui précède, que les eaux marines ne se congèlent qu’à la surface, et qu’à 1000 mètres de profondeur, il existe une température permanente, la même sous toutes les latitudes. D’un autre côté, on a reconnu que l’effet des agitations les plus puissantes et celui des ouragans les plus forts s’étendent tout au plus à 25 mètres de profondeur (Bergmann). D’où il résulte que les végétaux et les animaux, en descendant plus ou moins, suivant le froid ou les mouvements qui les dérangent, peuvent toujours avoir un milieu qui leur convienne.

Les hôtes de la mer se distinguent par une mollesse particulière. Certaines plantes pélagiques ne présentent qu’une faible, une très-faible consistance; un grand nombre se transforment, par l’ébullition dans l’eau, en une sorte de gelée. Les animaux marins offrent une chair plus ou moinsflasque; beaucoup semblent n’être composés que d’un mucilage diaphane. Le squelette des espèces les plus parfaites est plus ou moins flexible et plus ou moins cartilagineux; il ressemble rarement, quant au poids et à la consistance, aux os des vertébrés terrestres. Cependant les coquilles et les coraux sont remarquables par leur solidité pierreuse. Parmi les corps organisés marins, se trouvent donc à la fois, et les plus mous, et les plus durs!

La répartition des êtres organisés nourris par l’Océan est soumise à des lois fixes. On ne trouve pas, sur les côtes, les mêmes espèces qu’on rencontre éloignées des continents, ni à la surface celles qui se cachent dans les profondeurs.

Quelle immense variété de tailles, de formes et de couleurs, depuis la végétation presque invisible qui sert de nourriture aux petits coquillages, jusqu’aux algues élancées, longues de 50 mètres, depuis l’infusoire microscopique jusqu’à la baleine gigantesque!

On trouve dans la mer animée de l’unité et de la diversité, qui constituent le beau; de la grandeur et de la simplicité, qui forment le sublime; de la puissance et de l’immensité, qui commandent le respect. (Lacépède.)

On a décrit et figuré bien des plantes et bien des animaux. Mais combien en reste-t-il encore à figurer et à décrire? Depuis plus de deux mille ans que les recherches se multiplient et se succèdent sans interruption, combien la science ne laisse-t-elle pas encore à désirer, même pour amener les connaissances déjà acquises au degré de perfection dont elles sont susceptibles! (Lamarck.)

V

Lorsque la marée se retire des bords de l’Océan, la mer abandonne sur la plage quelques-uns des êtres si nombreuxqu’elle abrite dans son sein. Le naturaliste et l’amateur peuvent, dans les premiers moments, recueillir une foule de végétaux et d’animaux avec tous leurs caractères, toutes leurs couleurs et toutes leurs propriétés.

Les populations riveraines y trouvent les éléments de leur nourriture, de leur commerce ou de leur industrie. Aussi s’empressent-elles d’accourir à la marée basse. Les villages et les hameaux les plus rapprochés y envoient tout leur contingent. Hommes et femmes, vieux et jeunes, chacun est propre à la récolte, suivant ses forces et son activité. On s’arme de bâtons, de perches et de pioches; on apporte des corbeilles, des paniers, des sacs, même des filets. On amène des brouettes et des chariots.

FILETS DE PÊCHE.

FILETS DE PÊCHE.

FILETS DE PÊCHE.

Des pêcheurs ramassent lesZostèresrubanées, lesUlvesmembraneuses, lesFucusrembrunis, et en font des chargements considérables. D’autres recueillent les petits coquillages disséminés sur la grève. Les jeunes garçons enlèvent adroitement sur les rochers, desRansouBuccins, desVignettesouTurbos, et desOreilles de merouOrmiers. Ilsdétachent aussi desBéniclesouPatelles. Les jeunes filles font la chasse auxMactres, auxCythéréeset auxBucardes. Des femmes entrent dans l’eau jusqu’à mi-jambes, et vont arracher des quantités considérables deModioleset deMoules.

On retourne les pierres, ou bien on sonde les crevasses avec un crochet attaché au bout d’une latte. On y surprend desPoulpes, desSècheset desCalmars, quelquefois même desAnguilles de merouCongres, qui s’y sont réfugiés.

On explore les petites mares que la mer a formées en se retirant. On y plonge une pochette longuement emmanchée; on y promène un filet à mailles très-petites, et l’on s’empare ainsi des animaux qui s’y sont attardés, mollusques, crustacés ou poissons.

Des hommes creusent le sable, et mettent à nu desOursins, desDonaceset desManches de couteau.

VI

Dans la Méditerranée et dans les petites mers, la marée est nulle ou presque nulle, au grand détriment des populations du voisinage. Il existe, d’ailleurs, un grand nombre de végétaux et d’animaux, appartenant à la haute mer, que les flots ou les courants n’amènent presque jamais sur la plage. Il en est d’autres tellement fugaces ou si fortement collés à leurs rochers, qu’on ne peut bien les étudier que dans les endroits mêmes qu’ils habitent. Il faut aller les surprendre flottant à la surface des eaux ou retirés dans leurs mystérieux asiles. Voilà pourquoi les naturalistes sérieux doivent étudier beaucoup de productions vivantes de l’eau salée au sein même de la mer, et non sur les rivages.

La plupart des explorateurs emploient dans ce but ladrague, la sonde et d’autres engins propres à racler et à briser les rochers les plus durs.

DRAGUEURS.

DRAGUEURS.

DRAGUEURS.

Dans son voyage sur les côtes de la Sicile, M. Milne Edwards a eu l’excellente idée de se servir de l’appareil inventé par le colonel Paulin, ancien commandant des pompiers de Paris. Cet appareil consiste en un casque métallique pourvu d’une visière de verre, et par conséquent transparente, qui se fixe au cou à l’aide d’un tablier de cuir maintenu par un collier rembourré. Ce casque est une véritable cloche à plongeur en miniature. Il communique avec une pompe foulante au moyen d’un tube flexible. Quatre hommes sont employés au service de cette pompe: deux la mettent en exercice, pendant que les deux autres se reposent. D’autres hommes tiennent l’extrémité d’une corde (qui passe dans une poulie attachée à une certaine élévation), laquelle permet de hisser rapidement le plongeur. Un observateur vigilant tient dans la main lepetit cordon destiné aux signaux. L’immersion du plongeur est facilitée par de lourdes semelles de plomb, lesquelles favorisent en même temps la station verticale au fond de la mer. Il faut près de deux minutes pour retirer un homme de l’eau et pour le débarrasser de son casque. M. Milne Edwards se faisait descendre, avec cet appareil, jusqu’à 8 ou 9 mètres de profondeur. Ses recherches ont été couronnées du succès le plus complet. Dans ses excursions sous-marines, ce savant naturaliste a pu étudier sur place, dans leurs retraites les plus cachées et en apparence les moins accessibles, des animaux rayonnés, des mollusques, des crustacés, des annélides, surtout des larves et des œufs, et a contribué puissamment à faire connaître les développements, les fonctions et les mœurs d’un certain nombre d’habitants de la mer, que leur séjour et leur manière de vivre semblaient soustraire pour toujours à nos investigations.

On a proposé, dans ces derniers temps, pour tous les travaux qui exigent un séjour plus ou moins long au sein des eaux, le bateau plongeur de MM. Lamiral et Payerne. Ce bateau est un réservoir d’air atmosphérique comprimé, qu’on descend à différentes profondeurs. Il fournit les éléments de la respiration, sans communication extérieure; il favorise le contact direct avec les objets submergés et permet facilement la locomotion sous l’eau.

VII

On peut encore étudier les êtres vivants abrités par la mer, en les conservant dans des vases convenables. C’est à M. Charles des Moulins (de Bordeaux) qu’on doit la possibilité de ces éducations à domicile (1830).

Quand on place dans un bocal rempli d’eau douce, des mollusques, des crustacés ou des poissons, on voit, au bout de quelques jours, le liquide perdre sa transparence et sa pureté, et se corrompre peu à peu. Il faut nécessairement changer ce dernier de temps à autre, changement qui dérange, fait souffrir et même périr les animaux. L’eau nouvelle, d’ailleurs, n’offre pas toujours la même composition, ni la même aération, ni la même température que l’eau remplacée. M. Charles des Moulins a proposé de mettre dans le vase un certain nombre de plantes aquatiques, flottantes ou submergées, par exemple des lentilles d’eau, des volants d’eau, des potamogets. Ces plantes agissent sur le liquide en sens inverse des animaux qui l’habitent. On sait que les végétaux assimilent le carbone, en décomposant l’acide carbonique, produit de la respiration des animaux, et dégagent l’oxygène indispensable à ces derniers. De cette manière, on n’a plus besoin de changer le liquide, ni même de l’agiter, et l’on ne trouble pas ses habitants.

M. Dujardin, en 1838, M. Thysme, en 1846, et M. Warrington, en 1849, ont eu l’heureuse idée de faire pour l’eau salée ce que M. Ch. des Moulins avait conseillé pour l’eau douce. Il va sans dire que les plantes dont ils se servent sont des ulves et des fucus. Enfin, M. Philippe Henri Gosse et M. Bowerbank ont imaginé des réservoirs sur une plus grande échelle, espèces de bassins transparents auxquels ils ont donné le nom d’aquariums.

Les aquariums sont pour les populations aquatiques ce que les volières sont pour les oiseaux. Seulement, au lieu de cages de fer, ce sont des cages de verre, et au lieu d’air, c’est de l’eau. (Millet.)

Les aquariums de cabinet affectent généralement une forme rectangulaire. Qu’on se représente des bassins dont le fond est une table d’ardoise ou une lame de zinc. Quatrecolonnettes de fonte ou de fer soutiennent quatre glaces verticales, surmontées par un encadrement de métal. Ce sont des maisons de verre qui dévoilent, avec tous leurs secrets, les mouvements, les mœurs, les habitudes du monde aquatique.

AQUARIUM.

AQUARIUM.

AQUARIUM.

Afin d’élever un plus grand nombre d’animaux, et pour imiter jusqu’à un certain point l’agitation des eaux et leur incessante aération, on a imaginé de renouveler le liquide petit à petit et d’une manière continue, à l’aide d’un appareil spécial. On fait arriver l’eau, soit en un filet plus ou moins grêle, soit seulement goutte à goutte. Le liquide s’échappe par un trop-plein.

On a soin de placer, dans le réservoir, des pierres creuses, des tuyaux, pour offrir des abris aux animaux qui fuient la lumière. On peut aussi former des écrans, soit avec une planche ou une lame de carton, soit avec une pièce d’étoffe ou un verre dépoli. On ménage sur l’écran quelques petitesouvertures qui permettent d’observer sans être vu. De cette manière on ne dérange en aucune façon les fonctions des animaux, et l’on saisit tous les détails de leur vie intérieure. C’est en réalité la maison de verre des sages de l’antiquité (Millet).

Il est bon d’appliquer un couvercle sur l’aquarium, pour arrêter les animaux qui pourraient en sortir, soit en sautant, soit en rampant, et pour empêcher la poussière de tomber sur l’eau, de s’y accumuler et de pénétrer dans sa masse.

En 1853, M. Mitchell, secrétaire de la Société zoologique de Londres, construisit dans le jardin de Regent’s Park un aquarium avec des dimensions qu’on n’avait pas encore employées. Le succès de ce petit musée vivant de la mer excita en Angleterre de véritables transports d’admiration (Rufz de Lavison).

Le plus grand, le plus beau et le plus complet des aquariums établis jusqu’à ce jour, est celui du Jardin zoologique du bois de Boulogne, à Paris, inauguré le 3 octobre 1861.

Qu’on se figure un bâtiment, solidement construit en pierre, de 40 mètres de long sur 10 de large, offrant une rangée de quatorze réservoirs, d’ardoise d’Angers, alignés du côté du nord. Ces réservoirs sont à peu près cubiques, et offrent des devants de forte glace de Saint-Gobain, qui permettent de voir l’intérieur. Ils sont éclairés par le haut: il en résulte un demi-jour verdâtre, uniforme, mystérieux, qui donne une idée exacte des faibles clartés sous-marines. Chaque réservoir contient environ 900 litres d’eau; il est garni de rochers disposés un peu en amphithéâtre et d’une manière pittoresque. Sur ces rochers s’étalent ou s’élèvent diverses espèces de plantes aquatiques. Les réservoirs ont dans le fond une couche de galets, de gravier et de sable, pour donner à certains animaux des retraites suffisantes.

Dix de ces réservoirs sont destinés aux animaux marins.

La quantité d’eau employée est d’environ 22 700 litres. Cette eau n’est jamais changée, mais elle est sans cesse en mouvement, elle circule. Ce mouvement est produit de la manière suivante. On profite d’un courant d’eau amené par le grand tuyau de la concession qui alimente le bois de Boulogne. Cette eau, soumise à une forte pression, comprime une certaine masse d’air. Cet air, dès qu’on lui permet d’agir sur une partie de l’eau de mer contenue dans un cylindre fermé qui se trouve au-dessous du niveau de l’aquarium, la fait monter et entrer avec une grande force dans chaque réservoir, où elle s’introduit par un petit jet. L’eau de mer, pressée, absorbe beaucoup d’air, qu’elle entraîne avec elle dans les réservoirs. Un tuyau placé dans un coin de ces derniers reçoit le trop-plein du liquide, et le conduit dans un filtre de charbon très-serré, d’où il passe dans un grand réservoir souterrain, de fonte, doublé de gutta-percha. De là, l’eau revient au cylindre fermé, y subit encore la pression de l’air, et remonte de nouveau dans l’aquarium. Les cylindres étant sous terre, on y maintient facilement une température égale de 16 degrés centigrades environ: ce qui est à peu près la température uniforme de l’eau dans l’Océan. Pendant l’hiver, le bâtiment de l’aquarium est chauffé artificiellement. (Lloyd.)

A l’aide d’une disposition très-simple, on peut, dans chaque réservoir, diminuer la quantité de l’eau, et imiter le flux et le reflux de la mer. On peut même, en baissant considérablement le liquide, exposer périodiquement certains animaux à l’air atmosphérique.

Dans cette circulation et cette agitation de l’eau, sa masse tend à diminuer par l’évaporation. Les matières qu’elle contient restant dans le liquide, ce dernier finirait par devenir trop salé. Pour remédier à cet inconvénient, on y ajoute de l’eau pure. A l’aide d’un appareil spécial, on faitentrer de temps en temps, dans le grand réservoir, une certaine quantité d’eau pluviale qui vient du toit du bâtiment. Un hydromètre indique le moment où cette addition d’eau douce est devenue nécessaire.

«La lengua no basta para decir, ni la mano para escribir todas las maravillas del mar!» (Christophe Colomb.)


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