CHAPITRE VLES ANIMAUX INFUSOIRES.

CHAPITRE VLES ANIMAUX INFUSOIRES.«Natura nusquàm magis quàm in minimis tota est.»(Pline.)ILa Providence a distribué avec une grande profusion les espèces et les individus inférieurs de l’animalité. Dieu semble avoir voulu consoler (et même égayer) les abîmes de la mer en y répandant par millions et par milliards les représentants les plus mobiles de la vie.MICROSCOPE.L’Océan est donc peuplé de légions innombrables d’infiniment petits... Ces infiniment petits échapperaient encore à nos regards, si nous ne possédions pas lemicroscope, ce sixième sens de l’homme, comme l’appelle M. Michelet.Le microscope! merveilleux instrument qui a fait pour l’organisation ce que le télescope a fait pour les étoiles[27]!La connaissance des Infusoires est, sans contredit, une des plus belles conquêtes de l’optique. C’est un monde entièrement nouveau que nous a révélé la précieuse lunette, et l’une des sources les plus fécondes de notre admiration pour la puissance créatrice.«Il n’y a chose, en ce monde, tant soit elle estimée petite et lesgière, qui ne nous soit tesmoignage de la grandeur de nostre supernaturel et plus que nonpareil Ouvrier.» (Belon.)MICROSCOPE SOLAIRE.Les animalcules infusoires sont tellement petits, qu’une gouttelette de liquide en contient plusieurs millions.Toutes les eaux en présentent, les douces comme les salées, les froides comme les chaudes. Les grands fleuves en charrient constamment des quantités énormes dans la mer.Le Gange en transporte, dans l’espace d’une année, une masse égale à six ou huit fois le volume de la plus grande pyramide d’Égypte. Parmi ces animalcules, on a compté soixante et onze espèces différentes. (Ehrenberg.)L’eau et la vase recueillies entre les îles Philippines et les îles Mariannes, à une profondeur de 6600 mètres, en ont donné cent seize espèces.INFUSOIRES DIVERS.Près des deux pôles, là où de grands organismes ne pourraient pas exister, on rencontre encore des myriades d’Infusoires. Ceux qu’on a observés dans les mers du pôle austral, pendant le voyage du capitaine James Ross, offraient une richesse toute particulière d’organisations inconnues jusqu’ici et souvent d’une élégance remarquable. Dans les résidus de la fonte des glaces qui flottent en blocs arrondis, par 70° 10´ de latitude, on a trouvé près de cinquante espèces différentes. (Ehrenberg.)A des profondeurs de la mer qui dépassent les hauteurs des plus puissantes montagnes, chaque couche d’eau est animée par des phalanges innombrables d’imperceptibles habitants. (Humboldt.)Les Infusoires sont donc à la fois les animaux les pluspetits et les plus nombreux de la nature. Ces êtres microscopiques constituent, aussi bien que l’espèce humaine, un des rouages de la machine si compliquée de notre globe. Ils sont à leur rang et à leur échelon: ainsi l’a voulu la grande Pensée première! Supprimez ces microscopiques bestiolettes, et le monde sera incomplet! On l’a dit il y a longtemps, il n’est rien de si petit à la vue qui ne devienne grand par la réflexion!IILes Infusoires sont tous plus ou moins translucides. Ils n’ont pas assez de substance pour arriver à l’opacité!COTHURNIE(Cothurnia pyxidiformisJ. d’Udckem[28]).Leur corps est plus ou moins globuleux ou ovoïde, quelquefois façonné en navette ou courbé en croissant, enflé comme une ampoule, aplati comme un disque, amincicomme une feuille.... Certains ressemblent à un têtard, à un dé, à une clochette, à un sabot, à un bouton de rose, à une fleur, à une graine....MONADES.LesMonades[29], ces petits des petits, semblent n’être que des molécules de substance absorbante, des atomes agités, des points qui se meuvent. Ces délicates créatures n’ont environ qu’un trois-millième de millimètre de grand diamètre!...IIIOn a regardé d’abord les Infusoires comme privés de toute espèce d’organisation. On a cru qu’ils se nourrissaient par absorption, uniquement par absorption. Mais on a fini par découvrir que certaines espèces étaient assez compliquées. Il en est (polygastriques) qui n’ont pas moins de quatre estomacs (vacuoles) bien distincts. Les mammifères ruminants n’en présentent pas davantage. M. Ehrenbergassure avoir vu des Infusoires pourvus de deux cents estomacs!.... L’appétit de ces animaux est-il en rapport avec ce luxe stomacal?INFUSOIRE GROSSI(Paramecium bursariaPritchard).Pour étudier les organes de ces imperceptibles vies, il faut colorer avec du carmin ou de l’indigo le liquide dans lequel elles s’agitent. Puis, plaçant une goutte de cette liqueur colorée sur un morceau de verre, auprès d’une goutte d’eau pure, on fait communiquer les deux gouttes par un point, avec une aiguille. Les animalcules arrivent de la goutte colorée dans la goutte incolore, et viennent s’offrir à l’observateur avec les estomacs et le canal alimentaire remplis de carmin ou d’indigo.Les difficultés que présente l’examen des Infusoires et l’imagination des observateurs ont été pendant longtemps des obstacles sérieux à la connaissance de ces infiniment petits. Leuwenhoeck, si habile à se servir des microscopes qu’il fabriquait lui-même, apporta dans leur étude une préoccupation qui lui fit toujours supposer des faits au delàde ceux qu’il voyait réellement. Il s’extasiait devant la complexité et la perfection de ces êtres microscopiques, et voulait admettre, jusque dans leur filament caudal, des vaisseaux, des muscles et des nerfs (Dujardin). Joblot allait plus loin: il voyait, parmi eux, des cornemuses vivantes, des poules huppées, des poissons d’or et d’argent!.... On sait aujourd’hui que les Infusoires ne sont, ni aussi compliqués que l’ont écrit certains auteurs, ni aussi simples que l’ont voulu plusieurs autres. C’est au savant professeur Ehrenberg, et plus tard à MM. de Siebold, Claparède, Lachmann, Lieberkühn et Balbiani, que nous devons les travaux les plus complets et les plus intéressants que possède la science sur ces jolis petits nains de l’animalité.PARAMÉCIES.Les Infusoires sont pourvus, en avant ou tout autour du corps, d’un certain nombre de cils plus ou moins fins, égaux ou inégaux, toujours en mouvement, lesquels produisent des tourbillons et des courants qui attirent dans la bouche de la plus petite bête (quand elle en a une) les parcelles organiques qui doivent la nourrir. Les cils dont il s’agit, servent non-seulement à l’alimentation de l’animalcule, mais encore à sa respiration et à ses mouvements.Les Infusoires ne possèdent pas de membres proprement dits. Quelques-uns ont une queue plus ou moins longue.Ces miniatures animales nagent comme des Poissons, rampent comme des Serpents, ou se tortillent comme des Lombrics. LesVolvoces[30]roulent et tournoient constamment sur eux-mêmes, semblables à des boules abandonnées sur un plan incliné.VOLVOCES.La plus petite bête qui remue, comme la plus petite fleur qui éclôt, éveille dans notre cœur un sentiment profond qui nous surprend et nous réjouit, nous émeut et nous fait rêver!....IVLes Infusoires se propagent de diverses manières. D’abord par division spontanée (scissiparité): ils se partagent en deux parties égales qui deviennent chacune exactement semblables à l’individu primitif; de telle sorte que, littéralement, le fils est la moitié de sa mère, et le petit-fils le quart de son aïeule. D’autres se perpétuentpar émission de bourgeons (gemmiparité). Comme on le pense bien, ces sortes d’œufs doivent être d’une excessive petitesse.PROPAGATION D’UN INFUSOIRE PAR DIVISION SPONTANÉE.Dans l’espace de quelques jours, on voit naître, dans un verre d’eau de mer, soit par division, soit par germes, plusieurs millions d’individus.Tout récemment on a découvert, chez plusieurs espèces, des individus mâles et des individus femelles[31].Deux Infusoires se rencontrent dans leurs courses vagabondes, se réunissent, se greffent par leur partie antérieure (fig. 1), se fusionnent (fig. 2, 3, 4, 5), et ne forment plus qu’une masse homogène (fig. 6). Celle-ci s’entoure d’une enveloppe transparente, et laisse voir dans son intérieur quatre points nébuleux (fig. 7) qui s’étendent et se transforment en quatre corps oviformes (fig. 8). Bientôt l’enveloppe se déchire et laisse échapper les corps oviformes (fig. 9), lesquels, comme certaines graines, attendront peut-être des années avant de trouver les circonstances nécessaires à leur développement. Alors la semencegerme (fig. 10, 11), l’Infusoire se dessine (fig. 12), grossit rapidement (fig. 13, 14), et, devenu adulte (fig. 15), reprend sa course capricieuse à la recherche de quelque autre Infusoire de son espèce, auquel il unira sa destinée.Il peut donc y avoir de l’amour et des caresses dans une goutte d’eau! O Jéhovah!VLa vie est répandue dans la Nature avec une telle abondance, que de très-petits Infusoires s’établissent en parasites sur d’autres Infusoiresun peu plus grands, et servent à leur tour de demeure et de pâture à d’autres animalculesencore plus petits. (Humboldt.)UN INFUSOIRE ET SES PARASITES.Les parasites de laParamécie Aurélie[32]sont tantôt sous la forme de massettes cylindriques, pourvues de quelques suçoirs assez courts et revêtues de cils natatoires; tantôt sphériques et dépouillées de leur revêtement ciliaire, mais conservant leurs suçoirs. Les premiers nagent librementdans l’eau et vont à la chasse des Paramécies. Les seconds attendent dans une immobilité complète qu’un Infusoire vienne les effleurer en passant: ils sont à l’affût. Ils s’attachent à leur victime et se laissent emporter par elle. Bientôt ils s’enfoncent dans sa chair, où ils se multiplient avec une telle rapidité, qu’il y en a quelquefois jusqu’à cinquante dans un seul individu.VIUn des phénomènes les plus surprenants qu’on rencontre dans l’étude des Infusoires, c’est leur désorganisation pardiffluence. Cette décomposition arrive entièrement ou partiellement. Müller a vu uneKolpode pintade[33]se résoudre en molécules jusqu’à la sixième partie du corps; puis le reste se mettre à nager,comme si de rien n’était!Les Infusoires offrent encore un autre genre de décomposition. Si l’on approche de la goutte d’eau dans laquelle ils nagent une barbe de plume trempée dans de l’ammoniaque, l’animalcule s’arrête, mais continue à mouvoir rapidement ses cils. Tout à coup, sur un point de son contour, il se fait une échancrure qui s’agrandit peu à peu, jusqu’à ce que l’animal entier soitdissous. Si l’on ajoute une goutte d’eau pure, la décomposition est brusquement enrayée, etce qui restede l’animalcule recommence à se mouvoir et à nager (Dujardin), toujourscomme si de rien n’était!

CHAPITRE VLES ANIMAUX INFUSOIRES.«Natura nusquàm magis quàm in minimis tota est.»(Pline.)I

«Natura nusquàm magis quàm in minimis tota est.»(Pline.)

«Natura nusquàm magis quàm in minimis tota est.»

(Pline.)

I

La Providence a distribué avec une grande profusion les espèces et les individus inférieurs de l’animalité. Dieu semble avoir voulu consoler (et même égayer) les abîmes de la mer en y répandant par millions et par milliards les représentants les plus mobiles de la vie.

MICROSCOPE.

MICROSCOPE.

MICROSCOPE.

L’Océan est donc peuplé de légions innombrables d’infiniment petits... Ces infiniment petits échapperaient encore à nos regards, si nous ne possédions pas lemicroscope, ce sixième sens de l’homme, comme l’appelle M. Michelet.

Le microscope! merveilleux instrument qui a fait pour l’organisation ce que le télescope a fait pour les étoiles[27]!

La connaissance des Infusoires est, sans contredit, une des plus belles conquêtes de l’optique. C’est un monde entièrement nouveau que nous a révélé la précieuse lunette, et l’une des sources les plus fécondes de notre admiration pour la puissance créatrice.

«Il n’y a chose, en ce monde, tant soit elle estimée petite et lesgière, qui ne nous soit tesmoignage de la grandeur de nostre supernaturel et plus que nonpareil Ouvrier.» (Belon.)

MICROSCOPE SOLAIRE.

MICROSCOPE SOLAIRE.

MICROSCOPE SOLAIRE.

Les animalcules infusoires sont tellement petits, qu’une gouttelette de liquide en contient plusieurs millions.

Toutes les eaux en présentent, les douces comme les salées, les froides comme les chaudes. Les grands fleuves en charrient constamment des quantités énormes dans la mer.

Le Gange en transporte, dans l’espace d’une année, une masse égale à six ou huit fois le volume de la plus grande pyramide d’Égypte. Parmi ces animalcules, on a compté soixante et onze espèces différentes. (Ehrenberg.)

L’eau et la vase recueillies entre les îles Philippines et les îles Mariannes, à une profondeur de 6600 mètres, en ont donné cent seize espèces.

INFUSOIRES DIVERS.

INFUSOIRES DIVERS.

INFUSOIRES DIVERS.

Près des deux pôles, là où de grands organismes ne pourraient pas exister, on rencontre encore des myriades d’Infusoires. Ceux qu’on a observés dans les mers du pôle austral, pendant le voyage du capitaine James Ross, offraient une richesse toute particulière d’organisations inconnues jusqu’ici et souvent d’une élégance remarquable. Dans les résidus de la fonte des glaces qui flottent en blocs arrondis, par 70° 10´ de latitude, on a trouvé près de cinquante espèces différentes. (Ehrenberg.)

A des profondeurs de la mer qui dépassent les hauteurs des plus puissantes montagnes, chaque couche d’eau est animée par des phalanges innombrables d’imperceptibles habitants. (Humboldt.)

Les Infusoires sont donc à la fois les animaux les pluspetits et les plus nombreux de la nature. Ces êtres microscopiques constituent, aussi bien que l’espèce humaine, un des rouages de la machine si compliquée de notre globe. Ils sont à leur rang et à leur échelon: ainsi l’a voulu la grande Pensée première! Supprimez ces microscopiques bestiolettes, et le monde sera incomplet! On l’a dit il y a longtemps, il n’est rien de si petit à la vue qui ne devienne grand par la réflexion!

II

Les Infusoires sont tous plus ou moins translucides. Ils n’ont pas assez de substance pour arriver à l’opacité!

COTHURNIE(Cothurnia pyxidiformisJ. d’Udckem[28]).

COTHURNIE(Cothurnia pyxidiformisJ. d’Udckem[28]).

COTHURNIE(Cothurnia pyxidiformisJ. d’Udckem[28]).

Leur corps est plus ou moins globuleux ou ovoïde, quelquefois façonné en navette ou courbé en croissant, enflé comme une ampoule, aplati comme un disque, amincicomme une feuille.... Certains ressemblent à un têtard, à un dé, à une clochette, à un sabot, à un bouton de rose, à une fleur, à une graine....

MONADES.

MONADES.

MONADES.

LesMonades[29], ces petits des petits, semblent n’être que des molécules de substance absorbante, des atomes agités, des points qui se meuvent. Ces délicates créatures n’ont environ qu’un trois-millième de millimètre de grand diamètre!...

III

On a regardé d’abord les Infusoires comme privés de toute espèce d’organisation. On a cru qu’ils se nourrissaient par absorption, uniquement par absorption. Mais on a fini par découvrir que certaines espèces étaient assez compliquées. Il en est (polygastriques) qui n’ont pas moins de quatre estomacs (vacuoles) bien distincts. Les mammifères ruminants n’en présentent pas davantage. M. Ehrenbergassure avoir vu des Infusoires pourvus de deux cents estomacs!.... L’appétit de ces animaux est-il en rapport avec ce luxe stomacal?

INFUSOIRE GROSSI(Paramecium bursariaPritchard).

INFUSOIRE GROSSI(Paramecium bursariaPritchard).

INFUSOIRE GROSSI(Paramecium bursariaPritchard).

Pour étudier les organes de ces imperceptibles vies, il faut colorer avec du carmin ou de l’indigo le liquide dans lequel elles s’agitent. Puis, plaçant une goutte de cette liqueur colorée sur un morceau de verre, auprès d’une goutte d’eau pure, on fait communiquer les deux gouttes par un point, avec une aiguille. Les animalcules arrivent de la goutte colorée dans la goutte incolore, et viennent s’offrir à l’observateur avec les estomacs et le canal alimentaire remplis de carmin ou d’indigo.

Les difficultés que présente l’examen des Infusoires et l’imagination des observateurs ont été pendant longtemps des obstacles sérieux à la connaissance de ces infiniment petits. Leuwenhoeck, si habile à se servir des microscopes qu’il fabriquait lui-même, apporta dans leur étude une préoccupation qui lui fit toujours supposer des faits au delàde ceux qu’il voyait réellement. Il s’extasiait devant la complexité et la perfection de ces êtres microscopiques, et voulait admettre, jusque dans leur filament caudal, des vaisseaux, des muscles et des nerfs (Dujardin). Joblot allait plus loin: il voyait, parmi eux, des cornemuses vivantes, des poules huppées, des poissons d’or et d’argent!.... On sait aujourd’hui que les Infusoires ne sont, ni aussi compliqués que l’ont écrit certains auteurs, ni aussi simples que l’ont voulu plusieurs autres. C’est au savant professeur Ehrenberg, et plus tard à MM. de Siebold, Claparède, Lachmann, Lieberkühn et Balbiani, que nous devons les travaux les plus complets et les plus intéressants que possède la science sur ces jolis petits nains de l’animalité.

PARAMÉCIES.

PARAMÉCIES.

PARAMÉCIES.

Les Infusoires sont pourvus, en avant ou tout autour du corps, d’un certain nombre de cils plus ou moins fins, égaux ou inégaux, toujours en mouvement, lesquels produisent des tourbillons et des courants qui attirent dans la bouche de la plus petite bête (quand elle en a une) les parcelles organiques qui doivent la nourrir. Les cils dont il s’agit, servent non-seulement à l’alimentation de l’animalcule, mais encore à sa respiration et à ses mouvements.

Les Infusoires ne possèdent pas de membres proprement dits. Quelques-uns ont une queue plus ou moins longue.

Ces miniatures animales nagent comme des Poissons, rampent comme des Serpents, ou se tortillent comme des Lombrics. LesVolvoces[30]roulent et tournoient constamment sur eux-mêmes, semblables à des boules abandonnées sur un plan incliné.

VOLVOCES.

VOLVOCES.

VOLVOCES.

La plus petite bête qui remue, comme la plus petite fleur qui éclôt, éveille dans notre cœur un sentiment profond qui nous surprend et nous réjouit, nous émeut et nous fait rêver!....

IV

Les Infusoires se propagent de diverses manières. D’abord par division spontanée (scissiparité): ils se partagent en deux parties égales qui deviennent chacune exactement semblables à l’individu primitif; de telle sorte que, littéralement, le fils est la moitié de sa mère, et le petit-fils le quart de son aïeule. D’autres se perpétuentpar émission de bourgeons (gemmiparité). Comme on le pense bien, ces sortes d’œufs doivent être d’une excessive petitesse.

PROPAGATION D’UN INFUSOIRE PAR DIVISION SPONTANÉE.

PROPAGATION D’UN INFUSOIRE PAR DIVISION SPONTANÉE.

PROPAGATION D’UN INFUSOIRE PAR DIVISION SPONTANÉE.

Dans l’espace de quelques jours, on voit naître, dans un verre d’eau de mer, soit par division, soit par germes, plusieurs millions d’individus.

Tout récemment on a découvert, chez plusieurs espèces, des individus mâles et des individus femelles[31].

Deux Infusoires se rencontrent dans leurs courses vagabondes, se réunissent, se greffent par leur partie antérieure (fig. 1), se fusionnent (fig. 2, 3, 4, 5), et ne forment plus qu’une masse homogène (fig. 6). Celle-ci s’entoure d’une enveloppe transparente, et laisse voir dans son intérieur quatre points nébuleux (fig. 7) qui s’étendent et se transforment en quatre corps oviformes (fig. 8). Bientôt l’enveloppe se déchire et laisse échapper les corps oviformes (fig. 9), lesquels, comme certaines graines, attendront peut-être des années avant de trouver les circonstances nécessaires à leur développement. Alors la semencegerme (fig. 10, 11), l’Infusoire se dessine (fig. 12), grossit rapidement (fig. 13, 14), et, devenu adulte (fig. 15), reprend sa course capricieuse à la recherche de quelque autre Infusoire de son espèce, auquel il unira sa destinée.

Il peut donc y avoir de l’amour et des caresses dans une goutte d’eau! O Jéhovah!

V

La vie est répandue dans la Nature avec une telle abondance, que de très-petits Infusoires s’établissent en parasites sur d’autres Infusoiresun peu plus grands, et servent à leur tour de demeure et de pâture à d’autres animalculesencore plus petits. (Humboldt.)

UN INFUSOIRE ET SES PARASITES.

UN INFUSOIRE ET SES PARASITES.

UN INFUSOIRE ET SES PARASITES.

Les parasites de laParamécie Aurélie[32]sont tantôt sous la forme de massettes cylindriques, pourvues de quelques suçoirs assez courts et revêtues de cils natatoires; tantôt sphériques et dépouillées de leur revêtement ciliaire, mais conservant leurs suçoirs. Les premiers nagent librementdans l’eau et vont à la chasse des Paramécies. Les seconds attendent dans une immobilité complète qu’un Infusoire vienne les effleurer en passant: ils sont à l’affût. Ils s’attachent à leur victime et se laissent emporter par elle. Bientôt ils s’enfoncent dans sa chair, où ils se multiplient avec une telle rapidité, qu’il y en a quelquefois jusqu’à cinquante dans un seul individu.

VI

Un des phénomènes les plus surprenants qu’on rencontre dans l’étude des Infusoires, c’est leur désorganisation pardiffluence. Cette décomposition arrive entièrement ou partiellement. Müller a vu uneKolpode pintade[33]se résoudre en molécules jusqu’à la sixième partie du corps; puis le reste se mettre à nager,comme si de rien n’était!

Les Infusoires offrent encore un autre genre de décomposition. Si l’on approche de la goutte d’eau dans laquelle ils nagent une barbe de plume trempée dans de l’ammoniaque, l’animalcule s’arrête, mais continue à mouvoir rapidement ses cils. Tout à coup, sur un point de son contour, il se fait une échancrure qui s’agrandit peu à peu, jusqu’à ce que l’animal entier soitdissous. Si l’on ajoute une goutte d’eau pure, la décomposition est brusquement enrayée, etce qui restede l’animalcule recommence à se mouvoir et à nager (Dujardin), toujourscomme si de rien n’était!


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