CHAPITRE XVIILES BRYOZOAIRES.

CHAPITRE XVIILES BRYOZOAIRES.«Sigillatim mortales, cunctim perpetui.»(Apulée.)ILes plantes marines sont quelquefois recouvertes d’une matière abondante, veloutée, parasite, qui ressemble à un tapis de mousse. Cette matière, étudiée au microscope, paraît comme une agrégation d’animalcules à cellules charnues, cornées ou calcaires, le plus souvent transparentes. Ces animalcules sont desBryozoairesouAnimaux-mousse.Chaque cellule loge une bestiole délicate, laquelle, à certains moments, fait sortir de nombreux petits bras; les étale, les agite, les balance, pour guetter, attirer et saisir sa proie. Cette proie doit être bien mignonne!Au moindre danger, au plus léger frôlement, les Bryozoaires se contractent et se retirent dans leur logette d’écaille ou de cristal.Cette cellule n’est pas inerte comme celle de la plupart des Polypiers; elle jouit de la faculté de se mouvoir, surtout quand elle est bien éclairée. Lorsqu’on l’excite, elles’incline vivement, comme un rameau de Sensitive qu’on touche avec le doigt. Elle tombe sur une de ses voisines; celle-ci se précipite sur une autre, celle-là sur une quatrième, et, au bout d’une seconde, toute la communauté est mise en mouvement. Mais bientôt la tranquillité se rétablit, et les bras, qui s’étaient repliés et retirés, reparaissent et s’étalent de nouveau. (Rymer Jones.)LAGONCULE RAMPANTE(Laguncula repensFarre).Les Animaux-mousse ont été bien étudiés par MM. Ehrenberg et J. W. Thompson, qui ont fait connaître les différences qui les éloignent des Polypiers ordinaires.On les regarde comme des Mollusques dégradés[87].La petite loge de chaque animalcule est formée par une sorte de couvercle membraneux, qui se retourne comme le doigt d’un gant toutes les fois que le Mollusque veut sortir. Cette loge est plutôt une boîte qu’une maison.Quand le Bryozoaire se déploie, un cercle de soies microscopiques, d’une ténuité excessive, se montre tout d’abord, s’élevant au-dessus du sommet de la cellule. Il est suivi de son support, lequel est plus ou moins flexible. Les tentacules passent ensuite entre les soies, et les poussent de côté.Ces tentacules sont armés, sur le dos, d’une douzaine d’appendices semblables à des cheveux très-fins, attachés presque à angle droit. Ils ont de plus, de chaque côté, un nombre très-considérable de cils vibratiles.Les cils vibratiles jouent un rôle très-important chez la plupart des animaux microscopiques. Il n’est peut-être pas d’organes plus répandus et plus simples, chargés de fonctions aussi utiles et aussi variées.....Au moment où les tentacules paraissent à l’extérieur, la tunique de l’animalcule se déroule peu à peu.Bientôt, le Bryozoaire étale ses jolis petits bras. Les appendices et les cils de ces derniers commencent leurs rapides vibrations. L’œil, trompé par la vivacité et par la régularité des mouvements qu’ils exécutent, croit voir des chapelets de gouttelettes de rosée balancés, tordus, noués et dénoués!Les corpuscules qui flottent autour de l’animal sont violemment agités, comme s’ils étaient sous l’influence de quelque tourbillon. Malheur, dans ce moment, aux infortunés Infusoires que le hasard amène dans ce cercle fatal! (Rymer Jones.)Dans plusieurs espèces, les observateurs ont découvert un organe particulier, levibracule, sur lequel nous arrêterons quelques moments notre attention. C’est un filament creux, situé à l’angle supérieur et extérieur de chaque cellule, rempli d’une substance comme fibreuse et contractile, qui lui permet d’exécuter des mouvements très-remarquables. Ces mouvements ont lieu à des intervalles réguliers, ordinairement très-courts. D’abord, le filament se porte vers le bas, frémit, oscille et semble balayer; puis il revient sur lui-même, et descend dans la direction opposée, où il répète le même jeu, avec le même ordre et dans le même temps. Ces fonctions sont-elles, comme on l’a dit,indépendantes, jusqu’à un certain point, de la volonté du Bryozoaire? Quel est leur but? On pense que cet organe sert à nettoyer et surtout à fortifier l’entrée de la cellule. Il s’agite encore quelque temps après qu’on a mutilé ou tué le petit animal. La pauvre bestiole malade ou morte est encore défendue par son vibracule protecteur!IID’après ce qui précède, on voit que les animalcules des Bryozoaires sont plus compliqués que ceux des Polypiers. L’étude de leur anatomie confirme pleinement cette conclusion. Ainsi leur appareil digestif n’est pas réduit à un simple sac avec un seul orifice. Il présente une bouche, un pharynx, un œsophage, un gésier, un estomac membraneux, et des intestins avec une ouverture spéciale..... On a décrit des espèces dans lesquelles le gésier semble pourvu d’un certain nombre de dents intérieures, formant un merveilleux pavé, un moulin vivant, destiné à broyer la nourriture avant son entrée dans le second estomac.L’organisme de la plus petite bête révèle à nos yeux étonnés une combinaison savante, un art admirable qui dépasse infiniment tout ce que l’industrie humaine pourrait offrir de plus parfait!IIILes savants s’accordent aujourd’hui à placer parmi les Bryozoaires un certain nombre de faux Polypiers, dont les animalcules étaient restés pendant longtemps mal étudiés et mal connus: par exemple, lesFlustreset lesEschares.Les Flustres[88]ont de petites loges plus ou moins cornées, groupées symétriquement comme les alvéoles des Abeilles. Tantôt elles composent des croûtes qui recouvrent les Algues et les autres corps marins, tantôt elles forment des feuilles minces ou des tiges rubanées. Dans certaines espèces, il n’existe de cellules que d’un seul côté; dans d’autres, il y en a sur les deux. Leurs orifices sont extrêmement petits et défendus par des épines microscopiques.FLUSTRE FOLIACÉE(Flustra foliaceaLinné).Leurs tentacules sont couverts de cils vibratiles (toujours des cils vibratiles!) disposés en séries droites, qui produisent, dans leurs mouvements, l’effet d’une rangée de perles animées qui rouleraient de la base à la pointe de l’organe.Les Eschares forment des expansions comme foliacées. L’entrée de leurs cellules possède aussi son épine protectrice.Les expansions représentent encore des ruches microscopiques,dont les citoyens jouissent à la fois d’une existence commune et d’une existence indépendante. Comme chez les Polypiers, chacun mange pour le compte de l’association et pour son propre compte. Travail et nutrition pour la république; travail et nutrition pour soi!Très-probablement il règne, entre tous les habitants d’un même groupe, des sentiments de fraternité d’une nature particulière, dont nous n’avons aucune idée. Puisque ce qui est digéré par un membre de la famille profite jusqu’à un certain point à tous les autres, ne doit-il pas y avoir entre tous les divers individus, surtout entre les plus rapprochés, un lien physiologique plus ou moins étroit, lequel entraîne peut-être... un lien moral plus ou moins fort? Et, s’il en était ainsi, les animalcules d’une Flustre ou d’une Eschare ne devraient pas connaître le sentiment de l’égoïsme?.....Que de combinaisons organiques et que de vitalités étranges sous le brillant azur de l’Océan!

CHAPITRE XVIILES BRYOZOAIRES.«Sigillatim mortales, cunctim perpetui.»(Apulée.)I

«Sigillatim mortales, cunctim perpetui.»(Apulée.)

«Sigillatim mortales, cunctim perpetui.»

(Apulée.)

I

Les plantes marines sont quelquefois recouvertes d’une matière abondante, veloutée, parasite, qui ressemble à un tapis de mousse. Cette matière, étudiée au microscope, paraît comme une agrégation d’animalcules à cellules charnues, cornées ou calcaires, le plus souvent transparentes. Ces animalcules sont desBryozoairesouAnimaux-mousse.

Chaque cellule loge une bestiole délicate, laquelle, à certains moments, fait sortir de nombreux petits bras; les étale, les agite, les balance, pour guetter, attirer et saisir sa proie. Cette proie doit être bien mignonne!

Au moindre danger, au plus léger frôlement, les Bryozoaires se contractent et se retirent dans leur logette d’écaille ou de cristal.

Cette cellule n’est pas inerte comme celle de la plupart des Polypiers; elle jouit de la faculté de se mouvoir, surtout quand elle est bien éclairée. Lorsqu’on l’excite, elles’incline vivement, comme un rameau de Sensitive qu’on touche avec le doigt. Elle tombe sur une de ses voisines; celle-ci se précipite sur une autre, celle-là sur une quatrième, et, au bout d’une seconde, toute la communauté est mise en mouvement. Mais bientôt la tranquillité se rétablit, et les bras, qui s’étaient repliés et retirés, reparaissent et s’étalent de nouveau. (Rymer Jones.)

LAGONCULE RAMPANTE(Laguncula repensFarre).

LAGONCULE RAMPANTE(Laguncula repensFarre).

LAGONCULE RAMPANTE(Laguncula repensFarre).

Les Animaux-mousse ont été bien étudiés par MM. Ehrenberg et J. W. Thompson, qui ont fait connaître les différences qui les éloignent des Polypiers ordinaires.

On les regarde comme des Mollusques dégradés[87].

La petite loge de chaque animalcule est formée par une sorte de couvercle membraneux, qui se retourne comme le doigt d’un gant toutes les fois que le Mollusque veut sortir. Cette loge est plutôt une boîte qu’une maison.

Quand le Bryozoaire se déploie, un cercle de soies microscopiques, d’une ténuité excessive, se montre tout d’abord, s’élevant au-dessus du sommet de la cellule. Il est suivi de son support, lequel est plus ou moins flexible. Les tentacules passent ensuite entre les soies, et les poussent de côté.

Ces tentacules sont armés, sur le dos, d’une douzaine d’appendices semblables à des cheveux très-fins, attachés presque à angle droit. Ils ont de plus, de chaque côté, un nombre très-considérable de cils vibratiles.

Les cils vibratiles jouent un rôle très-important chez la plupart des animaux microscopiques. Il n’est peut-être pas d’organes plus répandus et plus simples, chargés de fonctions aussi utiles et aussi variées.....

Au moment où les tentacules paraissent à l’extérieur, la tunique de l’animalcule se déroule peu à peu.

Bientôt, le Bryozoaire étale ses jolis petits bras. Les appendices et les cils de ces derniers commencent leurs rapides vibrations. L’œil, trompé par la vivacité et par la régularité des mouvements qu’ils exécutent, croit voir des chapelets de gouttelettes de rosée balancés, tordus, noués et dénoués!

Les corpuscules qui flottent autour de l’animal sont violemment agités, comme s’ils étaient sous l’influence de quelque tourbillon. Malheur, dans ce moment, aux infortunés Infusoires que le hasard amène dans ce cercle fatal! (Rymer Jones.)

Dans plusieurs espèces, les observateurs ont découvert un organe particulier, levibracule, sur lequel nous arrêterons quelques moments notre attention. C’est un filament creux, situé à l’angle supérieur et extérieur de chaque cellule, rempli d’une substance comme fibreuse et contractile, qui lui permet d’exécuter des mouvements très-remarquables. Ces mouvements ont lieu à des intervalles réguliers, ordinairement très-courts. D’abord, le filament se porte vers le bas, frémit, oscille et semble balayer; puis il revient sur lui-même, et descend dans la direction opposée, où il répète le même jeu, avec le même ordre et dans le même temps. Ces fonctions sont-elles, comme on l’a dit,indépendantes, jusqu’à un certain point, de la volonté du Bryozoaire? Quel est leur but? On pense que cet organe sert à nettoyer et surtout à fortifier l’entrée de la cellule. Il s’agite encore quelque temps après qu’on a mutilé ou tué le petit animal. La pauvre bestiole malade ou morte est encore défendue par son vibracule protecteur!

II

D’après ce qui précède, on voit que les animalcules des Bryozoaires sont plus compliqués que ceux des Polypiers. L’étude de leur anatomie confirme pleinement cette conclusion. Ainsi leur appareil digestif n’est pas réduit à un simple sac avec un seul orifice. Il présente une bouche, un pharynx, un œsophage, un gésier, un estomac membraneux, et des intestins avec une ouverture spéciale..... On a décrit des espèces dans lesquelles le gésier semble pourvu d’un certain nombre de dents intérieures, formant un merveilleux pavé, un moulin vivant, destiné à broyer la nourriture avant son entrée dans le second estomac.

L’organisme de la plus petite bête révèle à nos yeux étonnés une combinaison savante, un art admirable qui dépasse infiniment tout ce que l’industrie humaine pourrait offrir de plus parfait!

III

Les savants s’accordent aujourd’hui à placer parmi les Bryozoaires un certain nombre de faux Polypiers, dont les animalcules étaient restés pendant longtemps mal étudiés et mal connus: par exemple, lesFlustreset lesEschares.

Les Flustres[88]ont de petites loges plus ou moins cornées, groupées symétriquement comme les alvéoles des Abeilles. Tantôt elles composent des croûtes qui recouvrent les Algues et les autres corps marins, tantôt elles forment des feuilles minces ou des tiges rubanées. Dans certaines espèces, il n’existe de cellules que d’un seul côté; dans d’autres, il y en a sur les deux. Leurs orifices sont extrêmement petits et défendus par des épines microscopiques.

FLUSTRE FOLIACÉE(Flustra foliaceaLinné).

FLUSTRE FOLIACÉE(Flustra foliaceaLinné).

FLUSTRE FOLIACÉE(Flustra foliaceaLinné).

Leurs tentacules sont couverts de cils vibratiles (toujours des cils vibratiles!) disposés en séries droites, qui produisent, dans leurs mouvements, l’effet d’une rangée de perles animées qui rouleraient de la base à la pointe de l’organe.

Les Eschares forment des expansions comme foliacées. L’entrée de leurs cellules possède aussi son épine protectrice.

Les expansions représentent encore des ruches microscopiques,dont les citoyens jouissent à la fois d’une existence commune et d’une existence indépendante. Comme chez les Polypiers, chacun mange pour le compte de l’association et pour son propre compte. Travail et nutrition pour la république; travail et nutrition pour soi!

Très-probablement il règne, entre tous les habitants d’un même groupe, des sentiments de fraternité d’une nature particulière, dont nous n’avons aucune idée. Puisque ce qui est digéré par un membre de la famille profite jusqu’à un certain point à tous les autres, ne doit-il pas y avoir entre tous les divers individus, surtout entre les plus rapprochés, un lien physiologique plus ou moins étroit, lequel entraîne peut-être... un lien moral plus ou moins fort? Et, s’il en était ainsi, les animalcules d’une Flustre ou d’une Eschare ne devraient pas connaître le sentiment de l’égoïsme?.....

Que de combinaisons organiques et que de vitalités étranges sous le brillant azur de l’Océan!


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