CHAPITRE XXIVLA POURPRE DES ANCIENS.

CHAPITRE XXIVLA POURPRE DES ANCIENS.«Coloresdicti sunt quòdCALOREignis vel solis perficiantur.»(Saint Isidore.)ILa pourpre des anciens était une couleur très-belle et très-estimée. Cette couleur fut, dans l’antiquité, l’apanage des seigneurs et des rois. Son nom désignait la puissance ou la royauté. Les grands étaient appeléspurpurati, parce qu’ils avaient le droit de porter un habit pourpre. La matière dont il s’agit se vendait, en Asie, au poids de l’argent.Aujourd’hui, la pourpre est à peu près abandonnée. Les personnes du monde ignorent même généralement la signification exacte que les anciens attribuaient à ce mot, signification un peu différente de celle que nous lui donnons aujourd’hui. Car on n’appelait paspourpreune teinte rouge, glacée de vermillon, mais une sorte de violet. Dans le principe, c’était même un violet foncé; plus tard, à l’aide de certaines manipulations, on rendit la nuance plus ou moins rouge.On nommait pourpredibaphecelle des étoffes teintes deux fois. Cette nuance avait beaucoup de réputation.IIM. Lacaze-Duthiers rapporte que, lorsqu’il faisait des recherches à Port-Mahon, en 1858, son pêcheur Alonzo, en l’attendant dans sa barque, employait souvent ses loisirs à marquer son linge et ses vêtements: il y dessinait tant bien que mal quelque croix ou quelque petit ange gardien. Il se servait d’une baguette de bois qu’il trempait dans les mucosités du manteau déchiré d’un coquillage nommé dans le pays,Cor de fel. Ce coquillage était laPourpre bouche de sangdes conchyliologistes.POURPRE BOUCHE DE SANG(Purpura hæmastomaLamarck).Avec sa baguette, le pêcheur traçait des traits jaunâtres.«Il n’y paraîtra guère? lui dit M. Lacaze-Duthiers.»—Cela deviendracolorado, répondit Alonzo, quandle soleil l’aura frappé.»M. Lacaze-Duthiers pria le pêcheur de faire sous ses yeux, sur le tissu de ses vêtements, quelques-uns des traits ou dessins qu’il savait exécuter. Alonzo obéit. M. Lacaze-Duthiers continua ses explorations. Mais bientôt, c’est-à-dire au bout de deux minutes, il fut poursuivi par une odeur horriblement fétide. Il vit en même temps les parties marquées sur son linge prendre une couleur violette d’une vivacité remarquable.IIILes coquillages qui fournissaient la pourpre aux Grecs et aux Romains étaient des Gastéropodes. Ces coquillages appartenaient au genrePourpre(Purpura) et au genreRocher(Murex).Parmi les Pourpres, on doit citer labouche de sang, dont nous venons de parler, et lateinture[132].Il est probable que la plupart des espèces du même groupe, sinon toutes, peuvent donner cette admirable couleur.Parmi les Rochers, nous signalerons lefascié[133], lehérisson[134]et lapetite Massueoudroite épine.PETITE MASSUE(Murex brandarisLinné).On a découvert à Pompéi des tas de coquilles de la première espèce, près de la boutique de plusieurs teinturiers.Lesson croyait que laJanthine communedonnait aussi la pourpre des anciens.Quand on laisse mourir les Mollusques producteurs de la pourpre, non-seulement la partie qui renferme cette matière se colore en violet, mais encore les tissus environnants.Les directeurs des musées ont remarqué que les individus conservés dans l’alcool, ou dans tout autre liquide, communiquent la même teinte au milieu dans lequel ils sont plongés.JANTHINE COMMUNE(Janthina communisLamarck).Jusqu’à ces derniers temps, l’organe purpurifère n’a pas été connu. Quelques naturalistes avaient cru que c’était l’estomac ou le foie, ou le rein, et avaient regardé la pourpre comme le suc gastrique, la bile ou l’urine de l’animal. D’autres, mieux avisés, avaient émis l’idée que la pourpre était produite par un organe spécial. Mais où se trouve cet organe? Quelles sont ses connexions? Quelle est sa forme? Évidemment, on ne l’avait jamais observé, puisque, dans les divers ouvrages de malacologie, on parle d’une veine, d’un réservoir, d’un sac, d’une poche..... C’est à M. Lacaze-Duthiers que la science est redevable de la découverte de cette glande. Il l’a étudiée dans plusieurs espèces, et l’a décrite avec soin.L’organe purpurifère se trouve à la face inférieure du manteau, entre l’intestin et l’appareil respiratoire, plus près de ce dernier que du premier. Il a la forme d’une bandelette. Sa couleur est blanchâtre et souvent d’un jaune léger. Cet organe ne varie pas beaucoup dans les divers Mollusques.IVLa matière de la pourpre est blanche ou faiblement jaune, parfois un peu grisâtre. Soumise à l’action de la lumière, elle devient d’abord jaune-citron, puis jaune verdâtre, puis verte, puis violette. Cette dernière teinte se fonce de plus en plus. Ces transformations successives sont accompagnées d’une odeur très-vive et très-pénétrante, qu’on a comparée tantôt à celle de la poudre qui vient de prendre feu, ou à celle de l’oignon brûlé, tantôt à celle de l’essence d’ail ou à celle de l’asa fœtida. Cette odeur se conserve longtemps, et se manifeste surtout lorsqu’on humecte le tissu, même un an après sa coloration.La teinte de la pourpre perd un peu de sa vivacité par le lavage; ensuite elle persiste. C’est pourquoi l’idée de s’en servir pour marquer le linge est une excellente idée.En recueillant cette matière, M. Lacaze-Duthiers en a répandu plusieurs fois sur l’ongle de son pouce. Cet ongle s’est bientôt coloré, et il est resté violet pendant plus de cinq semaines.La substance purpurigène, quand elle n’est pas encore violette, est soluble dans l’eau. Elle devient parfaitement insoluble quand elle a pris cette couleur.Cette sécrétion, sous l’influence du soleil, est donc insoluble et inaltérable.Réaumur pensait que l’apparition de la couleur pourpreau bout d’un certain temps était due à l’action de l’air. Un renouvellement de ce fluide était absolument nécessaire, suivant ce célèbre physicien, pour produire la modification dont il s’agit.Duhamel a mieux étudié le phénomène. Il a constaté qu’il résultait de l’action des rayons lumineux; mais, au lieu d’y voir une propriétéphotogéniquede la matière sécrétée, il a cru que le soleil déterminait la pourpre comme il produit sur les pêches, les pommes d’api et quantité d’autres fruits, une belle couleur rouge. Il a confondu l’action des rayons solaires sur une substance qui n’est plus soumise à la force vitale, avec son influence sur un tissu régi par cette force.M. Lacaze-Duthiers fait observer avec beaucoup de justesse, que, sous les climats brûlants et le ciel toujours si lumineux de l’Italie et de la Grèce, la pourpre ne devait pas se faner comme les autres couleurs, surtout comme celles tirées du règne végétal. La Cochenille, dont parle Pline, qui fournissait l’écarlate, ne devait point résister à l’action du soleil. La pourpre, au contraire, qui s’est développée directement sous l’influence de la lumière même, ne peut s’altérer comme les autres couleurs. Évidemment, tout ce qu’aurait pu faire le soleil, et les anciens étaient souvent exposés à ses rayons dans leurs cérémonies publiques, c’eût été de renforcer le ton des étoffes, et l’on doit voir là certainement une des raisons de cette estime de la pourpre entre toutes les couleurs.VLa pourpre est donc une substance tout à fait photogénique.M. Lacaze-Duthiers a fait des expériences importantessur lasensibilitéde ce produit et sur les avantages qu’on pourrait en retirer.Il conseille de recueillir la matière purpurigène avec une brosse plate dont on a raccourci les poils. On frotte doucement, et plusieurs fois, l’organe sécréteur. La brosse est bientôt chargée d’une substance visqueuse et filante. «Alors on n’a qu’à barbouiller les tissus que l’on veut imprégner, en répétant fréquemment sur eux un mouvement de moulinet ou de va-et-vient; on arrive ainsi à étendre en couche uniforme la mucosité recueillie, qui fait d’abord un peu de bave ou de mousse, mais qui bientôt ne forme plus qu’un liquide, quoique épais, où toutes les bulles d’air disparaissent progressivement. Pour que le tissu se trouve imprégné à peu près uniformément, on charge le pinceau une seconde, une troisième, une quatrième fois, en ayant soin de bien fondre les limites des différents points sur lesquels on apporte successivement de la nouvelle matière.» (Lacaze-Duthiers.)Il faut un certain temps d’exposition au soleil pour obtenir la coloration de la matière. Ce temps varie suivant la vivacité des rayons lumineux. Dans le midi de l’Espagne, la teinte violette se développe après deux ou trois minutes. Dans d’autres circonstances, une image se dessine au bout de quatre ou cinq. Avec un ciel nuageux, un portrait n’a été fini qu’au bout de trois quarts d’heure. La lumière diffuse, très-faible, demande encore plus de temps.On doit avoir soin d’humecter la matière avec quelques gouttes d’eau de mer.La Pourpre bouche de sang donne un violet léger, quand la substance est peu abondante, et un pourpre plus ou moins foncé, quand elle est considérable.La Pourpre teinture produit un violet des plus beaux,quelquefois avec des reflets bleuâtres des plus remarquables.Le Rocher fascié fournit une teinte bleuâtre. Les dessins obtenus à Mahon étaient, les uns d’un violet bleuâtre, avec des parties tout à fait bleues, les autres d’un violet foncé.Le Rocher hérisson des côtes de Pornic et de la Rochelle offre constamment du violet. Toutefois, sans savoir pourquoi, M. Lacaze-Duthiers a obtenu des teintes plus vineuses, plus bleuâtres ou plus rosées, en opérant dans des conditions qui paraissaient exactement les mêmes.La petite Massue présente un violet parfois clair et rosé, extrêmement délicat.

CHAPITRE XXIVLA POURPRE DES ANCIENS.«Coloresdicti sunt quòdCALOREignis vel solis perficiantur.»(Saint Isidore.)I

«Coloresdicti sunt quòdCALOREignis vel solis perficiantur.»(Saint Isidore.)

«Coloresdicti sunt quòdCALOREignis vel solis perficiantur.»

(Saint Isidore.)

I

La pourpre des anciens était une couleur très-belle et très-estimée. Cette couleur fut, dans l’antiquité, l’apanage des seigneurs et des rois. Son nom désignait la puissance ou la royauté. Les grands étaient appeléspurpurati, parce qu’ils avaient le droit de porter un habit pourpre. La matière dont il s’agit se vendait, en Asie, au poids de l’argent.

Aujourd’hui, la pourpre est à peu près abandonnée. Les personnes du monde ignorent même généralement la signification exacte que les anciens attribuaient à ce mot, signification un peu différente de celle que nous lui donnons aujourd’hui. Car on n’appelait paspourpreune teinte rouge, glacée de vermillon, mais une sorte de violet. Dans le principe, c’était même un violet foncé; plus tard, à l’aide de certaines manipulations, on rendit la nuance plus ou moins rouge.

On nommait pourpredibaphecelle des étoffes teintes deux fois. Cette nuance avait beaucoup de réputation.

II

M. Lacaze-Duthiers rapporte que, lorsqu’il faisait des recherches à Port-Mahon, en 1858, son pêcheur Alonzo, en l’attendant dans sa barque, employait souvent ses loisirs à marquer son linge et ses vêtements: il y dessinait tant bien que mal quelque croix ou quelque petit ange gardien. Il se servait d’une baguette de bois qu’il trempait dans les mucosités du manteau déchiré d’un coquillage nommé dans le pays,Cor de fel. Ce coquillage était laPourpre bouche de sangdes conchyliologistes.

POURPRE BOUCHE DE SANG(Purpura hæmastomaLamarck).

POURPRE BOUCHE DE SANG(Purpura hæmastomaLamarck).

POURPRE BOUCHE DE SANG(Purpura hæmastomaLamarck).

Avec sa baguette, le pêcheur traçait des traits jaunâtres.

«Il n’y paraîtra guère? lui dit M. Lacaze-Duthiers.

»—Cela deviendracolorado, répondit Alonzo, quandle soleil l’aura frappé.»

M. Lacaze-Duthiers pria le pêcheur de faire sous ses yeux, sur le tissu de ses vêtements, quelques-uns des traits ou dessins qu’il savait exécuter. Alonzo obéit. M. Lacaze-Duthiers continua ses explorations. Mais bientôt, c’est-à-dire au bout de deux minutes, il fut poursuivi par une odeur horriblement fétide. Il vit en même temps les parties marquées sur son linge prendre une couleur violette d’une vivacité remarquable.

III

Les coquillages qui fournissaient la pourpre aux Grecs et aux Romains étaient des Gastéropodes. Ces coquillages appartenaient au genrePourpre(Purpura) et au genreRocher(Murex).

Parmi les Pourpres, on doit citer labouche de sang, dont nous venons de parler, et lateinture[132].

Il est probable que la plupart des espèces du même groupe, sinon toutes, peuvent donner cette admirable couleur.

Parmi les Rochers, nous signalerons lefascié[133], lehérisson[134]et lapetite Massueoudroite épine.

PETITE MASSUE(Murex brandarisLinné).

PETITE MASSUE(Murex brandarisLinné).

PETITE MASSUE(Murex brandarisLinné).

On a découvert à Pompéi des tas de coquilles de la première espèce, près de la boutique de plusieurs teinturiers.

Lesson croyait que laJanthine communedonnait aussi la pourpre des anciens.

Quand on laisse mourir les Mollusques producteurs de la pourpre, non-seulement la partie qui renferme cette matière se colore en violet, mais encore les tissus environnants.

Les directeurs des musées ont remarqué que les individus conservés dans l’alcool, ou dans tout autre liquide, communiquent la même teinte au milieu dans lequel ils sont plongés.

JANTHINE COMMUNE(Janthina communisLamarck).

JANTHINE COMMUNE(Janthina communisLamarck).

JANTHINE COMMUNE(Janthina communisLamarck).

Jusqu’à ces derniers temps, l’organe purpurifère n’a pas été connu. Quelques naturalistes avaient cru que c’était l’estomac ou le foie, ou le rein, et avaient regardé la pourpre comme le suc gastrique, la bile ou l’urine de l’animal. D’autres, mieux avisés, avaient émis l’idée que la pourpre était produite par un organe spécial. Mais où se trouve cet organe? Quelles sont ses connexions? Quelle est sa forme? Évidemment, on ne l’avait jamais observé, puisque, dans les divers ouvrages de malacologie, on parle d’une veine, d’un réservoir, d’un sac, d’une poche..... C’est à M. Lacaze-Duthiers que la science est redevable de la découverte de cette glande. Il l’a étudiée dans plusieurs espèces, et l’a décrite avec soin.

L’organe purpurifère se trouve à la face inférieure du manteau, entre l’intestin et l’appareil respiratoire, plus près de ce dernier que du premier. Il a la forme d’une bandelette. Sa couleur est blanchâtre et souvent d’un jaune léger. Cet organe ne varie pas beaucoup dans les divers Mollusques.

IV

La matière de la pourpre est blanche ou faiblement jaune, parfois un peu grisâtre. Soumise à l’action de la lumière, elle devient d’abord jaune-citron, puis jaune verdâtre, puis verte, puis violette. Cette dernière teinte se fonce de plus en plus. Ces transformations successives sont accompagnées d’une odeur très-vive et très-pénétrante, qu’on a comparée tantôt à celle de la poudre qui vient de prendre feu, ou à celle de l’oignon brûlé, tantôt à celle de l’essence d’ail ou à celle de l’asa fœtida. Cette odeur se conserve longtemps, et se manifeste surtout lorsqu’on humecte le tissu, même un an après sa coloration.

La teinte de la pourpre perd un peu de sa vivacité par le lavage; ensuite elle persiste. C’est pourquoi l’idée de s’en servir pour marquer le linge est une excellente idée.

En recueillant cette matière, M. Lacaze-Duthiers en a répandu plusieurs fois sur l’ongle de son pouce. Cet ongle s’est bientôt coloré, et il est resté violet pendant plus de cinq semaines.

La substance purpurigène, quand elle n’est pas encore violette, est soluble dans l’eau. Elle devient parfaitement insoluble quand elle a pris cette couleur.

Cette sécrétion, sous l’influence du soleil, est donc insoluble et inaltérable.

Réaumur pensait que l’apparition de la couleur pourpreau bout d’un certain temps était due à l’action de l’air. Un renouvellement de ce fluide était absolument nécessaire, suivant ce célèbre physicien, pour produire la modification dont il s’agit.

Duhamel a mieux étudié le phénomène. Il a constaté qu’il résultait de l’action des rayons lumineux; mais, au lieu d’y voir une propriétéphotogéniquede la matière sécrétée, il a cru que le soleil déterminait la pourpre comme il produit sur les pêches, les pommes d’api et quantité d’autres fruits, une belle couleur rouge. Il a confondu l’action des rayons solaires sur une substance qui n’est plus soumise à la force vitale, avec son influence sur un tissu régi par cette force.

M. Lacaze-Duthiers fait observer avec beaucoup de justesse, que, sous les climats brûlants et le ciel toujours si lumineux de l’Italie et de la Grèce, la pourpre ne devait pas se faner comme les autres couleurs, surtout comme celles tirées du règne végétal. La Cochenille, dont parle Pline, qui fournissait l’écarlate, ne devait point résister à l’action du soleil. La pourpre, au contraire, qui s’est développée directement sous l’influence de la lumière même, ne peut s’altérer comme les autres couleurs. Évidemment, tout ce qu’aurait pu faire le soleil, et les anciens étaient souvent exposés à ses rayons dans leurs cérémonies publiques, c’eût été de renforcer le ton des étoffes, et l’on doit voir là certainement une des raisons de cette estime de la pourpre entre toutes les couleurs.

V

La pourpre est donc une substance tout à fait photogénique.

M. Lacaze-Duthiers a fait des expériences importantessur lasensibilitéde ce produit et sur les avantages qu’on pourrait en retirer.

Il conseille de recueillir la matière purpurigène avec une brosse plate dont on a raccourci les poils. On frotte doucement, et plusieurs fois, l’organe sécréteur. La brosse est bientôt chargée d’une substance visqueuse et filante. «Alors on n’a qu’à barbouiller les tissus que l’on veut imprégner, en répétant fréquemment sur eux un mouvement de moulinet ou de va-et-vient; on arrive ainsi à étendre en couche uniforme la mucosité recueillie, qui fait d’abord un peu de bave ou de mousse, mais qui bientôt ne forme plus qu’un liquide, quoique épais, où toutes les bulles d’air disparaissent progressivement. Pour que le tissu se trouve imprégné à peu près uniformément, on charge le pinceau une seconde, une troisième, une quatrième fois, en ayant soin de bien fondre les limites des différents points sur lesquels on apporte successivement de la nouvelle matière.» (Lacaze-Duthiers.)

Il faut un certain temps d’exposition au soleil pour obtenir la coloration de la matière. Ce temps varie suivant la vivacité des rayons lumineux. Dans le midi de l’Espagne, la teinte violette se développe après deux ou trois minutes. Dans d’autres circonstances, une image se dessine au bout de quatre ou cinq. Avec un ciel nuageux, un portrait n’a été fini qu’au bout de trois quarts d’heure. La lumière diffuse, très-faible, demande encore plus de temps.

On doit avoir soin d’humecter la matière avec quelques gouttes d’eau de mer.

La Pourpre bouche de sang donne un violet léger, quand la substance est peu abondante, et un pourpre plus ou moins foncé, quand elle est considérable.

La Pourpre teinture produit un violet des plus beaux,quelquefois avec des reflets bleuâtres des plus remarquables.

Le Rocher fascié fournit une teinte bleuâtre. Les dessins obtenus à Mahon étaient, les uns d’un violet bleuâtre, avec des parties tout à fait bleues, les autres d’un violet foncé.

Le Rocher hérisson des côtes de Pornic et de la Rochelle offre constamment du violet. Toutefois, sans savoir pourquoi, M. Lacaze-Duthiers a obtenu des teintes plus vineuses, plus bleuâtres ou plus rosées, en opérant dans des conditions qui paraissaient exactement les mêmes.

La petite Massue présente un violet parfois clair et rosé, extrêmement délicat.


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