Et maintenant il ne me reste qu’à m’excuser auprès du lecteur pour lui avoir fait respirer aussi longuement leParfum de la dame noire. Je n’espère pas en avoir fait un adorateur de la Vénus africaine, et mon but sera mieux atteint si, au sortir de cette lecture, il se sent un élan plus ardent et plus conscient vers celles dont la peau blanche est transparente et nacrée comme un rayon d’aube, celles qui sont nos aimées, nos maîtresses et nos épouses. Le monde n’a jamais connu qu’une Ève véritable, et la Noire est à celle-ci ce qu’est l’ombre à la lumière.
Mais l’ombre aussi a sa douceur, surtout aux terres lointaines qu’embrase le soleil. C’est pourquoi nous vous disons quand même adieu avec un peu de regret, petites épouses noires aux grands yeux de gazelle. Il faut vous pardonner votre somnolence de cœur, l’apathie de vos sens et aussi vos ruses, vos infidélités, votre docilité à céder à tous sans révolte comme sans plaisir, parce que vous n’avez jamais été traitées qu’en femelles et que vous êtes faibles et sans défense devant la brutale ruée du mâle. Quand, fallacieusement, vous invoquez le viol pour excuser vos écarts conjugaux, vous ne mentez qu’à demi, car, depuis que le monde est monde, vous n’avez fait que subir des volontés qui ont à jamais paralysé la vôtre. Aussi n’est-il pas étonnant que vous ignoriez l’art divin des baisers et des caresses. Et qui sait si le deuil éternel que vous portez sur votre peau si douce au toucher n’est pas celui de l’amour ?