ACTE IV.

Tu soûpire.

Tu soûpire.

La joye a ses excez, Seigneur,Surprend, & nous trouble autant que la douleur.

La joye a ses excez, Seigneur,Surprend, & nous trouble autant que la douleur.

Sa flotte ne sçait point quelle perte elle a faite:Si nous sçavons bien vaincre, elle est déja défaite,

Sa flotte ne sçait point quelle perte elle a faite:Si nous sçavons bien vaincre, elle est déja défaite,

Mais sur nostre parole, Orosmane est venu,A-t'on pû l'arrester?

Mais sur nostre parole, Orosmane est venu,A-t'on pû l'arrester?

Pourquoy ne l'a-t'on pû?Sa flotte nous surprend; assiege; attaque; vole.Ne nous monstre-t'il pas à manquer de parole?Lors que les deux guerriers au combat déja prests,Le fer doit terminer les divers interests,La moindre hostilité cesse de part & d'autre.

Pourquoy ne l'a-t'on pû?Sa flotte nous surprend; assiege; attaque; vole.Ne nous monstre-t'il pas à manquer de parole?Lors que les deux guerriers au combat déja prests,Le fer doit terminer les divers interests,La moindre hostilité cesse de part & d'autre.

Son manquement de foy n'excuse pas le nostre.

Son manquement de foy n'excuse pas le nostre.

Il a pris Amatonte, & cette hostilité,Nous rend nostre parole, & finit tout traitté.Il faut que le trépas de ce Roy des CorsairesNous vange, & tant de Roy qu'il s'est fait tributaires.Je veux faire perir par le feu, par le fer,Ces ennemis communs, ces Tirans de la mer,Et toy, va donner ordre à garder le Corsaire.

Il a pris Amatonte, & cette hostilité,Nous rend nostre parole, & finit tout traitté.Il faut que le trépas de ce Roy des CorsairesNous vange, & tant de Roy qu'il s'est fait tributaires.Je veux faire perir par le feu, par le fer,Ces ennemis communs, ces Tirans de la mer,Et toy, va donner ordre à garder le Corsaire.

Pour son salut plustost tout ozer, & tout faire.

Pour son salut plustost tout ozer, & tout faire.

Fin du troisiéme Acte.

Maistre absolu de l'Empire de l'onde,Par mille beaux exploits,De mon Thrône flottant j'ay fait trembler des Roys,Et ma puissance vagabonde,En a veu soûmis à ses loix,Qui voyoient à leurs pieds tout le reste du monde.De ce lieu si voisin des Cieux,Où le destin capricieux.Avoit ma fortune portée,En un moment elle tombe aux Enfers,Et languit sous d'indignes fers,Quand loin de la voir arrestée,Je ne la croyois limitée,Que des bornes de l'Univers.J'ay veu cent fois au fort de la tempeste,L'onde aux Cieux se méler;Lefoudreétincelant, fendre, abbatre, brûler,Des voiles, des masts sur ma teste.Je l'ay veu des rocs ébranler,Et faire mille éclats du débris de leur faiste.Cent fois dans ma noble fureur,Portant la guerre & la terreur,Aussi loin qu'alloit mon courage,J'ay veu la mort s'opposer à mes pas;Mais qu'un visage plein d'appas,Fait souventtremblerd'avantage,Que le foudre, que le naufrage,Que la guerre, & que le trépas!

Maistre absolu de l'Empire de l'onde,Par mille beaux exploits,De mon Thrône flottant j'ay fait trembler des Roys,Et ma puissance vagabonde,En a veu soûmis à ses loix,Qui voyoient à leurs pieds tout le reste du monde.De ce lieu si voisin des Cieux,Où le destin capricieux.Avoit ma fortune portée,En un moment elle tombe aux Enfers,Et languit sous d'indignes fers,Quand loin de la voir arrestée,Je ne la croyois limitée,Que des bornes de l'Univers.J'ay veu cent fois au fort de la tempeste,L'onde aux Cieux se méler;Lefoudreétincelant, fendre, abbatre, brûler,Des voiles, des masts sur ma teste.Je l'ay veu des rocs ébranler,Et faire mille éclats du débris de leur faiste.Cent fois dans ma noble fureur,Portant la guerre & la terreur,Aussi loin qu'alloit mon courage,J'ay veu la mort s'opposer à mes pas;Mais qu'un visage plein d'appas,Fait souventtremblerd'avantage,Que le foudre, que le naufrage,Que la guerre, & que le trépas!

OROSMANE, AMINTAS.

Approche mon vainqueur; mais vainqueur sans combattre.Viens voir si dans ses maux mon coeur se laisse abbatre,Ou plustost si mes fers sont aisez à briser.O des Princes ingrats le plus à mépriser,Viens pour ne me plus craindre, estre mon homicide;Tu peux bien estre lâche, ayant esté perfide.

Approche mon vainqueur; mais vainqueur sans combattre.Viens voir si dans ses maux mon coeur se laisse abbatre,Ou plustost si mes fers sont aisez à briser.O des Princes ingrats le plus à mépriser,Viens pour ne me plus craindre, estre mon homicide;Tu peux bien estre lâche, ayant esté perfide.

Je ne reconnois plus ce vainqueur moderé,De qui j'avois tantost le courage admiré.

Je ne reconnois plus ce vainqueur moderé,De qui j'avois tantost le courage admiré.

Et je reconnois moins ce vaincu magnanime,De qui le faux éclat a surpris mon estime.

Et je reconnois moins ce vaincu magnanime,De qui le faux éclat a surpris mon estime.

Je suis tel que j'estois quand tu fus mon vainqueur.

Je suis tel que j'estois quand tu fus mon vainqueur.

Manquer à sa parole, est-ce avoir de l'honneur;Quand ton Pere insolent & fier de ma disgrace,A déchaisné sur moy toute une populace;Quand apres mon naufrage il m'a mis dans les fers;Toy qui dus t'opposer à tant d'affronts soufferts,Me viens d'une insolence, à nulle autre semblable,Repaistre tes regards des fers dont on m'accable.Par ce procedé lâche, injuste & rigoureux,Croit-on venger l'affront d'un combat malheureuxAvancer d'un Himen la celebre journée,Et crois-tu voir plustost ta teste couronnée?On a veu des vainqueurs insulter aux vaincus,Insulter aux vainqueurs, ha! c'est bien faire plus.Tu merites par là, de posseder Elise,Quand on ne l'auroit pas à ta valeur promise.

Manquer à sa parole, est-ce avoir de l'honneur;Quand ton Pere insolent & fier de ma disgrace,A déchaisné sur moy toute une populace;Quand apres mon naufrage il m'a mis dans les fers;Toy qui dus t'opposer à tant d'affronts soufferts,Me viens d'une insolence, à nulle autre semblable,Repaistre tes regards des fers dont on m'accable.Par ce procedé lâche, injuste & rigoureux,Croit-on venger l'affront d'un combat malheureuxAvancer d'un Himen la celebre journée,Et crois-tu voir plustost ta teste couronnée?On a veu des vainqueurs insulter aux vaincus,Insulter aux vainqueurs, ha! c'est bien faire plus.Tu merites par là, de posseder Elise,Quand on ne l'auroit pas à ta valeur promise.

Tu m'insultes toy-mesme, & tu sçais en ton coeur,Que j'ay peu merité ce reproche mocqueur,Tu sçais bien que je perds l'esperance d'Elise,Et qu'à ton seul vainqueur elle s'estoit promise,Et ne reproches point de noire lâcheté,Toy qui viens de commetre une infidelité,Pendant nostre combat avoir pris une place.Quelque injustice apres que la Cypre te fasse,Tu l'auras attirés en luy manquant de foy,Et tu te plains à tort de mon Pere & de moy,Mais je te dois la vie, & l'honneur me conseille,De rendre à mon vainqueur une grace pareille,Pour reprendre sur luy sans passer pour ingrat,L'honneur quem'afait perdre un malheureux combat.Ta mort & ta fortune à nos fers asservie,Peut pourtant m'asseurer le bonheur de ma vie;Mais je veux ne devoir mon bonheur qu'à mon bras?Meriter la victoire, & ne la voler pas.De quelque rare prix que soit la recompence,Dont tes fers resserrez flattent mon esperance,Je les briseray tous au lieu d'en profiter;Je te conserveray ce que je veux t'oster,Mais pourtant sans cesser apres de te poursuivre.

Tu m'insultes toy-mesme, & tu sçais en ton coeur,Que j'ay peu merité ce reproche mocqueur,Tu sçais bien que je perds l'esperance d'Elise,Et qu'à ton seul vainqueur elle s'estoit promise,Et ne reproches point de noire lâcheté,Toy qui viens de commetre une infidelité,Pendant nostre combat avoir pris une place.Quelque injustice apres que la Cypre te fasse,Tu l'auras attirés en luy manquant de foy,Et tu te plains à tort de mon Pere & de moy,Mais je te dois la vie, & l'honneur me conseille,De rendre à mon vainqueur une grace pareille,Pour reprendre sur luy sans passer pour ingrat,L'honneur quem'afait perdre un malheureux combat.Ta mort & ta fortune à nos fers asservie,Peut pourtant m'asseurer le bonheur de ma vie;Mais je veux ne devoir mon bonheur qu'à mon bras?Meriter la victoire, & ne la voler pas.De quelque rare prix que soit la recompence,Dont tes fers resserrez flattent mon esperance,Je les briseray tous au lieu d'en profiter;Je te conserveray ce que je veux t'oster,Mais pourtant sans cesser apres de te poursuivre.

Va! ny moy de te vaincre, & de te laisser vivre.

Va! ny moy de te vaincre, & de te laisser vivre.

Que veux-tu cependant que je fasse pour toy?

Que veux-tu cependant que je fasse pour toy?

Me laisser, si tu veux, icy seul avec moy,Le travail du combat, de la mer, du naufrage,Les efforts que j'ay faits à gagner le rivage,M'accablent de sommeil, & de soin combattu,Mon esprit cede enfin à mon corps abattu.

Me laisser, si tu veux, icy seul avec moy,Le travail du combat, de la mer, du naufrage,Les efforts que j'ay faits à gagner le rivage,M'accablent de sommeil, & de soin combattu,Mon esprit cede enfin à mon corps abattu.

A l'instant si tu veux....

A l'instant si tu veux....

Je ne veux autre chose;Adieu Prince, & du moins permets que je repose.

Je ne veux autre chose;Adieu Prince, & du moins permets que je repose.

Orosmane s'endort.

O! qu'avec tous soins qui me vont combattant,Je suis bien éloigné d'en pouvoir faire autant.

O! qu'avec tous soins qui me vont combattant,Je suis bien éloigné d'en pouvoir faire autant.

LICAS, AMINTAS.

Je vous vois reveler un secret d'importance;Mais promettez-moy donc de garder le silence,Seigneur.

Je vous vois reveler un secret d'importance;Mais promettez-moy donc de garder le silence,Seigneur.

Acheve-donc.

Acheve-donc.

La Princesse a voulu,Et me l'a commandé d'un pouvoir absolu,Que je luy fasse voir cette nuict le Corsaire,Et vous sçavez, Seigneur, si j'ose luy déplaire,La nuict est avancée, elle s'en va venir.

La Princesse a voulu,Et me l'a commandé d'un pouvoir absolu,Que je luy fasse voir cette nuict le Corsaire,Et vous sçavez, Seigneur, si j'ose luy déplaire,La nuict est avancée, elle s'en va venir.

He! voudroit-elle donc de sa main le punir?Je la veux observer, & quoy qu'elle s'en fâche,Telle action pourroit luy laisser une tache,Reprochable à moy seul, puisque je l'aurois sceu.

He! voudroit-elle donc de sa main le punir?Je la veux observer, & quoy qu'elle s'en fâche,Telle action pourroit luy laisser une tache,Reprochable à moy seul, puisque je l'aurois sceu.

De cét endroit, Seigneur, sans en estre apperceu,Vous verrez.... Mais j'entends du bruit, c'est elle-mesme;Cachez vous.

De cét endroit, Seigneur, sans en estre apperceu,Vous verrez.... Mais j'entends du bruit, c'est elle-mesme;Cachez vous.

O que tout mon malheur est extréme!Ce n'est peut-estre icy que l'effet d'un couroux,Et j'en ay toutesfois des sentimens jaloux.

O que tout mon malheur est extréme!Ce n'est peut-estre icy que l'effet d'un couroux,Et j'en ay toutesfois des sentimens jaloux.

LICAS, ELIZE.

Madame, vous voyez où pour vous je m'exposeLe fier Corsaire est seul, & je croy qu'il repose,Vous avez souhaitté de le trouver ainsi.

Madame, vous voyez où pour vous je m'exposeLe fier Corsaire est seul, & je croy qu'il repose,Vous avez souhaitté de le trouver ainsi.

O vengeance! ô fureur, que vais-je faire icy?Et toy d'entre les Dieux, dont je te crois du nombreViens conduire mes coups dans l'obscurité sombre;Viens donner, cher Alcandre, à ma tremblante main,La force de percer le coeur de l'inhumain.Viens donner à mon coeur....

O vengeance! ô fureur, que vais-je faire icy?Et toy d'entre les Dieux, dont je te crois du nombreViens conduire mes coups dans l'obscurité sombre;Viens donner, cher Alcandre, à ma tremblante main,La force de percer le coeur de l'inhumain.Viens donner à mon coeur....

OROSMANE, ELIZE, AMINTAS.

A moy, cruelle Elize;

A moy, cruelle Elize;

O Dieux! il m'a nommée!

O Dieux! il m'a nommée!

Apres la foy promise?Helas!

Apres la foy promise?Helas!

N'écoûtons point un songe souborneurQu'un Demon tutelaire oppose à ma fureur.Achevons....

N'écoûtons point un songe souborneurQu'un Demon tutelaire oppose à ma fureur.Achevons....

Ha! Madame, & que voulez-vous faire?

Ha! Madame, & que voulez-vous faire?

Amintas contre moy proteger le Corsaire?Amintas m'épier?

Amintas contre moy proteger le Corsaire?Amintas m'épier?

Ma Princesse, est-ce vous?Et puis-je donc encore embrasser vos genoux?

Ma Princesse, est-ce vous?Et puis-je donc encore embrasser vos genoux?

Où suis-je? ô Dieux! que voy-je? & que viens-je d'entendre?Dois-je croire à mes yeux? est-ce une ombre? est-ce Alcandre?

Où suis-je? ô Dieux! que voy-je? & que viens-je d'entendre?Dois-je croire à mes yeux? est-ce une ombre? est-ce Alcandre?

Oüy, Princesse, je suis cét Amant trop heureux,Si dans les longs malheurs d'un exil rigoureux,La seule Deïté de mon coeur adorée,M'a conservé la foy qu'elle m'avoit jurée:Mais je suis des Amans le plus infortuné,Si je n'ay plus un coeur que vous m'avez donné.

Oüy, Princesse, je suis cét Amant trop heureux,Si dans les longs malheurs d'un exil rigoureux,La seule Deïté de mon coeur adorée,M'a conservé la foy qu'elle m'avoit jurée:Mais je suis des Amans le plus infortuné,Si je n'ay plus un coeur que vous m'avez donné.

Helas! ce qu'à l'instant pour vanger mon Alcandre,Mon bras contre luy-méme étoit prest d'entreprendre,M'empesche de douter, que ma fidelitéNe soit tousiours pour toy ce qu'elle avoit esté.Dieux! si dans la fureur dont j'estois prevenuë,Vostre puissante main ne m'avoit retenuë.Si la mienne eut donné par un barbare effort,A tout ce qui m'est cher, une sanglante mort,En quel abysme affreux te serois-tu jettée,Amante trop credule, & trop précipitée?Et quel crime une erreur maistresse de nos sens,Ne peut faire commettre aux feux plus innocens?

Helas! ce qu'à l'instant pour vanger mon Alcandre,Mon bras contre luy-méme étoit prest d'entreprendre,M'empesche de douter, que ma fidelitéNe soit tousiours pour toy ce qu'elle avoit esté.Dieux! si dans la fureur dont j'estois prevenuë,Vostre puissante main ne m'avoit retenuë.Si la mienne eut donné par un barbare effort,A tout ce qui m'est cher, une sanglante mort,En quel abysme affreux te serois-tu jettée,Amante trop credule, & trop précipitée?Et quel crime une erreur maistresse de nos sens,Ne peut faire commettre aux feux plus innocens?

Si vous m'aymez encore, ô divine Princesse!De tous ces longs malheurs qui me suivoient sans cesse,Je ne conserve pas le moindre souvenir,Je perds mesme la peur de tous maux avenir,Et puis qu'enfin le Ciel permet que je vous voye,Je ne m'enplaindray plus quelque mal qu'il m'envoye.

Si vous m'aymez encore, ô divine Princesse!De tous ces longs malheurs qui me suivoient sans cesse,Je ne conserve pas le moindre souvenir,Je perds mesme la peur de tous maux avenir,Et puis qu'enfin le Ciel permet que je vous voye,Je ne m'enplaindray plus quelque mal qu'il m'envoye.

Ne craignons rien du Ciel apres un bien si doux,Ce nepeut estreen vain qu'il s'est changé pour nousNos fidelles amours si long-temps tourmentées,Nos peines, nos douleurs à la fin surmontées,Témoignent que le Ciel en nous faisant souffrir,N'a voulu qu'éprouver ce qu'il vouloit cherir.

Ne craignons rien du Ciel apres un bien si doux,Ce nepeut estreen vain qu'il s'est changé pour nousNos fidelles amours si long-temps tourmentées,Nos peines, nos douleurs à la fin surmontées,Témoignent que le Ciel en nous faisant souffrir,N'a voulu qu'éprouver ce qu'il vouloit cherir.

Un malheureux amant, trop heureuse Princesse,Ne peut plus estre icy qu'un objet de tristesse,La sienne troubleroit vos mutuels plaisirs.Et toy puissantobstacleà mes justes desirs,Et de qui le bonheur acheve mon desastre,Par quel charme secret, quel ascendant, quel AstreAs-tu pû suborner mon coeur à me trahir,A t'aimer malgré moy, toy qu'il devroit haïr?Je te devois la vie; Elise peut t'apprendre,En quelle occasion je viens de te le rendre.Je veux briser tes fers, puisque je l'ay promis:Mais, ô le plus mortel de tous mes ennemis,Il faut que j'obeïsse au sort qui me maistrise;Il faut qu'encore un coup je te dispute Elise,Et quoy que sans espoir de jamais l'acquerir,Que je l'afflige au moins ne pouvant l'attendrir.

Un malheureux amant, trop heureuse Princesse,Ne peut plus estre icy qu'un objet de tristesse,La sienne troubleroit vos mutuels plaisirs.Et toy puissantobstacleà mes justes desirs,Et de qui le bonheur acheve mon desastre,Par quel charme secret, quel ascendant, quel AstreAs-tu pû suborner mon coeur à me trahir,A t'aimer malgré moy, toy qu'il devroit haïr?Je te devois la vie; Elise peut t'apprendre,En quelle occasion je viens de te le rendre.Je veux briser tes fers, puisque je l'ay promis:Mais, ô le plus mortel de tous mes ennemis,Il faut que j'obeïsse au sort qui me maistrise;Il faut qu'encore un coup je te dispute Elise,Et quoy que sans espoir de jamais l'acquerir,Que je l'afflige au moins ne pouvant l'attendrir.

Ha! n'attens rien de moy par une telle voye,Ny d'Alcandre ennemy que jamais je te voye.

Ha! n'attens rien de moy par une telle voye,Ny d'Alcandre ennemy que jamais je te voye.

N'esperez pas aussi qu'Amant desesperé,Je laisse mon Rival dans un calme asseuré.

N'esperez pas aussi qu'Amant desesperé,Je laisse mon Rival dans un calme asseuré.

Il t'offre une amitié qui n'est point méprisable.

Il t'offre une amitié qui n'est point méprisable.

C'est son défaut pour moy d'estre trop estimable;C'est par ce qu'elle a peu la vostre meriter,Que mon coeur s'en éloigne, & ne peut l'accepter.Oüy, dangereux Rival, il faut que je t'estime,Quand un juste sujet à ta perte m'anime,Et que mon coeur n'ait rien tant à craindre que moyDans le dessein que j'ay de me battre avec toy;Mais le temps que je perds à ma plainte frivolle,Se peut mieux employer à tenir ma parolle.

C'est son défaut pour moy d'estre trop estimable;C'est par ce qu'elle a peu la vostre meriter,Que mon coeur s'en éloigne, & ne peut l'accepter.Oüy, dangereux Rival, il faut que je t'estime,Quand un juste sujet à ta perte m'anime,Et que mon coeur n'ait rien tant à craindre que moyDans le dessein que j'ay de me battre avec toy;Mais le temps que je perds à ma plainte frivolle,Se peut mieux employer à tenir ma parolle.

ELISE, OROSMANE.

Amintas, genereux mesme à ses ennemis,Te tirera des fers comme il te l'a promis.Mais, cher Prince, il est temps qu'Elise impatiente,Cesse enfin d'ignorer ta fortune inconstante,Et pourquoy si long-temps, & si proche de moy,Le faux nom d'Orosmane abusa de ma foy.

Amintas, genereux mesme à ses ennemis,Te tirera des fers comme il te l'a promis.Mais, cher Prince, il est temps qu'Elise impatiente,Cesse enfin d'ignorer ta fortune inconstante,Et pourquoy si long-temps, & si proche de moy,Le faux nom d'Orosmane abusa de ma foy.

Quand la parfaite Elise aussi juste que belle,M'eut appris les desseins de son Pere infidelle,Qui sur de specieux, mais frivoles sujets,Avoit fait contre moy revolter mes Sujets,Et qui pour mieux cacher où marchoit son Armée,En menaçoit les bords de la Grece allarmée,Elle vit que mon coeur ne pouvant la quitter,Pour la premiere fois osa luy resister,J'abandonnois mon Thrône à vostre injuste Pere,Vostre coeur genereux s'en mettoit en colere,La crainte de languir un moment loin de vous,Me faisoit mépriser cét obligeant courroux:Mais vos yeux se servant de toute leur puissance,Il se fallut resoudre à cette longue absence,Courir au moins pressé de deux maux dangereux.Sur la mer, mon destin ne fut pas plus heureux,Je fus battu des vents, & dans la Cilicie,J'eus à tous mes desseins la fortune ennemie.

Quand la parfaite Elise aussi juste que belle,M'eut appris les desseins de son Pere infidelle,Qui sur de specieux, mais frivoles sujets,Avoit fait contre moy revolter mes Sujets,Et qui pour mieux cacher où marchoit son Armée,En menaçoit les bords de la Grece allarmée,Elle vit que mon coeur ne pouvant la quitter,Pour la premiere fois osa luy resister,J'abandonnois mon Thrône à vostre injuste Pere,Vostre coeur genereux s'en mettoit en colere,La crainte de languir un moment loin de vous,Me faisoit mépriser cét obligeant courroux:Mais vos yeux se servant de toute leur puissance,Il se fallut resoudre à cette longue absence,Courir au moins pressé de deux maux dangereux.Sur la mer, mon destin ne fut pas plus heureux,Je fus battu des vents, & dans la Cilicie,J'eus à tous mes desseins la fortune ennemie.

Je sçay que la fortune accablant la valeur,En un dernier combat vous eustes du malheur,Et qu'un jeune guerrier tué dans la bataille,Fut pris pour mon Alcandre.

Je sçay que la fortune accablant la valeur,En un dernier combat vous eustes du malheur,Et qu'un jeune guerrier tué dans la bataille,Fut pris pour mon Alcandre.

Il estoit de ma taille,Et l'on ne connut point son visage blessé,Sous un de mes harnois qu'il avoit endossé.Ce faux bruit de ma mort ardemment desirée,Outre les miens, trompa ceux qui l'avoient jurée,Et me fit oublier aux puissans ennemis,A qui tout contre moy sembloit estre permis.Accablé de malheurs, & par mer, & par terre,Il me restoit encore un seul vaisseau de guerre,Et j'avois conservé des amis genereux,Qui loin de mépriser un Prince malheureux,D'une fidelité qui ne s'est point lassée,Respecterent tousiours ma dignité passée.Nous montasmes en mer de la terre chassez;La vague estoit émeuë, & les flots couroucez;Mais c'estoit le party qui nous restoit à prendre,Suivis que nous estions des troupes de Pisandre.Le Barbare Orosmane un Corsaire inhumain,Attaqua mon navire, & mourut de ma main,Aigry des longs malheurs de mon sort déplorable,Aux Corsaires vaincus je fus inexorable,Tout tombant sous le fer, ou dans l'onde jetté,Esprouva la rigueur du vainqueur irrité.De massacre & d'horreur ma cholere assouvie,Aux tremblans Matelots fit grace de la vie.J'achevois de les vaincre, & de les desarmer,Quand je vis mon vaisseau tout à coup abysmer.Ce peril évité me fut de bon présage;Réveilla mon espoir; anima mon courage,Je prend le nom fameux du Corsaire détruit.Ce nom en peu de temps est un nom de grand bruit,Et me fait esperer qu'aupres de vostre Pere,Un Corsaire fera ce qu'un Roy ne pû faire.Lors je vous détrompay du faux bruit de ma mort;Mais sans vous reveler le secret de mon sort.

Il estoit de ma taille,Et l'on ne connut point son visage blessé,Sous un de mes harnois qu'il avoit endossé.Ce faux bruit de ma mort ardemment desirée,Outre les miens, trompa ceux qui l'avoient jurée,Et me fit oublier aux puissans ennemis,A qui tout contre moy sembloit estre permis.Accablé de malheurs, & par mer, & par terre,Il me restoit encore un seul vaisseau de guerre,Et j'avois conservé des amis genereux,Qui loin de mépriser un Prince malheureux,D'une fidelité qui ne s'est point lassée,Respecterent tousiours ma dignité passée.Nous montasmes en mer de la terre chassez;La vague estoit émeuë, & les flots couroucez;Mais c'estoit le party qui nous restoit à prendre,Suivis que nous estions des troupes de Pisandre.Le Barbare Orosmane un Corsaire inhumain,Attaqua mon navire, & mourut de ma main,Aigry des longs malheurs de mon sort déplorable,Aux Corsaires vaincus je fus inexorable,Tout tombant sous le fer, ou dans l'onde jetté,Esprouva la rigueur du vainqueur irrité.De massacre & d'horreur ma cholere assouvie,Aux tremblans Matelots fit grace de la vie.J'achevois de les vaincre, & de les desarmer,Quand je vis mon vaisseau tout à coup abysmer.Ce peril évité me fut de bon présage;Réveilla mon espoir; anima mon courage,Je prend le nom fameux du Corsaire détruit.Ce nom en peu de temps est un nom de grand bruit,Et me fait esperer qu'aupres de vostre Pere,Un Corsaire fera ce qu'un Roy ne pû faire.Lors je vous détrompay du faux bruit de ma mort;Mais sans vous reveler le secret de mon sort.

Pourquoy me cachois tu que ta rare vaillance,Faisoit aux plus grands Roys redouter ta puissance;Pourquoy n'ay-je pas sceu que l'Empire des Mers,Dépendoit d'un Esclave arresté dans mes fers;O que de ce penser ma vanité flattée,Eust calmé pour un temps mon ame inquietée,Que les Dieux qu'à ta perte imploroit mon courroux,M'eussent esté cruels, s'ils m'eussent esté doux!Mais à quoy te servit, une histoire, une feinte,Qui pouvoit me donner une mortelle atteinte;Quel plaisir as-tu pris à te faire haïr;Et qui trompe en amour, ne peut-il pas trahir;Pourquoy de nos amours rompois-tu le silence?

Pourquoy me cachois tu que ta rare vaillance,Faisoit aux plus grands Roys redouter ta puissance;Pourquoy n'ay-je pas sceu que l'Empire des Mers,Dépendoit d'un Esclave arresté dans mes fers;O que de ce penser ma vanité flattée,Eust calmé pour un temps mon ame inquietée,Que les Dieux qu'à ta perte imploroit mon courroux,M'eussent esté cruels, s'ils m'eussent esté doux!Mais à quoy te servit, une histoire, une feinte,Qui pouvoit me donner une mortelle atteinte;Quel plaisir as-tu pris à te faire haïr;Et qui trompe en amour, ne peut-il pas trahir;Pourquoy de nos amours rompois-tu le silence?

Je voulus d'un Rival éprouver la vaillance,Et chercher dans sa mort le funeste plaisir,D'accuser vostre coeur, d'avoir sceu mal choisir,La crainte d'un Rival, qu'un Pere favorable....

Je voulus d'un Rival éprouver la vaillance,Et chercher dans sa mort le funeste plaisir,D'accuser vostre coeur, d'avoir sceu mal choisir,La crainte d'un Rival, qu'un Pere favorable....

Prince n'acheve pas un discours si coupable.Alcandre a pû douter d'Elise, & de sa foy;

Prince n'acheve pas un discours si coupable.Alcandre a pû douter d'Elise, & de sa foy;

Hé! qui n'est pas jaloux quand il ayme?

Hé! qui n'est pas jaloux quand il ayme?

Et c'est moy,Qui n'ay jamais douté de ta perseverance,Quand j'avois plus à craindre une ingrate inconstance;Car les beautez d'Asie ont des charmes puissans,Et je sçay qu'on oublie aisément les absens.Oüy, Prince ingrat, pendant que tu fus en Asie,Je n'eus jamais pour toy la moindre jalousie;Je ne crus point de coeur plus ferme que le tien:Mais tu ne rendois pas cette justice au mien,Tu me croyois ingrate, infidelle, & coupable,Quand pour toy j'irritois un pouvoir redoutable.Croy-donc que c'est un crime, & le plus grand de tous,Que d'estre sans sujet un ingrat, un jaloux,Et qu'une telle excuse en la bouche d'Alcandre,Multiplie une erreur au lieu de la deffendre.

Et c'est moy,Qui n'ay jamais douté de ta perseverance,Quand j'avois plus à craindre une ingrate inconstance;Car les beautez d'Asie ont des charmes puissans,Et je sçay qu'on oublie aisément les absens.Oüy, Prince ingrat, pendant que tu fus en Asie,Je n'eus jamais pour toy la moindre jalousie;Je ne crus point de coeur plus ferme que le tien:Mais tu ne rendois pas cette justice au mien,Tu me croyois ingrate, infidelle, & coupable,Quand pour toy j'irritois un pouvoir redoutable.Croy-donc que c'est un crime, & le plus grand de tous,Que d'estre sans sujet un ingrat, un jaloux,Et qu'une telle excuse en la bouche d'Alcandre,Multiplie une erreur au lieu de la deffendre.

Percez-donc, belle Elise, un coeurméconnaissant.

Percez-donc, belle Elise, un coeurméconnaissant.

Un coupable qui plaist, est bien-tost innocent

Un coupable qui plaist, est bien-tost innocent

Je ne sçaurois souffrir de trépas assez rude,Si j'ay pû vous donner la moindre inquietude,

Je ne sçaurois souffrir de trépas assez rude,Si j'ay pû vous donner la moindre inquietude,

Et le moindre tourment que tu pourrois souffrir,

Et le moindre tourment que tu pourrois souffrir,

Vengeroit ma Princesse,

Vengeroit ma Princesse,

Il la feroit mourir.Songeons plustost aux maux qui pressent davantage.Ta vie est dans les mains d'un homme plein de rage,Qui croit que pour vanger, tous crimes sont permis:Mais taisons-nous, sçachons ce qu'aura fait son fils,Hé bien! Prince.

Il la feroit mourir.Songeons plustost aux maux qui pressent davantage.Ta vie est dans les mains d'un homme plein de rage,Qui croit que pour vanger, tous crimes sont permis:Mais taisons-nous, sçachons ce qu'aura fait son fils,Hé bien! Prince.

AMINTAS, ELISE, OROSMANE.

J'ay fait tout ce que j'ay pû faire,Mais les Gardes doublez par l'ordre de mon PereQue de l'humeur qu'il est je ne sçaurois changer,Laissent mon ame en peine, & ta vie en danger;mais où la force est foible, employons-y l'adresse;Sous mes habits connus sors avec la Princesse,Si l'entreprise manque, au mépris de la mort,Je briseray tes fers par un dernier effort.Licas que j'ay gagné, mon dessein favorise:A quoy donc se resout l'heureux Amant d'Elise;

J'ay fait tout ce que j'ay pû faire,Mais les Gardes doublez par l'ordre de mon PereQue de l'humeur qu'il est je ne sçaurois changer,Laissent mon ame en peine, & ta vie en danger;mais où la force est foible, employons-y l'adresse;Sous mes habits connus sors avec la Princesse,Si l'entreprise manque, au mépris de la mort,Je briseray tes fers par un dernier effort.Licas que j'ay gagné, mon dessein favorise:A quoy donc se resout l'heureux Amant d'Elise;

Nous suivrons ton conseil, ô Prince genereux!Prince que malgré moy j'ay rendu malheureux.

Nous suivrons ton conseil, ô Prince genereux!Prince que malgré moy j'ay rendu malheureux.

Ce Prince malheureux, & qui vous importune,Ne se prend qu'à luy seul de sa longue infortune.Allons changer d'habits où Licas nous attend,Viens-tu donc?

Ce Prince malheureux, & qui vous importune,Ne se prend qu'à luy seul de sa longue infortune.Allons changer d'habits où Licas nous attend,Viens-tu donc?

Je te suis; n'espere pas pourtant,Qu'en me tirant des fers de ton injuste Pere,J'en sois moins ton Rival, ton cruel adversaire.Tant qu'Elise vivra sous vos indignes loix;Que vous luy ravirez la liberté du choix,Orosmane & les siens periront pour Elise.Paphos suivra de pres Amatonte surprise.Et ne me blasme plus de mes hostilitez,On manque pour Elise à des formalitez;Pour mériter Elise, on peut, on doit tout faire.

Je te suis; n'espere pas pourtant,Qu'en me tirant des fers de ton injuste Pere,J'en sois moins ton Rival, ton cruel adversaire.Tant qu'Elise vivra sous vos indignes loix;Que vous luy ravirez la liberté du choix,Orosmane & les siens periront pour Elise.Paphos suivra de pres Amatonte surprise.Et ne me blasme plus de mes hostilitez,On manque pour Elise à des formalitez;Pour mériter Elise, on peut, on doit tout faire.

C'est par cette raison, vaillant Prince, ou Corsaire,Puis qu'on doit tout oser pour un bien d'un tel prix,Que je veux achever le dessein que j'ay pris.

C'est par cette raison, vaillant Prince, ou Corsaire,Puis qu'on doit tout oser pour un bien d'un tel prix,Que je veux achever le dessein que j'ay pris.

Fin du quatriéme Acte.

ALCIONNE, ELISE.

Eh quoy! d'une si juste & si longue tristesse,Vôtre ame en un moment passe dans l'allegresse!

Eh quoy! d'une si juste & si longue tristesse,Vôtre ame en un moment passe dans l'allegresse!

Mon Alcandre, ma soeur, est vivant, est trouvé,Et le grand Orosmane, est fidelle, est sauvé,Jugez à quel excez me doit porter la joye,D'un bien long-temps perdu, que le Ciel me renvoye;Mais ma bouche qu'emporte un premier mouvement,Veut tout dire à la fois, & parle obscurement,Alcandre donc, ma soeur, est cét homme admirable,Ce guerrier si vaillant, si grand, si redoutable....

Mon Alcandre, ma soeur, est vivant, est trouvé,Et le grand Orosmane, est fidelle, est sauvé,Jugez à quel excez me doit porter la joye,D'un bien long-temps perdu, que le Ciel me renvoye;Mais ma bouche qu'emporte un premier mouvement,Veut tout dire à la fois, & parle obscurement,Alcandre donc, ma soeur, est cét homme admirable,Ce guerrier si vaillant, si grand, si redoutable....

CLARICE, ELISE, ALCIONNE.

Ha Princesses! pleurez l'accident malheureux,Qui ravit à la Cypre un Prince genereux.Amintas ayant sceu que ton barbare Pere,Redoutoit Orosmane, & s'en vouloit défaire,Luy donnant ses habits pendant l'obscurité,L'avoit heureusement remis en liberté,Quand son Pere endurcy dans son dessein sinistre,S'est servy de la main d'un barbare Ministre,Qui blessant Amintas par ses habits trompé,Ne l'a point reconnu qu'apres l'avoir frappé.On sçait de l'assassin, que l'on mene au supplice,Que Nicanor du crime est autheur & complice.Et le Prince plaint moins la rigueur de son sort,Qu'Orosmane repris qu'on destine à la mort.Nicanor l'a jurée, & sa douleur extrême,Du funeste accident qu'il a causé luy-mesme,Le porte à des transports indignes de son rang,Et déja d'Orosmane il eust versé le sang;Mais jusques à son trépas Amintas magnanime,Retient son cruel Pere, & s'oppose à son crime.

Ha Princesses! pleurez l'accident malheureux,Qui ravit à la Cypre un Prince genereux.Amintas ayant sceu que ton barbare Pere,Redoutoit Orosmane, & s'en vouloit défaire,Luy donnant ses habits pendant l'obscurité,L'avoit heureusement remis en liberté,Quand son Pere endurcy dans son dessein sinistre,S'est servy de la main d'un barbare Ministre,Qui blessant Amintas par ses habits trompé,Ne l'a point reconnu qu'apres l'avoir frappé.On sçait de l'assassin, que l'on mene au supplice,Que Nicanor du crime est autheur & complice.Et le Prince plaint moins la rigueur de son sort,Qu'Orosmane repris qu'on destine à la mort.Nicanor l'a jurée, & sa douleur extrême,Du funeste accident qu'il a causé luy-mesme,Le porte à des transports indignes de son rang,Et déja d'Orosmane il eust versé le sang;Mais jusques à son trépas Amintas magnanime,Retient son cruel Pere, & s'oppose à son crime.

Clarice, que dis-tu?

Clarice, que dis-tu?

Je dis la vérité.

Je dis la vérité.

Mon cher Alcandre, helas! m'est-donc encore osté;Mais dis-tu qu'il est pris?

Mon cher Alcandre, helas! m'est-donc encore osté;Mais dis-tu qu'il est pris?

Sa prise est asseurée.

Sa prise est asseurée.

O Ciel! que tes faveurs sont de peu de durée,

O Ciel! que tes faveurs sont de peu de durée,

Et le Prince, Clarice?

Et le Prince, Clarice?

Il attend le trépas.

Il attend le trépas.

Ha! ma soeur mon Alcandre!

Ha! ma soeur mon Alcandre!

Ha! ma soeur Amintas?

Ha! ma soeur Amintas?

Et l'aymiez-vous?

Et l'aymiez-vous?

Helas! n'estoit-il pas aymable?Oüy ma soeur, je l'aymoisce Prince miserable.J'ay souffert des le temps qu'il entra dans vos fers,Les mesmes maux pour luy qu'il a pour vous souffers.Mais, ô ma chere soeur, comme vous desolée,Et plus que vous d'ennuis, & de maux accablée,Les vostres par les miens se pourroient augmenter.Que le Ciel cesse enfin de vous persecuter,Et qu'à vous favorable, autant qu'à moy contraire,Il conserve à vos feux vostre aymable Corsaire.Conduy-moydoncClarice, où je vais faire voir,Ce que peut sur mon coeur un juste desespoir.

Helas! n'estoit-il pas aymable?Oüy ma soeur, je l'aymoisce Prince miserable.J'ay souffert des le temps qu'il entra dans vos fers,Les mesmes maux pour luy qu'il a pour vous souffers.Mais, ô ma chere soeur, comme vous desolée,Et plus que vous d'ennuis, & de maux accablée,Les vostres par les miens se pourroient augmenter.Que le Ciel cesse enfin de vous persecuter,Et qu'à vous favorable, autant qu'à moy contraire,Il conserve à vos feux vostre aymable Corsaire.Conduy-moydoncClarice, où je vais faire voir,Ce que peut sur mon coeur un juste desespoir.

Allons, allons, ma soeur, par nos morts genereuses,Rendre illustres les feux de deux soeurs malheureuses.

Allons, allons, ma soeur, par nos morts genereuses,Rendre illustres les feux de deux soeurs malheureuses.

Alcionne sort.

NICANOR, ELISE, Gardes.

Où courez-vous, Princesse? arrestez un moment.Le pirate est repris, & gardé seurement,Et s'il faut que mon filsmeurede ses blessures,Il mourra le Barbare apres mille tortures,A ce discours jevoyvostre teint se changer,Il court pourtant encore un plus pressant danger.Si Paphos qu'on assiege, est enfin emportée,La vie au prisonnier sera bientost ostée.Ny vous qui le sauviez, ny mon fils qui m'est cher,Ny nul autre icy bas ne pourroit l'empecher.Son mestier de voleur laisse un grand privilege,Aux Princes qui l'ont pris, & pourtant qu'il assiege,Et l'on peut bien punir un Corsaire, ô Cieux!Sans attirer sur soy la cholere des Dieux;Mais par mon fils sauvé, par Paphos délivrée,Sa mort est seulement pour un temps differée,Si ne s'opposant plus au bonheur d'un Rival,Il ne consent sans feinte à cét Himen fatal,Qui rend mon fils heureux en possedant Elise,Autrement contre luy toute chose est permise.Tandis qu'à ce party vous le disposerez;Car Licas vous l'amene, & vous luy parlerez,Je cours où de Paphos la défence m'appelle,Gardes, suivez mon ordre, & qu'on me soit fidelle.

Où courez-vous, Princesse? arrestez un moment.Le pirate est repris, & gardé seurement,Et s'il faut que mon filsmeurede ses blessures,Il mourra le Barbare apres mille tortures,A ce discours jevoyvostre teint se changer,Il court pourtant encore un plus pressant danger.Si Paphos qu'on assiege, est enfin emportée,La vie au prisonnier sera bientost ostée.Ny vous qui le sauviez, ny mon fils qui m'est cher,Ny nul autre icy bas ne pourroit l'empecher.Son mestier de voleur laisse un grand privilege,Aux Princes qui l'ont pris, & pourtant qu'il assiege,Et l'on peut bien punir un Corsaire, ô Cieux!Sans attirer sur soy la cholere des Dieux;Mais par mon fils sauvé, par Paphos délivrée,Sa mort est seulement pour un temps differée,Si ne s'opposant plus au bonheur d'un Rival,Il ne consent sans feinte à cét Himen fatal,Qui rend mon fils heureux en possedant Elise,Autrement contre luy toute chose est permise.Tandis qu'à ce party vous le disposerez;Car Licas vous l'amene, & vous luy parlerez,Je cours où de Paphos la défence m'appelle,Gardes, suivez mon ordre, & qu'on me soit fidelle.

Va Tyran! n'attens pas d'Orosmane & de moy,Que la crainte nous rende aussi lâches que toy,Dieux! qui de Nicanor souffrant les injustices,Semblez ses protecteurs, ou plustost ses complices,Par de rares vertus estre semblable à vous,Est-ce donc s'attirer vostre injuste courroux?Est-ce avoir merité vostre haine mortelle,Que de m'avoir aymée & de m'estre fidelle?O Prince! qui sans moy serois moins malheureux;A quoy donc nous reserve un destin rigoureux?Et d'un heureux moment de joye inesperée,D'un espoir aussi vain que de peu de durée,A-t'il voulu flatter ceux qu'il vouloit punir;Mon cher Alcandre enfin, qu'allons-nous devenir.

Va Tyran! n'attens pas d'Orosmane & de moy,Que la crainte nous rende aussi lâches que toy,Dieux! qui de Nicanor souffrant les injustices,Semblez ses protecteurs, ou plustost ses complices,Par de rares vertus estre semblable à vous,Est-ce donc s'attirer vostre injuste courroux?Est-ce avoir merité vostre haine mortelle,Que de m'avoir aymée & de m'estre fidelle?O Prince! qui sans moy serois moins malheureux;A quoy donc nous reserve un destin rigoureux?Et d'un heureux moment de joye inesperée,D'un espoir aussi vain que de peu de durée,A-t'il voulu flatter ceux qu'il vouloit punir;Mon cher Alcandre enfin, qu'allons-nous devenir.

OROSMANE, ELISE.

Il veut unir, Madame, un Amant temeraire,Un insensé, qui crût meriter de vous plaire;Dont la vie est funeste au bonheur de vos jours.Mais finit-il des miens le long & triste cours,Puis que nos ennemis souffrent que je vous voye?Tout rigoureux qu'ils sont ils me comblent de joye.

Il veut unir, Madame, un Amant temeraire,Un insensé, qui crût meriter de vous plaire;Dont la vie est funeste au bonheur de vos jours.Mais finit-il des miens le long & triste cours,Puis que nos ennemis souffrent que je vous voye?Tout rigoureux qu'ils sont ils me comblent de joye.

Que tu les connois mal, ces communs ennemis,Quand tu leur sçais bon gré de ce qu'ils t'ont permis.La faveur dont tu crois leur estre redevable,De leurs méchancetez est la plus redoutable,Et tu le vas bien voir par les rudes effetsDes maux qu'elle va joindre aux maux qu'on nous a faits.Te le diray-je? on veut qu'Orosmane choisisse,Où d'estre sans Elise, ou d'aller au supplice;On me donne à choisir, ou d'aimer Amintas,Que je ne puis aimer, ou de voir ton trépas.Laisseray-je perir un Amant que j'adore?Feray-je mon espoux d'un Prince que j'abhorreParle, ouvre-moy ton coeur, & sans dissimuler,Fay voir à mon amour où le tien peut aller.Choisis sans hesiter de la vie, ou d'Elise;A ton choix, quel qu'il soit, elle sera soûmise.Si ton ame s'estonne & redoute la mort,Quand le Prince qui m'ayme, & que je hay si fort,Des monstres plus affreux seroit le plus horrible,J'en feray mon époux, pour toy tout m'est possible;Mais si ton coeur fidelle & transporté d'amour,Peut mépriser pour moy la lumiere du jour,Il n'est humain pouvoir qui sur mon ame obtienne,Que ma fidelité ne réponde à la tienne.Non pas mesme les Dieux me pourroient empescher,De joindre apres ta mort ce que j'eus de plus cher;Et je ferois bien plus, ô malheureux Alcandre!Si l'on pouvoit pour toy davantage entreprendre.Fay, Fay donc nos Destins, ils dépendent de toy,Fay nous mourir ensemble, ou vis heureux sans moy.

Que tu les connois mal, ces communs ennemis,Quand tu leur sçais bon gré de ce qu'ils t'ont permis.La faveur dont tu crois leur estre redevable,De leurs méchancetez est la plus redoutable,Et tu le vas bien voir par les rudes effetsDes maux qu'elle va joindre aux maux qu'on nous a faits.Te le diray-je? on veut qu'Orosmane choisisse,Où d'estre sans Elise, ou d'aller au supplice;On me donne à choisir, ou d'aimer Amintas,Que je ne puis aimer, ou de voir ton trépas.Laisseray-je perir un Amant que j'adore?Feray-je mon espoux d'un Prince que j'abhorreParle, ouvre-moy ton coeur, & sans dissimuler,Fay voir à mon amour où le tien peut aller.Choisis sans hesiter de la vie, ou d'Elise;A ton choix, quel qu'il soit, elle sera soûmise.Si ton ame s'estonne & redoute la mort,Quand le Prince qui m'ayme, & que je hay si fort,Des monstres plus affreux seroit le plus horrible,J'en feray mon époux, pour toy tout m'est possible;Mais si ton coeur fidelle & transporté d'amour,Peut mépriser pour moy la lumiere du jour,Il n'est humain pouvoir qui sur mon ame obtienne,Que ma fidelité ne réponde à la tienne.Non pas mesme les Dieux me pourroient empescher,De joindre apres ta mort ce que j'eus de plus cher;Et je ferois bien plus, ô malheureux Alcandre!Si l'on pouvoit pour toy davantage entreprendre.Fay, Fay donc nos Destins, ils dépendent de toy,Fay nous mourir ensemble, ou vis heureux sans moy.


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