Chapter 15

In the pleasant orchard-closes…

In the pleasant orchard-closes…

In the pleasant orchard-closes…

Et tout mon été d’hier revint à l’appel.

In the pleasant orchard-closes« God bless all our gains », say we ;But « May God bless all our losses »,Better suits with our degree[38].

In the pleasant orchard-closes« God bless all our gains », say we ;But « May God bless all our losses »,Better suits with our degree[38].

In the pleasant orchard-closes

« God bless all our gains », say we ;

But « May God bless all our losses »,

Better suits with our degree[38].

[38]Elizabeth Barrett Browning (The Lost Bower). En français :Dans les plaisants vergers,« Dieu bénisse tous nos gains », disons-nous…Mais « Puisse Dieu bénir toutes nos pertes »,Convient mieux à notre condition.

[38]Elizabeth Barrett Browning (The Lost Bower). En français :

Dans les plaisants vergers,« Dieu bénisse tous nos gains », disons-nous…Mais « Puisse Dieu bénir toutes nos pertes »,Convient mieux à notre condition.

Dans les plaisants vergers,« Dieu bénisse tous nos gains », disons-nous…Mais « Puisse Dieu bénir toutes nos pertes »,Convient mieux à notre condition.

Dans les plaisants vergers,

« Dieu bénisse tous nos gains », disons-nous…

Mais « Puisse Dieu bénir toutes nos pertes »,

Convient mieux à notre condition.

Elle négligea la cinquième malheureuse ligne[39], pour répéter :

Better suits with our degree !

Better suits with our degree !

Better suits with our degree !

[39]La cinquième ligne est :Listen, gentle, — ay, and simple ! Listen, children on the knee !En français :Écoutez, seigneurs, — oui, et manants ! Écoutez, enfants sur les genoux !

[39]La cinquième ligne est :

Listen, gentle, — ay, and simple ! Listen, children on the knee !

En français :

Écoutez, seigneurs, — oui, et manants ! Écoutez, enfants sur les genoux !

Je la vis se pencher par-dessus la galerie, ses mains jointes blanches comme perle sur le chêne.

— Est-ce vous… de l’autre bout du comté ? cria-t-elle.

— Oui, c’est moi… de l’autre bout du comté, répondis-je en riant.

— Il s’en est écoulé, du temps, avant que vous ayez eu besoin de revenir ! (Elle descendit en courant l’escalier, d’une main effleurant sa large rampe.) Il y a deux mois et quatre jours. L’été est passé !

— Je voulais venir plus tôt, mais le Destin m’en a empêché.

— Je le savais. Voulez-vous avoir la bonté de faire quelque chose à ce feu. On ne me laisse pas jouer avec, et je sens qu’il se comporte mal. Donnez-lui donc une tape !

Je regardai de chaque côté de la profonde cheminée, et ne trouvai qu’un jalon à demi carbonisé, à l’aide duquel je frappai sur une bûche noircie jusqu’à ce qu’elle flambât.

— Il ne s’éteint jamais, ni jour ni nuit, dit-elle en manière d’explication. Pour le cas où l’on rentre avec le froid aux pieds, vous comprenez.

— C’est encore plus joli à l’intérieur que ce n’était dehors, murmurai-je.

La lumière rouge se répandait le long des panneaux sombres, polis par le temps, au point que les roses et les lions Tudor de la galerie prenaient couleur et mouvement. Un vieux miroir convexe, surmonté d’un aigle, recueillait le tableau dans le mystère de son cœur, déformant à nouveau les ombres déformées et donnant à la galerie la courbe d’un navire. Le jour se clôturait en une sorte de tempête au fur et à mesure que le brouillard se changeait en averse fouettante. Entre les meneaux sans rideaux de la large fenêtre, je pouvais voir les vaillants cavaliers du gazon se cabrer et se remettre d’aplomb à l’encontre du vent qui les brocardait de feuilles mortes par légions.

— Oui, ce doit être beau, dit-elle. Voulez-vous en faire la visite ? Il y a encore assez de jour en haut.

Je gravis sur ses pas l’imperturbable escalier, large à laisser passer un chariot, jusqu’à la galerie où s’ouvraient les portes aux minces cannelures du temps d’Elisabeth.

— Tâtez comme ils mettent le loquet bas, à cause des enfants.

Elle poussa une légère porte.

— En passant, où sont-ils ? demandai-je. Je ne les ai même pas entendus aujourd’hui.

Elle ne répondit pas sur-le-champ. Puis elle finit par dire doucement :

— Je ne peux, moi, que les entendre. C’est une de leurs pièces… tout y est prêt, vous voyez.

Elle désigna l’intérieur d’une pièce aux lourdes boiseries. On y voyait de petites tables à dînette et des chaises d’enfant. Une maison de poupée, le devant à charnières entr’ouvert, faisait face à un grand cheval à bascule gris pommelé, de la selle rembourrée duquel il n’y avait qu’une dégringolade d’enfant jusqu’à la large banquette de fenêtre qui donnait sur la pelouse. Un petit fusil gisait dans un coin, à côté d’un canon en bois doré.

— Sûrement, ils étaient ici il n’y a qu’un instant, murmurai-je.

Dans le jour tombant une porte craqua prudemment. J’entendis le froufrou d’une petite robe et un bruit de pas légers — de pas rapides — traverser une chambre au loin.

— Cela, je l’ai entendu ! s’écria-t-elle triomphante. Et vous ?… Enfants, oh ! enfants, où êtes-vous ?

La voix remplit les murs, qui la retinrent amoureusement jusqu’à la note dernière et parfaite ; mais nul cri, comme j’en avais entendu dans le jardin, ne vint en réponse. Nous courûmes de pièce en pièce, de parquet de chêne en parquet de chêne, montant ici une marche, là en descendant trois, dans un dédale de passages, — la constante risée de notre proie… On eût tout aussi bien pu essayer de travailler avec un seul furet une garenne non bouchée. Innombrables étaient les terriers, retraites dans les murs, embrasures de profondes et étroites fenêtres, presque des fentes, maintenant plongées dans l’ombre d’où ils pouvaient jaillir derrière nous, et cheminées abandonnées, enfoncées de six pieds dans la maçonnerie, sans compter l’embrouillement des portes de communication. Par-dessus tout, ils avaient, en cette partie de cache-cache, pour eux le crépuscule. J’avais saisi un ou deux rires étouffés et joyeux d’évasion, et, une ou deux fois aperçu la silhouette d’une blouse d’enfant contre quelque fenêtre en train de s’assombrir à l’extrémité d’un corridor ; mais nous revînmes à la galerie les mains vides, juste au moment où une femme entre deux âges plaçait une lampe en sa niche.

— Non, je ne l’ai pas vue non plus ce soir, Miss Florence, entendis-je qu’elle disait, mais il y a ce Turpin qui dit qu’il veut vous voir au sujet de son étable.

— Oh ! il faut vraiment que Mr. Turpin ait joliment besoin de me voir ! Dites-lui de venir au hall,MistressMadden.

Je regardai de haut en bas dans le hall, qui n’avait pour toute lumière que le feu appesanti, et tout au fond de l’ombre je les aperçus enfin. Ils devaient s’être glissés en bas tandis que nous étions dans les corridors, et se croyaient maintenant parfaitement à l’abri des regards, derrière un vieil écran de cuir doré. Suivant la loi de l’enfant, ma poursuite infructueuse équivalait à une présentation ; mais, en raison de la peine que j’avais prise, je résolus de les forcer à se présenter d’eux-mêmes un peu plus tard, et cela, grâce à cette simple ruse que les enfants détestent et qui consiste à faire semblant de ne pas s’inquiéter d’eux. Ils se tenaient cois, en petit tas confus, guère plus que des ombres, sauf lorsqu’une prompte flamme trahissait un contour.

— Et maintenant nous allons prendre le thé, dit-elle. Je crois que j’eusse dû commencer par vous l’offrir, mais on n’est pas toujours au fait des bonnes manières lorsqu’on vit seule et que l’on est regardée… hum !… comme singulière.

Puis, avec un fort joli mépris :

— Voulez-vous une lampe pour voir à manger ?

— La lueur du feu est beaucoup plus plaisante, je crois.

Nous descendîmes dans cette délicieuse demi-obscurité, et Madden apporta le thé.

Je plaçai ma chaise dans la direction de l’écran, tout prêt à surprendre ou à être surpris, suivant les hasards du jeu, et, avec sa permission, attendu qu’un foyer toujours est sacré[40], me penchai en avant pour jouer avec le feu.

[40]En Angleterre, il faut sept ans de fréquentation avant de se permettre de toucher au feu de la cheminée.

[40]En Angleterre, il faut sept ans de fréquentation avant de se permettre de toucher au feu de la cheminée.

— Où vous procurez-vous ces beaux et courts petits fagots ? demandai-je en l’air. Mais, ce sont des tailles !

— Naturellement, dit-elle. Comme je ne peux ni lire ni écrire, je me trouve ramenée, pour faire mes comptes, aux primitives tailles anglaises. Donnez-m’en une, et je vais vous dire ce qu’elle signifiait.

Je lui passai une taille en bois de coudrier, non brûlée, longue d’un pied environ, et elle glissa son pouce du haut en bas des coches.

— C’est le compte du lait provenant de la ferme du château pour le mois d’avril de l’année dernière, en gallons, dit-elle. Je me demande ce que je serais devenue sans les tailles. C’est un vieux garde forestier à moi, qui m’enseigna le système. Il est un peu passé de mode pour tout autre, mais mes tenanciers le respectent. L’un d’eux arrive justement pour me voir. Oh ! ne vous en préoccupez pas. Il n’a rien à faire ici en dehors des heures assignées. C’est un homme rapace et ignorant… très rapace, sans quoi… il ne viendrait pas ici une fois la nuit tombée.

— Alors, vous avez beaucoup de terre ?

— Pas plus de deux cents acres en mains propres, Dieu merci. Les autres six cents acres sont presque toutes louées à des gens qui connaissaient ma famille avant moi ; mais ce Turpin est quelqu’un de nouveau… et un voleur de grand chemin.

— Mais êtes-vous sûre que je ne serai pas…?

— Certainement non. Vous en avez le droit. Quant à lui, il n’a pas d’enfants.

— Ah ! les enfants ! fis-je. (Et je penchai ma chaise bien en arrière, jusqu’à la faire presque toucher le paravent qui les cachait.) Je me demande s’ils vont se montrer pour moi.

On entendit un murmure de voix — celle de Madden et une autre plus profonde — à la porte de côté, sombre et basse ; et un géant aux cheveux couleur de gingembre, guêtré de toile de chanvre, du type incontestable des tenanciers, entra gauchement ou fut poussé de l’extérieur.

— Venez auprès du feu,MisterTurpin, dit-elle.

— S’il… s’il vous plaît, miss, je… je serai tout aussi bien auprès de la porte.

Tout en parlant, il se cramponnait au loquet, comme un enfant qui a peur. Soudain je me rendis compte qu’il était aux prises avec quelque frayeur presque insurmontable.

— Eh bien ?

— C’était au sujet de cette nouvelle étable pour le jeune bétail, — c’était tout. Ces premiers gros temps d’automne qui commencent… mais je reviendrai, Miss.

Ses dents ne claquaient pas beaucoup plus que le loquet de la porte.

— Ah ! non, repartit-elle d’un ton égal. La nouvelle étable… hum. Qu’est-ce que mon homme d’affaires vous a écrit le quinze ?

— Je… croyais peut-être qu’en venant vous voir… d’hom… d’homme à homme, Miss. Mais…

Ses yeux, agrandis par la terreur, roulèrent dans tous les coins de la pièce. Il ouvrit à demi la porte par laquelle il était entré, mais j’observai qu’elle se referma — de l’extérieur, et avec fermeté.

— Il a écrit ce que je lui ai dit, continua-t-elle. Vous êtes déjà encombré. La ferme de Dunnett n’a jamais comporté plus de cinquante bœufs, — même au temps de Mr. Wright. Et il employait le tourteau. Vous en avez soixante-sept et vous n’employez pas le tourteau. Sous ce rapport, vous avez violé le bail. Vous êtes en train de ruiner le fonds de la ferme.

— Je… je dois me procurer quelques engrais — des superphosphates — la semaine prochaine. J’en ai pour ainsi parler déjà commandé tout un wagon. Je descendrai demain à la gare à leur sujet. Alors je peux bien venir vous voir d’homme à homme, Miss, en plein jour… Ce monsieur ne s’en va pas, n’est-ce pas ?

Il poussa presque un cri.

Je n’avais fait que glisser la chaise un peu plus en arrière, en m’efforçant de frapper légèrement sur le cuir du paravent ; mais il sauta comme un rat.

— Non. S’il vous plaît, écoutez-moi bien,MisterTurpin.

Elle se retourna sur sa chaise et lui fit face, tandis qu’il se tenait adossé à la porte.

Ce fut une vieille et sordide petite tentative de tricherie qu’elle lui arracha, — une demande de nouvelle étable à bœufs aux frais de sa propriétaire, afin de pouvoir, avec l’engrais couvert, payer son fermage de l’année suivante sur l’évaluation après — elle arriva à s’en convaincre — qu’il aurait saigné à blanc les herbages enrichis. Je ne pus qu’admirer la robustesse de son appétit quand je le vis braver pour lui la terreur, quel qu’en fût le sujet, qui lui coulait en sueur sur le front.

J’avais cessé de frapper le cuir derrière moi — et, à vrai dire, étais en train de calculer le prix de l’étable, — quand je sentis que ma main détendue se trouvait prise et retournée doucement entre les douces mains d’un enfant. J’avais donc enfin triomphé. Encore un instant, et je me retournerais moi-même pour faire la connaissance de ces petits vagabonds au pied leste…

Le menu baiser de fleur me tomba en plein sur la paume de la main, — comme le présent sur lequel, jadis, on s’attendait à voir les doigts se refermer ; comme le tout fidèle avertissement mêlé de reproche d’un enfant qui attend et n’est point habitué à se voir négligé, même quand les grandes personnes sont le plus occupées, — article du code muet inventé il y a bien longtemps.

Alors, je compris. Et ce fut comme si j’avais su dès le premier jour, quand je regardai par-dessus la pelouse, à la fenêtre d’en haut.

J’entendis la porte se fermer. La femme se retourna de mon côté en silence, et je sentis qu’elle comprenait.

Combien de temps s’écoula ? je ne saurais le dire. Je fus réveillé par la chute d’une bûche, et machinalement me levai pour la remettre d’aplomb. Puis je regagnai ma place, la chaise si près du paravent.

— Maintenant, vous comprenez, chuchota-t-elle à travers les ombres entassées.

— Oui, je comprends… maintenant. Merci.

— Je… je les entends seulement. (Elle mit la tête dans ses mains.) Je n’ai aucun droit, vous savez… aucun droit. Je n’en ai ni porté ni perdu… ni porté ni perdu !

— Soyez contente, alors, dis-je.

Car j’avais au fond de moi l’âme déchirée.

— Pardonnez-moi !

Elle était calme, et je revins à mon chagrin et ma joie.

— Ce fut parce que je les aimais tant, dit-elle enfin d’une voix entrecoupée. Ce fut pour cela, même dès le commencement… même avant de savoir qu’ils… qu’ils étaient tout ce que j’aurais jamais. Et je les aimais tant !

Elle tendit les bras vers les ombres et les ombres dedans l’ombre.

— Ils sont venus parce que je les aimais… parce qu’il me les fallait. Je… je dois les avoir fait venir. Fut-ce mal, dites-moi ?

— Non… non.

— Je… je vous accorde que les jouets et… et toutes ces choses-là furent absurdes, mais… mais je détestais moi-même tellement les pièces vides quand j’étais petite ! (Elle désigna du doigt la galerie.) Et les corridors tout vides… Et comment pouvoir jamais supporter la porte du jardin fermée ? Supposez…

— Assez ! Par pitié, assez ! m’écriai-je.

Le crépuscule avait amené une pluie froide accompagnée de rafales qui s’acharnaient aux fenêtres plombées.

— Et la même chose pour ce qui est d’entretenir le feu toute la nuit. Je ne crois pas,moi, que ce soit si ridicule, — et vous ?

Je regardai le vaste foyer de brique, vis, à travers des larmes, je crois, qu’il n’y avait de barrière protectrice ni devant ni auprès, et baissai la tête.

— J’ai fait tout cela et un tas d’autres choses… rien que pour faire croire. Puis ils sont arrivés et je les ai entendus ; mais j’ignorai qu’ils ne fussent pas à moi de droit jusqu’au jour où Mrs. Madden me dit…

— La femme du majordome ? Quoi ?

— J’entendis… elle vit… l’un deux. Et comprit. Le sien !Paspour moi. Je ne compris pas tout d’abord. Peut-être étais-je jalouse. Plus tard je commençai à me rendre compte que c’était seulement parce que je les aimais, non parce que… Oh ! ilfauten porter ou en perdre, dit-elle d’un ton pitoyable. Il n’y a pas d’autre moyen… et cependant ils m’aiment. Ils doivent m’aimer ! Dites !

On n’entendait aucun bruit dans la chambre que les voix lapantes du feu, mais nous écoutâmes tous deux attentivement, et elle se consola au moins à l’aide de ce qu’elle entendait. Elle se reconquit et à demi se leva. Je restai immobile sur ma chaise contre le paravent.

— N’allez pas me prendre pour une malheureuse parce que je pleurniche ainsi sur moi-même, mais… mais je suis toute dans les ténèbres, vous savez, tandis que vous, vous y voyez.

Effectivement j’y voyais, et ma vision me confirmait dans ma résolution, quoique ce fût comme s’il s’agissait de séparer l’esprit d’avec la chair. Toutefois, je resterais un peu plus longtemps, puisque c’était la dernière fois.

— Vous pensez que c’est mal, alors ? s’écria-t-elle rudement, quoique je n’eusse rien dit.

— Pas pour vous. Mille fois non. Pour vous, c’est bien… Je vous suis reconnaissant au delà de toute expression. Pour moi, ce serait mal. Pour moi seulement…

— Pourquoi ? demanda-t-elle. (Mais elle se passa la main sur le visage comme elle avait fait à notre seconde rencontre dans le bois.) Oh ! je vois, poursuivit-elle simplement comme un enfant. Pour vous, ce serait mal.

Puis, avec un petit rire à demi réprimé, elle ajouta :

— Et, vous en souvenez-vous ? Je vous ai appelé heureux… jadis… au commencement. Vous qui ne devez plus jamais revenir ici !

Elle me laissa rester assis quelque temps encore contre le paravent, et j’entendis le bruit de ses pas s’éteindre le long de la galerie au-dessus.


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