XIIILA VISITE DE JAVOTTE

Je suis rentré depuis cinq minutes quand Olive vient me dire :

— MlleJavotte est en bas qui vous demande.

— Moi ? Tu ne te trompes pas. Ce n’est pas M. Paul qu’elle a demandé ?

— Non, elle a bien dit : « M. Gilbert. »

— Tu es sûre ? Alors, fais-la monter.

La surprise, le plaisir, l’agitation que me cause cette visite, je n’ai pas le temps de les démêler. Javotte est là ; et ses paroles sont plus inattendues encore que sa visite :

— Enfin, monsieur le très mystérieux, le très défendu, l’insaisissable, on vous tient !

— Mademoiselle, vous allez me donner de l’orgueil. Dites plutôt que c’est une charité de venir me voir.

— On ne s’en douterait pas. Vous fuyez le bruit ; vous ne voulez voir personne. Je crois bien que vous vous prétendez malade pour avoir un prétexte à vivre en sauvage, si bien qu’on a toujours peur de vous déranger.

— Allons donc ! Vous savez très bien au contraire… Mais comment cette bonne idée vous est-elle venue ?

— Voilà, j’ai rencontré madame votre mère qui allait à la gare. Je lui ai dit : « Tiens, vous abandonnez votre malade aujourd’hui ? J’ai bien envie d’aller lui tenir compagnie durant votre absence. » Elle m’a répandu : « C’est cela. Allez me le distraire. Et tâchez qu’il ne parle pas trop, qu’il soit raisonnable. » Ah ! les mamans !…

— Mademoiselle Javotte, asseyez-vous près de moi, là, dans ce fauteuil. La fenêtre ne vous gêne pas ?… Quelle bonne idée vous avez eue de venir !…

Elle est là et la belle journée s’embellit encore. Elle s’est assise. Étendu sur ma chaise longue, je la considère en silence. Le soleil, qui entre dans la chambre, dore sa peau comme la pelure d’un fruit. Elle se met à rire et son visage s’empourpre légèrement parce que, sans le vouloir, c’est avec un peu trop d’insistance que je considère cette peau dorée, que la robe noire découvre en carré sur le cou, cette peau au grain serré, si chaude, si vivante et qu’on devine tendue de toutes parts, sans un pli, sur ce corps jeune et cambré. Je me sens très libre avec elle, heureux de sa présence et, je ne sais pourquoi, une sorte de gaieté, de griserie joyeuse me rendrait presque impertinent.

— Alors, en quittant ma mère, qu’avez-vous fait ?

— Je suis venue.

— En passant par l’église.

— Comment le savez-vous ?

— Tout simplement parce que je vous y ai vue.

— Vous êtes allé à l’église, vous ?

— J’ai même cru en vous voyant que vous attendiez quelqu’un.

— Quelqu’un ? Vous m’intriguez. Et peut-on savoir qui ?

— Non, j’en ai déjà trop dit. Ce serait indiscret.

— Oh ! oh ! je vois qu’on vous a parlé de moi, qu’on vous en a dit du mal ; et vous l’avez cru ?

— Moi, je n’ai rien cru… je plaisantais.

— Vous voyez, vous hésitez… Eh bien ! je vais répondre pour vous : Tout à l’heure, comme j’étais dans le vestibule, j’ai entendu que vous disiez à Olive : « Tu ne te trompes pas, ce n’est pas M. Paul qu’elle a demandé ? » Vous avez donc cru que j’attendais votre ami… Oh ! je sais les bruits qui courent ; je suis très libre avec tout le monde, il en résulte un tas de légendes qui m’amusent ; mais peu importe ; en ce qui concerne votre ami, je vous le dis tout de suite : je ne voudrais pas, cela me gênerait qu’il y eût de votre part je ne sais quelle réserve à mon égard, si par la suite, comme j’en ai l’espoir, mous devenions de bons amis.

— Vous aimez tant les malades !…

— Ne vous moquez pas de moi. Vous voyez, je vous parle sans arrière-pensée. Je serai très contente, si je ne vous fatigue pas trop, de vous apporter de temps en temps une seconde de distraction et je ne voudrais pas que vous pensiez, quand il vous plaira de recevoir ma visite, que c’est du temps que je dérobe à votre ami. Si vous deviez avoir un scrupule quelconque de ce côté, j’en serais peinée. Je suis très franche. Je n’ai rien à dérober à votre ami. Je n’appartiens à personne.

— Oh ! je n’ai pas été jusqu’à supposer…

Et je pense : « Pourquoi me dit-elle cela ? »

Elle s’était levée ; elle se rassied après avoir approché de moi son fauteuil. Les coudes sur ses genoux, le menton dans ses mains, elle me demande gentiment :

— Dites-moi ce qu’on vous a dit de moi. Cela m’amuse de savoir !

Je me souviens de tout ce qui est parvenu à mon oreille : qu’on l’a vue avec Paul sortir d’un fourré, très émue et un peu décoiffée ; que ses coquetteries ont affolé, il y a deux ans, un jeune musicien dont la famille a dû intervenir ; qu’on la rencontre, la nuit, déguisée en homme, allant à quelque rendez-vous secret. Mais s’il fallait croire tout ce qu’on raconte !…

— Cela vous intéresse donc bien ce qu’on a pu me dire de vous ?

— Ou plutôt non, je désire savoir ce que vous pensez de moi. C’est votre opinion que je tiens à connaître. Le reste m’est tout à fait égal… Pourquoi riez-vous ?

— Parce que vous avez les exigences d’une petite reine habituée à ce que rien ne lui résiste.

— Voilà ce que c’est !… Il ne m’arrive pas souvent de pouvoir causer librement avec vous : alors j’en profite.

— Eh bien ! Mademoiselle, je pense que vous vivez ici un peu à l’étroit, que vous êtes faite pour le plaisir, l’aventure, la conquête. Je suppose qu’il ne vous est pas indifférent de plaire, que vous voulez plaire…

— Et puis ?

— Je vous crois vite émue, prompte à vous dévouer, cordiale avec le premier venu… Il faut tout dire ?

— Allez, allez…

Elle me presse et, en même temps, je sens en moi, plus pressante encore, cette impulsion taquine, cette griserie joyeuse qui me porte, sans que je le veuille, à l’impertinence :

— Voilà, vous devez être incapable de rancune…, loyale en amitié…, infidèle en amour…

— Vous m’arrangez bien !…

— Vous avez un petit cœur traversé par tous les souffles chauds, qui se gonfle soudain, qui s’emporte, se promet un soir et oublie le lendemain. Un petit cœur capricieux et désordonné, ardent et distrait. Vous aimez tout le monde.

— Cela veut dire que je suis inconstante ?

— Il y a trop de soleil en vous. Les pays dorés, les riches climats donnent le goût du plaisir. Une trop belle journée est l’ennemie du devoir.

Pendant que je lui parle, j’aperçois dans son visage un peu plus que de l’intérêt amical. Comment dire ? Est-ce dans ses yeux si curieux de tout, si hardis et un peu trop éclairés en ce moment ; est-ce dans sa bouche tentatrice ? Est-ce ici, est-ce là ? En elle, quelque chose de fortuit, d’entr’ouvert laisse échapper un sentiment enveloppant et fort comme le désir de me conquérir. Toute son attitude me dit : « Vous me plaisez. Vous me plaisez. » Je sens cela avec surprise et certitude.

— Je vois, répond-elle, qu’on vous a beaucoup parlé de moi… Mais qu’importe tout ce qu’on raconte et que je sois aimable et même que j’aie été coquette. Voyez-vous, je me suis souvent comparée à une petite lettre qui contient un peu de joie, un peu de bonheur et qui se rend à son adresse qu’elle ne connaît pas. La petite lettre passe entre bien des mains avant de parvenir à son destinataire. Parfois elle se croit arrivée, parce qu’en route quelqu’un l’a retenue, un instant, au passage ; mais elle s’aperçoit vite de son erreur et continue son voyage vers celui à qui elle est destinée. Les autres ont pu l’interroger, chercher à surprendre son secret, c’est à lui qu’elle va, c’est à lui seul qu’elle dira, une fois sortie de son enveloppe : « Voilà, c’était pour vous le bonheur que je contenais. »

Son regard ajoute clairement : « Vous serez celui-là si vous le voulez. Ne me comprenez-vous pas ? »

Ma raison voudrait me mettre en garde ; sa petite voix me dit : « Attention ! ne t’y laisse pas prendre. Elle est sincère, elle est pleine du désir que tu sois celui-là, et demain elle sera pleine du désir que ce soit un autre. Elle subit l’attraction de quiconque est avec elle depuis quelques instants. L’amour la possède. C’est une amoureuse. Ne te laisse pas prendre à son visage d’amoureuse. » Mais comment écouterais-je ma raison ? C’est Javotte que j’écoute.

Elle m’a pris la main d’une façon naturelle et caressante :

— Vous n’êtes pas trop fatigué ? Si madame votre mère en rentrant allait vous trouver souffrant ? Elle dirait : « C’est cette petite Javotte qui t’a mis dans cet état. Il ne faut plus la laisser monter. » Dites-moi que vous n’êtes pas fatigué, que ma présence vous est agréable, qu’il vous plaira que je revienne…

Tandis qu’elle me dit ces choses et que sa douce main tient la mienne, je ne sais quelle lumière monte en moi comme se hausse, d’un tour de clé, la flamme d’une lampe. Je voudrais être sceptique et chacune de ses paroles m’ouvre une fenêtre sur le bonheur.

Ce que j’éprouve est si imprévu que j’en suis un peu étourdi. Tout à l’heure, j’appelais l’amour. Est-ce lui qui est venu ? Dans le chaud silence de la pièce nous demeurons l’un près de l’autre à nous regarder, comme deux êtres jeunes dont l’un n’est pas brisé, défait, malade, perdu.

O vie merveilleuse, pleine de surprises et de féerie, qui me fais ce dernier présent. Ceci n’est rien, sans doute, que le jeu amusé d’une coquette ; et je suis coupable de m’y laisser prendre. Pourtant, je sens que si j’étendais la main, si j’enserrais sa taille, si, d’une douce pression, j’inclinais sa tête vers la mienne, elle s’abandonnerait à mon étreinte. Quelque chose me dit : « Embrasse-la, c’est ce qu’elle désire ; ne la laisse pas partir sans avoir fait ce geste. Après tu seras malheureux. » Cette idée s’empare de tous les replis de mon cerveau. Elle s’y répand comme un liquide. Je ne puis songer à autre chose : « Embrasse-la. Embrasse-la. Embrasse-la donc. »

J’ai avancé le bras. Elle s’est penchée ; elle m’a dit simplement :

— Mon ami…

Je cherchais sa joue ; c’est sa bouche que j’ai trouvée.

— Oh ! dit-elle, c’est fou !

La chaleur ou l’émotion enflamme son visage. Voilà, ce n’est rien qu’un baiser qu’elle m’a rendu avec une sorte d’emportement. Se peut-il que ce n’ait été de sa part qu’un geste banal ? De la mienne, c’était le suprême élan vers l’amour d’une vie qui va se rompre, l’absurde, le déraisonnable, l’émouvant appel au bonheur d’un être sur qui on voit la mort tournoyer déjà comme un vautour.

— Il y a si longtemps que j’étais attirée par vous. Ne l’aviez-vous pas deviné, quand je venais exprès à l’heure où vous acheviez de déjeuner, parce que j’étais sûre au moins de vous trouver…

— Comment aurais-je pensé que vous ne veniez pas pour Paul ?

— Ne parlons pas de Paul, parlons de vous.

Elle a dit « Paul » tout court. Il est vrai qu’on n’en doit rien conclure. Elle a pu, dans le feu de sa réponse, le nommer ainsi parce qu’elle répétait mes propres paroles. Elle ajoute :

— Avouez plutôt que vous m’aviez très bien devinée et, si vous persistez à le nier, je croirai que vous étiez aveugle.

— Je voudrais n’être pas aveugle en ce moment.

Elle ne relève pas ce mot dont elle n’a peut-être pas saisi tout ce qu’il contient de doute.

— Moi, dit-elle, je vous plaisais, je le savais.

— Comment ?

— Je l’ai compris ce soir, vous rappelez-vous, où je passais avant le dîner. Il ne faisait pas encore nuit. Vous veniez de quitter le docteur : vous étiez en bas. Je suis entrée un instant. Tenez, j’étais près de la fenêtre et vous me regardiez comme vous m’avez regardée tout à l’heure, d’une façon si intense que je sentais la chaleur de votre regard sur moi. J’ai dû rougir un peu. Vous ne vous souvenez pas ?

— Il me semble. N’était-ce pas le jour de la fourrure ?

— Quelle fourrure ?

— N’aviez-vous pas une fourrure sombre autour du cou, qui glissait sur vos épaules ?

— Oui, c’est cela, je revois très bien mon geste pour la ramener.

Moi aussi ; je la revois, ramenant d’un geste vif cette bête brune au poil tiède qui semblait s’animer au contact de son corps. Parce qu’elle avait chaud, elle la rejetait un peu sur les épaules, et la fourrure se remettait à glisser et à la découvrir jusqu’au moment où, détachée d’un côté, elle se déroulait sur son dos comme une chevelure, et je me rappelle, sans pouvoir le dire, ce que cette petite chose avait de voluptueux et de presque impudique.

Olive est entrée portant le courrier.

— Déjà la poste ! dit Javotte. Il doit être quatre heures passées.

— Cinq heures moins le quart, prononce Olive avec ce petit sourire fourbe qu’elle consacre d’ordinaire à Paul.

Je l’entends qui redescend bruyamment l’escalier, comme pour nous dire : « Je m’en vais. Ne croyez pas que j’écoute aux portes. » Javotte s’est levée :

— Allons, dites-moi de partir ; sans cela je n’aurai pas le courage de vous quitter.

Je prends ses mains. Elle tire. Je tire de mon côté. Les bras tendus, nous nous regardons en souriant.

— Êtes-vous si pressée ? Restez encore un peu.

— Cinq minutes, alors, pas plus.

Elle marche dans la pièce, avise sur la table de nuit un livre.

— Tiens ! que lisez-vous là ?Essais de Michel Montaigne. Ah !…

Or sent, à son intonation, qu’elle n’a pas un respect excessif pour les noms chargés de la dorure des siècles.

— Ce n’est pas votre livre de chevet ?

— Non, pas précisément.

Non, cela ne l’intimide pas, que, de si loin, un grand homme en poussière éclaire encore la pensée humaine, pareil à ces astres éteints depuis longtemps dont la lumière, lancée à travers l’espace, continue de nous parvenir.

Cependant, le volume qu’elle retourne entre ses mains s’est ouvert tout seul à une certaine page comme mû par la force de l’habitude.

— Voyez, dit-elle, la trahison de ce livre qui s’ouvre de lui-même au passage le plus familier. Nous allons tout savoir. Voyons un peu le titre du chapitre :Que philosopher c’est apprendre à mourir.Oh ! oh ! c’est à cela que vous pensez, vous ? Vous pensez à la mort ?

— Quelquefois.

— Voilà. Je le disais bien : « Ce malade, si nous ne l’arrachons pas à ses sombres pensées, finira par se détruire à petit feu !… » Mais il faut réagir, vous secouer !… Rien n’est plus mauvais que de demeurer là, entre quatre murs, seul avec votre tristesse. Il faut sortir de vous-même, vous tourner vers la vie. Ne voyez-vous pas que toutes sortes de bonheurs vous attendent qui s’impatientent d’être ignorés, délaissés, oubliés par vous ?

— Ma petite Javotte, vous parlez là de choses…

— Que j’ignore ? Vous vous trompez ; j’ai vu assez de malades ; j’en vois tous les jours ; dans ma famille même… et des malades comme vous… D’abord, votre maladie, vous savez très bien qu’il n’en est pas de plus curable.

— Oui, je sais, c’est une phrase de médecin, une phrase de manuel. On la dit, on l’imprime. Cela remonte le moral à quelques-uns, c’est parfait. Mais quand on est allé à Davos, on a vu assez de choses pour connaître que tout ce qu’on peut demander à un malade, c’est de faire consciencieusement son devoir. Le reste ne lui appartient pas. C’est affaire au tempérament ; c’est le secret de l’organisme.

— Et la volonté de guérir, qu’en faites-vous ?

— Le désir de guérir, qui ne l’a pas ? Qui ne désire pas guérir ? Quant à la volonté de tous les instants, j’ai vu des individus qui avaient cette volonté-là, des individus très énergiques qui étaient persuadés qu’ils s’en tireraient et qui fondaient à vue d’œil. Aucune rechute ne les décourageait ; ils n’en marchaient pas moins vers la fin inévitable. J’en ai vu d’autres qui n’espéraient plus et dont l’état n’empirait point. En réalité, chacun porte en soi, sans qu’il le veuille, la victoire ou la défaite.

— Eh bien ! moi, je vous dis qu’il faut avoir confiance, que la confiance en toutes choses est la moitié de la chance… Mais ce n’est pas par des paroles que je veux vous convaincre… Vous allez voir, à mesure que nous deviendrons amis, comme vous allez reprendre courage… Et d’abord, pour commencer, il faut me jeter au feu tous ces philosophes, penser à tout ce que la vie vous doit et qu’elle vous donnera, quitter vos sombres idées, rire avec la folle Javotte et prendre d’elle une leçon d’espérance. Si madame votre mère était là, je suis sûre qu’elle m’approuverait, elle dirait : « Mais cette frivole Javotte a raison. » Vous verrez que j’aurai sur vous une bonne influence. Vous allez m’adorer… Allons, je vous laisse ; il est temps que je parte.

— Déjà !

— Les cinq minutes sont loin ; il est cinq heures passées. Je m’en vais. Ne me retenez pas. Vous savez bien qu’on vous quitte avec regret.

— Si vous dites cela, je vais me croire riche et demain je m’éveillerai pauvre, car vous m’aurez oublié.

— Là-dessus, vous savez très bien à quoi vous en tenir ; allons, au revoir.

— Quand reviendrez-vous ?

— Plus tôt, peut-être, que vous ne pensez.

Elle est près de la porte.

— Dites-moi que je ne vous ai pas trop fatigué.

Elle me pose la question, mais elle est sans inquiétude, amusée, rieuse. Elle sait d’avance ce que je vais lui répondre :

— Comment pouvez-vous me demander cela ?

— Vrai ? Bien vrai ? Allons, au revoir.

Elle s’en va. Je voudrais la retenir encore. Il est trop tard. La porte s’est refermée. Elle s’en va, légère, un peu trop gaie peut-être, déjà détachée de moi, et la chambre aussitôt se dépare, se désembellit. Il ne me reste même pas aux doigts cette trace argentée que vous laisse de son contact l’insecte chatoyant dont on a tenu les ailes une seconde. Rien. Le charme s’est évaporé. Je suis seul. Mes yeux étonnés cherchent quelque chose, je ne sais quoi, qui prolongerait le prestige ; ils ne découvrent que l’air dévelouté, que le morne décor d’une fête trop tôt finie. Elle est partie, elle qui n’était rien pour moi, il y a une heure. Comme ma vie soudain s’est éclairée et maintenant comme elle s’obscurcit !

Mais que fait-elle en bas ? Un bruit de voix étouffées me parvient du vestibule. On a ouvert tout doucement la porte d’entrée. Il me semble qu’on chuchote sous ma fenêtre. Quelques instants se passent. Je me lève pour aller voir, lorsque soudain, lancée du dehors, une petite branche de mimosa, coupée à un arbre qui pousse contre la maison, tombe à mes pieds. En même temps, le rire chaud de Javotte éclate dans le silence.

— Voilà ! c’est encore moi ! Au revoir, à bientôt !…

J’ai ramassé la branche de mimosa à laquelle est épinglé ce petit billet qu’elle vient de griffonner en hâte au crayon :

Rappelez-vous que je suis la très spontanée, la très fidèle, la très dévouée Javotte qui, pour vous procurer une demi-heure de plaisir, serait capable de… folies.

Rappelez-vous que je suis la très spontanée, la très fidèle, la très dévouée Javotte qui, pour vous procurer une demi-heure de plaisir, serait capable de… folies.


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