XXLA SAGESSE

Le lendemain, j’ai fait remettre à Paul ce billet :

Mon cher Paul, je te demande pendant quelques jours de ne pas entrer dans ma chambre. Ce n’est pas que mes sentiments profonds aient changé à ton égard. Ils sont les mêmes. Ce qui nous divise n’a pu altérer qu’en surface l’affection que je te porte. Mais j’ai besoin d’être seul. Je suis sûr que tu comprendras mes raisons. Mettons un peu de silence sur ce qui s’est passé et nous retrouverons bientôt entière notre fraternité d’autrefois.André.

Mon cher Paul, je te demande pendant quelques jours de ne pas entrer dans ma chambre. Ce n’est pas que mes sentiments profonds aient changé à ton égard. Ils sont les mêmes. Ce qui nous divise n’a pu altérer qu’en surface l’affection que je te porte. Mais j’ai besoin d’être seul. Je suis sûr que tu comprendras mes raisons. Mettons un peu de silence sur ce qui s’est passé et nous retrouverons bientôt entière notre fraternité d’autrefois.

André.

Voici la réponse de Paul :

Je comprends parfaitement tes sentiments ; je les partage. Je n’entrerai pas dans ta chambre. Je ferai en sorte que tu ne m’entendes pas ; nous réfléchirons chacun de notre côté. J’ai déjà commencé depuis hier, et je puis te dire que je suis certain d’une chose, c’est que notre affection sortira intacte de ce passage difficile.Paul.

Je comprends parfaitement tes sentiments ; je les partage. Je n’entrerai pas dans ta chambre. Je ferai en sorte que tu ne m’entendes pas ; nous réfléchirons chacun de notre côté. J’ai déjà commencé depuis hier, et je puis te dire que je suis certain d’une chose, c’est que notre affection sortira intacte de ce passage difficile.

Paul.

Les jours suivants, dans la solitude de ma chambre où ma mère, elle-même, ne pénètre qu’avec la plus grande discrétion, je pense :

Vois ce qui t’attendrait si tu allais jusqu’au bout de ta folie. Épuisé, sans force pour la joie et pour la douleur, tu es là sur ton lit gardé par Javotte ; tu es couché, elle est debout. Tour à tour brûlant et glacé par la fièvre, il te faut le repos ; il lui faut le mouvement. Le silence te convient ; elle a besoin de bruit. Les émotions te tuent ; elles la font vivre. Tu es une ombre derrière une vitre ; elle est un jardin capiteux. Tout vous sépare ; chaque heure qui te dépouille l’enrichit, car tout vient à elle et tout te quitte. L’empêcheras-tu d’être jeune, ardente, pleine de fougue, d’aimer les fêtes qui te sont interdites, le jeu de pelote, les courses de taureaux ? Que feras-tu, quand, privée d’y aller, elle tambourinera, maussade, la vitre ? Tu te lèveras pour l’accompagner. Raidi par l’effort, je te vois pâle et crispé dans la voiture qui vous emporte. Sur les gradins, tu as auprès de toi son visage éblouissant, dont frémissent les narines. Elle est joyeuse, redressée, dilatée, admirée ; tu es replié, muet, penché, un foulard autour du cou et si vêtu en plein été que tu donnes chaud à tous ceux qui t’entourent. Empêcheras-tu qu’elle soit un objet de désir quand tu es un objet de pitié, qu’elle aime le changement, les excursions, les réunions nombreuses, quand tes forces te permettent à peine de goûter le commerce intime d’un ami ?

Peut-on demander à un être ainsi constitué de se consacrer à un malade, d’assister à son déclin, à sa décrépitude de chaque instant ? Si elle l’aime, c’est la plus triste chose du monde ; si elle ne l’aime pas… Et comment m’aimerait-elle ? Quand je lui ai dit de choisir entre Paul et moi, quand je l’ai mise en demeure de se prononcer, elle s’en est tirée par des paroles de femme et par des larmes ; mais elle n’a pas répondu. Comment m’aimerait-elle ? Je me souviens de cette jolie mercière que je voyais, autrefois, de mes fenêtres, si éprise d’un mari bossu. Je ne pouvais comprendre qu’on pût aimer un être difforme. Encore un être difforme peut plaire par sa bonne humeur, sa force amoureuse. Mais un malade, quoi de plus attristant ?

Non, je vois très clairement ce que serait mon sort, si j’allais jusqu’au bout de mon égarement, à supposer que l’imprévu, la nouveauté, son désir du changement et ce qu’elle apercevrait de romanesque dans l’aventure l’amenassent à consentir. Devant la réalité si décevante, elle ne se résignerait ni ne se révolterait ; elle suivrait tout simplement son instinct qui la porte vers le plaisir. Elle n’est point méchante ; elle ne chercherait pas à me faire souffrir. Quand elle me verrait trop faible pour la suivre, elle me dirait : « Reste tranquille. Repose-toi. Je sors. » Et moi, je songerais à son corps si tentant et si mal défendu, qui est là nu sous la robe, convoité par les hommes qui passent et qu’à chaque instant je risque de perdre. Je serais là, cloué sur mon lit, attendant son retour. Je songerais : « Elle t’appartient ; elle est ta femme et elle est moins à toi que lorsque Paul te la disputait. » Et le soir, quand elle rentrerait amollie, détendue, éteinte, elle me retrouverait à la même place. Je considérerais son visage pâli, son air absent, la fatigue répandue sur toute sa personne, étranglé par la peur d’en deviner la cause, pendant que, sans même s’excuser d’être en retard, sans me rendre le moindre compte de ces heures passées loin de moi, elle se laisserait tomber de lassitude, sur une chaise, avec un grand soupir.

Voyons, l’aimes-tu assez pour accepter ce sort ? Ce que tu éprouves pour elle, est-ce le noble, le pur amour, celui qui se sacrifie dans un sourire et d’une main légère accorde le pardon ? Si tu te taisais, serait-ce par grandeur ou par lâcheté ? As-tu connu avec elle cette partie lumineuse, éternelle et divine de l’amour ? — Non, j’ai connu le poison, le mauvais tourment, le désir seul, plus humain peut-être, que les obstacles alimentent, qu’exalte la jalousie, que ne tue pas la trahison elle-même. Car sa trahison lui a-t-elle fait perdre son attrait sur mes sens ? Si j’envisage peu à peu la possibilité de renoncer à elle, c’est que je suis plus sage que fou, c’est que le penchant naturel de mon être, en dehors de cette crise passagère qu’il traverse, m’incline vers la raison, c’est que mon tempérament, le caractère secret de mon individu m’y portent, c’est que je sens obscurément, mais d’une façon profonde, que je suis organisé pour me vaincre. Il faut le faire ; la vérité est là et non ailleurs. Je me dois à cette noble femme qui m’a élevé, qui m’a suivi, qui, par ses soins, me dispute à chaque minute au mal qui me détruit. Elle est l’abri ; Javotte est le péril. Tout ce qui m’attend d’amer, tout ce qui doit me venir de blessures et de larmes est dans celle-ci ; tout ce que je peux souhaiter d’apaisant, de consolant, la courageuse résignation, la fin adoucie et sereine de mes jours sont dans celle-là. Quel funeste souffle voudrait m’entraîner hors de mon sillon ? Ma destinée est ici ou là. N’est-il pas en mon pouvoir encore d’être l’arbitre ?

Mais comme l’austérité du devoir m’effraie ! Je me vois, ayant opté. C’est fini. La vie n’aura plus de sourires pour moi. Le dimanche qui ouvre la porte de ta semaine ne m’apportera rien… Est-ce possible ?… Alors, devant moi, il n’y aura plus rien, plus rien que la mort ?…

Ne te plains pas. A quoi bon ? Dis-toi ceci, qu’il dépend de toi d’être fort. Sois-le, et tu cesseras de souffrir. Ce qui t’attend, qu’en sais-tu ? Le malheur se fatigue de persécuter les forts, tandis que le faible appelle ses coups. Celui qui se laisse abattre, qui gémit, qui se lamente, ne sort d’une épreuve que pour tomber dans une autre. Il semble que l’infortune joue avec lui, prenne plaisir à ses plaintes. Mais que l’orage, d’aventure, éclate sur un vaillant capable de lui tenir tête, il en va tout autrement. Le malheur, ayant épuisé ses armes, se lasse de poursuivre qui lui résiste, le patient, le résolu, l’impassible qui ne lui offre aucune prise. Le jeu cesse d’intéresser cette puissance mauvaise qui cherche ailleurs une autre victime.

Je me dis encore :

Les premiers pas dans la voie de la sagesse sont les plus difficiles. L’obstacle à surmonter te paraît grand parce que ton courage est petit. Enfant, une table que ta tête n’atteignait pas, un livre que ta main ne pouvait couvrir étaient immenses à tes yeux. Puis, quand s’est haussée ta taille, quand ta main s’est développée, ces choses, étant demeurées les mêmes, t’ont paru réduites. Pareillement, à mesure que l’énergie, la volonté croîtront en toi, tu verras se rapetisser l’obstacle ; tu reconnaîtras que cet amour n’était pas la raison suprême de ta vie, qu’il n’en a été que l’accident.

Je me répète chaque jour ces choses. Elles me font du bien.

Un matin, Paul est entré dans ma chambre :

— Peux-tu me recevoir ?

— Entre. J’allais justement te faire prier de venir. J’ai à te parler. Je ne sais pas si de ton côté tu as pris une détermination ; mais pour ma part, j’en ai prise une : je renonce à Javotte.

Il m’a dit :

— Moi aussi. J’ai réfléchi ; je suis presque tranquille ; c’est moins dur que je ne pensais. Depuis quelques jours, ça va mieux ; il me semble qu’on m’a ôté un poids sur la poitrine. Aussi je suis bien résolu à ne plus la revoir… Si tu veux, nous ne parlerons plus de cette morte.

Il ajoute :

— Maintenant, mon petit, je crois que nous pouvons nous embrasser.

Ma mère, qui n’assistait pas à notre entretien, est entrée dans la chambre. Elle nous a vus réconciliés. Elle a compris. Une émotion qu’elle ne peut contenir bouleverse son fin visage.

— Ah ! dit-elle, je savais bien que tu serais fort, que tu serais courageux et brave, que tu écouterais la raison. Je n’ai pas douté de toi. Dès le lendemain de cette scène, j’ai eu confiance. Je savais que seul avec toi-même, tu te retrouverais, tu mesurerais mieux jusqu’où t’aurait conduit cette malheureuse passion. Enfin, c’est fini. Tu l’oublieras. Nous partirons. Tu es sauvé. Ah ! je suis bien heureuse !…

Cependant, celle contre qui nous avons pris ces fermes résolutions commence à s’inquiéter de notre silence. Elle est passée plusieurs fois sous ma fenêtre. De ma chaise longue, je l’ai aperçue ; j’ai eu la force de ne pas bouger. Je me souviens de lui avoir dit un jour qu’elle portait le béret basque : « Ce béret vous va très bien ». Elle ne l’avait pas remis ; mais ces jours-ci, en passant sous ma fenêtre, elle l’avait.

Enfin, cette lettre m’est parvenue :

Mardi,5heures.Mon ami,Ce que j’éprouve est insoutenable, et, ne me sentant pas l’énergie nécessaire pour rester ce soir dans cet état d’âme, avant de voir arriver la nuit et sa sombre influence, je ne puis m’empêcher de jeter vers vous ce cri de détresse. Je souffre ! je souffre ! je souffre !Ah ! comment donner à mes paroles un son capable de vous émouvoir ? Quoi que je fasse, cette lettre ne vous dira pas à quelles douleurs mon âme est en proie… Écoutez-moi, je sais les ménagements qu’exige votre état ; je ne songe pas à vous imposer la fatigue de venir jusque chez moi, je vous demande seulement, je vous supplie de venir à la villa Suzanne qui est en face de vous. Mon amie, Mme Toledo, se met à notre disposition. Vous ne pouvez pas me refuser cette entrevue. Dites-moi que vous viendrez, et ce jour-là du moins la vérité se fera jour. Car je veux que vous sachiez par moi-même que ma conscience ne me reproche rien. Une raison plus forte que ma volonté et devant laquelle j’ai dû m’incliner justifiait mon attitude vis-à-vis de vous, mais au prix de quel sacrifice !Vous qui avez souffert, vous, mon ami, comprendrez peut-être la sincérité de mon cri.Vous sentir là, en face, à deux pas de moi, dans l’ignorance de certaines choses et ne pouvoir rien dire ! C’est plus qu’il n’en faut pour ma pauvre tête égarée après d’atroces nuits sans sommeil.Soyez humain en ne me refusant pas la faculté de vous parler sans retard devant mon amie qui a été la confidente et le témoin de toutes mes angoisses, j’en appelle à votre cœur loyal, et devant l’insuffisance des mots qui traduisent si mal le fond des sentiments, je me désespère, je me tords, je deviens folle !…S’il est vrai que vous allez partir bientôt, comme déjà on l’annonce, s’il est vrai que cet épouvantable dénouement m’attend dans quelques semaines, pourquoi me laisser agoniser ainsi lentement ?Pardonnez à ma raison éprouvée le ton et l’accent de ces lignes. Je ne veux pas savoir ce qui a pu me rabaisser à vos yeux ; je sais seulement que j’étouffe, que je sanglote et que peut-être vous ne me croirez pas…Javotte.

Mardi,5heures.

Mon ami,

Ce que j’éprouve est insoutenable, et, ne me sentant pas l’énergie nécessaire pour rester ce soir dans cet état d’âme, avant de voir arriver la nuit et sa sombre influence, je ne puis m’empêcher de jeter vers vous ce cri de détresse. Je souffre ! je souffre ! je souffre !

Ah ! comment donner à mes paroles un son capable de vous émouvoir ? Quoi que je fasse, cette lettre ne vous dira pas à quelles douleurs mon âme est en proie… Écoutez-moi, je sais les ménagements qu’exige votre état ; je ne songe pas à vous imposer la fatigue de venir jusque chez moi, je vous demande seulement, je vous supplie de venir à la villa Suzanne qui est en face de vous. Mon amie, Mme Toledo, se met à notre disposition. Vous ne pouvez pas me refuser cette entrevue. Dites-moi que vous viendrez, et ce jour-là du moins la vérité se fera jour. Car je veux que vous sachiez par moi-même que ma conscience ne me reproche rien. Une raison plus forte que ma volonté et devant laquelle j’ai dû m’incliner justifiait mon attitude vis-à-vis de vous, mais au prix de quel sacrifice !

Vous qui avez souffert, vous, mon ami, comprendrez peut-être la sincérité de mon cri.

Vous sentir là, en face, à deux pas de moi, dans l’ignorance de certaines choses et ne pouvoir rien dire ! C’est plus qu’il n’en faut pour ma pauvre tête égarée après d’atroces nuits sans sommeil.

Soyez humain en ne me refusant pas la faculté de vous parler sans retard devant mon amie qui a été la confidente et le témoin de toutes mes angoisses, j’en appelle à votre cœur loyal, et devant l’insuffisance des mots qui traduisent si mal le fond des sentiments, je me désespère, je me tords, je deviens folle !…

S’il est vrai que vous allez partir bientôt, comme déjà on l’annonce, s’il est vrai que cet épouvantable dénouement m’attend dans quelques semaines, pourquoi me laisser agoniser ainsi lentement ?

Pardonnez à ma raison éprouvée le ton et l’accent de ces lignes. Je ne veux pas savoir ce qui a pu me rabaisser à vos yeux ; je sais seulement que j’étouffe, que je sanglote et que peut-être vous ne me croirez pas…

Javotte.

Paul était avec moi quand Olive m’a remis cette lettre. Plus remué par cette lecture que je ne l’aurais voulu, je lui ai dit :

— C’est de Javotte. Je voudrais te la montrer, car à présent nous ne devons plus rien nous cacher ; mais il y a là-dedans une douleur simulée ou réelle que je ne peux pas me résigner à trahir… C’est une femme… Sache seulement que je ne lui répondrai pas.

— Tu as raison. Je ne veux pas savoir ce qu’elle t’écrit. Que m’importe tout ce qu’elle peut inventer à présent !… Mais tu peux t’attendre à un bel étalage de ces phrases auxquelles malgré soi on se laisse toujours prendre… Ce qui me rassure, c’est que notre amitié est désormais à l’abri des entreprises de cette gredine.

Il en parle sans indulgence. Mais il faut se mettre à la place de Paul qui constate avec un peu d’humeur involontaire que c’est à moi et non à lui qu’elle a écrit.

Que ferai-je ? J’ai dit à Paul que je ne répondrais pas. Je relis la lettre lentement quand je suis seul. Je suis ému ; mais ma conviction n’est pas ébranlée. Que ferai-je ? Si je la revois, le moindre de ses gestes m’attachera à elle mieux que la preuve la plus éclatante de sa sincérité ? Et même si je suis convaincu qu’elle ment, en sera-t-elle moins désirable ? Alors que m’importent ses explications ? Quoi qu’elle dise, que ses paroles soient persuasives ou qu’elles n’aient aucun sens, je n’entendrai pas ses paroles ; j’entendrai le son de sa voix et je n’aurai plus de force dans les jambes. Même s’imposât-elle le silence, qu’il lui suffirait de me regarder ; son regard m’engourdirait le cœur. Et tint-elle les yeux baissés que la seule vue de sa bouche dissoudrait mon courage…

Non, il ne faut pas, il ne faut pas que je la revoie.

Maintenant, c’est la détente ; l’organisme cède. Je ne quitte plus la chambre. C’est à peine si je me lève pour aller m’étendre près de la fenêtre. Debout, mes jambes chancellent. Je suis essoufflé au moindre mouvement. J’éprouve une vive douleur entre les épaules. Évidemment, il se fait en moi une diminution sensible des forces. Je n’ose plus prendre ma température ; mais le feu de mes pommettes, mon pouls précipité, mes mains brûlantes indiquent suffisamment que ma fièvre est permanente.

Je me suis décidé à me remettre entre les mains du docteur. Il est venu. Il m’a ausculté longuement.

— Respirez… respirez donc… vous ne respirez pas.

— Mais si, docteur, je respire autant que je peux.

— Je n’entends rien du tout.

L’oreille contre mon dos, il soufflait, s’obstinait, me faisait compter :

— Quarante et un, quarante-deux, quarante-trois, quarante-quatre…

— Allons ! ce n’est pas brillant : mais il ne faut pas s’en étonner… Vous ne voulez donc pas guérir ?

Il sait ce qui se passe et il me le fait comprendre d’une façon bourrue et paternelle qu’autorisent son âge et sa fonction. Puis, se tournant vers ma mère :

— Madame, il faut emmener votre fils. Si vous prolongez votre séjour ici, je ne réponds plus de rien. Je parle devant lui pour qu’il ne l’ignore pas.

J’ai dit :

— Mais je ne peux pas me mettre en route dans l’état où je suis. Je me sens trop faible.

— Rassurez-vous, ce n’est pas le voyage qui m’inquiète ; vous le supporterez très bien. Choisissez aux environs de Paris un endroit aéré, éloigné de la Seine, vous y serez au mieux pendant les mois de soleil.

Ma mère, alors, a proposé :

— Nous avons à Sannois, dans la vallée de Montmorency, une petite propriété où nous passions chaque année, avant sa maladie, une partie de l’été. Comme il nous faut désormais renoncer à Paris, c’est là que nous comptons nous fixer définitivement.

— C’est cela. Allez-y ; c’est ce qu’il vous faut. Mais partez le plus tôt possible. Vous m’entendez bien, partez sans plus attendre.

Il en est ainsi décidé. Nous partons dans une semaine. Mais aurai-je la force de ne pas la revoir ?


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