AVLCVNS DICTSET SENTENCES NOTABLESDE PLATON

Il y auoit entre ses disciples vng ieune homme fort delicat, trop addonné au traictement de sa personne, auquel Platon feit ceste interrogation : Quand seras tu las de farder et entretenir ceste prison charnelle, tant caducque et fragile ? Lorsqu’il voyoit vng homme surprins d’amour, il disoit ainsi : Ce personnage est mort en son propre corps et vit en vng aultre. Et y adioustoit encores ce qui s’ensuict : Celluy (disoit il) qui se deslaisse pour aultruy est le plus miserable du monde, veu qu’il perd la possession de soy mesmes, et n’a celle de la personne par luy aymée.

Par la raison qu’il s’ensuict, il incitoit la ieunesse à bien et vertueusement viure : Prenez garde, enfants, à la diuerse nature de vertu et volupté. Volupté est telle qu’elle surprend les esprits humains par vne doulceur soubdaine ; mais incontinent il s’en ensuict vne penitence et vne douleur perpetuelle. Au contraire, le naturel de vertu est tel que, pour quelcque peu de labeur que l’on a à l’acquerir, elle rend mille voluptés et plaisirs pardurables à iamais.

Voyant vng iour quelcqu’vng qui iouoyt aux cartes, il le reprint de cela. A quoy le ioueur luy respondit : Tu me reprends de peu de chose, Platon. — Ie ne te reprends pas, dist il, pour ce que tu ioues maintenant ; mais ce n’est pas peu de vice que de faire coustume d’vne chose illicite et deshonneste.

Il conseilloit à ceulx qui estoient subiects à yurongnerie et à courroux, que durant leur transport de cerueau, ils se regardassent en vng mirouer, et que par la defformité qu’ilz voirroient en leur face, ilz se corrigeroient de leur vice.

Interrogé de quelz biens et de quelles possessions principalement les peres doibuent tascher à enrichir leurs enfants, il respondit qu’ilz les doibuent laisser riches, non des biens de fortune, mais de vertu et science, lesquelz biens ne sont subiects ny à pluye, ny à vent, ny à gresle, ny à la violence des hommes, ny à la puissance de Iuppiter.

Entre aultres sentences, il disoit souuent que le plus grand bien qui puisse aduenir à vng roy, c’est que ceulx qu’il repçoyt pour familiers ne soient poinct flateurs ou adulateurs.

Disoit aussi Platon que sapience n’est moins necessaire à vng roy que l’ame au corps, et que les respubliques estoient grandement heureuses, lesquelles estoient gouuernées par gens de sçauoir ou par ceulx qui ayment et entretiennent les sçauants ; car il n’y a chose plus pestilentieuse qu’vng homme constitué en dignité et puissance, s’il n’est accompagné de sçauoir.

Il disoit pareillement que telz sont les subiectz quel est leur prince, et que leurs meurs se reiglent par les siennes. Si que si vng roy est enclin à quelque vice, ce vice regnera en son royaulme.

Plus : il disoit que les administrateurs d’vne charge publicque (comme ceulx qui ont quelque magistrat, office et semblable maniement) ne doibuent auoir leur bien particulier en recommendation, ains le public totalement, et ne doibuent porter l’vng plus que l’aultre, mais faire leur debuoir en general, sans aulcune particularité de personne à personne.

FIN.


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