ESTIENNE DOLETASES MEILLEVRS ET PRINCIPAVLX AMYS

HUMBLE SALUT.

Ie sçay, mes amys, que le naturel de l’homme est tel (hors mys bien peu, qui ne croyent à la legiere) que tout subdain qu’vng personnage tombe en quelque infortune et calamité, on presume plustost cela venir de sa faulte que par la meschanceté d’aultruy. Qui est la cause que i’ay voulu faire publier ces myennes petites compositions, dressées sur la probation de mon innocence, touchant mon dernier emprisonnement : affin que si auez esté mal informez par cy deuant de mon affaire (m’attribuantz coulpe où ie suis totalement sans coulpe), vous reiectiez vostre opinion mauluaise, et congnoissiez qu’à tort, et sans cause (toutesfoys en cela ie me remects à Dieu, et le requiers humblement qu’il me garde de murmurer contre sa saincte voulunté), ie suys en peine et fascherie. Lisant doncques les compositions qui s’ensuyuent, vous entendrez mon innocence, et aurez regret que ie languisse en telle misere non meritée. Au demeurant, si vous trouuez estrange que ce present opuscule soit intitulé :Mon second Enfer, veu que ie n’en ay point mys de premier en lumiere, ie vous aduise que le tiltre de ce second est pour le respect du premier : lequel courroit desia par le monde, sans la fascherie qui m’est dernierement aduenue. Mais auec le temps il aura sa publication. Pour ceste heure, ie me contente de vous faire apparoistre que c’est par malheur et non par delict et crime que ie suis en affliction. Cela vous estant persuadé (comme certainement il doibt estre), mon aduersité, tant grande, me sera diminuée de la moytié ; et, pour mon reconfort, ie me mettray de iour en iour deuant les yeulx les regrets et souspirs que vous, amys, fairez pour l’infortune de vostre amy, qui en cest endroict bien affectueusement à vous touts se recommande, priant Dieu vous auoir en sa saincte garde.

Escript en ce monde, ce premier iour de may, l’an de la redemption humaine, mil cinq cens quarente et quattre.


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