Chapter 6

II

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La conquête d'un trône, les soins d'un gouvernement qui s'était donné pour mission de fermer les blessures de la France, ne laissèrent pas beaucoup de temps à Henri IV pour être bibliophile. Sa sœur, Catherine de Bourbon, duchesse de Bar, eut pour cela plus de loisirs, et elle en usa largement. Elle a laissé des livres nombreux, tous magnifiquement reliés, marqués très souvent surles plats de cet S fermé, qui était un signe de fidélité conjugale ou amoureuse. L'histoire intime de la sœur du roi Henri donnerait raison à cette interprétation. Née à Paris en 1559, de six ans plus jeune que son frère, elle reçut les leçons de Florent Chrestien et de Palma Cayet, pour le grec, le latin et l'hébreu; de Charles Macrin, père de Salmon Macrin le poète, pour l'histoire et la poésie; Théodore de Bèze corrigea, dit-on, ses premiers vers. Deux ministres, Merlin de Vaulx et Espina, l'instruisirent dans les principes de la religion réformée. Les mémoires contemporains vantent aussi son habileté à chanter, à toucher du luth, à danser même les pavanes d'Espagne, les pazzamenos d'Italie, les voltes et les courantes françaises, et même les danses béarnaises, bien qu'elle fût née un peu boîteuse, et de santé très délicate. Elle avait treize ans seulement quand elle perdit sa mère, Jeanne d'Albret, qui, enmourant, l'avait placée spécialement sous la protection de son frère: «J'engage et je supplie mon fils, lit-on dans son testament, à prendre sa sœur Catherine sous sa protection, à être son tuteur et son défenseur.» Henri IV ne suivit peut-être pas très fidèlement cette dernière recommandation de sa mère, et dans les divers projets de mariage qu'il forma pour Catherine de Bourbon, il obéit plutôt aux conseils de la politique qu'il n'écouta les sentiments d'un frère. Il fut tour à tour question de la marier à Henri III, au frère de celui-ci, le duc d'Alençon, à Philippe II, au duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier, à son cousin le prince de Condé, veuf de Marie de Clèves, au duc Charles III de Lorraine, au roi d'Ecosse, fils de Marie-Stuart. Au milieu de ces projets de la politique, Catherine avait écouté son cœur, et une promesse de mariage avait été échangée entre elle et son cousin,le comte de Soissons, frère du prince de Condé. Pour lui elle refusa positivement l'alliance du roi d'Ecosse, et résista énergiquement plus tard à son frère qui voulait donner sa main au duc de Montpensier. Elle resta cependant vaincue dans cette lutte, et finit par épouser, en 1599, le duc de Bar, fils de ce duc de Lorraine qu'elle avait autrefois refusé. Cette union tardive devait être bientôt dénouée par la mort. Catherine mourut le 13 février 1604, laissant le souvenir d'une âme généreuse et d'un esprit élevé. Ses plus belles années s'étaient écoulées au château de Pau, dans les fonctions de régente qu'elle avait remplies en Navarre. La bibliothèque, dont le catalogue existe encore en partie, avait été notablement augmentée par elle. Poète, elle y occupait ses loisirs à des traductions de psaumes en langue française, et à des poésies religieuses, qui eurent alors de la popularité en Béarn.

L'on remarquait surtout danssa bibliothèque une belle collection de classiques grecs et latins, de rares manuscrits, et une grande quantité de lettres autographes des principaux personnages de son temps. «La plupart de ses livres, dit M. Guigard, étaient reliés à la manière de Clovis Eve qui, bien certainement, a dû travailler pour elle. Beaucoup d'entre eux portaient sur les plats six doubles C entrelacés formant croix, avec une flamme au centre, le tout dans un ovale feuillé.»


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