CE MATIN CLAIR ET VIF...

Le vent file ce soir, sous un mol ciel d’airain,Comme un voilier sur l’Atlantique.On entend s’éveiller le Printemps souverain,A la fois plaintif et bachique;Un abondant parfum, puissant, traînant et lasTriomphe et pourtant se lamente.Le saule a de soyeux bourgeons de chinchillaEpars sur la plaine dormante.Un bouleversement hardi, calme et sereinA rompu et soumis l’espace;Les messages des bois et l’effluve marinS’accostent dans le vent qui passe!Comment s’est-il si vite engouffré dans les bois,Ce dieu des sèves véhémentes?Tout encore est si sec, si nu, si mort de froid!##C’est l’invisible qui fermente!Là-bas, comme un orage aigu, accumulé,La flèche de la cathédraleAjoute le fardeau de son sapin ailéA ce ciel qui défaille et qui râle.##Et moi qui, d’un amour si grave et si puissant,Contenais la rive et le fleuve,Je sens qu’un mal divin veut détourner mon sangDe la tristesse où je m’abreuve;Je sens qu’une fureur rôde aux franges des cieux,Se suspend, pèse et se balance.Le printemps vient ravir nos rêves anxieux;C’est la fougueuse insouciance!C’est un désordre ardent, téméraire, et si sûrDe sa tâche auguste et joyeuse,Que, comme une ivre armée en fuite vers l’azur,Nous courons vers la nue heureuse.Nous sommes entraînés par toutes les vapeursQui tressaillent et qui consentent,Par les sonorités, les secrets, les torpeurs,Par les odeurs réjouissantes!##Mais non, vous n’êtes pas l’universel Printemps,O saison humide et ployéeQue j’aspire ce soir, que je touche et j’entends,Qui m’avez brisée et noyée!Vous êtes le parfum que j’ai toujours connu,Depuis ma stupeur enfantine;La présence aux beaux pieds, le regard ingénuDe ma chaude Vénus latine!Vous êtes ce subit joueur de tambourinA qui les montagnes répondent,Et dont le chant nombreux anime sur le RhinLa vive effusion de l’onde!Vous êtes le pollen des hêtres et des lis,L’amoureuse et vaste espérance,Et les brûlants soupirs que les nuits d’EleusisOnt légués à l’Ile-de-France!C’est à moi que ce soir vous livrez le secretDe votre grâce turbulente;Les autres ne verront que l’essor calme et fraisDe votre croissance si lente.Les autres ne verront,—Alsace aux molles eauxQu’un zéphyr moite endort et creuse,—Que vos étangs gisants, qui frappent de roseauxVotre dignité langoureuse!Les autres ne verront que vos remparts brisés,Que vos portes toujours ouvertes,Où passe sans répit, sous un masque apaisé,Le tumulte des brises vertes!Les autres ne verront, ô ma belle cité,Que la grave et sombre paupièreDe tes toits inclinés, qui font à ta fiertéUn voile d’ombre et de prière.Ils ne verront, ceux-là, de ton songe éternel,Que ta plaine qui rêve et fume,Que tes châteaux du soir, endormis dans le ciel.##J’ai vu ton frein couvert d’écume!Ceux-là ne sauront voir, à ton balcon fameux,Que laMarseillaiseendormie;##Moi j’ai vu le soleil, de son égide en feu,Empourprer ta feinte accalmie.Les autres ne verront que ce grand champ des morts,Où le Destin s’assied, hésite,Et contemple le temps assoupi sur les corps...##Moi j’ai vu ce qui ressuscite!

Le vent file ce soir, sous un mol ciel d’airain,Comme un voilier sur l’Atlantique.On entend s’éveiller le Printemps souverain,A la fois plaintif et bachique;Un abondant parfum, puissant, traînant et lasTriomphe et pourtant se lamente.Le saule a de soyeux bourgeons de chinchillaEpars sur la plaine dormante.Un bouleversement hardi, calme et sereinA rompu et soumis l’espace;Les messages des bois et l’effluve marinS’accostent dans le vent qui passe!Comment s’est-il si vite engouffré dans les bois,Ce dieu des sèves véhémentes?Tout encore est si sec, si nu, si mort de froid!##C’est l’invisible qui fermente!Là-bas, comme un orage aigu, accumulé,La flèche de la cathédraleAjoute le fardeau de son sapin ailéA ce ciel qui défaille et qui râle.##Et moi qui, d’un amour si grave et si puissant,Contenais la rive et le fleuve,Je sens qu’un mal divin veut détourner mon sangDe la tristesse où je m’abreuve;Je sens qu’une fureur rôde aux franges des cieux,Se suspend, pèse et se balance.Le printemps vient ravir nos rêves anxieux;C’est la fougueuse insouciance!C’est un désordre ardent, téméraire, et si sûrDe sa tâche auguste et joyeuse,Que, comme une ivre armée en fuite vers l’azur,Nous courons vers la nue heureuse.Nous sommes entraînés par toutes les vapeursQui tressaillent et qui consentent,Par les sonorités, les secrets, les torpeurs,Par les odeurs réjouissantes!##Mais non, vous n’êtes pas l’universel Printemps,O saison humide et ployéeQue j’aspire ce soir, que je touche et j’entends,Qui m’avez brisée et noyée!Vous êtes le parfum que j’ai toujours connu,Depuis ma stupeur enfantine;La présence aux beaux pieds, le regard ingénuDe ma chaude Vénus latine!Vous êtes ce subit joueur de tambourinA qui les montagnes répondent,Et dont le chant nombreux anime sur le RhinLa vive effusion de l’onde!Vous êtes le pollen des hêtres et des lis,L’amoureuse et vaste espérance,Et les brûlants soupirs que les nuits d’EleusisOnt légués à l’Ile-de-France!C’est à moi que ce soir vous livrez le secretDe votre grâce turbulente;Les autres ne verront que l’essor calme et fraisDe votre croissance si lente.Les autres ne verront,—Alsace aux molles eauxQu’un zéphyr moite endort et creuse,—Que vos étangs gisants, qui frappent de roseauxVotre dignité langoureuse!Les autres ne verront que vos remparts brisés,Que vos portes toujours ouvertes,Où passe sans répit, sous un masque apaisé,Le tumulte des brises vertes!Les autres ne verront, ô ma belle cité,Que la grave et sombre paupièreDe tes toits inclinés, qui font à ta fiertéUn voile d’ombre et de prière.Ils ne verront, ceux-là, de ton songe éternel,Que ta plaine qui rêve et fume,Que tes châteaux du soir, endormis dans le ciel.##J’ai vu ton frein couvert d’écume!Ceux-là ne sauront voir, à ton balcon fameux,Que laMarseillaiseendormie;##Moi j’ai vu le soleil, de son égide en feu,Empourprer ta feinte accalmie.Les autres ne verront que ce grand champ des morts,Où le Destin s’assied, hésite,Et contemple le temps assoupi sur les corps...##Moi j’ai vu ce qui ressuscite!

Le vent file ce soir, sous un mol ciel d’airain,Comme un voilier sur l’Atlantique.On entend s’éveiller le Printemps souverain,A la fois plaintif et bachique;

Un abondant parfum, puissant, traînant et lasTriomphe et pourtant se lamente.Le saule a de soyeux bourgeons de chinchillaEpars sur la plaine dormante.

Un bouleversement hardi, calme et sereinA rompu et soumis l’espace;Les messages des bois et l’effluve marinS’accostent dans le vent qui passe!

Comment s’est-il si vite engouffré dans les bois,Ce dieu des sèves véhémentes?Tout encore est si sec, si nu, si mort de froid!##C’est l’invisible qui fermente!

Là-bas, comme un orage aigu, accumulé,La flèche de la cathédraleAjoute le fardeau de son sapin ailéA ce ciel qui défaille et qui râle.

##Et moi qui, d’un amour si grave et si puissant,Contenais la rive et le fleuve,Je sens qu’un mal divin veut détourner mon sangDe la tristesse où je m’abreuve;

Je sens qu’une fureur rôde aux franges des cieux,Se suspend, pèse et se balance.Le printemps vient ravir nos rêves anxieux;C’est la fougueuse insouciance!

C’est un désordre ardent, téméraire, et si sûrDe sa tâche auguste et joyeuse,Que, comme une ivre armée en fuite vers l’azur,Nous courons vers la nue heureuse.

Nous sommes entraînés par toutes les vapeursQui tressaillent et qui consentent,Par les sonorités, les secrets, les torpeurs,Par les odeurs réjouissantes!

##Mais non, vous n’êtes pas l’universel Printemps,O saison humide et ployéeQue j’aspire ce soir, que je touche et j’entends,Qui m’avez brisée et noyée!

Vous êtes le parfum que j’ai toujours connu,Depuis ma stupeur enfantine;La présence aux beaux pieds, le regard ingénuDe ma chaude Vénus latine!

Vous êtes ce subit joueur de tambourinA qui les montagnes répondent,Et dont le chant nombreux anime sur le RhinLa vive effusion de l’onde!

Vous êtes le pollen des hêtres et des lis,L’amoureuse et vaste espérance,Et les brûlants soupirs que les nuits d’EleusisOnt légués à l’Ile-de-France!

C’est à moi que ce soir vous livrez le secretDe votre grâce turbulente;Les autres ne verront que l’essor calme et fraisDe votre croissance si lente.

Les autres ne verront,—Alsace aux molles eauxQu’un zéphyr moite endort et creuse,—Que vos étangs gisants, qui frappent de roseauxVotre dignité langoureuse!

Les autres ne verront que vos remparts brisés,Que vos portes toujours ouvertes,Où passe sans répit, sous un masque apaisé,Le tumulte des brises vertes!

Les autres ne verront, ô ma belle cité,Que la grave et sombre paupièreDe tes toits inclinés, qui font à ta fiertéUn voile d’ombre et de prière.

Ils ne verront, ceux-là, de ton songe éternel,Que ta plaine qui rêve et fume,Que tes châteaux du soir, endormis dans le ciel.##J’ai vu ton frein couvert d’écume!

Ceux-là ne sauront voir, à ton balcon fameux,Que laMarseillaiseendormie;##Moi j’ai vu le soleil, de son égide en feu,Empourprer ta feinte accalmie.

Les autres ne verront que ce grand champ des morts,Où le Destin s’assied, hésite,Et contemple le temps assoupi sur les corps...##Moi j’ai vu ce qui ressuscite!

Ce matin clair et vif comme un midi du pôle,Où le vent vient filer le blanc coton des saules,Où, sur le pré touffu, de guêpes entr’ouvert,On croit voir crépiter un large soleil vert,Où glissent sur le Rhin, que franchit la cigogne,Les chalands engourdis qui montent vers Cologne,Où le village, avec ses lumineux sursauts,Semble un cercle d’enfants jouant avec de l’eau;Où j’entends dans les airs les pliantes musiquesQue font en se croisant les brises élastiques;Ce matin exalté, qui, stagnant ou volant,Semble appuyer à tout un baiser violent,Où la blanche chaleur, somnolente tigresse,Reprend tout l’univers dans sa vaste caresse.Je songe, ô mon ami, dont je presse la main,Aux forces du silence et du désir humain,Puisque le plus profond et plus lourd paysageNe vient que de mon cœur et de ton doux visage...

Ce matin clair et vif comme un midi du pôle,Où le vent vient filer le blanc coton des saules,Où, sur le pré touffu, de guêpes entr’ouvert,On croit voir crépiter un large soleil vert,Où glissent sur le Rhin, que franchit la cigogne,Les chalands engourdis qui montent vers Cologne,Où le village, avec ses lumineux sursauts,Semble un cercle d’enfants jouant avec de l’eau;Où j’entends dans les airs les pliantes musiquesQue font en se croisant les brises élastiques;Ce matin exalté, qui, stagnant ou volant,Semble appuyer à tout un baiser violent,Où la blanche chaleur, somnolente tigresse,Reprend tout l’univers dans sa vaste caresse.Je songe, ô mon ami, dont je presse la main,Aux forces du silence et du désir humain,Puisque le plus profond et plus lourd paysageNe vient que de mon cœur et de ton doux visage...

Ce matin clair et vif comme un midi du pôle,Où le vent vient filer le blanc coton des saules,Où, sur le pré touffu, de guêpes entr’ouvert,On croit voir crépiter un large soleil vert,Où glissent sur le Rhin, que franchit la cigogne,Les chalands engourdis qui montent vers Cologne,Où le village, avec ses lumineux sursauts,Semble un cercle d’enfants jouant avec de l’eau;Où j’entends dans les airs les pliantes musiquesQue font en se croisant les brises élastiques;Ce matin exalté, qui, stagnant ou volant,Semble appuyer à tout un baiser violent,Où la blanche chaleur, somnolente tigresse,Reprend tout l’univers dans sa vaste caresse.Je songe, ô mon ami, dont je presse la main,Aux forces du silence et du désir humain,Puisque le plus profond et plus lourd paysageNe vient que de mon cœur et de ton doux visage...

Dans le pays de Bade, où les soirs sont si lourds,Où les noires forêts font glisser vers la ville,Comme un acide fleuve, invisible et tranquille,L’amère exhalaison du végétal amour,Que de fois j’ai rêvé sur la terrasse, inerte,Ecoutant les volets s’ouvrir sur la fraîcheur,Dans ces secrets instants où les fleurs se concertentPour donner à la nuit sa surprenante odeur...Des voitures passaient, calèches romantiques,Où l’on voyait deux fronts s’unir pour contemplerLe coup de dés divin des astres, assemblésDans l’espace alangui, distrait et fatidique.O Destin suspendu, que vous m’êtes suspect!##Sous les rameaux courbés des tilleuls centenairesUn puéril torrent roulait son clair tonnerre;Des orchestres jouaient dans les bosquets épais,Mêlant au frais parfum dilaté de la terre,Cet élément des sons, dont la force éphémèreDistend à l’infini la détresse ou la paix...##O pays de la valse et des larmes sans peines,Pays où la musique est un vin plus hardi,Qui, sans blâme et sans heurts, furtivement amèneLes cœurs penchants et las vers le sûr paradisDes regards emmêlés et des chaleurs humaines,Combien vous m’avez fait souffrir, lorsque, rêvantSeule, sur les jardins où les parfums insistent,J’écoutais haleter le désarroi du vent,Tandis qu’au noir beffroi, l’horloge, noble et triste,Transmettait de sa voix lugubre de trappisteLe menaçant appel des morts vers les vivants!Oui, je songe à ces soirs d’un mois de mai trop tiède,Où tous les rossignols se liguaient contre moi,Où la lente asphyxie amoureuse des boisMe désolait d’espoir sans me venir en aide;Les sureaux soupiraient leurs chancelants parfums;La ville aux toits baissés, comme une jeune abbesse,Paraissait écarter ses vantaux importuns,Pour savourer l’espace et pleurer de tendresse!Tout souffrait, languissait, désirait, sans moyen,Les voluptés de l’âme et la joie inconnue.##Quand serez-vous formé, ineffable lienQui saurez rattacher les désirs à la nue?Je pleurais lentement, pour je ne sais quel deuilQui, dans les nuits d’été, secrètement m’oppresse;Et je sentais couler, sur mes mains en détresse,Du haut d’un noir sapin qui se balance au seuilDu romanesque hôtel que la lune caresse,De mols bourgeons, hachés par des dents d’écureuil...

Dans le pays de Bade, où les soirs sont si lourds,Où les noires forêts font glisser vers la ville,Comme un acide fleuve, invisible et tranquille,L’amère exhalaison du végétal amour,Que de fois j’ai rêvé sur la terrasse, inerte,Ecoutant les volets s’ouvrir sur la fraîcheur,Dans ces secrets instants où les fleurs se concertentPour donner à la nuit sa surprenante odeur...Des voitures passaient, calèches romantiques,Où l’on voyait deux fronts s’unir pour contemplerLe coup de dés divin des astres, assemblésDans l’espace alangui, distrait et fatidique.O Destin suspendu, que vous m’êtes suspect!##Sous les rameaux courbés des tilleuls centenairesUn puéril torrent roulait son clair tonnerre;Des orchestres jouaient dans les bosquets épais,Mêlant au frais parfum dilaté de la terre,Cet élément des sons, dont la force éphémèreDistend à l’infini la détresse ou la paix...##O pays de la valse et des larmes sans peines,Pays où la musique est un vin plus hardi,Qui, sans blâme et sans heurts, furtivement amèneLes cœurs penchants et las vers le sûr paradisDes regards emmêlés et des chaleurs humaines,Combien vous m’avez fait souffrir, lorsque, rêvantSeule, sur les jardins où les parfums insistent,J’écoutais haleter le désarroi du vent,Tandis qu’au noir beffroi, l’horloge, noble et triste,Transmettait de sa voix lugubre de trappisteLe menaçant appel des morts vers les vivants!Oui, je songe à ces soirs d’un mois de mai trop tiède,Où tous les rossignols se liguaient contre moi,Où la lente asphyxie amoureuse des boisMe désolait d’espoir sans me venir en aide;Les sureaux soupiraient leurs chancelants parfums;La ville aux toits baissés, comme une jeune abbesse,Paraissait écarter ses vantaux importuns,Pour savourer l’espace et pleurer de tendresse!Tout souffrait, languissait, désirait, sans moyen,Les voluptés de l’âme et la joie inconnue.##Quand serez-vous formé, ineffable lienQui saurez rattacher les désirs à la nue?Je pleurais lentement, pour je ne sais quel deuilQui, dans les nuits d’été, secrètement m’oppresse;Et je sentais couler, sur mes mains en détresse,Du haut d’un noir sapin qui se balance au seuilDu romanesque hôtel que la lune caresse,De mols bourgeons, hachés par des dents d’écureuil...

Dans le pays de Bade, où les soirs sont si lourds,Où les noires forêts font glisser vers la ville,Comme un acide fleuve, invisible et tranquille,L’amère exhalaison du végétal amour,

Que de fois j’ai rêvé sur la terrasse, inerte,Ecoutant les volets s’ouvrir sur la fraîcheur,Dans ces secrets instants où les fleurs se concertentPour donner à la nuit sa surprenante odeur...

Des voitures passaient, calèches romantiques,Où l’on voyait deux fronts s’unir pour contemplerLe coup de dés divin des astres, assemblésDans l’espace alangui, distrait et fatidique.

O Destin suspendu, que vous m’êtes suspect!##Sous les rameaux courbés des tilleuls centenairesUn puéril torrent roulait son clair tonnerre;Des orchestres jouaient dans les bosquets épais,Mêlant au frais parfum dilaté de la terre,Cet élément des sons, dont la force éphémèreDistend à l’infini la détresse ou la paix...

##O pays de la valse et des larmes sans peines,Pays où la musique est un vin plus hardi,Qui, sans blâme et sans heurts, furtivement amèneLes cœurs penchants et las vers le sûr paradisDes regards emmêlés et des chaleurs humaines,

Combien vous m’avez fait souffrir, lorsque, rêvantSeule, sur les jardins où les parfums insistent,J’écoutais haleter le désarroi du vent,Tandis qu’au noir beffroi, l’horloge, noble et triste,Transmettait de sa voix lugubre de trappisteLe menaçant appel des morts vers les vivants!

Oui, je songe à ces soirs d’un mois de mai trop tiède,Où tous les rossignols se liguaient contre moi,Où la lente asphyxie amoureuse des boisMe désolait d’espoir sans me venir en aide;Les sureaux soupiraient leurs chancelants parfums;La ville aux toits baissés, comme une jeune abbesse,Paraissait écarter ses vantaux importuns,Pour savourer l’espace et pleurer de tendresse!

Tout souffrait, languissait, désirait, sans moyen,Les voluptés de l’âme et la joie inconnue.##Quand serez-vous formé, ineffable lienQui saurez rattacher les désirs à la nue?

Je pleurais lentement, pour je ne sais quel deuilQui, dans les nuits d’été, secrètement m’oppresse;Et je sentais couler, sur mes mains en détresse,Du haut d’un noir sapin qui se balance au seuilDu romanesque hôtel que la lune caresse,De mols bourgeons, hachés par des dents d’écureuil...

Quand je respire, des milliers d’échos me répondent...H. HEINE

Quand je respire, des milliers d’échos me répondent...H. HEINE

Quand je respire, des milliers d’échos me répondent...H. HEINE

Henri Heine, j’ai fait avec vous un voyage,C’était un soir d’automne, encor tiède, encor clair;Heidelberg fraîchissait sous ses rouges feuillages,Nous cherchions, dans la rue aux portails entr’ouverts,L’humble hôtel, romantique et vieux, duChasseur Vert.Je reposais sur vous, compagnon invisible,Ma tête languissante et mes cheveux défaits;Un souriant vieillard marchait, lisant la Bible,Sur la place où le jour, lumineux et sensible,Jetait un long appel de désir et de paix...C’était l’heure engourdie où le soleil s’incline;Par un mortel besoin de pleurer et de fuir,J’ai souhaité monter sur la verte colline;Nous nous sommes ensemble assis dans la berlineOù flottait un parfum de soierie et de cuir,Et nous vîmes jaillir les romanesques ruines.Sur la terrasse, auprès de la tour en lambeaux,Des étudiants riaient avec vos bien-aimées.Je regardais bondir les délicats coteauxQui frisent sous le poids des vignes renommées,Et l’espace semblait à la fois vaste et clos.Le Neckar, au courant scintillant et rapide,Entraînait le soleil parmi ses fins rochers.Nous étions tout ensemble assouvis et avides;L’insidieux automne avait sur nous lâchéSes tourbillons de songe et ses buis arrachés...##O sublime, languide, âpre mélancolieDes beaux soirs où l’esprit, indomptable et captif,Veut s’enfuir et ne peut, et rêve à la folieD’enfermer l’univers dans un amour plaintif!Tout à coup, dans le parc public, humide et triste,L’orchestre qui jouait sur les bords de l’étangPrès d’un groupe attentif de studieux touristes,Lança le son du cor qui chante dans Tristan...Henri Heine, j’ai su alors pourquoi vos livresRegorgent de buée et de soudains sanglots,Pourquoi, riant, pleurant, vous voulez qu’on vous livreLa coupe de Thulé qui dort au fond des flots;L’amour de la légende et la vaine espéranceVous hantaient d’un appel sourdement répété:Hélas! vous aviez trop écouté, dès l’enfance,Les sirènes du Rhin, à Cologne et Mayence,Quand l’odeur des tilleuls grise les nuits d’été!Voyageur égaré dans la forêt des fables,Moqueur désespéré qu’un mirage appelait,Ni le chant de la mer d’Amalfi sur les sables,Ni la Sicile, avec l’olivier et le lait,Ne pouvait retenir votre vol inlassable,Pour qui l’espace même est un trop lourd filet!##O soirs de Düsseldorf, quand les toits et leur neigeFont un scintillement de cristal et de sel,Et que, petit garçon qui rentrait du collège,Vous évoquiez déjà rêveur universel,L’oriental aspect de la nuit de Noël!Pourtant vous goûtiez bien la sensible Allemagne,Les muguets jaillissant dans ses bois ingénus,L’horloge des beffrois, dont les coups accompagnentLes rondes et les chants des filles aux bras nus;Vous connaissiez le poids sentimental des heuresQui semblent fasciner l’errante volupté,Quand l’or des calmes soirs recouvre les demeures,Les gais marchés, le Dôme et l’Université;Mais, fougueux inspiré, fier ami des naïades,Les humaines amours vous berçaient tristement,Et vous trouviez, auprès d’une enfant tendre et fade,La double solitude où sont tous les amants!Accablé par la voix des forêts mugissantes,Vous inventiez Cordoue, ses palais et ses bains,La fille de l’alcade, altière et rougissante,Qui trahissant son âme offerte aux chérubins,Soupire auprès d’un jeune et dédaigneux rabbin...Les frais torrents du Hartz et la mauresque EspagneTour à tour enivraient votre insondable esprit.Que de pleurs près des flots! de cris sur la montagne!Que de lâches soupirs, ô Heine! que surpritLa gloire au front baissé, votre sombre compagne!Parfois, vers votre cœur que brisaient les démons,Et qui laissait couler sa détresse infinie,Vous sentiez accourir, par la brèche des monts,Les grands vents de Bohême et de Lithuanie;Les cloches, les chorals, les forêts, l’ouraganQui composent le ciel musical d’Allemagne,Emplissaient d’un tumulte orageux, où se joignentLes résineux parfums des arbres éloquents,Vos Lieder, à la fois déchirés et fringants.##Mais quand le vent se tait, quand l’étendue est calme,Vous repoussez le verre où luit le vin du Rhin;Le Gange, les cyprès, la paresse des palmesVous font de longs signaux, secrets et souverains;Et votre œil fend l’azur et les sables marins,Immobile, extatique et vague pèlerin!Vous riez, et tandis que tinte votre rire,Vos poèmes en pleurs invectivent le sort;Vous chantez, justement, de ne pas pouvoir direLes sources et le but d’un multiple délire,Rossignol florentin, Grèbe des mers du Nord,Qui mélangez au thym du verger de TityreLes gais myosotis des matins de Francfort.##J’ai vu, un soir d’automne, au bord d’un chaud rivage,Un grand voilier, chargé de grappes de cassis,Ne plus pouvoir voguer, tant le faible équipage,Captif sous un réseau d’effluves épaissis,Gisait, transfiguré par le philtre imprécisD’un arome, grisant plus encor qu’un breuvage.O Heine! ce parfum languissant et fatal,Cette vigne éthérée et qui pourtant accable,N’est-ce pas le lointain et pressant idéalQui vous persécutait, quand de son blanc fanalLa lune illuminait, dans les forêts d’érables,Vos soupirs envolés vers sa joue de cristal!##Vous me l’avez transmis, ce désir des conquêtes,Cet enfantin bonheur dans les matins d’été,Ce besoin de mourir et de ressusciterPour le mal que nous fait l’espoir et sa tempête;Vous me l’avez transmis, ô mon brûlant prophète,Ce céleste appétit des nobles voluptés!O mon cher compagnon, dès mes jeunes annéesJ’ai posé dans vos mains mes doigts puissants et doux;Bien des yeux m’ont déçue et m’ont abandonnée,Mais toujours vos regards s’enroulent à mon cou,Sur le chemin du rêve où je marche avec vous...

Henri Heine, j’ai fait avec vous un voyage,C’était un soir d’automne, encor tiède, encor clair;Heidelberg fraîchissait sous ses rouges feuillages,Nous cherchions, dans la rue aux portails entr’ouverts,L’humble hôtel, romantique et vieux, duChasseur Vert.Je reposais sur vous, compagnon invisible,Ma tête languissante et mes cheveux défaits;Un souriant vieillard marchait, lisant la Bible,Sur la place où le jour, lumineux et sensible,Jetait un long appel de désir et de paix...C’était l’heure engourdie où le soleil s’incline;Par un mortel besoin de pleurer et de fuir,J’ai souhaité monter sur la verte colline;Nous nous sommes ensemble assis dans la berlineOù flottait un parfum de soierie et de cuir,Et nous vîmes jaillir les romanesques ruines.Sur la terrasse, auprès de la tour en lambeaux,Des étudiants riaient avec vos bien-aimées.Je regardais bondir les délicats coteauxQui frisent sous le poids des vignes renommées,Et l’espace semblait à la fois vaste et clos.Le Neckar, au courant scintillant et rapide,Entraînait le soleil parmi ses fins rochers.Nous étions tout ensemble assouvis et avides;L’insidieux automne avait sur nous lâchéSes tourbillons de songe et ses buis arrachés...##O sublime, languide, âpre mélancolieDes beaux soirs où l’esprit, indomptable et captif,Veut s’enfuir et ne peut, et rêve à la folieD’enfermer l’univers dans un amour plaintif!Tout à coup, dans le parc public, humide et triste,L’orchestre qui jouait sur les bords de l’étangPrès d’un groupe attentif de studieux touristes,Lança le son du cor qui chante dans Tristan...Henri Heine, j’ai su alors pourquoi vos livresRegorgent de buée et de soudains sanglots,Pourquoi, riant, pleurant, vous voulez qu’on vous livreLa coupe de Thulé qui dort au fond des flots;L’amour de la légende et la vaine espéranceVous hantaient d’un appel sourdement répété:Hélas! vous aviez trop écouté, dès l’enfance,Les sirènes du Rhin, à Cologne et Mayence,Quand l’odeur des tilleuls grise les nuits d’été!Voyageur égaré dans la forêt des fables,Moqueur désespéré qu’un mirage appelait,Ni le chant de la mer d’Amalfi sur les sables,Ni la Sicile, avec l’olivier et le lait,Ne pouvait retenir votre vol inlassable,Pour qui l’espace même est un trop lourd filet!##O soirs de Düsseldorf, quand les toits et leur neigeFont un scintillement de cristal et de sel,Et que, petit garçon qui rentrait du collège,Vous évoquiez déjà rêveur universel,L’oriental aspect de la nuit de Noël!Pourtant vous goûtiez bien la sensible Allemagne,Les muguets jaillissant dans ses bois ingénus,L’horloge des beffrois, dont les coups accompagnentLes rondes et les chants des filles aux bras nus;Vous connaissiez le poids sentimental des heuresQui semblent fasciner l’errante volupté,Quand l’or des calmes soirs recouvre les demeures,Les gais marchés, le Dôme et l’Université;Mais, fougueux inspiré, fier ami des naïades,Les humaines amours vous berçaient tristement,Et vous trouviez, auprès d’une enfant tendre et fade,La double solitude où sont tous les amants!Accablé par la voix des forêts mugissantes,Vous inventiez Cordoue, ses palais et ses bains,La fille de l’alcade, altière et rougissante,Qui trahissant son âme offerte aux chérubins,Soupire auprès d’un jeune et dédaigneux rabbin...Les frais torrents du Hartz et la mauresque EspagneTour à tour enivraient votre insondable esprit.Que de pleurs près des flots! de cris sur la montagne!Que de lâches soupirs, ô Heine! que surpritLa gloire au front baissé, votre sombre compagne!Parfois, vers votre cœur que brisaient les démons,Et qui laissait couler sa détresse infinie,Vous sentiez accourir, par la brèche des monts,Les grands vents de Bohême et de Lithuanie;Les cloches, les chorals, les forêts, l’ouraganQui composent le ciel musical d’Allemagne,Emplissaient d’un tumulte orageux, où se joignentLes résineux parfums des arbres éloquents,Vos Lieder, à la fois déchirés et fringants.##Mais quand le vent se tait, quand l’étendue est calme,Vous repoussez le verre où luit le vin du Rhin;Le Gange, les cyprès, la paresse des palmesVous font de longs signaux, secrets et souverains;Et votre œil fend l’azur et les sables marins,Immobile, extatique et vague pèlerin!Vous riez, et tandis que tinte votre rire,Vos poèmes en pleurs invectivent le sort;Vous chantez, justement, de ne pas pouvoir direLes sources et le but d’un multiple délire,Rossignol florentin, Grèbe des mers du Nord,Qui mélangez au thym du verger de TityreLes gais myosotis des matins de Francfort.##J’ai vu, un soir d’automne, au bord d’un chaud rivage,Un grand voilier, chargé de grappes de cassis,Ne plus pouvoir voguer, tant le faible équipage,Captif sous un réseau d’effluves épaissis,Gisait, transfiguré par le philtre imprécisD’un arome, grisant plus encor qu’un breuvage.O Heine! ce parfum languissant et fatal,Cette vigne éthérée et qui pourtant accable,N’est-ce pas le lointain et pressant idéalQui vous persécutait, quand de son blanc fanalLa lune illuminait, dans les forêts d’érables,Vos soupirs envolés vers sa joue de cristal!##Vous me l’avez transmis, ce désir des conquêtes,Cet enfantin bonheur dans les matins d’été,Ce besoin de mourir et de ressusciterPour le mal que nous fait l’espoir et sa tempête;Vous me l’avez transmis, ô mon brûlant prophète,Ce céleste appétit des nobles voluptés!O mon cher compagnon, dès mes jeunes annéesJ’ai posé dans vos mains mes doigts puissants et doux;Bien des yeux m’ont déçue et m’ont abandonnée,Mais toujours vos regards s’enroulent à mon cou,Sur le chemin du rêve où je marche avec vous...

Henri Heine, j’ai fait avec vous un voyage,C’était un soir d’automne, encor tiède, encor clair;Heidelberg fraîchissait sous ses rouges feuillages,Nous cherchions, dans la rue aux portails entr’ouverts,L’humble hôtel, romantique et vieux, duChasseur Vert.

Je reposais sur vous, compagnon invisible,Ma tête languissante et mes cheveux défaits;Un souriant vieillard marchait, lisant la Bible,Sur la place où le jour, lumineux et sensible,Jetait un long appel de désir et de paix...

C’était l’heure engourdie où le soleil s’incline;Par un mortel besoin de pleurer et de fuir,J’ai souhaité monter sur la verte colline;Nous nous sommes ensemble assis dans la berlineOù flottait un parfum de soierie et de cuir,Et nous vîmes jaillir les romanesques ruines.

Sur la terrasse, auprès de la tour en lambeaux,Des étudiants riaient avec vos bien-aimées.Je regardais bondir les délicats coteauxQui frisent sous le poids des vignes renommées,Et l’espace semblait à la fois vaste et clos.

Le Neckar, au courant scintillant et rapide,Entraînait le soleil parmi ses fins rochers.Nous étions tout ensemble assouvis et avides;L’insidieux automne avait sur nous lâchéSes tourbillons de songe et ses buis arrachés...

##O sublime, languide, âpre mélancolieDes beaux soirs où l’esprit, indomptable et captif,Veut s’enfuir et ne peut, et rêve à la folieD’enfermer l’univers dans un amour plaintif!

Tout à coup, dans le parc public, humide et triste,L’orchestre qui jouait sur les bords de l’étangPrès d’un groupe attentif de studieux touristes,Lança le son du cor qui chante dans Tristan...

Henri Heine, j’ai su alors pourquoi vos livresRegorgent de buée et de soudains sanglots,Pourquoi, riant, pleurant, vous voulez qu’on vous livreLa coupe de Thulé qui dort au fond des flots;

L’amour de la légende et la vaine espéranceVous hantaient d’un appel sourdement répété:Hélas! vous aviez trop écouté, dès l’enfance,Les sirènes du Rhin, à Cologne et Mayence,Quand l’odeur des tilleuls grise les nuits d’été!

Voyageur égaré dans la forêt des fables,Moqueur désespéré qu’un mirage appelait,Ni le chant de la mer d’Amalfi sur les sables,Ni la Sicile, avec l’olivier et le lait,Ne pouvait retenir votre vol inlassable,Pour qui l’espace même est un trop lourd filet!

##O soirs de Düsseldorf, quand les toits et leur neigeFont un scintillement de cristal et de sel,Et que, petit garçon qui rentrait du collège,Vous évoquiez déjà rêveur universel,L’oriental aspect de la nuit de Noël!

Pourtant vous goûtiez bien la sensible Allemagne,Les muguets jaillissant dans ses bois ingénus,L’horloge des beffrois, dont les coups accompagnentLes rondes et les chants des filles aux bras nus;

Vous connaissiez le poids sentimental des heuresQui semblent fasciner l’errante volupté,Quand l’or des calmes soirs recouvre les demeures,Les gais marchés, le Dôme et l’Université;

Mais, fougueux inspiré, fier ami des naïades,Les humaines amours vous berçaient tristement,Et vous trouviez, auprès d’une enfant tendre et fade,La double solitude où sont tous les amants!

Accablé par la voix des forêts mugissantes,Vous inventiez Cordoue, ses palais et ses bains,La fille de l’alcade, altière et rougissante,Qui trahissant son âme offerte aux chérubins,Soupire auprès d’un jeune et dédaigneux rabbin...

Les frais torrents du Hartz et la mauresque EspagneTour à tour enivraient votre insondable esprit.Que de pleurs près des flots! de cris sur la montagne!Que de lâches soupirs, ô Heine! que surpritLa gloire au front baissé, votre sombre compagne!

Parfois, vers votre cœur que brisaient les démons,Et qui laissait couler sa détresse infinie,Vous sentiez accourir, par la brèche des monts,Les grands vents de Bohême et de Lithuanie;

Les cloches, les chorals, les forêts, l’ouraganQui composent le ciel musical d’Allemagne,Emplissaient d’un tumulte orageux, où se joignentLes résineux parfums des arbres éloquents,Vos Lieder, à la fois déchirés et fringants.

##Mais quand le vent se tait, quand l’étendue est calme,Vous repoussez le verre où luit le vin du Rhin;Le Gange, les cyprès, la paresse des palmesVous font de longs signaux, secrets et souverains;Et votre œil fend l’azur et les sables marins,Immobile, extatique et vague pèlerin!

Vous riez, et tandis que tinte votre rire,Vos poèmes en pleurs invectivent le sort;Vous chantez, justement, de ne pas pouvoir direLes sources et le but d’un multiple délire,Rossignol florentin, Grèbe des mers du Nord,Qui mélangez au thym du verger de TityreLes gais myosotis des matins de Francfort.

##J’ai vu, un soir d’automne, au bord d’un chaud rivage,Un grand voilier, chargé de grappes de cassis,Ne plus pouvoir voguer, tant le faible équipage,Captif sous un réseau d’effluves épaissis,Gisait, transfiguré par le philtre imprécisD’un arome, grisant plus encor qu’un breuvage.

O Heine! ce parfum languissant et fatal,Cette vigne éthérée et qui pourtant accable,N’est-ce pas le lointain et pressant idéalQui vous persécutait, quand de son blanc fanalLa lune illuminait, dans les forêts d’érables,Vos soupirs envolés vers sa joue de cristal!

##Vous me l’avez transmis, ce désir des conquêtes,Cet enfantin bonheur dans les matins d’été,Ce besoin de mourir et de ressusciterPour le mal que nous fait l’espoir et sa tempête;Vous me l’avez transmis, ô mon brûlant prophète,Ce céleste appétit des nobles voluptés!

O mon cher compagnon, dès mes jeunes annéesJ’ai posé dans vos mains mes doigts puissants et doux;Bien des yeux m’ont déçue et m’ont abandonnée,Mais toujours vos regards s’enroulent à mon cou,Sur le chemin du rêve où je marche avec vous...

La décoration de cet ouvrage a étéconçue et gravée sur bois par##F.-L. SCHMIED##La typographie et le tirage desplanches ont été exécutés surses presses à bras; pressier:Pierre Bouchet

La décoration de cet ouvrage a étéconçue et gravée sur bois par##F.-L. SCHMIED##La typographie et le tirage desplanches ont été exécutés surses presses à bras; pressier:Pierre Bouchet

Achevé d’imprimer le 30 avril 1924.


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