Vous voyez que Sully ne considérait cela que comme un prestige: si un homme de sa trempe en eut recherché la nature, je crois bien qu'elle ne lui eut pas échappée, malgré la précaution du grandhomme noir de disparaître sitôt qu'on voulait s'approcher de lui.
Les historiens, ainsi que les voyageurs, ont abusé quelquefois du droit qu'ils se sont acquis de raconter des choses extraordinaires. Ils ont trouvé de vieilles traditions établies; le merveilleux leur en a plu, et, quoique absurdes, ils n'ont pas dédaigné de les rapporter. Voilà pourquoi vous trouverez parfois dans vos lectures des faits surnaturels qui semblent confirmés, sanctionnés par d'illustres écrivains; mais dont on n'a pas recherché la cause dans l'origine, ou qui ne sont rien moins que véritables.
M. de Forbin se disposait à prendre congé de M. le Curé.—Et le spectre, dirent les enfans, nous ne le verrons donc pas décidément aujourd'hui?—Mes petits amis, répondit M. le Curé, je verrai ce soir si vous avez l'assurance nécessaire. Je peux le faire venir chez vous tout comme ici. Ayez du courage, de la fermeté, et je vous satisferai. Ainsi, à ce soir.
Les enfans de retour auprès de leur mère lui racontèrent l'aventure du fossoyeur, et comment M. le Curé avait sauvé du trépas un homme dont l'enterrement avait eu lieu.—A notre retour à Paris, dit madame de Verseuil, je vousmenerai voir une dame de mes amies qui a été également enterrée.
Cécile.Ah, maman! conte-nous cette histoire.
Mad.de Verseuil.Mes enfans, vous avez à étudier, et à prendre vos leçons d'écriture et de calcul.
Victor.Nous te promettons de bien travailler aussitôt après.
Mad.de Verseuil.Je vais donc vous satisfaire. Un marchand de la rue Saint-Honoré avait promis sa fille au fils d'un de ses amis, marchand comme lui dans la même rue. Cette jeune personne était très-jolie. Un financier déjà d'un grand âge, mais extrêmement riche,se présente pour l'épouser, et il fit de si grands avantages à toute la famille, que les parens le préférèrent au jeune homme à qui elle avait été promise. Le mariage s'accomplit; et peu de tems après, la jeune femme étant tombée malade, fut tenue pour morte, ensevelie et enterrée. Son amant, qui n'avait cessé de la regretter, ayant été pleurer sur sa tombe pendant la nuit, entendit remuer dans le cercueil; il se douta que cette femme était simplement tombée en léthargie. Ivre de joie, il la retire aussitôt de la tombe; et, grâce à ses soins, elle a le bonheur de revenir à la vie. Quand elle fut parfaitement rétablie ils passèrenten Angleterre, s'y marièrent, et y vécurent tranquilles pendant dix années, au bout desquelles ils revinrent à Paris. Le premier mari ayant reconnu sa femme dans une promenade, la réclama en justice: ce fut la matière d'un grand procès. Le couple heureux se défendait sur ce que la mort avait rompu les liens du premier mariage; mais prévoyant qu'ils pourraient succomber, ces deux époux se retirèrent de nouveaux dans une terre étrangère, où ils demeurèrent jusqu'au décès du financier.
Dans un siècle d'ignorance, si cette femme avait eu l'intention de se dire revenue de l'autre monde, il y aurait eu des sots assez crédulespour le croire, parce qu'ils avaient assisté à son enterrement.
M. de Forbin.J'ai vu à Tavistock en Angleterre, dans l'hospice des pauvres, un homme qui est tombé six fois différentes dans des léthargies qui le mettent dans l'état où se trouve un homme réellement mort; son corps devient froid comme le marbre et roide comme une statue.
Gertrude vint en ce moment apporter les livres que Gérard avait été chercher à la ville. M. de Forbin donna ce bouquet à la petite Cécile, qui, en sœur bien aimable, partagea avec ses frères. En faveur de la fête de sa petite nièce, le bononcle pria madame de Verseuil d'accorder vacances entières aux trois jeunes gens. Cette faveur ne lui fut pas refusée. Les enfans embrassèrent leur oncle et leur mère, et passèrent le reste de la journée à visiter les livres nouveaux dont on leur avait fait présent.
Le soir, Monsieur le Curé vint comme il l'avait promis, accompagné de son neveu. Eh bien, mes amis, dit-il aux enfans, êtes-vous assez raisonnables pour n'avoir plus de vaines frayeurs?
Cécile.Pour moi, je n'aurai plus peur maintenant; car les livres que mon oncle a eu la bonté de me donner ont aussi concouru àme rassurer parfaitement. Voici ce que j'y lis: «Vous trouverez mille gens dans le monde, mes enfans, qui vous diront que l'on a vu des spectres, des revenans, des fantômes, des morts qui marchaient dans les ténèbres de la nuit. Méprisez ces récits absurdes; les personnes qui les font sont ordinairement ignorantes, crédules, et n'ont que peu de raison; elles adoptent avidement les contes qu'elles entendent et s'empressent de les répéter pour inspirer aux autres leurs sottes frayeurs, et faire croire ce qu'elles croient elles-mêmes. Vous trouverez, ce qui est bien plus fort, des gens qui vous rapporteront desfaits incroyables, non pas sur la foi d'autrui, mais bien pour les avoir vus de leurs propres yeux; ces gens seront quelquefois reconnus pour des personnes d'honneur et incapables d'en imposer. Faudra-t-il donc les croire alors? non, mes amis: ces personnes, sans doute, ne veulent point vous tromper, elles croient fermement avoir été témoins de choses extraordinaires, mais les apparences, leur crédulité et leurs craintes les ont elles-mêmes trompées; si elles eussent examiné avec soin aux lumières de la raison, et surtout avec courage, ce qui leur paraissait surnaturel, elles auraient reconnu l'illusion, et auraient étéconvaincues que Dieu ne permet point ainsi que rien sorte des voies ordinaires de la nature. Je vais vous raconter à ce sujet deux aventures assez singulières, et qui vous apprendront comment on doit agir dans une circonstance semblable.»
«Le cardinal de Retz rapporte dans sesMémoires, qu'ayant passé la soirée dans la maison de l'archevêque de Paris, son oncle, à Saint-Cloud, avec madame et mademoiselle de Vendôme, madame de Choisy, le vicomte de Turenne, l'évêque de Lisieux, et messieurs de Brion et Voiture, on s'amusa tant, que la compagnie ne put s'en retourner que très-tard à Paris. Lapetite pointe du jour (on était au milieu de l'été) commençait à paraître: quand on fut au bas de la descente desBons-hommes, justement au pied, le carrosse arrêta tout court. Le cocher à qui on en demanda la raison, répondit d'une voix tremblante: Voulez-vous que je passe par-dessus tous les diables qui sont là devant moi? Cinq ou six laquais qui étaient derrière n'osaient ouvrir la bouche. Turenne, au-dessus de la crainte, se jeta en bas du carrosse, tira son épée; le cardinal s'étant saisi d'une autre, courut aussitôt le rejoindre. Allons voir ces gens-là, dit Turenne, je crois que ce pourrait bienêtre des diables. Le reste de la compagnie demeura transi de frayeur dans le carrosse.
»Comme nous avions déjà fait cinq ou six pas du côté de laSavonnerie, continue le cardinal dans ses mémoires, j'entrevis une longue procession de fantômes noirs qui me donna plus d'émotion qu'elle n'en avait donné à M. de Turenne; mais par la réflexion que je fis, que j'avais long-temps cherché des esprits, et qu'apparemment j'en trouverais en ce lieu, je m'avançai rapidement vers la procession. Les gens du carrosse qui croyaient que nous étions aux mains avec tous les diables, firent un grand cri, etce ne furent pourtant pas eux qui eurent le plus de peur. Les pauvres Augustins réformés et déchaussés, que l'on appelle capucins noirs, qui étaient nos diables d'imagination, voyant venir à eux deux hommes qui avaient l'épée à la main, eurent une belle frayeur, et l'un d'eux se détachant de la troupe, nous cria: Messieurs, nous sommes de pauvres religieux qui ne faisons de mal à personne, et qui venons nous rafraîchir dans la rivière pour notre santé. Nous retournâmes au carrosse, M. de Turenne et moi avec des éclats de rire que l'on peut s'imaginer. Il me jura le lendemain que la premièreapparition de ses fantômes imaginaires lui avait donné de la joie, quoiqu'il eût toujours cru auparavant qu'il aurait peur, s'il voyait jamais quelque chose d'extraordinaire; et je lui avouai que la première vue m'avait ému quoique j'eusse toute ma vie souhaité de voir des esprits.
»Une autre fois Turenne voyageant dans une province méridionale de la France, entendit parler d'un château inhabité où il revenait, disait-on, des esprits. Curieux d'éclaircir cette histoire, il alla coucher dans ce lieu. Sur le minuit un spectre chargé de chaînes se présenta et fit signe à Turenne dele suivre. Arrivé dans une des salles basses du château, aussitôt une trappe s'ouvrit sous leurs pieds, et Turenne se trouva dans un souterrain, au milieu d'une bande d'hommes dont il reconnut bientôt que la profession était de faire de la fausse monnaie. Le fantôme se dépouilla de son appareil lugubre, et prit place parmi ses compagnons. Le chef de la troupe s'adressant à Turenne, lui dit: Homme téméraire, quel dessein t'a conduit dans ces lieux. Si ta raison t'empêchait de croire que ceux qui l'habitent fussent des êtres surnaturels, ne devais-tu pas juger du moins qu'ils avaient un intérêt puissant à n'êtrepoint connus? En découvrant qui nous sommes, tu t'es perdu sans ressources: et ton entrée dans ce souterrain est ton arrêt de mort.—La mort ne m'effraye point, répliqua Turenne; apprenez à qui vous avez affaire; mais songez qu'en attentant à mes jours, vous vous perdez aussi vous-mêmes: si je ne reparais pas on viendra à ma recherche, et vous savez quel sort la justice vous réserve....—Puisque tu es Turenne, reprit le chef de la bande, nous savons que nous avons affaire à un homme d'honneur, et nous allons te le prouver en nous confiant à ta discrétion. Donne-nous ta parole de ne point parlerde nous avant six mois, et nous te laissons la vie sauve.—Je vous le promets.—Turenne songera, ajouta le chef de la bande, que s'il trahit sa parole, en quelque lieu qu'il soit, et telle précaution qu'il prenne, sa mort ne tardera pas à venger la nôtre.
»Après cela, Turenne sortit librement du château, et alla rejoindre ses gens, à qui il dit qu'il avait vu des choses effrayantes dans ce château, et qu'on ne pouvait y entrer sans risquer de perdre la vie; ce en quoi il ne mentait point.
»Environ un an après cetteaventure, Turenne donnait chez lui un grand repas, lorsqu'on vint lui remettre une lettre qu'un étranger à cheval venait d'apporter. Cette lettre était ainsi conçue:Les esprits et les fantômes du château de.... ont l'honneur de faire savoir à M. de Turenne qu'ils sont redevenus de paisibles habitans de la terre. Ils le prient de vouloir bien accepter la riche monture qu'ils lui envoient, comme une preuve de leur gratitude pour le secret qu'il leur a gardé.
»Effectivement le messager avait attaché dans la cour un cheval superbement harnaché, et avait disparu. Turenne, qui avait pourainsi dire oublié cette aventure, la raconta à ses convives.[1]»
Albert.Il ne fallait rien moins que la fermeté de Turenne pour n'être point effrayé au milieu de ces faux-monnoyeurs. Je remarque que les prétendus revenans n'ont jamais fait de mal à personne; mais ici Turenne courait risque de la vie.
M. de Verseuil.Je connais le propriétaire du domaine d'Ardivilliers,aux environs de Breteuil en Picardie; il me racontait une aventure de ce genre arrivée chez lui: il y revenait un esprit, et ce maître lutin y faisait un bruit si effroyable, que personne n'osait y demeurer que le fermier, avec qui cet esprit était apprivoisé. Si quelque malheureux passant y couchait une nuit, il était étrillé d'importance. Cela faisait grand tort au propriétaire, qui était contraint de laisser sa terre à très-vil prix: mais enfin il résolut de faire cesser la lutinerie, persuadé qu'il y avait de l'artifice dans tout cela. Il va coucher dans son château, et pose sur sa table deux pistolets chargés,bien décidé de s'en servir à la première apparition.
Les esprits qui savent tout, surent apparemment ces préparatifs; pas un d'eux ne parut. Mais au milieu de la nuit, on entendit un grand bruit de chaînes dans l'appartement au-dessus. La femme et les enfans du fermier vinrent se jeter aux genoux de leur seigneur, pour l'empêcher de monter dans cette chambre; mais sans les écouter, il s'en alla droit à l'appartement où se faisait le bruit, tenant un pistolet d'une main et un flambeau de l'autre.
Il ne voit d'abord qu'une épaisse fumée que quelques flammes redoublaienten s'élevant par intervalles; bientôt il entrevit confusément l'esprit au milieu: c'est un grand corps vêtu de noir, il a des cornes, une longue queue; enfin c'est un objet fait pour donner de l'épouvante. Le gentilhomme ne s'intimide pas cependant, il ajuste l'homme noir, et lui tire un coup de pistolet; mais il est tout étonné qu'au lieu de tomber, ce fantôme se met à faire des gambades devant lui.
Victor.Voilà du merveilleux que je ne comprends pas; car si ce n'est pas un spectre, comment résiste-t-il aux coups de pistolets? Cela dut intimider le gentilhomme?
M. de Verseuil.Il ne savait trop que penser; il se rassura toutefois, persuadé que ce ne pouvait être un esprit. Il chercha à le saisir; mais le spectre n'était point d'avis de se laisser approcher. Etant pressé de trop près, il sort de la chambre et descend par un petit escalier; le gentilhomme descend après lui et ne le perd point de vue, traverse cours et jardin, et fait autant de tours qu'en fait le spectre; enfin ce fantôme étant parvenu dans une grange, disparut aux yeux du gentilhomme. Celui-ci, sans se rebuter, appela du monde, et visitant l'endroit où le spectre s'était évanoui, il découvrit quec'était une trappe qui se fermait de l'autre côté; on l'enfonça, et l'on trouva dans un petit caveau l'homme noir et de bons matelas qui le recevaient mollement quand il s'y jetait. Le gentilhomme fit sortir cet esprit, qui n'était autre que son fermier.
Albert.Mais qu'est-ce qui le rendait à l'épreuve du pistolet?
M. de Verseuil.C'était une peau de buffle ajustée à son corps. Ce fourbe avoua toutes ses souplesses, et son maître exigea les arrérages de toutes les années sur le pied de ce que la terre était affermée avant les apparitions.
M. le Curé.Vous avez entendu parler d'un voleur qui a fait beaucoup de bruit, du fameux Mandrin? Je vais vous raconter un de ses tours: Il convoitait un château situé sur une montagne d'où l'on découvrait la campagne des environs. On vint lui dire que le propriétaire venait de mourir.—Voulez-vous en faire l'acquisition sans coup-férir, dit Roquairol, l'homme le plus déterminé de sa troupe? Il est à nous si vous me secondez; je ne vous demande pas quinze jours.—Mandrin qui connaissait la capacité de cet homme, lui donna carte blanche. Roquairol connaissait tous les préjugés dupeuple, et sa frayeur pour les morts; il résolut d'en tirer avantage.—La circonstance est favorable, dit-il à son maître, le défunt doit avoir quelques petites restitutions à faire, c'était un procureur.—Le soir, il entra avec quatre hommes qu'il distribua en différens postes. La veuve était seule dans une chambre, et ses domestiques dans la cuisine. Roquairol fut droit à la chambre du procureur; il commença par agiter fortement les rideaux, et renverser des tables et des chaises. La veuve courut vite auprès de ses domestiques. Le revenant se plaignait comme un homme qui brûle. On croyait n'avoir à craindre qued'un côté, lorsqu'il s'éleva un grand bruit dans les quatre coins du château; on entendait des voix terribles qui se disputaient l'âme du procureur, et on ne voyait que feu et flammes par le moyen des pistolets et des pétards. Roquairol avait jeté un drap sur sa tête, avec des flammes peintes en rouge; il parut en cet équipage et enchaîné au milieu de ses gens habillés en satyres; il répétait:Je brûle, je brûle! bien mal acquis, malheur à ceux qui l'habitent, ils brûleront avec moi.Il entra dans la cuisine, où quelques femmes s'évanouirent, parcourut les appartemens et disparut.
On ne douta plus dès-lors que le pauvre procureur ne fût au pouvoir des démons. On l'avait vu, on l'avait entendu; le bruit en courut dans tout le pays.
Le lendemain la même apparition eut lieu; cette fois il y avait quatorze démons. La veuve s'empressa de quitter ce séjour. Des clercs de procureur ne voulant pas croire ce qu'on rapportait, s'y rendirent un soir pour y passer la nuit; mais Roquairol, qui en fut prévenu, s'y trouva à la tête de vingt-huit bandits déguisés en démons, en singes, en ours, et armés de crocs et de fourches; Mandrin lui-même descendit par la cheminée de lachambre où tout le monde était rassemblé, et il parut affublé d'une peau de taureau avec des cornes effroyables. A cette vue, les clercs de procureur prirent la fuite. Mandrin demeura maître du champ de bataille. Comme quelque curieux pouvait être tenté de venir visiter ces lieux, il plaça à l'entrée un homme vêtu d'une peau d'ours, qui se jetait sur ceux qui voulaient avancer. De temps en temps, pour nourrir l'erreur du public, on faisait grand bruit dans la maison, et il passa pour certain qu'il y revenait des esprits. C'est ainsi que la crédulité du peuple fait la hardiesse des fourbes.
Cécile.Est-ce que Mandrin resta possesseur de ce château?
M. de Forbin.Cela aurait bien pu arriver, s'il n'avait pas eu affaire à la justice. Mais la police connut bientôt sa retraite. La maréchaussée, qui ne craint point les revenans, s'empara de tous les esprits qui ne furent pas assez lestes pour prendre la fuite, et le gibet devint leur partage.
Victor.Dans le livre dont ma sœur m'a fait présent, je trouve ce trait curieux qu'un écolier raconte à ses camarades: «J'étais, dit-il, dans la maison de campagne de mon père, à Bondi, lorsque la grande armée, venant du nord,traversa la France pour se rendre en Espagne. On nous envoya un officier à loger pendant environ quinze jours.....»
En ce moment on sonna à la grille du château, et Gérard introduisit un officier qui se présentait avec un billet de logement. Soyez le bienvenu, lui dit M. de Verseuil; votre arrivée a cela de singulier, que ces enfans nous lisaient à l'instant même une histoire où il est question de loger un officier.—Je vous prie en grâce de continuer cette lecture, dit le militaire; je serai charmé de l'entendre.—Volontiers; pourvu que vous veuillez bien dire si vous n'auriezpas besoin de quelque chose en attendant le souper?—Mille remercîmens; je n'ai besoin de rien. Alors Victor reprit sa lecture:
«Cet officier avait un frère dont il attendait impatiemment des nouvelles, parce que les dernières lettres qu'il en avait reçues lui apprenaient qu'il était malade. La veille de son départ, il entra dans la salle où nous étions rassemblés pour le déjeûner; il avait l'air triste, abattu.
»Hier soir, nous dit-il, avant de m'endormir, je songeais à mon frère, quand tout à coup j'entends heurter avec force à ma porte; elle s'ouvre, on entre dans ma chambre,on la parcourt avec vitesse; deux chaises et une table de nuit sont renversées. Je demande qui est là? on ne me répond point; mais on s'élance avec rapidité près de mon lit, et j'aperçois, à la faveur d'un faible rayon de lune, une espèce de fantôme blanc qui agite fortement mes rideaux. Je me jette en bas du lit pour le saisir; et afin qu'il ne m'échappe point, je commence par fermer la porte; mais lorsque je reviens à lui, et que je me crois certain de découvrir ce qu'il est, je le vois s'élancer à la fenêtre, il brise les vitres, et disparaît à mes yeux. Etonné de l'aventure, je me procure de la lumière. Une lettre àmon adresse se trouve à mes pieds; je l'ouvre: qu'on juge de ma situation,ton frère est mort! voilà les premiers mots qui s'offrent à ma vue. Mes mains laissent tomber mon flambeau; ma lumière s'éteint, et je reste anéanti de surprise et de douleur.»
L'Officier.Permettez que je vous exprime mon étonnement! Ceci est ma propre histoire! Dans la circonstance que l'on décrit, vous pouvez vous imaginer toutes les idées qui durent me passer par la tête. Comment croire en effet qu'un événement qui paraît aussi extraordinaire, soit amené par les causes les plus simples? Il n'y avaitcependant là rien de surnaturel: la suite de cette histoire l'explique sans doute?
Victor.Oui; voici ce que dit celui qui la raconte: «Une espièglerie que j'avais faite à notre chat était la cause de tout ceci. Avant de m'aller coucher, je lui avais attaché au cou le tablier blanc de notre bonne. L'animal s'était sauvé dans cet équipage, et il était venu se jeter dans la porte de l'officier, qui, étant mal fermée, s'était ouverte aussitôt. En courant dans la chambre, il avait renversé les meubles, et avait fait tomber de la poche du tablier la lettre que ma bonne était chargée de remettre.En s'élançant ensuite à la croisée, il avait brisé un carreau, et s'était sauvé; le matin, ma bonne le trouva dans la cour, encore affublé du tablier qu'il n'avait pu parvenir à détacher.»
L'Officier.C'est cela précisément; l'historien est fidèle.
Victor.«D'après cet événement, continue toujours l'écolier, je n'ai jamais eu peur, parce que je me suis fait une loi et une habitude, lorsque je crois voir ou entendre quelque chose d'extraordinaire, d'examiner si ce n'est point simplement un effet de l'imagination: si j'en reconnais la réalité, j'ai soin d'en rechercher toutes lescauses, afin de pouvoir les approfondir et les apprécier ensuite. Quand on s'est procuré une fois de cette manière l'explication d'une aventure qui paraissait d'abord terrible et surnaturelle, il n'en coûte plus ensuite pour faire les mêmes recherches dans toutes les autres circonstances qui peuvent se présenter.»
M. de Verseuil.Voilà un enfant qui pense judicieusement.
Albert.Eh bien, nous aurons soin de faire notre profit de sa prudente et sage méthode.
L'Officier.Il est arrivé une aventure bien singulière à un soldat de ma compagnie, qui joua lui-mêmele rôle de revenant. En passant à Orléans, deux soldats sont envoyés avec un billet de logement chez un fermier des environs, dont la mère venait de mourir la nuit précédente dans cette maison. Le soir il y avait assemblée de famille, et par conséquent grand souper. Les deux soldats sont invités au repas; mais l'un d'eux étant retourné à la ville, prit avec d'autres camarades un à compte tel qu'à son retour il n'eut plus besoin d'autre chose que de son lit. Il se couche. L'autre militaire se rend au souper; il tâche d'égayer les convives; le vin est le seul remède qu'il connaît contrele chagrin; il les engage donc à boire, et pour prêcher d'exemple, il se ménage si peu les rasades, que bientôt il y voit trouble. En homme prudent, il songe à faire halte; et sans rien dire à personne, il bat en retraite, c'est-à-dire qu'il va rejoindre son camarade. N'étant pas très-ferme sur ses jambes, il trébuche dans l'escalier, sa chandelle s'éteint; mais il n'en continue pas moins son chemin. La clef était à la porte de sa chambre, il entre, cherche son lit à tâton, et se couche en poussant du côté de la ruelle son camarade qui ne lui laissait que peu de place. Déjà il s'abandonnait aux douceurs durepos, lorsqu'il entend ouvrir sa porte: c'était un petit cousin et une petite cousine que notre militaire avait remarqués pendant le souper, par l'amitié qu'ils paraissaient avoir l'un pour l'autre. Ils entrent tous deux dans la chambre sans parler, prennent chacun une chaise, s'asseyent devant la cheminée, et y placent un fagot qu'ils allument. A la vue de tout ceci, le soldat ouvre de grands yeux, mais ne dit mot. Nos jeunes gens s'approchent l'un de l'autre, et la conversation s'engage.—Eh bien! cousine, il paraît donc décidé que nos parens ne veulent pas nous unir?—Hélas! cousin, il n'estque trop vrai; je sais même qu'ils forment d'autres projets.—Ah! ma chère cousine! si notre grand'mère eut vécu encore quelque temps, elle nous avait promis de décider nos parens à conclure notre mariage.—Oui, sa mort est un grand malheur pour nous. Mais peut-être que du séjour qu'elle habite, elle s'intéressera encore à ses petits enfans. Il faut la prier d'intercéder pour nous auprès de Dieu. Ils s'approchent du lit.—O ma mère! dit la petite cousine avec ferveur, nous implorons votre secours. De ce lit de mort, daignez entendre....—De ce lit de mort! s'écria le soldat en se levant d'auprèsde son froid compagnon!...... car il s'était trompé de chambre, et il était venu se placer auprès de la défunte.....
Persuadés que c'est la grand'mère qui vient de parler, nos jeunes gens se sauvent à toutes jambes, et tombent dans l'escalier en criant miséricorde. Les parens qui étaient encore à table, accourent avec de la lumière: la cousine raconte comment, allant avec son cousin pour dire des prières auprès de la grand'maman, ils l'ont vue se lever de son lit, et qu'elle leur a parlé d'une voix formidable. Le soldat, mettant la circonstance à profit, paraît tout à coup sur lehaut de l'escalier enveloppé d'un drap: «Faites la volonté de Dieu, dit-il d'un ton de voix qu'il a soin de déguiser; unissez promptement ces deux enfans, ou je viendrai vous tourmenter jusqu'à ce que cela se soit exécuté.»
Les pères et mères promettent aussitôt d'obéir à cet ordre suprême: le mariage est fixé à huit jours; et le militaire, après avoir ainsi fait le bonheur des jeunes gens, n'eut que le regret de ne pouvoir être de la noce.
Cécile.Voilà toute la famille qui demeure persuadée que la grand'mère est revenue.
M. de Forbin.Il y a des histoiresde prétendus revenans dont les causes naturelles sont vraiment singulières et comiques. Le comte de Vordac arrivant à Plaisance en Italie, alla loger dans une hôtellerie, dont l'hôte avait perdu sa mère depuis quelques jours. Le maître du logis ayant envoyé un de ses domestiques pour chercher du linge dans la chambre où elle était morte, ce domestique revint hors d'haleine et criant qu'il avait vu sa maîtresse, qu'elle était revenue se coucher dans son lit. Un autre valet faisant l'intrépide, y alla et revint de même, disant qu'assurément elle était couchée dans son lit. Le maître du logis monta pour s'en assurer;un moment après il descendit précipitamment, et cria en italien aux personnes qui étaient à table: Oui messieurs, j'ai vu ma pauvre mère, mais je n'ai pas eu le courage de lui parler; je vous en conjure, allez-y, et soyez témoins de ce que je dis.
Vordac voyant que personne ne se remuait, prit un flambeau, et adressant la parole à un dominicain qui était de la compagnie, lui dit: Allons, mon père, allons-y ensemble.—Je le veux bien, répondit-il, pourvu que vous passiez le premier. Ils montèrent, ayant chacun un flambeau à la main. Les autres étrangers, et le maître de lamaison à la tête de ses valets, suivirent. Etant entré dans la chambre et ayant tiré les rideaux du lit, Vordac aperçut la figure d'une vieille femme, noire, ridée, assez bien coiffée, qui regardait d'un œil fort assuré, et faisait des grimaces ridicules, comme pour se moquer d'eux, et pour les effrayer. On dit au maître de la maison d'approcher pour voir si c'était sa mère: Ah oui, c'est elle, répondit-il; ah, ma pauvre mère! Les valets crièrent de même que c'était leur maîtresse.
Vordac dit alors au dominicain de parler, puisqu'il était prêtre, et d'interroger la morte. Il lui demanda:qui êtes vous? que voulez-vous? et en même temps il lui jeta de l'eau bénite; mais comme il avait la main tremblante de frayeur, il en répandit plus qu'il n'en fallait. Alors le revenant sortant du lit, se jeta sur le dominicain, qui commença à fuir et à crier de toutes ses forces, de même que tous les autres.
Vordac qui était resté le dernier, vit distinctement que c'était un singe. Cet animal ayant souvent regardé sa maîtresse se coiffer, et ayant ce jour-là trouvé son bonnet et d'autres hardes, il s'était affublé à sa manière, et ensuite s'étaitcouché dans le lit où elle était morte.
Mad.de Verseuil.Vous voyez, mes enfans, qu'il ne tient souvent à rien qu'un fait simplement bizarre ne passe pour une apparition bien authentique. Si ce singe, après avoir été vu par tant de personnes, se fut décoiffé et déshabillé pendant que M. de Vordac montait dans cette chambre, tous ceux qui l'avaient vu auraient soutenu que la maîtresse de l'hôtellerie était revenue.
Ernest.J'ai entendu parler d'une aventure qui n'est peut-être qu'un conte fait à plaisir; la voici: Un jeune officier, venu à Paris dansle temps du carnaval, fit la partie d'aller au bal, et se déguisa en diable. Il s'en revint chez lui un peu avant le jour, et frappa à coups redoublés à sa porte, parce qu'il faisait grand froid. Une servante de son auberge vint enfin lui ouvrir à moitié endormie; mais dès qu'elle l'apperçut, elle referma au plus vite la porte, et s'enfuit épouvantée.
L'officier, las de frapper inutilement, et mourant de froid, prit le parti de chercher gîte ailleurs. En marchant le long de la rue, il entrevit de la lumière dans une maison, et pour comble de bonheur la porte n'était pas tout-à-faitfermée. C'est peut-être une auberge, dit-il en lui-même, entrons. Mais que voit-il! un cercueil avec des cierges autour, et un prêtre qui s'était endormi en lisant auprès d'un fort bon brasier. Sans faire aucun bruit, il s'approche du feu, et s'assoupit tranquillement sur une chaise.
Quelque temps après, le prêtre s'éveilla; et apercevant à côté de lui une figure aussi horrible, il se mit à jeter des cris affreux. Le militaire, réveillé en sursaut, prit aussitôt la fuite. Comme il faisait jour, il alla chez le loueur de costume changer d'habit, et retourna ensuite à son auberge. En entranton lui apprit deux nouvelles qui circulaient déjà dans tout le quartier; l'une, que la servante du logis était malade, parce qu'elle avait reçu dans la nuit une visite du diable, et l'autre, qu'un démon était aussi venu dans une maison plus loin pour enlever un mort: ce dernier bruit parut d'autant mieux fondé à certaines personnes, que le défunt avait été procureur.
Mad.de Verseuil.Sans doute cette histoire n'est qu'une plaisanterie; mais M. l'abbé Lenglet-Dufresnoy rapporte qu'un homme distingué par sa naissance et par ses richesses, étant mort dans une ville d'Espagne, son corps futtransporté dans l'église d'un monastère, pour y être inhumé avec les cérémonies ordinaires. Il y avait alors dans la même ville une femme qui avait perdu l'esprit; se trouvant le soir près de l'église de ce monastère, elle y entra et se cacha de manière qu'on ferma toutes les portes sans l'apercevoir. La nuit elle alla se placer dessous le cerceuil, sur l'estrade recouverte d'un tapis, et s'y endormit jusqu'au moment où les moines se rendirent au chœur pour chanter matines. Cette folle étant éveillée, se mit à chanter aussi et à frapper sur l'estrade. Vous jugez de la peur qu'elle fit aux moines! Ils se sauvèrent sans achever l'office.
Ce ne fut pas sans trembler que le sacristain alla le matin ouvrir les portes de l'église. Quelques personnes entrèrent et sortirent; et la folle qui s'était retirée dans un coin sortit comme les autres sans rien dire. Les moines rassurés par la clarté du jour et par les personnes qui se trouvaient dans leur église, furent visiter le cercueil, où ils n'aperçurent rien de dérangé. On ne put s'empêcher de croire dans la ville que l'âme du mort était revenue dans cette église, puisque toute la communauté l'affirmait.
Mais au bout de deux mois, le mystère de cette apparition fut découvert par la folle elle-même. Elle vit passer dans une place quelques-unsde ces religieux, alors elle se mit à crier: moines, moines, ne vous ai-je pas fait une belle peur? Les religieux s'approchèrent pour savoir ce qu'elle voulait dire; elle leur avoua que c'était elle qui, s'étant placée dessous le cercueil, les avait si fort alarmés pendant les matines.
Sans cette découverte, toute la communanté aurait été persuadée qu'elle avait entendu un revenant, et aurait continué d'être crue sur son témoignage. Toutes les aventures de ce genre ont leur source dans quelques surprises, et ne sont considérées comme des effets surnaturels, que parce qu'on enignore l'intrigue ou le dénouement.
Cécile.Oh! maman, nous voilà bien persuadés qu'il n'y a point de revenans, et que tous les fantômes possibles n'existent, que dans l'imagination effrayée qui les produit.
Albert.Je suis bien décidé; si je vois ou entends quelque chose d'extraordinaire, d'examiner soigneusement ce que cela peut être.
Victor.Et moi, je promets de ne pas me laisser davantage maîtriser par la peur.
M. de Verseuil.Bien, mes enfans, embrassez-moi; et songez toujours à ce que vous me promettez en ce moment.
M. le Curé.Puisque cela estainsi, je puis donc faire paraître mon spectre.
Les Enfans.Ah! M. le Curé, nous vous en prions.
M. le Curé.Eh bien! lequel d'entre vous aura assez de hardiesse pour aller, sans lumière, chercher une clef que l'on trouvera sur la cheminée de la salle des portraits?—Moi, moi, moi, s'écrièrent à la fois les petits intrépides.—La bonne volonté de Cécile me suffit, dit M. le Curé; je vais charger Albert de ce message. Albert partit aussitôt, et revint quelques instans après, tenant la clef dans sa main.—C'est très-bien, dit M. le Curé: il faut maintenant que Victor ailleégalement sans lumière porter cette clef au concierge Gérard. Victor prit la clef, et revint au bout de quelques instans, annonçant qu'il lui était arrivé une aventure.—Que t'est-il donc arrivé, demanda M. de Forbin?—J'avais remis la clef à Gérard, reprit Victor; et après avoir traversé la cour, je rentrais sous le vestibule. Je sens qu'on me saisit par les épaules, et on me secoue fortement. Hier, je me serais mis à crier de toutes mes forces qu'on vint à mon secours; mais surmontant toute crainte, je me retournai promptement et me saisis, devinez de qui? de Turc, le chien de la cour qui m'attaquait ainsi. Je lui fis quelques caresses,nous nous quittâmes les meilleurs amis du monde, et me voici.
Il m'est aussi arrivé un petit événement en allant à la salle des portraits, dit Albert; j'arrive, j'ouvre la porte, je cherche à tâton la cheminée; à peine avais-je mis la main sur la clef, qu'une voix me crie: Qui est-là? Bien certainement, hier je me serais sauvé ou évanoui. Mon cœur battait je l'avoue; mais rappelant mon courage, je répondis: C'est Albert; et j'ajoutai: Qui me fait cette question? C'est La Pierre, me dit-on; comment! vous ne reconnaissez pas sa voix? En effet, c'était le domestique de mon oncle qui se trouvait dans la chambre à côté;il m'offrit de m'éclairer; mais je le remerciai, voulant terminer mon message comme il avait été convenu.
Bien, mes enfans, dit M. de Verseuil; vous venez de faire une action fort simple; mais je ne dois pas moins vous complimenter, parce que c'est une victoire que vous remportez sur vous-mêmes, en allant ainsi seuls et sans lumière par toute la maison. J'espère que vous voilà aguerris pour toujours.
Un bruit se fit entendre à la porte comme de quelque chose que l'on y déposait lourdement.—Voilà mon spectre arrivé, dit M. le Curé; attendez-vous à voir la mort même en personne. Il ouvrit laporte, et l'on aperçut dans une espèce de boîte carrée d'environ six pieds de haut, un squelette entier.—Vous voyez mon ouvrage, continua M. le Curé; j'ai voulu connaître l'anatomie du corps humain, et j'ai conservé ce squelette comme le fruit de mes études.
Cécile.Ah! mon Dieu! Cette tête et tous ces ossemens sont réellement ceux d'une personne qui a été vivante?
M. le Curé.Oui, vraiment. J'ai quelquefois prêté ce squelette à des étudians; hors cela, il est constamment dans ma chambre, la nuit et le jour, et je vous proteste que jamais il n'a seulement remué. Pour notre âme, croyezqu'une fois dégagée de ses liens terrestres et placée dans le séjour que lui ont mérité ses bonnes ou mauvaises actions, elle n'a plus de rapports avec la terre ni ses habitans.
L'Officier.J'ai connu un chirurgien hollandais qui s'était fixé à Moscou. Cet homme avait beaucoup de goût pour la musique et il jouait du luth assez passablement. Un jour plusieurs strelitz, en passant près de sa demeure, s'arrêtèrent à sa porte pour l'entendre. Un d'eux, plus curieux, ayant aperçu dans la chambre un squelette qui était agité par le vent de la fenêtre, fut si effrayé, qu'il prit aussitôt la fuite, en criant que cette maison était habitée par unsorcier. Les autres strelitz, qui partagèrent la frayeur de leur camarade, répandirent dans le public que ce sorcier faisait danser les morts au son du luth.
Le czar et le patriarche nommèrent trois personnes pour vérifier le fait; on assembla ensuite le conseil, et le chirurgien fut condamné à être brûlé vif avec son squelette.
Heureusement un seigneur, plus instruit que le conseil, représenta au czar que, dans le pays où la chirurgie avait fait des progrès, on avait des squelettes sur lesquels on étudiait la composition du corps humain; il fit sentir par-là combien il était atroce et ridicule de condamnerau feu un chirurgien, pour avoir eu chez lui un squelette.
Sur cette sage représentation, l'infortuné hollandais aurait sans doute dû être déclaré innocent, peut-être même récompensé par le czar; mais la seule grâce que le seigneur russe put obtenir, ce fut de faire commuer la peine du feu en celle d'un bannissement perpétuel. Le squelette, qui avait été regardé comme complice du crime prétendu du chirurgien, fut condamné à subir les peines qui avaient été prononcées contre celui-ci; il fut traîné dans la place publique, et ensuite brûlé.
M. de Verseuil.Vous voyezce que produisent l'ignorance et la crédulité.
Les enfans s'étaient approchés du squelette; ils examinaient toutes ses différentes parties. Il n'y avait pas jusqu'à Gertrude qui osât le regarder de sa place. Monsieur et Madame de Verseuil félicitèrent de nouveau leurs enfans de ce qu'ils se montraient assez raisonnables pour n'avoir plus de vaines frayeurs; et ils changèrent leur surnom depetits peureuxen celui depetits intrépides.
FOOTNOTES:[1]Il n'est pas sûr que cette seconde aventure que l'on attribue à Turenne lui soit arrivée; mais la leçon qui en résulte n'en est pas moins utile: c'est la raison qui m'engage à faire ce récit.
[1]Il n'est pas sûr que cette seconde aventure que l'on attribue à Turenne lui soit arrivée; mais la leçon qui en résulte n'en est pas moins utile: c'est la raison qui m'engage à faire ce récit.
[1]Il n'est pas sûr que cette seconde aventure que l'on attribue à Turenne lui soit arrivée; mais la leçon qui en résulte n'en est pas moins utile: c'est la raison qui m'engage à faire ce récit.
SAINT-QUENTIN.
IMPRIMERIE DE MOUREAU FILS.