[Illustration]AMONSEIGNEURMESSIRE NICOLASBRULART SEIGNEURde Sillery, Chancelier deFrance & de Navarre.ONSEIGNEUR,Les Muses de la NOUVELLE-FRANCE ayans passé d’un autre monde à cetui-ci, aujourd’hui se presentent à voz piés en esperance de recevoir quelque mon accueil de vous, qui estant le Pere de celles qui resident sur le Parnassse de nôtre France Gaulloise & Orientale, desirent aussi que de cette méme affection une flamme forte, qui les environne & reçoive en sa tutele. Que si elles sont mal peignées, & rustiquement vetuës; considerez, Monseigneur, le païs d’où elles viennent, incult, herissé de foréts, & habité de peuples vagabons, vivans de chasse, aymans la guerre, méprisans les delicatesse, non civilisés, & en un mot qu’on appelle Sauvages: & attribués à la communication qu’elles ont euë avec eux, & aux flots de la mer, leur defaut: je veux dire si elles ne sont en si bonne conche & en bon point comme celles qui ont accoutumé de se presenter à vous. Elles sont encore pour le present semblables à ces poissons qui sont appelés Abramides en la Pécherie d’Oppian, lesquels sans demeure certaine changent perpetuellement de place, se trouvans bien en toute sorte de terre, au contraire de plusieurs qui ne peuvent vivre qu’en un lieu. Poissons vrayment figure du peuple Hebrieu, & de la vie de ce monde, soit qu’on les prenne par leur nom, soit que l’on considere leur façon de vivre, toujours étrangers, conduits par la providence de celui qui les a creés, ainsi que le grand Abraham pere des croyans, duquel non sans cause ilz portent le nom. Mais s’il arrive, Monseigneur, que par vôtre faveur, assistance, & support, elles soient un jour arretées és montagnes du Port Royal & ruisseaux qui en decoulent, & ayent le moyen de se rendre plus civiles, & mieux venantes à la cadence des fredons d’Apollon: ainsi qu’aux premiers temps és solennitez publiques & sainctes on dansoit & chantoit des hymnes & cantiques, tant de vive voix, que sur tous instrumens de Musique à l’honneur du vray Dieu: De mémes elles feront souz vos auspices maintes fétes solennelles, ou vôtre nom sera exalté, & en leurs chansons rememorez les bien-faits de celui, qui apres avoir bien merité de son Roy, de sa patrie, & de toute la Chrétienté, aura encore pris un soin non indigne d’un Chancelier de France, qui sera d’aider à l’etablissement des Muses en la France Nouvelle, trans-marine, & Occidentale, pour la conversion des peuples infideles.Vôtre tres-humble &tres-obeissant serviteurMARC LESCARBOTVervinois
[Illustration]
ONSEIGNEUR,
Les Muses de la NOUVELLE-FRANCE ayans passé d’un autre monde à cetui-ci, aujourd’hui se presentent à voz piés en esperance de recevoir quelque mon accueil de vous, qui estant le Pere de celles qui resident sur le Parnassse de nôtre France Gaulloise & Orientale, desirent aussi que de cette méme affection une flamme forte, qui les environne & reçoive en sa tutele. Que si elles sont mal peignées, & rustiquement vetuës; considerez, Monseigneur, le païs d’où elles viennent, incult, herissé de foréts, & habité de peuples vagabons, vivans de chasse, aymans la guerre, méprisans les delicatesse, non civilisés, & en un mot qu’on appelle Sauvages: & attribués à la communication qu’elles ont euë avec eux, & aux flots de la mer, leur defaut: je veux dire si elles ne sont en si bonne conche & en bon point comme celles qui ont accoutumé de se presenter à vous. Elles sont encore pour le present semblables à ces poissons qui sont appelés Abramides en la Pécherie d’Oppian, lesquels sans demeure certaine changent perpetuellement de place, se trouvans bien en toute sorte de terre, au contraire de plusieurs qui ne peuvent vivre qu’en un lieu. Poissons vrayment figure du peuple Hebrieu, & de la vie de ce monde, soit qu’on les prenne par leur nom, soit que l’on considere leur façon de vivre, toujours étrangers, conduits par la providence de celui qui les a creés, ainsi que le grand Abraham pere des croyans, duquel non sans cause ilz portent le nom. Mais s’il arrive, Monseigneur, que par vôtre faveur, assistance, & support, elles soient un jour arretées és montagnes du Port Royal & ruisseaux qui en decoulent, & ayent le moyen de se rendre plus civiles, & mieux venantes à la cadence des fredons d’Apollon: ainsi qu’aux premiers temps és solennitez publiques & sainctes on dansoit & chantoit des hymnes & cantiques, tant de vive voix, que sur tous instrumens de Musique à l’honneur du vray Dieu: De mémes elles feront souz vos auspices maintes fétes solennelles, ou vôtre nom sera exalté, & en leurs chansons rememorez les bien-faits de celui, qui apres avoir bien merité de son Roy, de sa patrie, & de toute la Chrétienté, aura encore pris un soin non indigne d’un Chancelier de France, qui sera d’aider à l’etablissement des Muses en la France Nouvelle, trans-marine, & Occidentale, pour la conversion des peuples infideles.
Vôtre tres-humble &tres-obeissant serviteurMARC LESCARBOTVervinois