[Illustration]LE THEATREDE NEPTUNE EN LANOUVELLE-FRANCERepresenté sur les flots du Port Royal le quatorzieme de Novembre mille six cens six, au retour du Sieur de Poutrincourt du païs des Armouchiquois.Neptune commence revetu d’un voile de couleur bleuë, & de brodequins, ayant la chevelure & la barbe longues & chenuës, tenant son Trident en main, assis sur son chariot paré de ses couleurs: ledit chariot trainé sur les ondes par six Tritons jusques à l’abord de la chaloupe où s’estoit mis ledit Sieur de Poutrincourt & ses gens sortant de la barque pour venir à terre. Lors la dite chaloupe accrochée, Neptune commence ainsi.NEPTUNE.RRETE, Sagamos, arrete toy ici,Et regardes un Dieu qui a de toy souci.Si tu ne me connois, Saturne fut mon pereJe suis de Jupiter & de Pluton le frereEntre nous trois jadis fut parti l’univers,Jupiter eut le ciel, Pluton eut les Enfers,Et moy plus hazardeux eu la mer en partage,Et le gouvernement de ce moite heritage.NEPTUNE c’est mon nom, Neptune l’un des DieuxQui a plus de pouvoir souz la voute des cieux.Si l’homme veut avoir une heureuse fortuneIl lui faut implorer le secours de NeptuneCar celui qui chez soy demeure cazanierMerite seulement le nom de cuisinier.Je fay que le Flameng en peu de temps chemineAussi-tot que le vent jusque dedans la Chine.Je say que l’homme peut, porté dessus mes eaux,D’un autre pole voir les inconnuz flambeaux,Et les bornes franchir de la Zone torride,Où bouillonnent les flots de l’element liquide.Sans moy le Roy François d’un superbe elephantN’eust du Persan receu le present triumphant:Et encores sans moy onc les François gendarmesEs terres du Levant n’eussent planté leurs armes.Sans moy le Portugais hazardeux sur mes flotsSans renom croupiroit dans ses rives enclos,Et n’auroit enlevé les beautez de l’AuroreQue le monde insensé folatrement adore.Bref sans moly le marchant, pilote, marinierSeroit en sa maison comme dans un panierSans à-peine pouvoir sortir de sa province.Un Prince ne pourroit secourir l’autre PrinceQue j’auroy separé de mes profondes eaux.Et toy même sans moy apres tant d’actes beauxQue tu as exploités en la Françoise guerre,N’eusses eu le plaisir d’aborder cette terre.C’est moy qui sur mon dos ay tes vaisseaux portéQuand de me visiter tu as eu volontéEt nagueres encor c’est moy que de la ParqueAy cent fois garenti toy, les tiens& ta barque.Ainsi je veux toujours seconder tes desseins,Ainsi je ne veux point que tes effortz soient vains,Puis que si constamment tu as eu le courage,De venir si loin rechercher ce rivage,Pour établir ici un Royaume François,Et y faire garder mes statuts & mes loix.Par mon sacré Trident, par mon sceptre je jureQue de favoriser ton projet j’auray cure,Et oncques je n’auray en moy-méme reposQu’en tout cet environ je ne voye mes flotsAhanner souz le faix de dix milles navires.Que facent d’un clin d’oeil tout ce que tu desires.Va donc heureusement, & poursui ton cheminOù le sort te conduit: car je voy le destinPreparer à la France un florissant EmpireEn ce monde nouveau, qui bien loin fera bruireLe renom immortel de De Monts & de toySouz le regne puissant de HENRY vôtre Roy.Neptune ayant achevé, une trompete commence à éclater hautement & encourager les Tritons à faire de méme. Ce pendant le sieur de Poutrincourt tenoit son epée en main, laquelle il ne remit point au fourreau jusques à ce que les Tritons eurent prononcé comme s’ensuit.PREMIER TRITON.Tu peux (grand Sagamos) tu peux te dire heureuxPuis qu’un Dieu te promet favorable assistanceEn l’affaire important que d’un coeur vigoureuxHardi tu entreprens, forçant la violenceD’Æole, qui toujours inconstant & leger,Tantot adesquidés (ami), tantot poussé d’envie,Veut te precipiter, & les tiens au danger.Neptune est un grand Dieu, qui cette jalousieFera comme fumee en l’air évanouïr:Et nous ses postillons, malgré l’effort d’Æole,Ferons toutes parts de ton courage ouïrLe renom, qui des-ja en toutes terres vole.DEUXIEME TRITON.Si Jupiter est Roy és cieuxPour gouverner ça bas les hommes,Neptune aussi l’est en ces lieuxPour méme effect; & nous qui sommes,Ses suppos, avons grand desirDe voir le temps & la journéeQu’ayes de tes travaux plaisirApres ta course terminée,Afin qu’en ces côtes iciBien-tot retentisse la gloireDu puissant Neptune: & qu’ainsiTu eternises ta memoire.TROISIEME TRITON.France, tu as occasionDe louer la devotionDe tes enfans dont le courageSe montre plus grand en cet ageQu’il ne fit onc és siecles vieux,Estans ardemment curieuxDe faire éclater tes louangesJusques aux peuples plus étranges,Et graver ton los immortelMéme souz ce monde mortel.Ayde doncques & favoriseUne si louable entreprise,Neptune s’offre à ton secoursQui les tiens maintiendra toujoursContre toute l’humaine force,Si quelqu’un contre toy s’efforce.Il ne faut jamais rejetterLe bien qu’un Dieu nous veut preter.QUATRIEME TRITON.Celui qui point ne se hazardeMontre qu’il a l’ame coüardeMais celui qui d’un brave coeurMeprise des flots la fureurPour un sujet rempli de gloireFait à chacun aisément croireQue de courage & de vertu,Il est tout ceint & revetu,Et qu’il ne veut que le silenceTienne son nom en oubliance.Ainsi ton nom (grand Sagamos)Retentira dessus les flotsD’or-en-vant, quand dessus l’ondeTu decouvres ce nouveau monde,Et y plantes le nom François,Et la Majesté de tes Rois.CINQUIEME TRITON.Un Gascon prononça ces vers à peu prés en sa langue.Sabets aquo que volio diro,Aqueste Neptune bieillartL’autre jou faisio des bragart,Et comme un bergalant se miro.N’agaires que faisio l’amou,Et baisavo une jeune hilloQu’ero plan polide & gentillo,Et la cerquavo quadejou.Bezets, ne vous fizets pas tropEn aquels gens de barbos grisos,Car en aqueles entreprisosEls ban lou trot & lou galop.SIXIEME TRITON.Vive HENRY le grand Roy des FrançoisQui maintenant fait vivre souz ses loixLes nations de sa Nouvelle-France,Et souz lequel nous avons esperanceDe voir bien-tot Neptune reveréAutant ici qu’onq’ il fut honoréPar ses sujets sur le Gaullois rivage,Et en tus lieux où le brave courageDe leur ayeuls jadis les a porté.Neptune aussi fera de son côtéQue leurs neveux s’employans sans feintiseA l’ornement de leur belle entrepriseTous leurs desseins il favorisera,Et prosperer sur ses eaux il fera.Cela fait, Neptune s’équarte un petit pour faire place à un canot, dans lequel estoient quatre Sauvages, qui s’approcherent apportans chacun un present audit sieur de Poutrincourt.PREMIER SAUVAGE.Le premier Sauvage offre un quartier d’Ellan ou Orignac, disant ainsi:De la part des peuples sauvagesQui environnent ces païsNous venons rendre les homagesDuez aux sacrées Fleur-de-lisEs mains de toy, qui de ton PrinceRepresentes la Majesté,Attendans que cette provinceFaces florir en pieté,En moeurs civils, & toute choseQui sert à l’établissementDe ce qui est beau, & reposeEn un Royal gouvernement,Sagamos, si en nos servicesTu as quelque devotion,A toy en faisons sacrificesEt à ta generation.Noz moyens sont un peu de chasseQue d’un coeur entier nous t’offrons,Et vivre toujours en ta graceC’est tout ce que nous desirons.DEUXIEME SAUVAGE.Le deuxiesme Sauvage tenant son arc & sa fleche en main, donne pour son present des peaux de Castors, disant:Voici la main, l’arc, & la flecheQui ont fait la mortele brecheEn l’animal de qui la peauPourra servir d’un bon manteau(Grand Sagamos) à ta hautesse.Reçoy donc de ma petitesseCette offrande qu’à ta grandeurJ’offre du meilleur de mon coeur.TROISIEME SAUVAGE.Le troisieme Sauvage offre desMatachiaz, c’est à dire, echarpes, & brasselets faits de la main de sa maitresse, disant:Ce n’est seulement en FranceQue commande CupidonMais en la Nouvelle-France,Comme entre vous, son brandonS’allume; & de ses flammesIl rotit noz pauvres ames,Et fait planter le bourdon.Ma maitresse ayant nouvelleQue tu devois arriver,M’a dit que pour l’amour d’elleJ’eusse à te venir trouver,Et qu’offrande je te fisseDe ce petit exerciceQue sa main à sceu ouvrer.Reçoy doncques d’allegresseCe present que je t’adresseTout rempli de gentillessePour l’amour de ma maitresseQui est ores en detresseEt n’aura point de liesseSi d’une prompte vitesseJe ne lui di la caresseQue m’aura fait ta hautesse.QUATRIEME SAUVAGELe quatrième Sauvage n’ayant heureusement chassé par les bois, se presente avec un harpon en main, & apres ses excuses faites, dit qui s’en va à la pèche.SAGAMOS, pardonne moySi je viens en telle sorte,Si me presentant à toyQuelque present je n’apporte.Fortune n’est pas toujoursAux bons chasseurs favorables,C’est pourquoy ayant recoursA un maitre plus traitable,Apres avoir maintefoisInvoqué cette FortuneBrossant par l’epée des bois,Je m’en vay suivre Neptune,Que Diane en ses forétsCeux qu’elle voudra caresse,Je n’ay que trop de regretsD’avoir perdu ma jeunesseA la suivre par les vaux,Avecque mille travaux,Souz des esperances vaines.Maintenant je m’en vay voirPar cette côte marineSi je pourray point avoirDequoy fournir ta cuisine:Et cependant si tu asQuelque part en ta chaloupeUn peu de caradonas, (pain)Fournis-en moy & ma troupe.Apres que Neptune eut esté remercié par le sieur de Poutrincourt de ses offres au bien de la France, les Sauvages le furent semblablement de leur bonne volonté & devotion, & invitez de venir au fort Royal prendre ducaracona. A l’instant la troupe de Neptune chante en Musique à quatre parties ce qui s’ensuit.Vray Neptune donne nousContre tes flots asseurance,Et fay que nous puissions tousUn jour nous revoir en France.La musique achevée, la trompete sonne derechef, & chacun prent sa route diversement: les Canons bourdonnent de toutes parts, & semble à ce tonnerre que Proserpine soit en travail d’enfant: ceci causé par la multiplicité des Echoz que les côtaux s’envoient les uns aux autres, lesquels durent plus d’un quart d’heure.Le sieur de Poutrincourt arrivé prés du Fort Royal, un compagnon de gaillarde humeur qui l’attendoit de pié ferme, dit ce qui s’ensuit:Apres avoir long temps (Sagamos) desiréTon retour en ce lieu, en fin le ciel iréA eu pitié de nous, & nous montrant ta face,Il nous a fait paroitre une incroyable grace.Sus doncques, rotisseurs, depensiers, cuisiniers,Marmitons, patissiers, fricasseurs, taverniers,Mettez dessus dessouz pots & plats & cuisine,Qu’on baille à ces gens ci chacun sa quarte pleine,Je les voy alterez sicut terra sine aqua.Garson depeche toy, baille à chacun son K.Cuisiniers, ces canars sont ils point à la broche?Qu’on tuë ces poulets, que cette oye on embroche,Voici venir à nous force bons compagnonsAutant deliberez des dents que des roignons.Entrez dedans Messieurs, pour votre bien-venuë,Qu’avant boire chacun hautement éternuë,A fin de decharger toutes froides humeursEt remplir voz cerveaux de plus douces vapeurs.Je prie le Lecteur excuser si ces rhimes ne sont si bien limées que les homme delicats pourroient desirer. Elles ont esté faites à la hate. Mais neantmoins je les ay voulu inserer ici, tant pour ce que’elles servent à nôtre Histoire, que pour montrer que nous vivions joyeusement. Le surplus de cette action se peut voir à la fin du chap. 16, liv. 4 de mon Histoire de la Nouvelle France.
[Illustration]
NOUVELLE-FRANCE
Representé sur les flots du Port Royal le quatorzieme de Novembre mille six cens six, au retour du Sieur de Poutrincourt du païs des Armouchiquois.
Neptune commence revetu d’un voile de couleur bleuë, & de brodequins, ayant la chevelure & la barbe longues & chenuës, tenant son Trident en main, assis sur son chariot paré de ses couleurs: ledit chariot trainé sur les ondes par six Tritons jusques à l’abord de la chaloupe où s’estoit mis ledit Sieur de Poutrincourt & ses gens sortant de la barque pour venir à terre. Lors la dite chaloupe accrochée, Neptune commence ainsi.
NEPTUNE.
RRETE, Sagamos, arrete toy ici,Et regardes un Dieu qui a de toy souci.Si tu ne me connois, Saturne fut mon pereJe suis de Jupiter & de Pluton le frereEntre nous trois jadis fut parti l’univers,Jupiter eut le ciel, Pluton eut les Enfers,Et moy plus hazardeux eu la mer en partage,Et le gouvernement de ce moite heritage.NEPTUNE c’est mon nom, Neptune l’un des DieuxQui a plus de pouvoir souz la voute des cieux.Si l’homme veut avoir une heureuse fortuneIl lui faut implorer le secours de NeptuneCar celui qui chez soy demeure cazanierMerite seulement le nom de cuisinier.Je fay que le Flameng en peu de temps chemineAussi-tot que le vent jusque dedans la Chine.Je say que l’homme peut, porté dessus mes eaux,D’un autre pole voir les inconnuz flambeaux,Et les bornes franchir de la Zone torride,Où bouillonnent les flots de l’element liquide.Sans moy le Roy François d’un superbe elephantN’eust du Persan receu le present triumphant:Et encores sans moy onc les François gendarmesEs terres du Levant n’eussent planté leurs armes.Sans moy le Portugais hazardeux sur mes flotsSans renom croupiroit dans ses rives enclos,Et n’auroit enlevé les beautez de l’AuroreQue le monde insensé folatrement adore.Bref sans moly le marchant, pilote, marinierSeroit en sa maison comme dans un panierSans à-peine pouvoir sortir de sa province.Un Prince ne pourroit secourir l’autre PrinceQue j’auroy separé de mes profondes eaux.Et toy même sans moy apres tant d’actes beauxQue tu as exploités en la Françoise guerre,N’eusses eu le plaisir d’aborder cette terre.C’est moy qui sur mon dos ay tes vaisseaux portéQuand de me visiter tu as eu volontéEt nagueres encor c’est moy que de la ParqueAy cent fois garenti toy, les tiens& ta barque.Ainsi je veux toujours seconder tes desseins,Ainsi je ne veux point que tes effortz soient vains,Puis que si constamment tu as eu le courage,De venir si loin rechercher ce rivage,Pour établir ici un Royaume François,Et y faire garder mes statuts & mes loix.Par mon sacré Trident, par mon sceptre je jureQue de favoriser ton projet j’auray cure,Et oncques je n’auray en moy-méme reposQu’en tout cet environ je ne voye mes flotsAhanner souz le faix de dix milles navires.Que facent d’un clin d’oeil tout ce que tu desires.Va donc heureusement, & poursui ton cheminOù le sort te conduit: car je voy le destinPreparer à la France un florissant EmpireEn ce monde nouveau, qui bien loin fera bruireLe renom immortel de De Monts & de toySouz le regne puissant de HENRY vôtre Roy.
RRETE, Sagamos, arrete toy ici,Et regardes un Dieu qui a de toy souci.Si tu ne me connois, Saturne fut mon pereJe suis de Jupiter & de Pluton le frereEntre nous trois jadis fut parti l’univers,Jupiter eut le ciel, Pluton eut les Enfers,Et moy plus hazardeux eu la mer en partage,Et le gouvernement de ce moite heritage.NEPTUNE c’est mon nom, Neptune l’un des DieuxQui a plus de pouvoir souz la voute des cieux.Si l’homme veut avoir une heureuse fortuneIl lui faut implorer le secours de NeptuneCar celui qui chez soy demeure cazanierMerite seulement le nom de cuisinier.Je fay que le Flameng en peu de temps chemineAussi-tot que le vent jusque dedans la Chine.Je say que l’homme peut, porté dessus mes eaux,D’un autre pole voir les inconnuz flambeaux,Et les bornes franchir de la Zone torride,Où bouillonnent les flots de l’element liquide.Sans moy le Roy François d’un superbe elephantN’eust du Persan receu le present triumphant:Et encores sans moy onc les François gendarmesEs terres du Levant n’eussent planté leurs armes.Sans moy le Portugais hazardeux sur mes flotsSans renom croupiroit dans ses rives enclos,Et n’auroit enlevé les beautez de l’AuroreQue le monde insensé folatrement adore.Bref sans moly le marchant, pilote, marinierSeroit en sa maison comme dans un panierSans à-peine pouvoir sortir de sa province.Un Prince ne pourroit secourir l’autre PrinceQue j’auroy separé de mes profondes eaux.Et toy même sans moy apres tant d’actes beauxQue tu as exploités en la Françoise guerre,N’eusses eu le plaisir d’aborder cette terre.C’est moy qui sur mon dos ay tes vaisseaux portéQuand de me visiter tu as eu volontéEt nagueres encor c’est moy que de la ParqueAy cent fois garenti toy, les tiens& ta barque.Ainsi je veux toujours seconder tes desseins,Ainsi je ne veux point que tes effortz soient vains,Puis que si constamment tu as eu le courage,De venir si loin rechercher ce rivage,Pour établir ici un Royaume François,Et y faire garder mes statuts & mes loix.Par mon sacré Trident, par mon sceptre je jureQue de favoriser ton projet j’auray cure,Et oncques je n’auray en moy-méme reposQu’en tout cet environ je ne voye mes flotsAhanner souz le faix de dix milles navires.Que facent d’un clin d’oeil tout ce que tu desires.Va donc heureusement, & poursui ton cheminOù le sort te conduit: car je voy le destinPreparer à la France un florissant EmpireEn ce monde nouveau, qui bien loin fera bruireLe renom immortel de De Monts & de toySouz le regne puissant de HENRY vôtre Roy.
Neptune ayant achevé, une trompete commence à éclater hautement & encourager les Tritons à faire de méme. Ce pendant le sieur de Poutrincourt tenoit son epée en main, laquelle il ne remit point au fourreau jusques à ce que les Tritons eurent prononcé comme s’ensuit.
PREMIER TRITON.
Tu peux (grand Sagamos) tu peux te dire heureuxPuis qu’un Dieu te promet favorable assistanceEn l’affaire important que d’un coeur vigoureuxHardi tu entreprens, forçant la violenceD’Æole, qui toujours inconstant & leger,Tantot adesquidés (ami), tantot poussé d’envie,Veut te precipiter, & les tiens au danger.Neptune est un grand Dieu, qui cette jalousieFera comme fumee en l’air évanouïr:Et nous ses postillons, malgré l’effort d’Æole,Ferons toutes parts de ton courage ouïrLe renom, qui des-ja en toutes terres vole.
Tu peux (grand Sagamos) tu peux te dire heureuxPuis qu’un Dieu te promet favorable assistanceEn l’affaire important que d’un coeur vigoureuxHardi tu entreprens, forçant la violenceD’Æole, qui toujours inconstant & leger,Tantot adesquidés (ami), tantot poussé d’envie,Veut te precipiter, & les tiens au danger.Neptune est un grand Dieu, qui cette jalousieFera comme fumee en l’air évanouïr:Et nous ses postillons, malgré l’effort d’Æole,Ferons toutes parts de ton courage ouïrLe renom, qui des-ja en toutes terres vole.
DEUXIEME TRITON.
Si Jupiter est Roy és cieuxPour gouverner ça bas les hommes,Neptune aussi l’est en ces lieuxPour méme effect; & nous qui sommes,Ses suppos, avons grand desirDe voir le temps & la journéeQu’ayes de tes travaux plaisirApres ta course terminée,Afin qu’en ces côtes iciBien-tot retentisse la gloireDu puissant Neptune: & qu’ainsiTu eternises ta memoire.
Si Jupiter est Roy és cieuxPour gouverner ça bas les hommes,Neptune aussi l’est en ces lieuxPour méme effect; & nous qui sommes,Ses suppos, avons grand desirDe voir le temps & la journéeQu’ayes de tes travaux plaisirApres ta course terminée,Afin qu’en ces côtes iciBien-tot retentisse la gloireDu puissant Neptune: & qu’ainsiTu eternises ta memoire.
TROISIEME TRITON.
France, tu as occasionDe louer la devotionDe tes enfans dont le courageSe montre plus grand en cet ageQu’il ne fit onc és siecles vieux,Estans ardemment curieuxDe faire éclater tes louangesJusques aux peuples plus étranges,Et graver ton los immortelMéme souz ce monde mortel.Ayde doncques & favoriseUne si louable entreprise,Neptune s’offre à ton secoursQui les tiens maintiendra toujoursContre toute l’humaine force,Si quelqu’un contre toy s’efforce.Il ne faut jamais rejetterLe bien qu’un Dieu nous veut preter.
France, tu as occasionDe louer la devotionDe tes enfans dont le courageSe montre plus grand en cet ageQu’il ne fit onc és siecles vieux,Estans ardemment curieuxDe faire éclater tes louangesJusques aux peuples plus étranges,Et graver ton los immortelMéme souz ce monde mortel.Ayde doncques & favoriseUne si louable entreprise,Neptune s’offre à ton secoursQui les tiens maintiendra toujoursContre toute l’humaine force,Si quelqu’un contre toy s’efforce.Il ne faut jamais rejetterLe bien qu’un Dieu nous veut preter.
QUATRIEME TRITON.
Celui qui point ne se hazardeMontre qu’il a l’ame coüardeMais celui qui d’un brave coeurMeprise des flots la fureurPour un sujet rempli de gloireFait à chacun aisément croireQue de courage & de vertu,Il est tout ceint & revetu,Et qu’il ne veut que le silenceTienne son nom en oubliance.Ainsi ton nom (grand Sagamos)Retentira dessus les flotsD’or-en-vant, quand dessus l’ondeTu decouvres ce nouveau monde,Et y plantes le nom François,Et la Majesté de tes Rois.
Celui qui point ne se hazardeMontre qu’il a l’ame coüardeMais celui qui d’un brave coeurMeprise des flots la fureurPour un sujet rempli de gloireFait à chacun aisément croireQue de courage & de vertu,Il est tout ceint & revetu,Et qu’il ne veut que le silenceTienne son nom en oubliance.Ainsi ton nom (grand Sagamos)Retentira dessus les flotsD’or-en-vant, quand dessus l’ondeTu decouvres ce nouveau monde,Et y plantes le nom François,Et la Majesté de tes Rois.
CINQUIEME TRITON.
Un Gascon prononça ces vers à peu prés en sa langue.
Sabets aquo que volio diro,Aqueste Neptune bieillartL’autre jou faisio des bragart,Et comme un bergalant se miro.N’agaires que faisio l’amou,Et baisavo une jeune hilloQu’ero plan polide & gentillo,Et la cerquavo quadejou.Bezets, ne vous fizets pas tropEn aquels gens de barbos grisos,Car en aqueles entreprisosEls ban lou trot & lou galop.
Sabets aquo que volio diro,Aqueste Neptune bieillartL’autre jou faisio des bragart,Et comme un bergalant se miro.N’agaires que faisio l’amou,Et baisavo une jeune hilloQu’ero plan polide & gentillo,Et la cerquavo quadejou.Bezets, ne vous fizets pas tropEn aquels gens de barbos grisos,Car en aqueles entreprisosEls ban lou trot & lou galop.
SIXIEME TRITON.
Vive HENRY le grand Roy des FrançoisQui maintenant fait vivre souz ses loixLes nations de sa Nouvelle-France,Et souz lequel nous avons esperanceDe voir bien-tot Neptune reveréAutant ici qu’onq’ il fut honoréPar ses sujets sur le Gaullois rivage,Et en tus lieux où le brave courageDe leur ayeuls jadis les a porté.Neptune aussi fera de son côtéQue leurs neveux s’employans sans feintiseA l’ornement de leur belle entrepriseTous leurs desseins il favorisera,Et prosperer sur ses eaux il fera.
Vive HENRY le grand Roy des FrançoisQui maintenant fait vivre souz ses loixLes nations de sa Nouvelle-France,Et souz lequel nous avons esperanceDe voir bien-tot Neptune reveréAutant ici qu’onq’ il fut honoréPar ses sujets sur le Gaullois rivage,Et en tus lieux où le brave courageDe leur ayeuls jadis les a porté.Neptune aussi fera de son côtéQue leurs neveux s’employans sans feintiseA l’ornement de leur belle entrepriseTous leurs desseins il favorisera,Et prosperer sur ses eaux il fera.
Cela fait, Neptune s’équarte un petit pour faire place à un canot, dans lequel estoient quatre Sauvages, qui s’approcherent apportans chacun un present audit sieur de Poutrincourt.
PREMIER SAUVAGE.
Le premier Sauvage offre un quartier d’Ellan ou Orignac, disant ainsi:
De la part des peuples sauvagesQui environnent ces païsNous venons rendre les homagesDuez aux sacrées Fleur-de-lisEs mains de toy, qui de ton PrinceRepresentes la Majesté,Attendans que cette provinceFaces florir en pieté,En moeurs civils, & toute choseQui sert à l’établissementDe ce qui est beau, & reposeEn un Royal gouvernement,Sagamos, si en nos servicesTu as quelque devotion,A toy en faisons sacrificesEt à ta generation.Noz moyens sont un peu de chasseQue d’un coeur entier nous t’offrons,Et vivre toujours en ta graceC’est tout ce que nous desirons.
De la part des peuples sauvagesQui environnent ces païsNous venons rendre les homagesDuez aux sacrées Fleur-de-lisEs mains de toy, qui de ton PrinceRepresentes la Majesté,Attendans que cette provinceFaces florir en pieté,En moeurs civils, & toute choseQui sert à l’établissementDe ce qui est beau, & reposeEn un Royal gouvernement,Sagamos, si en nos servicesTu as quelque devotion,A toy en faisons sacrificesEt à ta generation.Noz moyens sont un peu de chasseQue d’un coeur entier nous t’offrons,Et vivre toujours en ta graceC’est tout ce que nous desirons.
DEUXIEME SAUVAGE.
Le deuxiesme Sauvage tenant son arc & sa fleche en main, donne pour son present des peaux de Castors, disant:
Voici la main, l’arc, & la flecheQui ont fait la mortele brecheEn l’animal de qui la peauPourra servir d’un bon manteau(Grand Sagamos) à ta hautesse.Reçoy donc de ma petitesseCette offrande qu’à ta grandeurJ’offre du meilleur de mon coeur.
Voici la main, l’arc, & la flecheQui ont fait la mortele brecheEn l’animal de qui la peauPourra servir d’un bon manteau(Grand Sagamos) à ta hautesse.Reçoy donc de ma petitesseCette offrande qu’à ta grandeurJ’offre du meilleur de mon coeur.
TROISIEME SAUVAGE.
Le troisieme Sauvage offre desMatachiaz, c’est à dire, echarpes, & brasselets faits de la main de sa maitresse, disant:
Ce n’est seulement en FranceQue commande CupidonMais en la Nouvelle-France,Comme entre vous, son brandonS’allume; & de ses flammesIl rotit noz pauvres ames,Et fait planter le bourdon.Ma maitresse ayant nouvelleQue tu devois arriver,M’a dit que pour l’amour d’elleJ’eusse à te venir trouver,Et qu’offrande je te fisseDe ce petit exerciceQue sa main à sceu ouvrer.Reçoy doncques d’allegresseCe present que je t’adresseTout rempli de gentillessePour l’amour de ma maitresseQui est ores en detresseEt n’aura point de liesseSi d’une prompte vitesseJe ne lui di la caresseQue m’aura fait ta hautesse.
Ce n’est seulement en FranceQue commande CupidonMais en la Nouvelle-France,Comme entre vous, son brandonS’allume; & de ses flammesIl rotit noz pauvres ames,Et fait planter le bourdon.Ma maitresse ayant nouvelleQue tu devois arriver,M’a dit que pour l’amour d’elleJ’eusse à te venir trouver,Et qu’offrande je te fisseDe ce petit exerciceQue sa main à sceu ouvrer.Reçoy doncques d’allegresseCe present que je t’adresseTout rempli de gentillessePour l’amour de ma maitresseQui est ores en detresseEt n’aura point de liesseSi d’une prompte vitesseJe ne lui di la caresseQue m’aura fait ta hautesse.
QUATRIEME SAUVAGE
Le quatrième Sauvage n’ayant heureusement chassé par les bois, se presente avec un harpon en main, & apres ses excuses faites, dit qui s’en va à la pèche.
SAGAMOS, pardonne moySi je viens en telle sorte,Si me presentant à toyQuelque present je n’apporte.Fortune n’est pas toujoursAux bons chasseurs favorables,C’est pourquoy ayant recoursA un maitre plus traitable,Apres avoir maintefoisInvoqué cette FortuneBrossant par l’epée des bois,Je m’en vay suivre Neptune,Que Diane en ses forétsCeux qu’elle voudra caresse,Je n’ay que trop de regretsD’avoir perdu ma jeunesseA la suivre par les vaux,Avecque mille travaux,Souz des esperances vaines.Maintenant je m’en vay voirPar cette côte marineSi je pourray point avoirDequoy fournir ta cuisine:Et cependant si tu asQuelque part en ta chaloupeUn peu de caradonas, (pain)Fournis-en moy & ma troupe.
SAGAMOS, pardonne moySi je viens en telle sorte,Si me presentant à toyQuelque present je n’apporte.Fortune n’est pas toujoursAux bons chasseurs favorables,C’est pourquoy ayant recoursA un maitre plus traitable,Apres avoir maintefoisInvoqué cette FortuneBrossant par l’epée des bois,Je m’en vay suivre Neptune,Que Diane en ses forétsCeux qu’elle voudra caresse,Je n’ay que trop de regretsD’avoir perdu ma jeunesseA la suivre par les vaux,Avecque mille travaux,Souz des esperances vaines.Maintenant je m’en vay voirPar cette côte marineSi je pourray point avoirDequoy fournir ta cuisine:Et cependant si tu asQuelque part en ta chaloupeUn peu de caradonas, (pain)Fournis-en moy & ma troupe.
Apres que Neptune eut esté remercié par le sieur de Poutrincourt de ses offres au bien de la France, les Sauvages le furent semblablement de leur bonne volonté & devotion, & invitez de venir au fort Royal prendre ducaracona. A l’instant la troupe de Neptune chante en Musique à quatre parties ce qui s’ensuit.
Vray Neptune donne nousContre tes flots asseurance,Et fay que nous puissions tousUn jour nous revoir en France.
Vray Neptune donne nousContre tes flots asseurance,Et fay que nous puissions tousUn jour nous revoir en France.
La musique achevée, la trompete sonne derechef, & chacun prent sa route diversement: les Canons bourdonnent de toutes parts, & semble à ce tonnerre que Proserpine soit en travail d’enfant: ceci causé par la multiplicité des Echoz que les côtaux s’envoient les uns aux autres, lesquels durent plus d’un quart d’heure.
Le sieur de Poutrincourt arrivé prés du Fort Royal, un compagnon de gaillarde humeur qui l’attendoit de pié ferme, dit ce qui s’ensuit:
Apres avoir long temps (Sagamos) desiréTon retour en ce lieu, en fin le ciel iréA eu pitié de nous, & nous montrant ta face,Il nous a fait paroitre une incroyable grace.Sus doncques, rotisseurs, depensiers, cuisiniers,Marmitons, patissiers, fricasseurs, taverniers,Mettez dessus dessouz pots & plats & cuisine,Qu’on baille à ces gens ci chacun sa quarte pleine,Je les voy alterez sicut terra sine aqua.Garson depeche toy, baille à chacun son K.Cuisiniers, ces canars sont ils point à la broche?Qu’on tuë ces poulets, que cette oye on embroche,Voici venir à nous force bons compagnonsAutant deliberez des dents que des roignons.Entrez dedans Messieurs, pour votre bien-venuë,Qu’avant boire chacun hautement éternuë,A fin de decharger toutes froides humeursEt remplir voz cerveaux de plus douces vapeurs.
Apres avoir long temps (Sagamos) desiréTon retour en ce lieu, en fin le ciel iréA eu pitié de nous, & nous montrant ta face,Il nous a fait paroitre une incroyable grace.Sus doncques, rotisseurs, depensiers, cuisiniers,Marmitons, patissiers, fricasseurs, taverniers,Mettez dessus dessouz pots & plats & cuisine,Qu’on baille à ces gens ci chacun sa quarte pleine,Je les voy alterez sicut terra sine aqua.Garson depeche toy, baille à chacun son K.Cuisiniers, ces canars sont ils point à la broche?Qu’on tuë ces poulets, que cette oye on embroche,Voici venir à nous force bons compagnonsAutant deliberez des dents que des roignons.Entrez dedans Messieurs, pour votre bien-venuë,Qu’avant boire chacun hautement éternuë,A fin de decharger toutes froides humeursEt remplir voz cerveaux de plus douces vapeurs.
Je prie le Lecteur excuser si ces rhimes ne sont si bien limées que les homme delicats pourroient desirer. Elles ont esté faites à la hate. Mais neantmoins je les ay voulu inserer ici, tant pour ce que’elles servent à nôtre Histoire, que pour montrer que nous vivions joyeusement. Le surplus de cette action se peut voir à la fin du chap. 16, liv. 4 de mon Histoire de la Nouvelle France.