Il n'avait pas été difficile d'obtenir d'Eva et de sa mère qu'elles revinssent passer une quinzaine dans ma villa, d'où l'on sait qu'en peu de temps on peut gagner les grottes d'Isturitz.
La belle enfant était toujours bonne, aussi heureuse de vivre, encore qu'elle eût pu avoir alors quelque sujet de souci, ma tante ayant reçu, deux jours avant leur arrivée, la visite de l'huissier.
Ce n'est point que cette pauvre femme administrât mal sa fortune, mais elle n'en avait point. J'avais gros cœur de cette situation. Je les aidais bien dans quelque mesure, mais pas autant que je l'eusse désiré. J'ai toujours eu un faible pour la Bohême innocente, et ma tante était quelque peu de ce pays.
Quant à sa fille, je l'eusse sans doute épousée si, comme je l'ai expliqué, notre genre d'affection mutuelle, et nos jeux d'enfance qui se continuaient en somme dans les grottes, n'avaient fait d'elle ma sœur et, de moi, son frère.
Mais elle était si jolie que je ne désespérais pas qu'elle sauvât, par un mariage, une situation si obérée. Son alerte démarche de Basquaise, aux pieds pointus, chaussés de blanches sandales, semblait chanter toujours : « Suivez-moi! »
Je m'imaginais très bien de la sorte une descendante immédiate d'Iguskia et d'Ithargia, et je savais qu'elle jouerait à ravir, pour mes fins vengeresses, devant Jacob et Eliézer, son rôle de Robinsonne de la Légende.