NOTES:

NOTES:[1]Un exemple. LeJournal général de la librairieporte environ 570 titres de romans nouveaux pour l'année 1887. Et je mets à part les rééditions et les traductions.[2]On connaît, je pense, les romans de M. Emile Zola: sesContes à Ninon, d'abord, puisLes Rougon-Macquart, avecLa conquête de Plassans,La Curée,Une page d'Amour,L'Assommoir,Nana,L'Œuvre,Germinal, etc., et enfinLa Terre, dont nous parlons surtout ici, et dont la publication était la dernière.[3]Voir leRoman naturalistede M. Brunetière,Le Réalisme et le Naturalismede M. A. David-Sauvageot, et les recueils critiques de M. Zola.[4]Cf. laRevue parisienne. Année 1840.[5]«Dans le train banal de l'existence», comme dit M. Emile Zola.[6]Voir le no1 dela Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg. Première année.[7]Voir aussi les vives et fines impressions de voyage publiées par M. Bonnetain sur l'extrême Orient et réunies sous diverses formes (Au large,L'Opium,Marsouins et mathurins,Au Tonkin).[8]M. Margueritte a publié, depuis que ceci est écrit, un maître roman:Jours d'épreuve.[9]Voir encore de M. Paul Margueritte:Maison ouverte,Mon père, etc. Ce dernier livre n'est pas écrit avec la simplicité qu'on désirerait. Mais M. Margueritte était bien jeune et enfoncé dans l'école.[10]Voirl'Immolation,le Bilatéral,les Corneille, etc., etc.[11]Il y a là-dessus un mot bien terrible de Sophocle et presque impossible à traduire:Πολλοι γαρ ηδη καν ονειρασι βροτωνΜητρι ξυνευνασθησαν...(Polloi gar êdê kan oneirasi brotônMêtri xyneunasthêsan...)(Œdipe-Roi, 966-967.)[12]Et très récemmentSous-offs, aggravation dans l'injure.[13]Ce dernier livre a surtout fait du bruit hors du clan naturaliste. On se reportera à l'article de M. Anatole France dans laVie littéraire(pages 73 et suiv.): «M. Abel Hermant reconnaîtra un jour qu'il a, sans le vouloir, offensé un des sentiments qui nous tiennent le plus au cœur. Il reconnaîtra qu'il est injuste de ne montrer que les moindres côtés des grandes choses et de ne voir dans l'armée que les laides humilités de la vie de garnison.» Lire encore de M. Hermant laSurintendante.[14]Voir du même auteur laReine Arthémise.[15]Citons pour leur excellent esprit lePompon vertde M. Toudouze etDisciplinéede M. Alphonse de Launay, deux livres, où les petitesses de la vie militaire sont noblement relevées par l'idée de patrie.[16]Dans laRevue des deux mondes. Article non recueilli (1873).[17]On en trouvera une bonne analyse dans l'Année littérairede M. Paul Ginisty (1887).[18]M. Francisque Sarcey dit de ce dernier roman: «Il est d'une conception puissante, d'une belle ordonnance et d'une exécution très grasse et très fouillée.» Voir encore de M. Lemonnier:Un mâle, l'HystériqueetHappechair. On peut lui rattacher un autre Belge, M. Georges Eckoud, l'auteur de laNouvelle Carthage.[19]Cf.Notes d'un journaliste, art. Henry Céard.[20]A moins qu'il ne fasse des livres de description pure, commeAu soleiletSur l'eau.[21]Ceci était écrit avantFort comme la mort. Il semble que l'auteur se renouvelle dans ce livre admirable de tout point.On peut rattacher à M. de Maupassant l'auteur de laPeau d'un hommeet de l'Ile muette, M. Montégut, qui a donné aussi auGil Blasdes contes et nouvelles dans la manière cursive de l'auteur d'Yvette. Mettons même, si vous voulez, que M. Dubut de Laforest, avec les livres qui s'appellentMlle de Marbeuf, laBonne à tout faire, leGaga, et qui sont dans la tradition de Pigault-Lebrun, relève comme littérateur de M. de Maupassant, puisque M. de Maupassant lui a donné par lettre publique ses titres de naturalisation.[22]Extrait duCalvaire, pages 86-87. On sent que le réalisme russe, que Tolstoï a passé là et sa saignante humanité.—Rapprochez l'admirable pièce de Théodore de Banville:Le prussien mort(Idylles prussiennes).[23]Se reporter auRoman naturalistede M. Ferdinand Brunetière. (Art.L'impressionisme dans le roman.)[24]Cf.Madame Gervaisais.[25]C'est l'expression de Théophile Gautier: «Les mots ont en eux-mêmes et en dehors du sens qu'ils expriment une beauté et une valeur propres, comme des pierres précieuses qui ne sont pas encore taillées et montées en bracelets, en colliers ou en bagues.» Ailleurs: «Il y a des mots diamant, saphir, rubis, émeraude, d'autres qui luisent comme du phosphore quand on les frotte, et ce n'est pas un mince travail de les choisir.»[26]Cf. la préface deEn 18...[27]Cf.Madame Gervaisais.[28]Et en particulier ceux du survivant. (Les frères Zemganno,Chérie,La Faustin, etc.)[29]Cf.Les nouveaux lundis. (Art. Pontmartin), tome IX.[30]Avec toutes les lacunes que le mot comporte.[31]Cf. lesSouvenirs d'un homme de lettres(Une lecture chez Edmond de Goncourt.)[32]Cf. lesContemporains(Art. Alphonse Daudet). Principales œuvres de M. Daudet: LesContes,Numa Roumestan, leNabab, lesRois en exil,Sapho,Tartarin de Tarascon,Jack,Fromont jeune et Risler aîné, l'Immortel, sa dernière œuvre.[33]Jean des Vignesvient d'avoir son pendant dans laChèvre d'or.[34]Voir l'Observateur français, du 10 avril. Je citerai, comme une jolie page de style impressionniste le passage suivant d'une nouvelle de M. Chalon (mort maintenant): «... Il y soufflait toujours, dans ce haut Saint-Majan, un vent terrible, qui vous avait une voix et des cris à croire qu'il était vivant. Il arrivait en grondant, tout en colère, des hauteurs du Trou-la-Baume, fier avec ça et parlant haut, comme un conquérant qui somme une forteresse; puis, houm! houm! de grands coups d'aile appliqués contre le mur, comme avec un bélier; puis un silence, il attendait qu'on lui ouvrît, et comme on n'avait garde, il se fâchait tout rouge. C'était une belle rage alors. On aurait dit qu'il prenait du champ; puis terriblement il s'engouffrait dans les rues trop étroites pour ses ailes. Il allait comme un aveugle, droit devant lui, se brisait au coin des maisons, tourbillonnait dans les enfoncements, faisait trembler les vitres, battait les contre-vents détachés, s'acharnait après les girouettes, culbutait les tuiles des vieux toits, buvait d'une lapée l'eau des ruisseaux, s'abattait sur les arbres de la place avec un bruit d'averse, souffletait la flamme des réverbères, bref, menait un train d'enfer. Et quel virtuose! quels cris! quels hurlements! quels gémissements! Tantôt il commandait, tantôt il suppliait. Il avait des clameurs de clairon et des vagissements de bête blessée! Tour à tour humble et belliqueux, il pleurait comme un petit enfant, puis, fantasque en ses allures, il embouchait sa longue trompette et vous sonnait des fanfares, des chevauchées qui s'en allaient au galop le long des murailles. Enfin, convaincu peut-être de son impuissance, il se faisait tout petit, se taisait presque, se glissait sous les portes, montait l'escalier vivement et venait remuer quelque portière souple, ou faire danser la flamme de la lampe sur la grande table où j'étudiais.»[35]Voyez cette exquise petite nouvelle: leMousse.[36]Précédemment dansUn de nous.[37]Comme romans, on lui doitMonsieur le ministre,Robert Burat,Madeleine Bertin, leBeau Solignac, lesAmours d'un interne, etc.[38]Cf. leRoman naturaliste. (Art.Le reportage dans le roman.)—Voyez encore sur M. Claretie tels articles, admirables de dédain et d'ironie, de M. Henri Fouquier.[39]Publiées dans leMonde illustré, d'abord. Sur la querelle qui en résulta, je renverrai aux articles de M. Jules Tellier dans leParti nationaldu 20 janvier 1888 et de M. Maurice Barrès dans leVoltairedu 14.[40]«Des noix! Des noix!»[41]Remarquons pourtant que M. Moréas proteste contre ces qualifications: «Cette manifestation (la manifestation symboliste), couvée depuis longtemps, vient d'éclore. Et toutes les anodines facéties des joyeux de la presse, toutes les inquiétudes des critiques graves, toute la mauvaise humeur du public surpris dans ses nonchalances moutonnières ne font qu'affirmer chaque jour davantage la vitalité de l'évolution actuelle dans les lettres françaises, cette évolution que des juges pressés notèrent, par une inexplicable antinomie, de décadence. Remarquez pourtant que les littératures décadentes se révèlent essentiellement coriaces, filandreuses, timorées et serviles... Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école? L'abus de la pompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes: caractéristiques de toute renaissance...» (Manifeste des symbolistes.)[42]Et d'autres grands poètes avant lui. «C'est à mon avis, dit M. Paul Bourget, une des preuves les plus frappantes de la hauteur de vue d'Alfred de Vigny que d'avoir deviné la valeur poétique du symbolisme. La beauté poétique pure réside en effet dans la suggestion plus encore que dans l'expression... Il faut, pour que le sortilège des beaux vers s'accomplisse, du rêve et de l'au-delà, de la pénombre morale et du mystérieux.» (Journal des Débats, 24 mars 1885.) Mais mystérieux n'est pas synonyme d'obscur.[43]J'abrège la nomenclature. Pourtant il serait dommage d'oublier «l'histoire du monsieur qui a la diarrhée».[44]Cf. le no1 de laRevue de Paris et de Saint-Pétersbourg. Première année.[45]Rouvrons le manifeste de M. Moréas: «Ennemi de l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective», le symbolisme «cherche à vêtir l'Idée d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette. L'Idée, à son tour, ne doit point se laisser voir privée des somptueuses simarres des analogies extérieures; car le caractère essentiel de l'art symbolique consiste à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'Idée en soi...»[46]Voir non lesDemoiselles Goubert(médiocre),Le thé chez Miranda(médiocre encore), maisSoietEtre.[47]Cf. laRevue indépendantede juillet 1887 (L'empereur Constant, paraphrase).[48]Sur M. Moréas, poète, et de premier ordre souvent, voirNos poètes, de M. Jules Tellier (art.Symbolistes).[49]Plus des vers incompréhensibles, sous les «simarres de leurs analogies extérieures»,Les palais nomades.[50]VoirLudinesurtout.Seulsmarque un progrès. Je renvoie surLudineà un excellent article de M. Gustave Geffroy, réimprimé dansLes notes d'un journaliste.[51]Encore cette page s'entend-elle nettement. Mais que démêler dans celle-ci, Seigneur, que j'emprunte à desnotesde M. Stéphane Mallarmé?«La Gloire! je ne la sus qu'hier, irréfragable, et rien ne m'intéressera d'appelé par quelqu'un ainsi.«Cent affiches s'assimilant l'or incompris des jours, trahison de la lettre, ont fui, comme à tous confins de la ville, mes yeux au ras de l'horizon, par un départ sur le rail traînés avant de se recueillir dans l'abstruse fierté que donne une approche de forêt en son temps d'apothéose.«Si discord parmi l'exaltation de l'heure, un cri faussa ce nom connu, pour déployer la continuité de cimes tard évanouies, Fontainebleau, que je pensai, la glace du compartiment violentée, du poing aussi étreindre à la gorge l'interrupteur: Tais-toi! Ne divulgue pas, du fait d'un aboi indifférent, l'ombre ici insinuée dans mon esprit, aux portières de wagons battant sous un vent inspiré et égalitaire, les touristes omniprésents vomis. Une quiétude menteuse de riches bois suspend alentour quelque extraordinaire état d'illusion, que ne réponds-tu? qu'ils ont ces voyageurs, pour ta gare aujourd'hui quitté la capitale,—(oh! cet alexandrin de Baour-Lormian dans cette prose!)—bon employé vociférateur par devoir, et dont je n'attends, loin d'accaparer une ivresse à tous départie par les libéralités conjointes de la Nature et de l'Etat, rien qu'un silence prolongé, le temps de m'isoler de la délégation urbaine vers l'extatique torpeur de ces feuillages là-bas trop immobilisés pour qu'une crise ne les éparpille bientôt dans l'air; voici, sans attenter à ton intégrité, tiens, une monnaie.«Un uniforme inattentif m'invitant vers quelque barrière, je remets sans dire mot, au lieu du suborneur métal, mon billet.«Obéi pourtant, oui, à ne voir que l'asphalte s'étaler nette de pas, car je ne peux encore imaginer qu'en ce pompeux octobre exceptionnel du million d'existences étageant leur vacuité en tant qu'une monotonie énorme de capitale dont va s'effacer ici la hantise avec le coup de sifflet sous la brume, aucun furtivement évadé que moi n'ait senti qu'il est, cet an, d'amers et lumineux sanglots, mainte indécise flottaison d'idée désertant les hasards comme des branches, tel frisson et ce qui fait penser à un automne sous les cieux.«Personne et, les bras de doute envolés comme qui porte aussi un lot d'une splendeur secrète, trop inappréciable trophée pour paraître! mais sans du coup m'élancer dans cette diurne veillée d'immortels troncs au déversement sur un d'orgueils surhumains (or ne faut-il pas qu'on en constate l'authenticité?), ni passer le seuil où des torches consument, dans une haute garde, tous rêves antérieurs à leur éclat, répercutant en pourpre dans la nue l'universel sacre de l'intrus royal qui n'aura eu qu'à venir: j'attendis, pour l'être, que lent et repris du mouvement ordinaire, se réduisit à ses proportions d'une chimère puérile emportant du monde quelque part, le train qui m'avait là déposé seul.»[52]M. Vignier n'a pas réuni ses nouvelles. Comme poète, il tient un rang très estimable. (VoirCenton.)[53]Et ils s'en font gloire! Dans un article de laCaravanedu 10 novembre 1889, je lis sous la signature P. Marius André: «Scientifiquement, voici l'évidence de la théorie symboliste: «Comme il faut plus d'énergie pour retrouver un objet sous un signe indirect que sous un signe direct, on fournit à l'entendement l'occasion d'employer plus de force disponible et par conséquent d'éprouver plus de plaisir.» (Dumont,Théorie scientifique de la sensibilité). La raison est amusante, tout de même. Mais alors qu'on nous ramène aux logogriphes et aux rébus.[54]Sur tels d'entre eux, consulter les recueils critiques de M. Jules Lemaître (Les contemporains), de M. Philippe Gille (La bataille littéraire), de M. Anatole France (La vie littéraire), de M. Paul Ginisty (L'année littéraire), les articles au jour le jour de M. Francisque Sarcey, F. Lhomme, Adolphe Brisson, Edmond Lepelletier, Édouard Petit, Charles Maurras, etc.[55]Je ne traite que du roman. Je n'ai pas besoin, je l'espère, de renvoyer aux beaux volumes de critique et de poésie de M. Bourget.—DepuisMensonges, leDisciplea paru.[56]Cf.Revue des Deux-Mondes. Cette nouvelle n'a point été recueillie en volume.[57]LaRevue bleuea publié, depuis que ceci est écrit, unConte philosophiquede M. Haraucourt. Voir encore ses vers, et particulièrementL'âme nue.[58]Au ch.XXVII, l. I,De l'Amitié.[59]«Il serait facile de le démontrer, dit M. Brunetière, ce que la plupart de nos romanciers savent le moins, quoi qu'ils en disent, quoi qu'ils veulent nous en imposer, ne vous y trompez pas: c'est leur métier.» (Le Roman naturaliste.)[60]Et des brochures, lesTaches d'encre, ou des articles et des nouvelles d'un esprit très fin, une autre brochure sur leQuartier latin, une autre, plus que critiquable par un côté:Huit jours chez M. Renan. Tout récemment enfin, il vient de publier son second roman,Un homme libre, qui consacre définitivement sa réputation. Voir l'article de M. Jules Lemaître (Figarodu 8 juin 1889).[61]Le Sainte-Beuve deVolupté.[62]Avec toutes les restrictions qu'une telle comparaison comporte. Lamennais, dans sa préface à l'Imitation, a très bien montré en quoi et par quoi l'Imitationse distingue des livres de morale profane: «L'auteur ne se borne pas, dit-il, à nous montrer nos misères: il en indique le remède; il nous le fait goûter; et c'est un de ces caractères qui distingue les écrivains ascétiques des simples moralistes. Ceux-ci ne savent guère que sonder les plaies de notre nature. Ils nous effrayent de nous-mêmes et affaiblissent l'espérance de tout ce qu'ils ôtent à l'orgueil. Ceux-là, au contraire, ne nous abaissent que pour nous relever; et, plaçant dans le ciel notre point d'appui, ils nous apprennent à contempler sans découragement, du sein même de notre impuissance, la perfection infinie où les chrétiens sont appelés.» Ceux qui ont lu le livre de M. Barrès trouveront peut-être que cette citation n'était pas déplacée ici.[63]Cf.Journal des Débatsdu 3 avril 1888.[64]Voir le recueil de ces portraits:Mémoires d'aujourd'hui.[65]Voir le roman du même nom. Voir aussiLes Monach. M. de Bonnières, très goûté comme critique et comme romancier, ne l'est peut-être pas assez comme poète.[66]Voir, pour la raison peut-être, la note59de la page 152.[67]Surtout pour la très belle scène romantique de la confession. L'auteur a depuis publié un autre roman à succès,Mademoiselle Jaufre.[68]Notez combien de nos romanciers ont essayé cette psychologie de la jeune fille du monde: Edmond de Goncourt avecChérie, Gyp avecLoulouetPaulette, Halévy avecPrincesse, etc. Je signale encore sur le même sujetFilles du monde, une forte étude de M. Oudinot, qu'il faudrait ranger parmi les jeunes impressionnistes d'avenir.[69]Cf. la préface deChonchette.[70]Depuis, M. Rod a donné un pendant à laCourse à la mort. Je renvoie sur ce très beau livre,Le Sens de la vie, à un excellent article de M. Charles Maurras, dans l'Instruction publiquedu 16 février 1889. Le «pessimiste» de M. Rod finit par trouver le bonheur dans le mariage. Ainsi la vie «prend un sens» pour lui. Soit! dit M. Maurras, mais adoptez le conseil. Est-il si sûr que le mariage vous guérisse aussi? «Ce jeune homme se marie; il aurait pu très bien se faire, précisément à cause de sa misanthropie et de son shopenhauérisme intellectuel, qu'il se refusât obstinément au mariage. Admettons que la nécessité, l'amour—qui est la plus efficace des nécessités—lui ait imposé ces justes noces; le héros de M. Rod a toujours ce bonheur immense, et peu prévu pour un analyste comme lui, de ne pas rencontrer dans le caractère, dans le tempérament de sa jeune femme, ces antipathies foncières contre lesquelles le pauvre amour éclate en morceaux comme un verre lancé contre une muraille. Il y a des différences dans leur pensée; il y a dans leurs personnes des points muets, des places qui ne vibrent pas—ou pas encore. Mais l'analyste, le chercheur, si bien qu'il pénètre, ne fait nulle part dans l'aimée cette angoissante découverte de l'ennemie, de l'autre, qui ôte au bonheur souhaité jusqu'à la possibilité d'être. Oh! le héros de M. Rod est un heureux! Et les événements arrivent bien à point, ni une heure trop tôt, ni une heure trop tard, pour lui révéler chacun des nouveaux liens qui l'ont rattaché à la vie sans qu'il y ait pris garde.—Tu croyais ne pas aimer ta femme! Mais vois donc, malheureux, comme te voilà jaloux de l'enfant avec qui il va falloir que tu partages sa tendresse! Tu croyais n'aimer pas ta fille, «ce paquet de chair rouge qui se violace et qui glousse», dont ta femme a tant souffert pendant cette nuit mortelle où tu te convulsais de rage, de honte et de peur, aux cris de l'accouchée,—cette petite envahissante qui t'a volé jusqu'aux soins de ta vieille bonne, a troublé le travail de tes soirs, le repos de tes nuits,—qu'as-tu donc, si tu ne l'aimes pas, à trembler comme un peuplier à la pensée de te voir enlever ta petite Marie?—Et c'est tout le temps ainsi. Mais si la petite Marie était morte, je vois distinctement à quelles récriminations blasphématoires l'aventure «paternelle» aurait pu tourner; et j'en dirai autant de l'aventure «mariage», car la naissance de Marie aurait pu être indéfiniment retardée par l'un quelconque des scrupules philosophiques de l'homme, l'une quelconque des appréhensions très modernes de la femme, ou par les précautions malthusiennes de tous les deux. Le héros de M. Rod risquait, en ce cas, d'ignorer perpétuellement son amour pour madame; et, à force de chercher en elle la petite bête, l'endroit défectueux, c'eût été bien le diable s'il ne l'eût découvert à la fin.»[71]La littérature est une mère avare. M. Quellien, comme tant d'autres, est employé dans un de nos ministères.[72]J'ai connu trop tard le livre de M. François Sauvy:Loin de la vie, pour donner à l'auteur la place qu'il mériterait. Du moins, signalerai-je le livre pour un des meilleurs romans «psychologiques» de ces dernières années.[73]Cf.Fragments d'un livre inéditetLe livre d'une Mère.[74]N'est-ce point un peu ce qu'a fait M. Maurice Barrès?[75]Principaux livres de M. France: Dans le roman,Les désirs de Jean Servien,Le crime de Sylvestre Bonnard,Jocaste,Balthazar,Le livre d'un enfant. En poésie,Les noces corinthiennes. En critique,La vie littéraire(série).[76]C'est peut-être à M. France qu'il faudrait rattacher M. Gilbert-Augustin Thierry, encore qu'il prétende à ne relever que de lui-même. On connaît de M. ThierryLes aventures d'une âme en peine, leCapitaine sans façon, surtoutMarfaetLa tresse blonde, d'où date son succès. Ce dernier livre est précédé d'une sorte de manifeste où je relève ce qui suit, pour la curiosité: «Notre vieux roman d'observationse meurt d'épuisement. (On ne s'en douterait guère....) Désormais l'étude de l'homme doit poursuivre sa recherche plus haut que l'homme, vers ces régions de l'Infini dont nous sommes des atômes passionnels.... Se haussant vers l'Occulte, s'élevant jusqu'au grand Inconnu, hardiment, le roman nouveau devra s'efforcer à pénétrer les abîmes réputés impénétrables, à percer les ténèbres dont l'absolu enveloppe son être.... L'absolu providentiel une fois dégagé, l'homme observé dans ses passions sera placé alors par son analyste en face des lois immuables, aux prises avec elles et sous leurs étreintes. Aussitôt bien des questions troublantes se présenteront à la divination de l'artiste-penseur...» C'est un beau phœbus pour dire que les sciences hypnotiques ouvrent une nouvelle voie à la curiosité du romancier. Et, en effet, toute une littérature hypnotique s'échafaude, avec laMarfade M. Thierry, l'Inconnude M. Paul Hervieu, leJean Mornasde M. Claretie, la série de laDécadence latinede M. Péladan, l'Uraniede M. Camille Flammarion, etc.[77]Suivi de quelques autres groupés sous le titre du premier.[78]Jésus ayant dit à Pilate: «Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité; quiconque est de la vérité écoute ma voix», Pilate lui répondit: «Qu'est-ce que la vérité?»[79]Je n'ai voulu rien changer à ceci, qui fut écrit quand Tellier vivait encore. Notre pauvre ami n'avait publié qu'un livre:Nos poètes, et des articles, çà et là, auGaulois, auParti nationalet auxAnnales. Mais il avait la tête pleine de projets. Il méditait un livre sur la poésie lyrique au moyen âge, un autre sur l'érudition des romantiques, un autre sur la versification française auXIXesiècle, un autre sur leTimonde Libanius et la sophistique grecque. Tout cela est perdu. Il laisse seulement un livre de vers,La Cité intérieure, que ses amis publieront bientôt et qui le classera en un haut rang, et, avec ses contes philosophiques et ses poèmes en prose, la matière d'un livre de mélanges. Lui-même devait les réunir à son retour d'Alger; il y aurait joint deux contes qu'il caressait dans sa tête:Le maître d'école de RavenneetLe voyage du rhéteur Epidius. Le livre se fût appeléLa mort. Hélas! cette mort, dont il inscrivait ainsi d'avance le nom sur son livre, elle est venue à vingt-six ans pour notre ami, pour la plus noble et la plus belle des intelligences de cette génération. Sa mort a été une consternation sans égale, et l'on peut dire qu'aucun jeune homme, depuis ce Maurice de Guérin qu'il aimait tant et dont la destinée fut si voisine de la sienne, n'a emporté avec lui un regret si universel.Suivent les titres desConteset desProsesqui ont paru de lui, tant dans lesChroniquesqu'auParti-national:Le pacte de l'écolier Juan,Nocturne,Discours à la bien-aimée,Les notes de Tristan Noël,Les deux paradis d'Abd-er-Rhaman. Je citerai le plus court de ces admirables morceaux:Nocturne.«Nous quittâmes la Gaule sur un vaisseau qui partait de Massilia, un soir d'automne, à la tombée de la nuit.«Et cette nuit-là et la suivante, je restai seul éveillé sur le pont, tantôt écoutant gémir le vent sur la mer, et songeant à des regrets, et tantôt aussi contemplant les flots nocturnes et me perdant en d'autres rêves.«Car c'est la mer sacrée, la mer mystérieuse où il y a trente siècles le subtil et malheureux Ulysse, agita ses longues erreurs; le subtile Ulysse, qui, délivré des périls marins, devait encore, d'après Tirésias, parcourir des terres nombreuses, portant une rame sur l'épaule, jusqu'à ce qu'il rencontrât des hommes si ignorants de la navigation qu'ils prissent ce fardeau pour une aile de moulin à vent.«C'est la mer que sillonnaient jadis sur les galères et les trirèmes les vieux poètes et les vieux sages; et comme ils se tenaient debout à la poupe, au milieu des matelots attentifs, attentive elle-même, elle a écouté en des nuits pareilles les chansons d'Homère et les paroles de Solon.«Et c'est aussi la mer où, dans les premiers siècles de l'erreur chrétienne, alors que le règne de la sainte nature finissait et que commençait celui de l'ascétisme cruel, le patron d'une barque africaine entendit des voix dans l'ombre, et l'une d'entre elles l'appeler et lui dire: «Le grand Pan est mort! Va-t'en parmi les hommes, et annonce-leur que le grand Pan est mort!»«Et, par la mystérieuse nuit sans étoiles, sur le chaos noir de la mer et sous le noir chaos du ciel, il y avait quelque chose de triste et d'étrange à songer que peut-être l'endroit innommé, mouvant et obscur, que traversait notre vaisseau avait vu passer tous ces fantômes, et qu'il n'en avait rien gardé.«Et c'est parce que cette pensée me vint, et qu'elle me parut étrange et triste, et qu'elle troubla longtemps mon cœur de rhéteur ennuyé, qu'il m'est possible encore, entre tant d'heures oubliées, d'évoquer ces lointaines heures noires où je rêvais seul sur le pont du navire parti de Massilia, un soir d'automne, à la tombée de la nuit.»[80]Cf. No2 desChroniques(livraison de décembre 1887).[81]On peut croire que M. Dumas a raconté cette crise de son génie dans ce fragment deLa dame aux perles:«Jusqu'au jour où Jacques avait connu la duchesse, il avait été un homme de talent, mais comme il y en a beaucoup, comme il y en aura toujours, comme tout le monde peut le devenir avec un peu d'étude, de jeunesse, de nature et de sentiment. Au début de sa carrière agréable, heureuse, distinguée, un amour prit tout à coup dans sa vie une grande importance et brusquement relégua au second plan ce talent si peu sûr de lui-même. Il souffrit de cet amour. Ce fut le commencement de sa transformation. Jamais il ne s'était avoué si complètement son infériorité, son inutilité en art. Alors commença son véritable travail, germa en lui la consolation réelle avec l'ambition de devenir un maître à son tour. Il admit pour lui la possibilité d'entreprendre plus qu'il n'avait fait jusqu'alors. A son grand étonnement, quand il se mit à l'œuvre, il trouva en lui des accents pleins, énergiques et mâles, qu'il avait ignorés jusqu'alors, impression facile d'une âme civilisée par la douleur. Son talent, éclairé et façonné par ces émotions intimes, prenait la couleur et le contour, sans qu'il sût positivement ce qu'il faisait, sans qu'il se fatiguât en efforts.»[82]Son père disait de lui: «Ce n'est pas de la littérature qu'il fait, c'est de la musique; on ne voit que des barres, et, de temps à autre, quelques paroles.»[83]Mort récemment.[84]Arsène Houssaye, à qui souvent, le cœur troubléRêvent les jeunes filles,A des cheveux pareils à ceux des champs de bléTombant sous les faucilles.(Th.de Banville.)[85]Cf.Contes pour les femmes,La couronne de bleuets,les Grandes Dames,Les comédiens sans le savoir, etc.[86]Cf.A outrance,70 et 90,Le petit manuel du parfait causeur parisien,Sans queue ni tête, etc.[87]Cf.Ohé, vitrier!Boutique de plâtres,Paris vicieux, etc.[88]Cf.Diogène le chien,La bêtise parisienne, et dans le roman l'Inconnusurtout.[89]Cf.Tarte à la crème,Entre minuit et une heure,Point et virgule, etc.[90]Cf. la série desGaietés de l'année.[91]Cf.Notes sur Paris.[92]Cf. lesJeudis de Madame Charbonneau,Mes mémoires, etc. Dans le roman:Un filleul de Beaumarchais,Contes d'un planteur de choux,Entre chien et loup, etc.[93]Cf.Fruits défendus,Paris aux cent coups,Le roman de Folette,l'Esprit du Boulevard,Paris en caleçon, etc.[94]Cf. les recueils deLa vie à Paris.[95]Cf. l'Invalide à la tête de bois,Zoologie morale, etc., et dans le romanFusil chargéetChimère.[96]Cf. lesBêtises vraies,Les petites comédies du vice,Les petits drames de la vertu, etc.[97]Cf. lesFrançais de la décadence,la Grande Bohème,Les signes du temps, etc.[98]Voir surtout la collection desGuêpes.[99]Cf.Les contemporains, art.De Glouvet. C'est ce qu'a fait, en les reliant d'un commentaire délicat, M. Charles Fuster, avec les vers desPoètes de clocher.[100]Cf.La Terre, de M. Zola.[101]Cf.Cézette, de M. Pouvillon.[102]Cf.Cézette.[103]Cf. Apulée:L'Ane d'or.[104]Le mot est de M. Rod, qui est lui-même un romancier de grand talent. On le retrouvera au chapitre desPhilosophes.[105]Cf.Les œillets de Kerlaz(La flouve odorante). p. 172.[106]«J'ai une idée claire et distincte du chiliogone, dit Descartes; mais je ne puis l'imaginer.» Rapprochez, par contraste, les jolis vers de M. Frédéric Plessis dans saLampe d'argile:Oh! puissé-je revoir...L'allée au banc de pierre et, devant la maison,Cet arbuste inconnu dont la fleur est si rose.En effet, cela m'en dit plus que tous les termes savants, à moi qui ne suis pas forcé d'être un botaniste.M. Theuriet a beaucoup écrit. En vers, c'est notre premier poète rustique. Il y est incomparable. Dans le roman, outre les livres que j'ai cités de lui, il faut connaître:Madame Heurteloup,Tante AurélieRaymondeLe fils Maugars,Toute seule,Eusèbe Lombard,Le Mariage de Gérard,L'Amoureux de la Préfète, etc.[107]Cf.L'Idéal,Le Forestier,Le Marinier,Le Père,Le Berger, etc. M. de Glouvet a publié sous l'anonyme, depuis que ceci est écrit, un roman à manifeste, intitulé:Marie Fougère, et qui s'est attiré une riposte assez vive de M. Alphonse Daudet.[108]Cf.Contes.[109]Cf.Madame Thérèse.[110]Cf.Maître Rok.[111]Cf.Le docteur Mathéus.[112]Cf.Madame Thérèse.[113]Cf.L'abbé Tigrane.[114]Cf.Lucifer.[115]Cf.Barnabé.[116]Ce charme, je le retrouve dans le dernier roman de M. Fabre:Norine. «Le sujet est très simple, dit M. Adolphe Brisson, et se résume en deux mots: l'auteur se promenant, en 1842, dans un village des Cévennes, où son oncle était curé, a rencontré une paysanne qui mangeait des cerises avec son fiancé. Il a partagé leur repas rustique, accompagné par la musique des chardonnerets. Quarante ans après, il retrouve cette paysanne établie charbonnière à Paris, dans une maison obscure de la rue Visconti. Et c'est tout...»[117]A bien des titres aussi, il m'eût fallu ranger M. Léon Cladel parmi les romanciers de la nature. Il a dit quelque part: «Si Paris a tué en moi le dévot et le chauvin qui s'y développèrent ensemble, il n'a même pas entamé le Celte, le paysan, et je reste, à l'instar de mes ancêtres, un des mille et mille pygmées fidèles à la grande nature, et aussi, comme mes devanciers, des étoiles, de la terre et de l'eau, de tout ce qui marche, vole, nage ou rampe, luit et respire.» C'est d'un bel effet; mais le côté champêtre n'est pas ce qui frappe d'abord chez M. Cladel. Voir néanmoins sur les paysans de M. Cladel un excellent article de M. Charles Buet (Revue bleuedu 4 janvier 1890).[118]On connaît, par ailleurs, l'admirable poète de laChanson des Roseset deToute la Comédie. Comme prosateur, on lui doit encore une très fine étude de la vie d'artiste, laPrincesse Pâle, écrite en collaboration avec M. G. Millet et parue trop tard pour trouver place ici. Du moins détacherai-je duGars Périerun épisode d'un rendu intense et profond: c'est celui où Constant Périer, le braconnier, à qui un vieux bonhomme, le père Marolles, a donné asile dans un réduit de la forêt de Bourgon, est pris par les gendarmes et grièvement blessé, au moment où, sur les instances de sa fiancée, Marie Allain, il se décidait à se livrer de lui-même à la justice:«Une sorte de conseil de guerre avait été tenu. Il y fut décidé qu'à tout prix on en finirait avec le gars. Et à l'heure même où le père Chenel s'en retournait de la forêt à Champ-Viel, près de Marie Allain bien impatiente, c'était dans les brigades un mouvement inusité, une animation, un entrain, comme en guerre avant une attaque. Les bons gendarmes ciraient leurs bottes, démontaient et nettoyaient leurs carabines, caressaient à grandes tapes sur le col et la croupe leurs chevaux étonnés. Le boutte-selle sonnait sur toutes les lèvres dans les écuries; et ainsi qu'elles l'eussent fait si leurs maris s'en étaient allés à une guerre véritable, les femmes silencieusement regardaient ces préparatifs avec des yeux douloureux, car probablement le gars se défendrait.«Comme il ne s'agissait pas d'envelopper seulement la forêt de Bourgon, mais les bois d'Hermet et tout le pays de Jublains à Deux-Evailles, les brigades s'ébranlèrent de minuit à deux heures du matin, selon que tel ou tel rôle leur avait été assigné. Une pluie glaciale tombait. La nuit était noire comme poix. Ce furent de tragiques départs. Dans les villages qu'on traversait, plus d'un, entendant le clapotement des fers des chevaux dans l'eau, risqua son nez à la fenêtre et frissonna de voir s'enfoncer en les ténèbres ces cavalcades d'hommes taciturnes engoncés dans leurs manteaux et qu'un bruit d'armes accompagnait.«Néanmoins, l'éveil ne fut pas donné, et quand, avec l'aube indécise, la battue commença, nul, en la forêt de Bourgon, ne soupçonnait ce déploiement de forces.«Quant à Constant, il avait chassé toute cette nuit, sous la pluie incessante. Et il était revenu à la hutte du père Marolles... Là, sur quelques fumerons, péniblement allumés dans la baie de la porte, il cuisine son maigre repas et de son mieux tâche de se réchauffer, sous ses vêtements mouillés.«Il a vidé ses poches; son couteau, de la ficelle, la lettre de Marie Allain sont sur la couchette. Il est tranquille, il ne se défie de rien, il tourne le dos au bois. Le père Marolles, pendant ce temps, était en quête d'un fagot un peu plus sec qui consentît à brûler. Il en a trouvé un, et, courbé sous ce fardeau, il s'achemine.—Mais les gendarmes sont à cent pas. Il les aperçoit, fait demi-tour.—«Eh! eh! dit le brigadier, voilà un bonhomme qui change bien vite de résolution.» Le brigadier interroge la clairière. Une mince fumée bleue s'échappe d'une hutte.—«Allons voir!» dit-il, et, par-dessus les buissons, qu'il domine du haut de son carcan, il reconnaît Constant à son habillement de velours, saute à bas de son cheval, confie les bêtes à l'un de ses hommes, se dirige avec l'autre vers la hutte, s'approche, et tout à coup:—«Perrier!» dit-il.«Constant, à cet appel, s'est dressé sur ses pieds. Aussitôt, il a son fusil en main. Et voici ce qui a lieu: tandis que le brigadier lui fait sommations sur sommations, il met un genou en terre, il arme son fusil, il épaule. Le brigadier n'obtenant de lui que cette réponse, se piète, ajuste, tire.. Le coup rate. Constant aurait pu trois fois tuer cet homme. Mais non, il a abaissé son arme.«La seconde balle du brigadier l'atteignit à la tête, le jeta à terre.—«Mort? hélas! le pauvre gars n'eut pas même la chance de mourir ainsi ..»[119]Voir surtoutChérieetMensonges.[120]Il y a encore, chez Henry Monnier, ces inénarrables scènes de la vie d'étudiant, trop crues pour nous, mais qu'on pourra trouver chez les éditeurs belges.[121]Cf.Autour du Mariage,Petit Bob,Loulou, etc. Se reporter à un exquis article de Jules Tellier (Parti-National, du 2 octobre 1888).[122]Mon «homme du monde» parle un peu ici comme les photographes. Il s'en excusa dans la conversation.[123]AvecLa Morte. On a lu de M. Feuillet sonRoman d'un jeune homme pauvre,M. de Camors,Julia de Trécœur,L'Histoire de Sybille, etc.[124]Cf.Fruits défendus, par Aurélien Scholl.[125]Cf.Nouveaux Lundis, tome X (art.Feuillet).[126]Et de l'Amie, duStage d'Adhémar, d'Un homme du monde, de l'Epousée, etc.[127]Cf.Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1887.[128]Voir la pièce du même nom. EtMonsieur et Madame Cardinal? EtLes petites Cardinal? On se reportera sur M. Halévy à un très fin article de M. A. Cartault, paru dans laRevue bleuedu 28 mai 1881, et qui, comme tant d'autres articles judicieux et délicats du même écrivain, mériterait d'être recueilli.[129]Voir encoreAutour d'une sourceetBabolain.[130]Cf.Andrée,L'Unisson,Le Garde du corps, etc.[131]Mais que d'exagération en tout ceci! Mon «homme du monde», quand il s'exprimait si dédaigneusement, n'avait certainement pas luFin de rêve, et, dansFin de rêve, la description de la revue, les pages sur Gambetta, l'agonie tragique du grand homme. Que n'assistait-il, comme nous, à une conférence de M. Maurice Souriau, où l'orateur, prenant pour texte les romans militaires, faisait haleter toute une salle en lisant des fragments de ce beau livre!...[132]Mort depuis.[133]Cf.L'Aventure de Briscart. M. Dayot a publié aussi chez Magnier desSouvenirs de voyage(Italie, Espagne, Portugal) qui sont pleins de verve et d'esprit.[134]Cf.Drames en cinq minutes. Une des nouvelles,Fleur bretonne, est à noter pour l'identité de thème qu'elle présente avecPêcheurs d'Islande. Elle a paru dans leRappeldes 7 et 8 juillet 1884, et, s'il y a eu réminiscence (dont je doute), ce n'est point, la date le montre, chez M. Destrem.[135]«Son style est agaçant, dit M. Maurice Barrès, coupé, heurté, rentré, plein de réticences, d'allusions, d'éruditions boulevardières, mais très propre par sa complexité même à rendre l'aventure du Parisien sensuel et énergique que paraît être l'auteur. Tous ses livres sont des confessions, poèmes brutaux, ou mieux encore affiches d'amour; mais timbrées d'un sceau personnel et à la date de cette époque.» (Les Chroniques, node sept. 1887.)[136]Qui fut supérieur dans quelques scènes duPrêtre.[137]Il y faudrait la plume d'airain qui servit dans sa tâche l'auteur duDictionnaire des cent mille adresses. N'oublions point cependant Tancrède Martel avecLa main aux dames; Frantz-Jourdain, avecBeau-Mignon; Jacques Lozère, avec saVie en jaune; Lucien-Victor Meunier, avecPlaisirs en deuil; Jules Lermina, avec sesHistoires incroyables; Alain Beauquesne, avec lesAmours cocasses; Charles Grandmougin, avec sesContes d'aujourd'hui; Léon Allard, avecLes Vies muettes; Guillaume Livet, avec lesRécits de Jean Féru; Edmond Thiaudière, avecLa Proie du néant; Gaston Bergeret, avec sesContes modernes; Gabriel Marc, avecLindetta; Georges Moynet, avecEntre garçons; Auguste Erhard, avec sesContes panachés; Léon Deschamps, avec sesContes à Sylvie; Charles Diguet, avec lesContes du Moulin-Joli; Pierre Gauthiez, avecLa Danaé; Charles Lexpert, avec sesNouvelles gauloises; Camille Bruno, avecEn désordre; Paul Chetelat, avecLe Monde où l'on s'abuse; Noël Blache, avecLes Clairs de soleil; Fernand Boissier, avecLe Galoubet; Jules de Marthold, avecCasse-Noisetteet lesContes sur la Branche; H. de Chennevières, avec lesContes sans «qui» ni «que», etc., etc.Encore n'ai-je point parlé des nouvelles de certains maîtres, Daudet, France, Bourget, d'Aurevilly, etc., qui ont marqué ailleurs, non plus que des recueils en collaboration publiés annuellement par la Société des gens de lettres, par les secrétaires des journaux de Paris, par les chroniqueurs judiciaires, etc. Toutefois relèverai-je dans ce dernier recueil le nom d'un alerte et spirituel nouvelliste, M. L. Vonoven. Je rappellerai enfin, au hasard, les noms de quelques écrivains de talent, dont les nouvelles, contes, «proses», traductions et adaptations, publiés un peu partout dans nos périodiques parisiens, n'ont pas encore été réunis en volume: ainsi M. Emile Michelet, M. Raymond de la Tailhède, M. Charles Frémine, M. Anatole Lebraz, M. Raoul Gineste, M. Ephraïm Mikaël, M. Lucien Charles, M. Emile Taboureux, M. Robert de la Villehervé.[138]Cf.Revue bleuedu 28 mai 1881.[139]Cette haine du bourgeois est bien caractéristique. Vous la retrouverez chez presque tous, et c'est en particulier le thème favori de M. Richepin et de M. Barbey d'Aurevilly.[140]«Pendant longtemps, dit M. Emile Faguet, George Sand a reçu et reflété. En 1831, elle disait gaiement: «Les monstres sont à la mode, faisons des monstres.» Les monstres de George Sand ne pouvaient pas être très monstrueux; mais c'étaient, en effet, des êtres bien extraordinaires.»Etudes littéraires sur le XIXesiècle, art. George Sand.[141]Voyez par exemple, pages 209 et suiv.N'a qu'un œil. Il y a aussi le latin de M. Cladel. Page 198 du même livre:salve, regina; salve, rege(pourrex), etc. Observez que le livre commence ainsi: «Xénophon, Horace, Virgile, Tacite, Juvénal, Esope, Aristophane, Eschyle, Sophocle, Euripide, Homère, et tous les autres classiques, grecs et latins, m'avaient excédé terriblement.» On le croirait.[142]L'œuvre de M. Mendès «est quelque chose comme la villa d'Hadrien, qui contenait des réductions de tous les monuments de l'univers. Seulement, dans l'édifice composite, vous trouverez un coin décoré d'un goût bien personnel, et c'est l'alcôve.» J. Tellier (Nos poètes, p. 204).[143]Et deBébé Million, et duBoulet, deP'tit-mi, desDeux femmes de mademoiselle, etc., etc.[144]Voir, par exemple, le début deSœur Doctrouvé.[145]Voir la confession du pape dansLes Débuts de César Borgia.[146]Cf.Les Débuts de César Borgia.[147]Cf.La Glu;Madame Andrée.[148]Cf.Monsieur Destrémeaux;Une Histoire de l'autre monde.[149]Remarquez qu'il y a presque toujours un saltimbanque dans ses livres. Vous en trouverez dansLes Braves gens, dansMiarka, dans lesMorts bizarres, dans laChanson des gueux, dansMonsieur Destrémeaux, dansUne Histoire de l'autre monde, etc.[150]Cf.Curieuse,Le Livre suprême,L'Initiation sentimentale, etc.[151]Mort depuis. Ses principaux livres sont:Les Contes cruels,L'Amour suprême,L'Eve future,Axël, etc.[152]N'est-ce pas à propos de sonNouveau Monde, que M. Weiss écrivait: «Dans tout autre domaine que le théâtre il est aisé d'appliquer des principes de cénacle... On conçoit gigantesque. On turlupine les maîtres reconnus et acceptés, et on ne s'est pas seulement donné la peine de les comprendre. On est luministe et immenséïste. On fait... des romans réfractaires, sans pieds ni têtes, où les ateliers du haut de Montmartre et les capharnaüms du boulevard Saint-Michel reconnaissent avec exaltation la vie comme elle est, exactement, superbement comme elle est..»[153]Le rapprochement, que je ne fais qu'indiquer ici (le premier, je crois), mériterait d'être suivi avec quelque développement. C'est tout un, le pharmacien deMadame Bovaryet celui deHermann et Dorothée.[154]Voir particulièrementLe Vol de l'éléphant blanc, de Marc Twain, etLa Légende de l'éléphant blanc, de M. de Villiers.[155]Plus, épouse divorcée de M. Catulle Mendès.[156]On trouvera sur M. Robidou de bons articles de M. Mario Proth et de M. Oscar Comettant. J'y renvoie. Tout récemment, sonHistoire du clergé pendant la Révolutiona fait faire un pas considérable à l'étude de ce grave problème.[157]Je laisse de côté iciSous la hache, sorte de roman révolutionnaire dans le genre un peu usé duQuatre-vingt-treizede Hugo. L'auteur confesse lui-même qu'il s'agit d'un fond de tiroir.[158]Cf.Les Diaboliques.[159]Cf.Memorandum.[160]Cf. Idem.[161]Cf.Memorandum.[162]Voir la note141de la page 273.[163]Barbey d'Aurevilly est mort récemment. Ce fut, du reste, et sous toutes les poses de cette vie outrée, criarde, puérile, un véritable écrivain, un de ceux qui ont leur marque particulière, la fleur de coin dans l'expression à quoi on reconnaît les batteurs de style. VoirL'Ensorcelée,Une vieille maîtresse,Les Diaboliques,Un prêtre marié,Ce qui ne meurt pas, etc. Peut-être aussi qu'il ne m'eût point fallu tant m'attacher à ce dandysme et à ce diabolisme. Je me demande maintenant si c'est bien là tout l'homme, la synthèse de cette «âpre et solitaire destinée», dont a parlé M. Bourget, et à laquelle «le grand Barbey» aura dû «de séjourner dans un monde de visions magnifiques et de conserver une superbe intégrité de sa pensée». J'hésite; je ne serais pas éloigné de croire que c'est plutôt l'extérieur, la surface, l'enveloppe, ce qu'il voulait montrer de lui pour occuper les yeux. Et il peut se vanter d'avoir réussi, et que c'est bien ainsi qu'il n'a cessé d'apparaître à ses contemporains. Sa vraie vie, nul, dit-on, ne sait ce qu'elle a été. Elle tient peut-être dans ceToo late(trop tard!) dont il fit sa mélancolique devise. L'autre, au contraire, sa vie extérieure, il l'a étalée avec une complaisance si marquée qu'on peut le soupçonner de l'avoir fait exprès pour détourner des curiosités gênantes.[164]On se reportera sur Balzac à l'étude de M. Emile Faguet, dans sesEcrivains du XIXesiècle.—M. Nettement l'appelle d'une belle expression: «le poète des faits».[165]Principales œuvres:Le Comte Kostia,La Ferme du Choquard,L'Aventure de LadisLas Boski,Olivier Maugand, etc. Valbert, le délicat «essayiste» de laRevue des deux mondesn'est autre, comme on sait, que M. Cherbuliez. Se reporter sur M. Cherbuliez à un excellent article de M. André Bellessort (Chroniques, nod'oct. 1888.)[166]Cf.La petite Zette,Une Bourgeoise,La fille à Blanchard,Bonnet-Rouge, etc.[167]Cf.Solange de Croix-Saint-Luc,Disparu,Mademoiselle de Bressier,Le fils de Coralie,La Marquise,Les Fils du siècle, etc.[168]Cf.Défroqué,Jean Malory,La baronne Almati,Gisèle Rubens, etc.[169]Voir, en plus des livres que M. Camille Le Senne écrivit en collaboration avec M. Edmond Texier (La Dame du lac,Le Mariage de Rosette,Les Idées du docteur Simpson, etc.),En CommanditeetLouise Mengal. Ce dernier livre met en scène un peintre homme du monde de l'avenue de Villiers. C'est un des sujets les plus fréquemment traités par nos romanciers.[170]Cf.Les Cravates blanches,Le Chantage,Courtisane,La bouche de Mme X...,Mademoiselle Giraud ma femme,Alphonsine, Hélène et Mathilde, etc., etc.[171]Cf. leRoman naturaliste(Art.:Le Reportage dans le roman).[172]AinsiMademoiselle Giraud, ma femme.[173]Voir avecHenriettelesContes en prosede M. François Coppée.—Tout dernièrement (trop tard pour mon texte) l'Illustrationa publié de lui un nouveau roman. Le héros du livre, Amédée Violette, ne laisse pas que de présenter certains rapports d'esprit avec l'auteur. Monographie attachante, au demeurant, écrite dans cette jolie langue souple et dorée que vous connaissez bien, avec je ne sais quelle vague tristesse, comme un rappel de souvenirs, la gloire perdue, l'oubli qui vient.. Le livre s'appelle:Toute la jeunesse.[174]Je note que Sainte-Beuve appréciait fort la «sensibilité» de M. Paul Perret. Cf.Nouveaux lundis, t. V (art.Feuillet).[175]Voir le chapitre I, p.33.[176]On trouve en tête du livre une préface de M. Adolphe Brisson, où l'intelligent critique recherche et démêle les causes du pessimisme contemporain dans ses rapports avec la littérature. J'en détache la conclusion, qui me paraît trouver sa place ici:«La plupart des jeunes écrivains... repoussent violemment les traditions du roman d'hier. Ils répudient, avec une véhémence un peu ridicule, l'idéalisme de George Sand et la fantaisie de Dumas père. Ils ne veulent pas que le roman ressemble à une œuvre d'imagination. Ils n'admettent pas que l'écrivain puisse pétrir à son gré la réalité, inventer des caractères, interpréter la nature et l'embellir. Ils exigent qu'il la suive pas à pas. Entre leurs mains, le roman revêt un caractère purement psychologique; l'analyse y remplace l'invention; l'observation patiente des milieux y tient lieu des belles imaginations. En un mot, le roman n'est plus un écrit; c'est une étude, une copie désintéressée de la vie contemporaine. L'auteur dissèque avec amour l'âme, ou pour mieux dire, le tempérament de ses héros; il en démonte les ressorts cachés; il en fait vibrer les fibres secrètes; il le met à nu devant nous.«Cette anatomie morale n'est pas sans dangers. Celui qui procède à ces analyses s'y livre avec passion, et, par cela même, les pousse trop loin, au delà des limites raisonnables. Après avoir étudié les grands mouvements de l'âme humaine, il passe aux secondaires, puis aux plus petits. Une tendance secrète l'attire vers les exceptions physiologiques et psychologiques. Les monstres le tentent, l'intéressent; il aime mieux peindre les déviations de l'amour que l'amour lui-même; il se grise avec ses recherches. Il lui semble qu'il n'atteint jamais la vérité, qu'il ne fouille jamais assez profond, et la crainte qu'il a d'être banal et superficiel le conduit tout droit aux complexités bizarres. De là, cette psychologie affinée, maladive, étrangement subtile, qui s'étale dans les romans de M. Huysmans, et dans les derniers livres des Goncourt. Enfin, pour exprimer ces sensations anormales, ces nuances infinies de la pensée et du sentiment, les mots usuels ne suffisent plus. On en invente; on crée ces épithètes extraordinaires, ces verbes macabres, ces mots surprenants, qui ne participent pas plus du français que du chinois et qui font de certains livres modernes une énigme prétentieuse et puérile.»[177]Cf.Les Mariages d'aujourd'hui,Petits mémoires d'une stalle d'orchestre,Les fredaines de Jean de Cérilly,La Pivardière le bigame, etc.[178]Cf.Serge Panine,Les Dames de Croix-Mort,Le Maître de Forges,La grande Marnière,Noir et Rose,Volonté, etc.[179]Cf.Le comte Xavier,Nouvelles russes,Un Violon russe,Angèle,Cléopâtre,Claire fontaine,L'Amie, etc.[180]Cf.La Chasse aux juifs. M. Delines est un des traducteurs attitrés des romans russes (traduct. de Tolstoï et de Tchédrine).[181]Voir surtout sesContes juifs. M. de Sacher-Masoch, petit-russien de naissance, est originaire de Lemberg. Son cas présente quelques rapports avec celui de Tourguenieff, qui écrivit comme lui dans sa langue natale et en français. On admire fort, à l'étranger, sonKaunitz, sonDernier roi des magyarsetLe fils de Caïn.[182]Voir sesContes russes. M. Sichler a écrit uneHistoire de la littérature russequi a quelque mérite dans sa partie mythique et légendaire.[183]Un pseudonyme qui cache je ne sais qui, mais point un français, à coup sûr. Gauchement écrits, les romans d'Ary Ecilaw (Roland,Une altesse impériale, etc.), fourmillent, dit-on, de révélations sur les cours du nord.[184]Voir la série desVa-nu-pieds de Londres.[185]Cf.Le Retour,Tête folle, etc. Au reste, M. Bentzon est surtout connu pour ses études et traductions.[186]Cf.La moderne Babylone,Jacques Bonhomme chez John Bull,Au pays des brouillards, etc.[187]Cf.Jonathan et son continent,John Bull et son île, etc.[188]Cf.Les Clientes du docteur Bernagus,Laborde et Cie,L'Eau dormante, etc.[189]Cf.L'Homme des déserts,Les Mangeurs de feu, etc.[190]Cf.Le tour du monde d'un gamin de Paris(série),Les Mystères de la Guyane, etc.[191]Cf.L'Allemagne amoureuse,Histoires militaires,La Vie viennoise, etc.[192]Cf.Les Mémoires d'un orphelin,Les Fiancés du Spitzberg,Les Ames en peine,Le Roman d'un héritier,Hélène et Suzanne, etc.[193]Voir chap.VIII(Les Romantiques). Ajoutez à la liste des livres cités dans la noticeIskender(roman persan), d'une grande vie, d'un beau souffle.[194]Cf.Vingt mille lieues sous les mers,Les Enfants du capitaine Grant,L'Ile mystérieuse,Cinq semaines en ballon,Michel Strogoff,Aventures de trois Russes et de trois Anglais,Le tour du monde en 80 jours,Nord contre Sud, etc. Jules Verne est plus qu'en puissance déjà dans Edgar Poë. Il ne lui a pris que son merveilleux scientifique. Le reste de son héritage, le macabre, l'humour à vif, vous le retrouverez dans Villiers de l'Isle-Adam, par exemple.[195]Cf.Les Secrets de l'Océan,Le capitaine Ferragus,Flora chez les nains,Quinze mois dans la lune, etc. C'est du Jules Verne arrangé et pas au mieux. M. de Lamothe eut à répondre autrefois de ces imitations un peu bien directes.[196]Cf.Histoire d'une bouchée de pain,Les Serviteurs de l'estomac,Les contes du Petit-Château, etc.[197]Cf.Le Palais de marbre,La Vengeance du bonze,La fille du Boer, etc. Cette littérature enfantine a, du reste, beaucoup baissé. On y chercherait en vain les pendants àla Roche aux mouettes, àRomain Kalbris, àMaroussia, àJean-Paul Choppard, auPrince Coqueluche, ces chefs-d'œuvre d'antan.[198]Cf.Aigle et Colombe,Les Pieds d'argile,Bigarette,Le clan des Pentom,Les Rosaëc,Désertion, etc.[199]Cf.Les Laferté,Jacqueline,Denise,L'Ange du sommeil, etc.[200]Cf.Jean le boiteux,Visites à grand'mère,La Fille de l'aveugle, etc.[201]On se reportera, sur Mme Guerrier de Haulpt, à l'article que j'ai déjà cité de M. Paul Bourget, sur le roman piétiste et le roman naturaliste (Revue des deux mondes, 1873). Voir de Mme de HaulptLe Roman d'un athée,Le Trésor de Kermerel,La Clef des champs, etc.[202]Cf.Une dette d'honneur,En Poitou,La Faute du père,Petite reine, etc.[203]Cf.Marcelle Dayre,Sabine de Rivas,Aventures de Jean-Paul Riquet, etc.[204]Cf.Les Souvenirs d'un enfant de chœur,Les Récits du commissaire,Les athées du Pont-aux-Choux, etc.[205]Cf.Maître Bernillon,La Béate,Un mariage difficile,Chez l'oncle Aristide, etc.[206]Cf.Yves Trévirec,La Mission de Marguerite,Edith, etc.[207]Je prends M. Ninous au hasard. Mais j'aurais pu tout aussi bien nommer cinquante autres.[208]Cf.Aubanon Cinq-liards,Les Chevaliers de la Croix-Blanche,Le Crime de Maltaverne,Les Rois du Pays d'or,L'Honneur du Nom, etc., etc. Tous ces romans ont une réelle tenue littéraire; l'auteur est peut-être, à présent, notre meilleur romancier picaresque.[209]Cf.Le Panné,Le Wagon 303,Les Vaincus de la vie,L'Aventure d'une fille, etc.[210]Cf.Les Nuits du boulevard,Le Fer rouge,L'Enfant du Pavé,Les Drames du demi-monde,La duchesse d'Alvarès, et quelques nouvelles vraiment exquises (Le Trombone de Salzbach, par exemple). Mais c'est surtout à l'imagination que M. Zaccone a dû le succès très mérité de ses livres.[211]Cf.Le marquis de Saint-Luc,La Bataille de la bourse,Le Faubourg Saint-Antoine, etc.[212]Cf.Martyre,Les Deux orphelines,Les Remords d'un ange, etc.[213]Tels que M. Paul Saunière (Le beau Sylvain,Le Chevalier Tempête,Flamberge, etc.), M. Elie Berthet (Un mariage secret,Mère et fille,Le Château de Montbrun, etc.), Charles Valois (Le docteur André), Eugène Moret (La petite Kate), etc., etc.[214]—«Les goûts sur les livres changent de mode chez les Français comme les habits. Les longs romans pleins de paroles et d'aventures fabuleuses, vides des choses qui doivent rester dans l'esprit du lecteur et y faire fruit, étaient en vogue dans le temps que les chapeaux pointus étaient trouvés beaux. On s'est lassé presque en même temps des uns et des autres, et les petites histoires ornées des agréments que la vérité peut souffrir ont pris leur place et se sont trouvées plus propres au génie français, qui est impatient de voir en deux heures le dénouement et la fin de ce qu'il commence à lire.»—De qui ces lignes? D'un certain Le Noble, auteur d'Ildegerte, reyne de Norwège, ouL'amour magnanime, nouvelle historique, publiée en 1646, et précédée d'un à-qui-lit dont je les ai extraites.

[1]Un exemple. LeJournal général de la librairieporte environ 570 titres de romans nouveaux pour l'année 1887. Et je mets à part les rééditions et les traductions.[2]On connaît, je pense, les romans de M. Emile Zola: sesContes à Ninon, d'abord, puisLes Rougon-Macquart, avecLa conquête de Plassans,La Curée,Une page d'Amour,L'Assommoir,Nana,L'Œuvre,Germinal, etc., et enfinLa Terre, dont nous parlons surtout ici, et dont la publication était la dernière.[3]Voir leRoman naturalistede M. Brunetière,Le Réalisme et le Naturalismede M. A. David-Sauvageot, et les recueils critiques de M. Zola.[4]Cf. laRevue parisienne. Année 1840.[5]«Dans le train banal de l'existence», comme dit M. Emile Zola.[6]Voir le no1 dela Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg. Première année.[7]Voir aussi les vives et fines impressions de voyage publiées par M. Bonnetain sur l'extrême Orient et réunies sous diverses formes (Au large,L'Opium,Marsouins et mathurins,Au Tonkin).[8]M. Margueritte a publié, depuis que ceci est écrit, un maître roman:Jours d'épreuve.[9]Voir encore de M. Paul Margueritte:Maison ouverte,Mon père, etc. Ce dernier livre n'est pas écrit avec la simplicité qu'on désirerait. Mais M. Margueritte était bien jeune et enfoncé dans l'école.[10]Voirl'Immolation,le Bilatéral,les Corneille, etc., etc.[11]Il y a là-dessus un mot bien terrible de Sophocle et presque impossible à traduire:Πολλοι γαρ ηδη καν ονειρασι βροτωνΜητρι ξυνευνασθησαν...(Polloi gar êdê kan oneirasi brotônMêtri xyneunasthêsan...)(Œdipe-Roi, 966-967.)[12]Et très récemmentSous-offs, aggravation dans l'injure.[13]Ce dernier livre a surtout fait du bruit hors du clan naturaliste. On se reportera à l'article de M. Anatole France dans laVie littéraire(pages 73 et suiv.): «M. Abel Hermant reconnaîtra un jour qu'il a, sans le vouloir, offensé un des sentiments qui nous tiennent le plus au cœur. Il reconnaîtra qu'il est injuste de ne montrer que les moindres côtés des grandes choses et de ne voir dans l'armée que les laides humilités de la vie de garnison.» Lire encore de M. Hermant laSurintendante.[14]Voir du même auteur laReine Arthémise.[15]Citons pour leur excellent esprit lePompon vertde M. Toudouze etDisciplinéede M. Alphonse de Launay, deux livres, où les petitesses de la vie militaire sont noblement relevées par l'idée de patrie.[16]Dans laRevue des deux mondes. Article non recueilli (1873).[17]On en trouvera une bonne analyse dans l'Année littérairede M. Paul Ginisty (1887).[18]M. Francisque Sarcey dit de ce dernier roman: «Il est d'une conception puissante, d'une belle ordonnance et d'une exécution très grasse et très fouillée.» Voir encore de M. Lemonnier:Un mâle, l'HystériqueetHappechair. On peut lui rattacher un autre Belge, M. Georges Eckoud, l'auteur de laNouvelle Carthage.[19]Cf.Notes d'un journaliste, art. Henry Céard.[20]A moins qu'il ne fasse des livres de description pure, commeAu soleiletSur l'eau.[21]Ceci était écrit avantFort comme la mort. Il semble que l'auteur se renouvelle dans ce livre admirable de tout point.On peut rattacher à M. de Maupassant l'auteur de laPeau d'un hommeet de l'Ile muette, M. Montégut, qui a donné aussi auGil Blasdes contes et nouvelles dans la manière cursive de l'auteur d'Yvette. Mettons même, si vous voulez, que M. Dubut de Laforest, avec les livres qui s'appellentMlle de Marbeuf, laBonne à tout faire, leGaga, et qui sont dans la tradition de Pigault-Lebrun, relève comme littérateur de M. de Maupassant, puisque M. de Maupassant lui a donné par lettre publique ses titres de naturalisation.[22]Extrait duCalvaire, pages 86-87. On sent que le réalisme russe, que Tolstoï a passé là et sa saignante humanité.—Rapprochez l'admirable pièce de Théodore de Banville:Le prussien mort(Idylles prussiennes).[23]Se reporter auRoman naturalistede M. Ferdinand Brunetière. (Art.L'impressionisme dans le roman.)[24]Cf.Madame Gervaisais.[25]C'est l'expression de Théophile Gautier: «Les mots ont en eux-mêmes et en dehors du sens qu'ils expriment une beauté et une valeur propres, comme des pierres précieuses qui ne sont pas encore taillées et montées en bracelets, en colliers ou en bagues.» Ailleurs: «Il y a des mots diamant, saphir, rubis, émeraude, d'autres qui luisent comme du phosphore quand on les frotte, et ce n'est pas un mince travail de les choisir.»[26]Cf. la préface deEn 18...[27]Cf.Madame Gervaisais.[28]Et en particulier ceux du survivant. (Les frères Zemganno,Chérie,La Faustin, etc.)[29]Cf.Les nouveaux lundis. (Art. Pontmartin), tome IX.[30]Avec toutes les lacunes que le mot comporte.[31]Cf. lesSouvenirs d'un homme de lettres(Une lecture chez Edmond de Goncourt.)[32]Cf. lesContemporains(Art. Alphonse Daudet). Principales œuvres de M. Daudet: LesContes,Numa Roumestan, leNabab, lesRois en exil,Sapho,Tartarin de Tarascon,Jack,Fromont jeune et Risler aîné, l'Immortel, sa dernière œuvre.[33]Jean des Vignesvient d'avoir son pendant dans laChèvre d'or.[34]Voir l'Observateur français, du 10 avril. Je citerai, comme une jolie page de style impressionniste le passage suivant d'une nouvelle de M. Chalon (mort maintenant): «... Il y soufflait toujours, dans ce haut Saint-Majan, un vent terrible, qui vous avait une voix et des cris à croire qu'il était vivant. Il arrivait en grondant, tout en colère, des hauteurs du Trou-la-Baume, fier avec ça et parlant haut, comme un conquérant qui somme une forteresse; puis, houm! houm! de grands coups d'aile appliqués contre le mur, comme avec un bélier; puis un silence, il attendait qu'on lui ouvrît, et comme on n'avait garde, il se fâchait tout rouge. C'était une belle rage alors. On aurait dit qu'il prenait du champ; puis terriblement il s'engouffrait dans les rues trop étroites pour ses ailes. Il allait comme un aveugle, droit devant lui, se brisait au coin des maisons, tourbillonnait dans les enfoncements, faisait trembler les vitres, battait les contre-vents détachés, s'acharnait après les girouettes, culbutait les tuiles des vieux toits, buvait d'une lapée l'eau des ruisseaux, s'abattait sur les arbres de la place avec un bruit d'averse, souffletait la flamme des réverbères, bref, menait un train d'enfer. Et quel virtuose! quels cris! quels hurlements! quels gémissements! Tantôt il commandait, tantôt il suppliait. Il avait des clameurs de clairon et des vagissements de bête blessée! Tour à tour humble et belliqueux, il pleurait comme un petit enfant, puis, fantasque en ses allures, il embouchait sa longue trompette et vous sonnait des fanfares, des chevauchées qui s'en allaient au galop le long des murailles. Enfin, convaincu peut-être de son impuissance, il se faisait tout petit, se taisait presque, se glissait sous les portes, montait l'escalier vivement et venait remuer quelque portière souple, ou faire danser la flamme de la lampe sur la grande table où j'étudiais.»[35]Voyez cette exquise petite nouvelle: leMousse.[36]Précédemment dansUn de nous.[37]Comme romans, on lui doitMonsieur le ministre,Robert Burat,Madeleine Bertin, leBeau Solignac, lesAmours d'un interne, etc.[38]Cf. leRoman naturaliste. (Art.Le reportage dans le roman.)—Voyez encore sur M. Claretie tels articles, admirables de dédain et d'ironie, de M. Henri Fouquier.[39]Publiées dans leMonde illustré, d'abord. Sur la querelle qui en résulta, je renverrai aux articles de M. Jules Tellier dans leParti nationaldu 20 janvier 1888 et de M. Maurice Barrès dans leVoltairedu 14.[40]«Des noix! Des noix!»[41]Remarquons pourtant que M. Moréas proteste contre ces qualifications: «Cette manifestation (la manifestation symboliste), couvée depuis longtemps, vient d'éclore. Et toutes les anodines facéties des joyeux de la presse, toutes les inquiétudes des critiques graves, toute la mauvaise humeur du public surpris dans ses nonchalances moutonnières ne font qu'affirmer chaque jour davantage la vitalité de l'évolution actuelle dans les lettres françaises, cette évolution que des juges pressés notèrent, par une inexplicable antinomie, de décadence. Remarquez pourtant que les littératures décadentes se révèlent essentiellement coriaces, filandreuses, timorées et serviles... Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école? L'abus de la pompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes: caractéristiques de toute renaissance...» (Manifeste des symbolistes.)[42]Et d'autres grands poètes avant lui. «C'est à mon avis, dit M. Paul Bourget, une des preuves les plus frappantes de la hauteur de vue d'Alfred de Vigny que d'avoir deviné la valeur poétique du symbolisme. La beauté poétique pure réside en effet dans la suggestion plus encore que dans l'expression... Il faut, pour que le sortilège des beaux vers s'accomplisse, du rêve et de l'au-delà, de la pénombre morale et du mystérieux.» (Journal des Débats, 24 mars 1885.) Mais mystérieux n'est pas synonyme d'obscur.[43]J'abrège la nomenclature. Pourtant il serait dommage d'oublier «l'histoire du monsieur qui a la diarrhée».[44]Cf. le no1 de laRevue de Paris et de Saint-Pétersbourg. Première année.[45]Rouvrons le manifeste de M. Moréas: «Ennemi de l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective», le symbolisme «cherche à vêtir l'Idée d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette. L'Idée, à son tour, ne doit point se laisser voir privée des somptueuses simarres des analogies extérieures; car le caractère essentiel de l'art symbolique consiste à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'Idée en soi...»[46]Voir non lesDemoiselles Goubert(médiocre),Le thé chez Miranda(médiocre encore), maisSoietEtre.[47]Cf. laRevue indépendantede juillet 1887 (L'empereur Constant, paraphrase).[48]Sur M. Moréas, poète, et de premier ordre souvent, voirNos poètes, de M. Jules Tellier (art.Symbolistes).[49]Plus des vers incompréhensibles, sous les «simarres de leurs analogies extérieures»,Les palais nomades.[50]VoirLudinesurtout.Seulsmarque un progrès. Je renvoie surLudineà un excellent article de M. Gustave Geffroy, réimprimé dansLes notes d'un journaliste.[51]Encore cette page s'entend-elle nettement. Mais que démêler dans celle-ci, Seigneur, que j'emprunte à desnotesde M. Stéphane Mallarmé?«La Gloire! je ne la sus qu'hier, irréfragable, et rien ne m'intéressera d'appelé par quelqu'un ainsi.«Cent affiches s'assimilant l'or incompris des jours, trahison de la lettre, ont fui, comme à tous confins de la ville, mes yeux au ras de l'horizon, par un départ sur le rail traînés avant de se recueillir dans l'abstruse fierté que donne une approche de forêt en son temps d'apothéose.«Si discord parmi l'exaltation de l'heure, un cri faussa ce nom connu, pour déployer la continuité de cimes tard évanouies, Fontainebleau, que je pensai, la glace du compartiment violentée, du poing aussi étreindre à la gorge l'interrupteur: Tais-toi! Ne divulgue pas, du fait d'un aboi indifférent, l'ombre ici insinuée dans mon esprit, aux portières de wagons battant sous un vent inspiré et égalitaire, les touristes omniprésents vomis. Une quiétude menteuse de riches bois suspend alentour quelque extraordinaire état d'illusion, que ne réponds-tu? qu'ils ont ces voyageurs, pour ta gare aujourd'hui quitté la capitale,—(oh! cet alexandrin de Baour-Lormian dans cette prose!)—bon employé vociférateur par devoir, et dont je n'attends, loin d'accaparer une ivresse à tous départie par les libéralités conjointes de la Nature et de l'Etat, rien qu'un silence prolongé, le temps de m'isoler de la délégation urbaine vers l'extatique torpeur de ces feuillages là-bas trop immobilisés pour qu'une crise ne les éparpille bientôt dans l'air; voici, sans attenter à ton intégrité, tiens, une monnaie.«Un uniforme inattentif m'invitant vers quelque barrière, je remets sans dire mot, au lieu du suborneur métal, mon billet.«Obéi pourtant, oui, à ne voir que l'asphalte s'étaler nette de pas, car je ne peux encore imaginer qu'en ce pompeux octobre exceptionnel du million d'existences étageant leur vacuité en tant qu'une monotonie énorme de capitale dont va s'effacer ici la hantise avec le coup de sifflet sous la brume, aucun furtivement évadé que moi n'ait senti qu'il est, cet an, d'amers et lumineux sanglots, mainte indécise flottaison d'idée désertant les hasards comme des branches, tel frisson et ce qui fait penser à un automne sous les cieux.«Personne et, les bras de doute envolés comme qui porte aussi un lot d'une splendeur secrète, trop inappréciable trophée pour paraître! mais sans du coup m'élancer dans cette diurne veillée d'immortels troncs au déversement sur un d'orgueils surhumains (or ne faut-il pas qu'on en constate l'authenticité?), ni passer le seuil où des torches consument, dans une haute garde, tous rêves antérieurs à leur éclat, répercutant en pourpre dans la nue l'universel sacre de l'intrus royal qui n'aura eu qu'à venir: j'attendis, pour l'être, que lent et repris du mouvement ordinaire, se réduisit à ses proportions d'une chimère puérile emportant du monde quelque part, le train qui m'avait là déposé seul.»[52]M. Vignier n'a pas réuni ses nouvelles. Comme poète, il tient un rang très estimable. (VoirCenton.)[53]Et ils s'en font gloire! Dans un article de laCaravanedu 10 novembre 1889, je lis sous la signature P. Marius André: «Scientifiquement, voici l'évidence de la théorie symboliste: «Comme il faut plus d'énergie pour retrouver un objet sous un signe indirect que sous un signe direct, on fournit à l'entendement l'occasion d'employer plus de force disponible et par conséquent d'éprouver plus de plaisir.» (Dumont,Théorie scientifique de la sensibilité). La raison est amusante, tout de même. Mais alors qu'on nous ramène aux logogriphes et aux rébus.[54]Sur tels d'entre eux, consulter les recueils critiques de M. Jules Lemaître (Les contemporains), de M. Philippe Gille (La bataille littéraire), de M. Anatole France (La vie littéraire), de M. Paul Ginisty (L'année littéraire), les articles au jour le jour de M. Francisque Sarcey, F. Lhomme, Adolphe Brisson, Edmond Lepelletier, Édouard Petit, Charles Maurras, etc.[55]Je ne traite que du roman. Je n'ai pas besoin, je l'espère, de renvoyer aux beaux volumes de critique et de poésie de M. Bourget.—DepuisMensonges, leDisciplea paru.[56]Cf.Revue des Deux-Mondes. Cette nouvelle n'a point été recueillie en volume.[57]LaRevue bleuea publié, depuis que ceci est écrit, unConte philosophiquede M. Haraucourt. Voir encore ses vers, et particulièrementL'âme nue.[58]Au ch.XXVII, l. I,De l'Amitié.[59]«Il serait facile de le démontrer, dit M. Brunetière, ce que la plupart de nos romanciers savent le moins, quoi qu'ils en disent, quoi qu'ils veulent nous en imposer, ne vous y trompez pas: c'est leur métier.» (Le Roman naturaliste.)[60]Et des brochures, lesTaches d'encre, ou des articles et des nouvelles d'un esprit très fin, une autre brochure sur leQuartier latin, une autre, plus que critiquable par un côté:Huit jours chez M. Renan. Tout récemment enfin, il vient de publier son second roman,Un homme libre, qui consacre définitivement sa réputation. Voir l'article de M. Jules Lemaître (Figarodu 8 juin 1889).[61]Le Sainte-Beuve deVolupté.[62]Avec toutes les restrictions qu'une telle comparaison comporte. Lamennais, dans sa préface à l'Imitation, a très bien montré en quoi et par quoi l'Imitationse distingue des livres de morale profane: «L'auteur ne se borne pas, dit-il, à nous montrer nos misères: il en indique le remède; il nous le fait goûter; et c'est un de ces caractères qui distingue les écrivains ascétiques des simples moralistes. Ceux-ci ne savent guère que sonder les plaies de notre nature. Ils nous effrayent de nous-mêmes et affaiblissent l'espérance de tout ce qu'ils ôtent à l'orgueil. Ceux-là, au contraire, ne nous abaissent que pour nous relever; et, plaçant dans le ciel notre point d'appui, ils nous apprennent à contempler sans découragement, du sein même de notre impuissance, la perfection infinie où les chrétiens sont appelés.» Ceux qui ont lu le livre de M. Barrès trouveront peut-être que cette citation n'était pas déplacée ici.[63]Cf.Journal des Débatsdu 3 avril 1888.[64]Voir le recueil de ces portraits:Mémoires d'aujourd'hui.[65]Voir le roman du même nom. Voir aussiLes Monach. M. de Bonnières, très goûté comme critique et comme romancier, ne l'est peut-être pas assez comme poète.[66]Voir, pour la raison peut-être, la note59de la page 152.[67]Surtout pour la très belle scène romantique de la confession. L'auteur a depuis publié un autre roman à succès,Mademoiselle Jaufre.[68]Notez combien de nos romanciers ont essayé cette psychologie de la jeune fille du monde: Edmond de Goncourt avecChérie, Gyp avecLoulouetPaulette, Halévy avecPrincesse, etc. Je signale encore sur le même sujetFilles du monde, une forte étude de M. Oudinot, qu'il faudrait ranger parmi les jeunes impressionnistes d'avenir.[69]Cf. la préface deChonchette.[70]Depuis, M. Rod a donné un pendant à laCourse à la mort. Je renvoie sur ce très beau livre,Le Sens de la vie, à un excellent article de M. Charles Maurras, dans l'Instruction publiquedu 16 février 1889. Le «pessimiste» de M. Rod finit par trouver le bonheur dans le mariage. Ainsi la vie «prend un sens» pour lui. Soit! dit M. Maurras, mais adoptez le conseil. Est-il si sûr que le mariage vous guérisse aussi? «Ce jeune homme se marie; il aurait pu très bien se faire, précisément à cause de sa misanthropie et de son shopenhauérisme intellectuel, qu'il se refusât obstinément au mariage. Admettons que la nécessité, l'amour—qui est la plus efficace des nécessités—lui ait imposé ces justes noces; le héros de M. Rod a toujours ce bonheur immense, et peu prévu pour un analyste comme lui, de ne pas rencontrer dans le caractère, dans le tempérament de sa jeune femme, ces antipathies foncières contre lesquelles le pauvre amour éclate en morceaux comme un verre lancé contre une muraille. Il y a des différences dans leur pensée; il y a dans leurs personnes des points muets, des places qui ne vibrent pas—ou pas encore. Mais l'analyste, le chercheur, si bien qu'il pénètre, ne fait nulle part dans l'aimée cette angoissante découverte de l'ennemie, de l'autre, qui ôte au bonheur souhaité jusqu'à la possibilité d'être. Oh! le héros de M. Rod est un heureux! Et les événements arrivent bien à point, ni une heure trop tôt, ni une heure trop tard, pour lui révéler chacun des nouveaux liens qui l'ont rattaché à la vie sans qu'il y ait pris garde.—Tu croyais ne pas aimer ta femme! Mais vois donc, malheureux, comme te voilà jaloux de l'enfant avec qui il va falloir que tu partages sa tendresse! Tu croyais n'aimer pas ta fille, «ce paquet de chair rouge qui se violace et qui glousse», dont ta femme a tant souffert pendant cette nuit mortelle où tu te convulsais de rage, de honte et de peur, aux cris de l'accouchée,—cette petite envahissante qui t'a volé jusqu'aux soins de ta vieille bonne, a troublé le travail de tes soirs, le repos de tes nuits,—qu'as-tu donc, si tu ne l'aimes pas, à trembler comme un peuplier à la pensée de te voir enlever ta petite Marie?—Et c'est tout le temps ainsi. Mais si la petite Marie était morte, je vois distinctement à quelles récriminations blasphématoires l'aventure «paternelle» aurait pu tourner; et j'en dirai autant de l'aventure «mariage», car la naissance de Marie aurait pu être indéfiniment retardée par l'un quelconque des scrupules philosophiques de l'homme, l'une quelconque des appréhensions très modernes de la femme, ou par les précautions malthusiennes de tous les deux. Le héros de M. Rod risquait, en ce cas, d'ignorer perpétuellement son amour pour madame; et, à force de chercher en elle la petite bête, l'endroit défectueux, c'eût été bien le diable s'il ne l'eût découvert à la fin.»[71]La littérature est une mère avare. M. Quellien, comme tant d'autres, est employé dans un de nos ministères.[72]J'ai connu trop tard le livre de M. François Sauvy:Loin de la vie, pour donner à l'auteur la place qu'il mériterait. Du moins, signalerai-je le livre pour un des meilleurs romans «psychologiques» de ces dernières années.[73]Cf.Fragments d'un livre inéditetLe livre d'une Mère.[74]N'est-ce point un peu ce qu'a fait M. Maurice Barrès?[75]Principaux livres de M. France: Dans le roman,Les désirs de Jean Servien,Le crime de Sylvestre Bonnard,Jocaste,Balthazar,Le livre d'un enfant. En poésie,Les noces corinthiennes. En critique,La vie littéraire(série).[76]C'est peut-être à M. France qu'il faudrait rattacher M. Gilbert-Augustin Thierry, encore qu'il prétende à ne relever que de lui-même. On connaît de M. ThierryLes aventures d'une âme en peine, leCapitaine sans façon, surtoutMarfaetLa tresse blonde, d'où date son succès. Ce dernier livre est précédé d'une sorte de manifeste où je relève ce qui suit, pour la curiosité: «Notre vieux roman d'observationse meurt d'épuisement. (On ne s'en douterait guère....) Désormais l'étude de l'homme doit poursuivre sa recherche plus haut que l'homme, vers ces régions de l'Infini dont nous sommes des atômes passionnels.... Se haussant vers l'Occulte, s'élevant jusqu'au grand Inconnu, hardiment, le roman nouveau devra s'efforcer à pénétrer les abîmes réputés impénétrables, à percer les ténèbres dont l'absolu enveloppe son être.... L'absolu providentiel une fois dégagé, l'homme observé dans ses passions sera placé alors par son analyste en face des lois immuables, aux prises avec elles et sous leurs étreintes. Aussitôt bien des questions troublantes se présenteront à la divination de l'artiste-penseur...» C'est un beau phœbus pour dire que les sciences hypnotiques ouvrent une nouvelle voie à la curiosité du romancier. Et, en effet, toute une littérature hypnotique s'échafaude, avec laMarfade M. Thierry, l'Inconnude M. Paul Hervieu, leJean Mornasde M. Claretie, la série de laDécadence latinede M. Péladan, l'Uraniede M. Camille Flammarion, etc.[77]Suivi de quelques autres groupés sous le titre du premier.[78]Jésus ayant dit à Pilate: «Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité; quiconque est de la vérité écoute ma voix», Pilate lui répondit: «Qu'est-ce que la vérité?»[79]Je n'ai voulu rien changer à ceci, qui fut écrit quand Tellier vivait encore. Notre pauvre ami n'avait publié qu'un livre:Nos poètes, et des articles, çà et là, auGaulois, auParti nationalet auxAnnales. Mais il avait la tête pleine de projets. Il méditait un livre sur la poésie lyrique au moyen âge, un autre sur l'érudition des romantiques, un autre sur la versification française auXIXesiècle, un autre sur leTimonde Libanius et la sophistique grecque. Tout cela est perdu. Il laisse seulement un livre de vers,La Cité intérieure, que ses amis publieront bientôt et qui le classera en un haut rang, et, avec ses contes philosophiques et ses poèmes en prose, la matière d'un livre de mélanges. Lui-même devait les réunir à son retour d'Alger; il y aurait joint deux contes qu'il caressait dans sa tête:Le maître d'école de RavenneetLe voyage du rhéteur Epidius. Le livre se fût appeléLa mort. Hélas! cette mort, dont il inscrivait ainsi d'avance le nom sur son livre, elle est venue à vingt-six ans pour notre ami, pour la plus noble et la plus belle des intelligences de cette génération. Sa mort a été une consternation sans égale, et l'on peut dire qu'aucun jeune homme, depuis ce Maurice de Guérin qu'il aimait tant et dont la destinée fut si voisine de la sienne, n'a emporté avec lui un regret si universel.Suivent les titres desConteset desProsesqui ont paru de lui, tant dans lesChroniquesqu'auParti-national:Le pacte de l'écolier Juan,Nocturne,Discours à la bien-aimée,Les notes de Tristan Noël,Les deux paradis d'Abd-er-Rhaman. Je citerai le plus court de ces admirables morceaux:Nocturne.«Nous quittâmes la Gaule sur un vaisseau qui partait de Massilia, un soir d'automne, à la tombée de la nuit.«Et cette nuit-là et la suivante, je restai seul éveillé sur le pont, tantôt écoutant gémir le vent sur la mer, et songeant à des regrets, et tantôt aussi contemplant les flots nocturnes et me perdant en d'autres rêves.«Car c'est la mer sacrée, la mer mystérieuse où il y a trente siècles le subtil et malheureux Ulysse, agita ses longues erreurs; le subtile Ulysse, qui, délivré des périls marins, devait encore, d'après Tirésias, parcourir des terres nombreuses, portant une rame sur l'épaule, jusqu'à ce qu'il rencontrât des hommes si ignorants de la navigation qu'ils prissent ce fardeau pour une aile de moulin à vent.«C'est la mer que sillonnaient jadis sur les galères et les trirèmes les vieux poètes et les vieux sages; et comme ils se tenaient debout à la poupe, au milieu des matelots attentifs, attentive elle-même, elle a écouté en des nuits pareilles les chansons d'Homère et les paroles de Solon.«Et c'est aussi la mer où, dans les premiers siècles de l'erreur chrétienne, alors que le règne de la sainte nature finissait et que commençait celui de l'ascétisme cruel, le patron d'une barque africaine entendit des voix dans l'ombre, et l'une d'entre elles l'appeler et lui dire: «Le grand Pan est mort! Va-t'en parmi les hommes, et annonce-leur que le grand Pan est mort!»«Et, par la mystérieuse nuit sans étoiles, sur le chaos noir de la mer et sous le noir chaos du ciel, il y avait quelque chose de triste et d'étrange à songer que peut-être l'endroit innommé, mouvant et obscur, que traversait notre vaisseau avait vu passer tous ces fantômes, et qu'il n'en avait rien gardé.«Et c'est parce que cette pensée me vint, et qu'elle me parut étrange et triste, et qu'elle troubla longtemps mon cœur de rhéteur ennuyé, qu'il m'est possible encore, entre tant d'heures oubliées, d'évoquer ces lointaines heures noires où je rêvais seul sur le pont du navire parti de Massilia, un soir d'automne, à la tombée de la nuit.»[80]Cf. No2 desChroniques(livraison de décembre 1887).[81]On peut croire que M. Dumas a raconté cette crise de son génie dans ce fragment deLa dame aux perles:«Jusqu'au jour où Jacques avait connu la duchesse, il avait été un homme de talent, mais comme il y en a beaucoup, comme il y en aura toujours, comme tout le monde peut le devenir avec un peu d'étude, de jeunesse, de nature et de sentiment. Au début de sa carrière agréable, heureuse, distinguée, un amour prit tout à coup dans sa vie une grande importance et brusquement relégua au second plan ce talent si peu sûr de lui-même. Il souffrit de cet amour. Ce fut le commencement de sa transformation. Jamais il ne s'était avoué si complètement son infériorité, son inutilité en art. Alors commença son véritable travail, germa en lui la consolation réelle avec l'ambition de devenir un maître à son tour. Il admit pour lui la possibilité d'entreprendre plus qu'il n'avait fait jusqu'alors. A son grand étonnement, quand il se mit à l'œuvre, il trouva en lui des accents pleins, énergiques et mâles, qu'il avait ignorés jusqu'alors, impression facile d'une âme civilisée par la douleur. Son talent, éclairé et façonné par ces émotions intimes, prenait la couleur et le contour, sans qu'il sût positivement ce qu'il faisait, sans qu'il se fatiguât en efforts.»[82]Son père disait de lui: «Ce n'est pas de la littérature qu'il fait, c'est de la musique; on ne voit que des barres, et, de temps à autre, quelques paroles.»[83]Mort récemment.[84]Arsène Houssaye, à qui souvent, le cœur troubléRêvent les jeunes filles,A des cheveux pareils à ceux des champs de bléTombant sous les faucilles.(Th.de Banville.)[85]Cf.Contes pour les femmes,La couronne de bleuets,les Grandes Dames,Les comédiens sans le savoir, etc.[86]Cf.A outrance,70 et 90,Le petit manuel du parfait causeur parisien,Sans queue ni tête, etc.[87]Cf.Ohé, vitrier!Boutique de plâtres,Paris vicieux, etc.[88]Cf.Diogène le chien,La bêtise parisienne, et dans le roman l'Inconnusurtout.[89]Cf.Tarte à la crème,Entre minuit et une heure,Point et virgule, etc.[90]Cf. la série desGaietés de l'année.[91]Cf.Notes sur Paris.[92]Cf. lesJeudis de Madame Charbonneau,Mes mémoires, etc. Dans le roman:Un filleul de Beaumarchais,Contes d'un planteur de choux,Entre chien et loup, etc.[93]Cf.Fruits défendus,Paris aux cent coups,Le roman de Folette,l'Esprit du Boulevard,Paris en caleçon, etc.[94]Cf. les recueils deLa vie à Paris.[95]Cf. l'Invalide à la tête de bois,Zoologie morale, etc., et dans le romanFusil chargéetChimère.[96]Cf. lesBêtises vraies,Les petites comédies du vice,Les petits drames de la vertu, etc.[97]Cf. lesFrançais de la décadence,la Grande Bohème,Les signes du temps, etc.[98]Voir surtout la collection desGuêpes.[99]Cf.Les contemporains, art.De Glouvet. C'est ce qu'a fait, en les reliant d'un commentaire délicat, M. Charles Fuster, avec les vers desPoètes de clocher.[100]Cf.La Terre, de M. Zola.[101]Cf.Cézette, de M. Pouvillon.[102]Cf.Cézette.[103]Cf. Apulée:L'Ane d'or.[104]Le mot est de M. Rod, qui est lui-même un romancier de grand talent. On le retrouvera au chapitre desPhilosophes.[105]Cf.Les œillets de Kerlaz(La flouve odorante). p. 172.[106]«J'ai une idée claire et distincte du chiliogone, dit Descartes; mais je ne puis l'imaginer.» Rapprochez, par contraste, les jolis vers de M. Frédéric Plessis dans saLampe d'argile:Oh! puissé-je revoir...L'allée au banc de pierre et, devant la maison,Cet arbuste inconnu dont la fleur est si rose.En effet, cela m'en dit plus que tous les termes savants, à moi qui ne suis pas forcé d'être un botaniste.M. Theuriet a beaucoup écrit. En vers, c'est notre premier poète rustique. Il y est incomparable. Dans le roman, outre les livres que j'ai cités de lui, il faut connaître:Madame Heurteloup,Tante AurélieRaymondeLe fils Maugars,Toute seule,Eusèbe Lombard,Le Mariage de Gérard,L'Amoureux de la Préfète, etc.[107]Cf.L'Idéal,Le Forestier,Le Marinier,Le Père,Le Berger, etc. M. de Glouvet a publié sous l'anonyme, depuis que ceci est écrit, un roman à manifeste, intitulé:Marie Fougère, et qui s'est attiré une riposte assez vive de M. Alphonse Daudet.[108]Cf.Contes.[109]Cf.Madame Thérèse.[110]Cf.Maître Rok.[111]Cf.Le docteur Mathéus.[112]Cf.Madame Thérèse.[113]Cf.L'abbé Tigrane.[114]Cf.Lucifer.[115]Cf.Barnabé.[116]Ce charme, je le retrouve dans le dernier roman de M. Fabre:Norine. «Le sujet est très simple, dit M. Adolphe Brisson, et se résume en deux mots: l'auteur se promenant, en 1842, dans un village des Cévennes, où son oncle était curé, a rencontré une paysanne qui mangeait des cerises avec son fiancé. Il a partagé leur repas rustique, accompagné par la musique des chardonnerets. Quarante ans après, il retrouve cette paysanne établie charbonnière à Paris, dans une maison obscure de la rue Visconti. Et c'est tout...»[117]A bien des titres aussi, il m'eût fallu ranger M. Léon Cladel parmi les romanciers de la nature. Il a dit quelque part: «Si Paris a tué en moi le dévot et le chauvin qui s'y développèrent ensemble, il n'a même pas entamé le Celte, le paysan, et je reste, à l'instar de mes ancêtres, un des mille et mille pygmées fidèles à la grande nature, et aussi, comme mes devanciers, des étoiles, de la terre et de l'eau, de tout ce qui marche, vole, nage ou rampe, luit et respire.» C'est d'un bel effet; mais le côté champêtre n'est pas ce qui frappe d'abord chez M. Cladel. Voir néanmoins sur les paysans de M. Cladel un excellent article de M. Charles Buet (Revue bleuedu 4 janvier 1890).[118]On connaît, par ailleurs, l'admirable poète de laChanson des Roseset deToute la Comédie. Comme prosateur, on lui doit encore une très fine étude de la vie d'artiste, laPrincesse Pâle, écrite en collaboration avec M. G. Millet et parue trop tard pour trouver place ici. Du moins détacherai-je duGars Périerun épisode d'un rendu intense et profond: c'est celui où Constant Périer, le braconnier, à qui un vieux bonhomme, le père Marolles, a donné asile dans un réduit de la forêt de Bourgon, est pris par les gendarmes et grièvement blessé, au moment où, sur les instances de sa fiancée, Marie Allain, il se décidait à se livrer de lui-même à la justice:«Une sorte de conseil de guerre avait été tenu. Il y fut décidé qu'à tout prix on en finirait avec le gars. Et à l'heure même où le père Chenel s'en retournait de la forêt à Champ-Viel, près de Marie Allain bien impatiente, c'était dans les brigades un mouvement inusité, une animation, un entrain, comme en guerre avant une attaque. Les bons gendarmes ciraient leurs bottes, démontaient et nettoyaient leurs carabines, caressaient à grandes tapes sur le col et la croupe leurs chevaux étonnés. Le boutte-selle sonnait sur toutes les lèvres dans les écuries; et ainsi qu'elles l'eussent fait si leurs maris s'en étaient allés à une guerre véritable, les femmes silencieusement regardaient ces préparatifs avec des yeux douloureux, car probablement le gars se défendrait.«Comme il ne s'agissait pas d'envelopper seulement la forêt de Bourgon, mais les bois d'Hermet et tout le pays de Jublains à Deux-Evailles, les brigades s'ébranlèrent de minuit à deux heures du matin, selon que tel ou tel rôle leur avait été assigné. Une pluie glaciale tombait. La nuit était noire comme poix. Ce furent de tragiques départs. Dans les villages qu'on traversait, plus d'un, entendant le clapotement des fers des chevaux dans l'eau, risqua son nez à la fenêtre et frissonna de voir s'enfoncer en les ténèbres ces cavalcades d'hommes taciturnes engoncés dans leurs manteaux et qu'un bruit d'armes accompagnait.«Néanmoins, l'éveil ne fut pas donné, et quand, avec l'aube indécise, la battue commença, nul, en la forêt de Bourgon, ne soupçonnait ce déploiement de forces.«Quant à Constant, il avait chassé toute cette nuit, sous la pluie incessante. Et il était revenu à la hutte du père Marolles... Là, sur quelques fumerons, péniblement allumés dans la baie de la porte, il cuisine son maigre repas et de son mieux tâche de se réchauffer, sous ses vêtements mouillés.«Il a vidé ses poches; son couteau, de la ficelle, la lettre de Marie Allain sont sur la couchette. Il est tranquille, il ne se défie de rien, il tourne le dos au bois. Le père Marolles, pendant ce temps, était en quête d'un fagot un peu plus sec qui consentît à brûler. Il en a trouvé un, et, courbé sous ce fardeau, il s'achemine.—Mais les gendarmes sont à cent pas. Il les aperçoit, fait demi-tour.—«Eh! eh! dit le brigadier, voilà un bonhomme qui change bien vite de résolution.» Le brigadier interroge la clairière. Une mince fumée bleue s'échappe d'une hutte.—«Allons voir!» dit-il, et, par-dessus les buissons, qu'il domine du haut de son carcan, il reconnaît Constant à son habillement de velours, saute à bas de son cheval, confie les bêtes à l'un de ses hommes, se dirige avec l'autre vers la hutte, s'approche, et tout à coup:—«Perrier!» dit-il.«Constant, à cet appel, s'est dressé sur ses pieds. Aussitôt, il a son fusil en main. Et voici ce qui a lieu: tandis que le brigadier lui fait sommations sur sommations, il met un genou en terre, il arme son fusil, il épaule. Le brigadier n'obtenant de lui que cette réponse, se piète, ajuste, tire.. Le coup rate. Constant aurait pu trois fois tuer cet homme. Mais non, il a abaissé son arme.«La seconde balle du brigadier l'atteignit à la tête, le jeta à terre.—«Mort? hélas! le pauvre gars n'eut pas même la chance de mourir ainsi ..»[119]Voir surtoutChérieetMensonges.[120]Il y a encore, chez Henry Monnier, ces inénarrables scènes de la vie d'étudiant, trop crues pour nous, mais qu'on pourra trouver chez les éditeurs belges.[121]Cf.Autour du Mariage,Petit Bob,Loulou, etc. Se reporter à un exquis article de Jules Tellier (Parti-National, du 2 octobre 1888).[122]Mon «homme du monde» parle un peu ici comme les photographes. Il s'en excusa dans la conversation.[123]AvecLa Morte. On a lu de M. Feuillet sonRoman d'un jeune homme pauvre,M. de Camors,Julia de Trécœur,L'Histoire de Sybille, etc.[124]Cf.Fruits défendus, par Aurélien Scholl.[125]Cf.Nouveaux Lundis, tome X (art.Feuillet).[126]Et de l'Amie, duStage d'Adhémar, d'Un homme du monde, de l'Epousée, etc.[127]Cf.Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1887.[128]Voir la pièce du même nom. EtMonsieur et Madame Cardinal? EtLes petites Cardinal? On se reportera sur M. Halévy à un très fin article de M. A. Cartault, paru dans laRevue bleuedu 28 mai 1881, et qui, comme tant d'autres articles judicieux et délicats du même écrivain, mériterait d'être recueilli.[129]Voir encoreAutour d'une sourceetBabolain.[130]Cf.Andrée,L'Unisson,Le Garde du corps, etc.[131]Mais que d'exagération en tout ceci! Mon «homme du monde», quand il s'exprimait si dédaigneusement, n'avait certainement pas luFin de rêve, et, dansFin de rêve, la description de la revue, les pages sur Gambetta, l'agonie tragique du grand homme. Que n'assistait-il, comme nous, à une conférence de M. Maurice Souriau, où l'orateur, prenant pour texte les romans militaires, faisait haleter toute une salle en lisant des fragments de ce beau livre!...[132]Mort depuis.[133]Cf.L'Aventure de Briscart. M. Dayot a publié aussi chez Magnier desSouvenirs de voyage(Italie, Espagne, Portugal) qui sont pleins de verve et d'esprit.[134]Cf.Drames en cinq minutes. Une des nouvelles,Fleur bretonne, est à noter pour l'identité de thème qu'elle présente avecPêcheurs d'Islande. Elle a paru dans leRappeldes 7 et 8 juillet 1884, et, s'il y a eu réminiscence (dont je doute), ce n'est point, la date le montre, chez M. Destrem.[135]«Son style est agaçant, dit M. Maurice Barrès, coupé, heurté, rentré, plein de réticences, d'allusions, d'éruditions boulevardières, mais très propre par sa complexité même à rendre l'aventure du Parisien sensuel et énergique que paraît être l'auteur. Tous ses livres sont des confessions, poèmes brutaux, ou mieux encore affiches d'amour; mais timbrées d'un sceau personnel et à la date de cette époque.» (Les Chroniques, node sept. 1887.)[136]Qui fut supérieur dans quelques scènes duPrêtre.[137]Il y faudrait la plume d'airain qui servit dans sa tâche l'auteur duDictionnaire des cent mille adresses. N'oublions point cependant Tancrède Martel avecLa main aux dames; Frantz-Jourdain, avecBeau-Mignon; Jacques Lozère, avec saVie en jaune; Lucien-Victor Meunier, avecPlaisirs en deuil; Jules Lermina, avec sesHistoires incroyables; Alain Beauquesne, avec lesAmours cocasses; Charles Grandmougin, avec sesContes d'aujourd'hui; Léon Allard, avecLes Vies muettes; Guillaume Livet, avec lesRécits de Jean Féru; Edmond Thiaudière, avecLa Proie du néant; Gaston Bergeret, avec sesContes modernes; Gabriel Marc, avecLindetta; Georges Moynet, avecEntre garçons; Auguste Erhard, avec sesContes panachés; Léon Deschamps, avec sesContes à Sylvie; Charles Diguet, avec lesContes du Moulin-Joli; Pierre Gauthiez, avecLa Danaé; Charles Lexpert, avec sesNouvelles gauloises; Camille Bruno, avecEn désordre; Paul Chetelat, avecLe Monde où l'on s'abuse; Noël Blache, avecLes Clairs de soleil; Fernand Boissier, avecLe Galoubet; Jules de Marthold, avecCasse-Noisetteet lesContes sur la Branche; H. de Chennevières, avec lesContes sans «qui» ni «que», etc., etc.Encore n'ai-je point parlé des nouvelles de certains maîtres, Daudet, France, Bourget, d'Aurevilly, etc., qui ont marqué ailleurs, non plus que des recueils en collaboration publiés annuellement par la Société des gens de lettres, par les secrétaires des journaux de Paris, par les chroniqueurs judiciaires, etc. Toutefois relèverai-je dans ce dernier recueil le nom d'un alerte et spirituel nouvelliste, M. L. Vonoven. Je rappellerai enfin, au hasard, les noms de quelques écrivains de talent, dont les nouvelles, contes, «proses», traductions et adaptations, publiés un peu partout dans nos périodiques parisiens, n'ont pas encore été réunis en volume: ainsi M. Emile Michelet, M. Raymond de la Tailhède, M. Charles Frémine, M. Anatole Lebraz, M. Raoul Gineste, M. Ephraïm Mikaël, M. Lucien Charles, M. Emile Taboureux, M. Robert de la Villehervé.[138]Cf.Revue bleuedu 28 mai 1881.[139]Cette haine du bourgeois est bien caractéristique. Vous la retrouverez chez presque tous, et c'est en particulier le thème favori de M. Richepin et de M. Barbey d'Aurevilly.[140]«Pendant longtemps, dit M. Emile Faguet, George Sand a reçu et reflété. En 1831, elle disait gaiement: «Les monstres sont à la mode, faisons des monstres.» Les monstres de George Sand ne pouvaient pas être très monstrueux; mais c'étaient, en effet, des êtres bien extraordinaires.»Etudes littéraires sur le XIXesiècle, art. George Sand.[141]Voyez par exemple, pages 209 et suiv.N'a qu'un œil. Il y a aussi le latin de M. Cladel. Page 198 du même livre:salve, regina; salve, rege(pourrex), etc. Observez que le livre commence ainsi: «Xénophon, Horace, Virgile, Tacite, Juvénal, Esope, Aristophane, Eschyle, Sophocle, Euripide, Homère, et tous les autres classiques, grecs et latins, m'avaient excédé terriblement.» On le croirait.[142]L'œuvre de M. Mendès «est quelque chose comme la villa d'Hadrien, qui contenait des réductions de tous les monuments de l'univers. Seulement, dans l'édifice composite, vous trouverez un coin décoré d'un goût bien personnel, et c'est l'alcôve.» J. Tellier (Nos poètes, p. 204).[143]Et deBébé Million, et duBoulet, deP'tit-mi, desDeux femmes de mademoiselle, etc., etc.[144]Voir, par exemple, le début deSœur Doctrouvé.[145]Voir la confession du pape dansLes Débuts de César Borgia.[146]Cf.Les Débuts de César Borgia.[147]Cf.La Glu;Madame Andrée.[148]Cf.Monsieur Destrémeaux;Une Histoire de l'autre monde.[149]Remarquez qu'il y a presque toujours un saltimbanque dans ses livres. Vous en trouverez dansLes Braves gens, dansMiarka, dans lesMorts bizarres, dans laChanson des gueux, dansMonsieur Destrémeaux, dansUne Histoire de l'autre monde, etc.[150]Cf.Curieuse,Le Livre suprême,L'Initiation sentimentale, etc.[151]Mort depuis. Ses principaux livres sont:Les Contes cruels,L'Amour suprême,L'Eve future,Axël, etc.[152]N'est-ce pas à propos de sonNouveau Monde, que M. Weiss écrivait: «Dans tout autre domaine que le théâtre il est aisé d'appliquer des principes de cénacle... On conçoit gigantesque. On turlupine les maîtres reconnus et acceptés, et on ne s'est pas seulement donné la peine de les comprendre. On est luministe et immenséïste. On fait... des romans réfractaires, sans pieds ni têtes, où les ateliers du haut de Montmartre et les capharnaüms du boulevard Saint-Michel reconnaissent avec exaltation la vie comme elle est, exactement, superbement comme elle est..»[153]Le rapprochement, que je ne fais qu'indiquer ici (le premier, je crois), mériterait d'être suivi avec quelque développement. C'est tout un, le pharmacien deMadame Bovaryet celui deHermann et Dorothée.[154]Voir particulièrementLe Vol de l'éléphant blanc, de Marc Twain, etLa Légende de l'éléphant blanc, de M. de Villiers.[155]Plus, épouse divorcée de M. Catulle Mendès.[156]On trouvera sur M. Robidou de bons articles de M. Mario Proth et de M. Oscar Comettant. J'y renvoie. Tout récemment, sonHistoire du clergé pendant la Révolutiona fait faire un pas considérable à l'étude de ce grave problème.[157]Je laisse de côté iciSous la hache, sorte de roman révolutionnaire dans le genre un peu usé duQuatre-vingt-treizede Hugo. L'auteur confesse lui-même qu'il s'agit d'un fond de tiroir.[158]Cf.Les Diaboliques.[159]Cf.Memorandum.[160]Cf. Idem.[161]Cf.Memorandum.[162]Voir la note141de la page 273.[163]Barbey d'Aurevilly est mort récemment. Ce fut, du reste, et sous toutes les poses de cette vie outrée, criarde, puérile, un véritable écrivain, un de ceux qui ont leur marque particulière, la fleur de coin dans l'expression à quoi on reconnaît les batteurs de style. VoirL'Ensorcelée,Une vieille maîtresse,Les Diaboliques,Un prêtre marié,Ce qui ne meurt pas, etc. Peut-être aussi qu'il ne m'eût point fallu tant m'attacher à ce dandysme et à ce diabolisme. Je me demande maintenant si c'est bien là tout l'homme, la synthèse de cette «âpre et solitaire destinée», dont a parlé M. Bourget, et à laquelle «le grand Barbey» aura dû «de séjourner dans un monde de visions magnifiques et de conserver une superbe intégrité de sa pensée». J'hésite; je ne serais pas éloigné de croire que c'est plutôt l'extérieur, la surface, l'enveloppe, ce qu'il voulait montrer de lui pour occuper les yeux. Et il peut se vanter d'avoir réussi, et que c'est bien ainsi qu'il n'a cessé d'apparaître à ses contemporains. Sa vraie vie, nul, dit-on, ne sait ce qu'elle a été. Elle tient peut-être dans ceToo late(trop tard!) dont il fit sa mélancolique devise. L'autre, au contraire, sa vie extérieure, il l'a étalée avec une complaisance si marquée qu'on peut le soupçonner de l'avoir fait exprès pour détourner des curiosités gênantes.[164]On se reportera sur Balzac à l'étude de M. Emile Faguet, dans sesEcrivains du XIXesiècle.—M. Nettement l'appelle d'une belle expression: «le poète des faits».[165]Principales œuvres:Le Comte Kostia,La Ferme du Choquard,L'Aventure de LadisLas Boski,Olivier Maugand, etc. Valbert, le délicat «essayiste» de laRevue des deux mondesn'est autre, comme on sait, que M. Cherbuliez. Se reporter sur M. Cherbuliez à un excellent article de M. André Bellessort (Chroniques, nod'oct. 1888.)[166]Cf.La petite Zette,Une Bourgeoise,La fille à Blanchard,Bonnet-Rouge, etc.[167]Cf.Solange de Croix-Saint-Luc,Disparu,Mademoiselle de Bressier,Le fils de Coralie,La Marquise,Les Fils du siècle, etc.[168]Cf.Défroqué,Jean Malory,La baronne Almati,Gisèle Rubens, etc.[169]Voir, en plus des livres que M. Camille Le Senne écrivit en collaboration avec M. Edmond Texier (La Dame du lac,Le Mariage de Rosette,Les Idées du docteur Simpson, etc.),En CommanditeetLouise Mengal. Ce dernier livre met en scène un peintre homme du monde de l'avenue de Villiers. C'est un des sujets les plus fréquemment traités par nos romanciers.[170]Cf.Les Cravates blanches,Le Chantage,Courtisane,La bouche de Mme X...,Mademoiselle Giraud ma femme,Alphonsine, Hélène et Mathilde, etc., etc.[171]Cf. leRoman naturaliste(Art.:Le Reportage dans le roman).[172]AinsiMademoiselle Giraud, ma femme.[173]Voir avecHenriettelesContes en prosede M. François Coppée.—Tout dernièrement (trop tard pour mon texte) l'Illustrationa publié de lui un nouveau roman. Le héros du livre, Amédée Violette, ne laisse pas que de présenter certains rapports d'esprit avec l'auteur. Monographie attachante, au demeurant, écrite dans cette jolie langue souple et dorée que vous connaissez bien, avec je ne sais quelle vague tristesse, comme un rappel de souvenirs, la gloire perdue, l'oubli qui vient.. Le livre s'appelle:Toute la jeunesse.[174]Je note que Sainte-Beuve appréciait fort la «sensibilité» de M. Paul Perret. Cf.Nouveaux lundis, t. V (art.Feuillet).[175]Voir le chapitre I, p.33.[176]On trouve en tête du livre une préface de M. Adolphe Brisson, où l'intelligent critique recherche et démêle les causes du pessimisme contemporain dans ses rapports avec la littérature. J'en détache la conclusion, qui me paraît trouver sa place ici:«La plupart des jeunes écrivains... repoussent violemment les traditions du roman d'hier. Ils répudient, avec une véhémence un peu ridicule, l'idéalisme de George Sand et la fantaisie de Dumas père. Ils ne veulent pas que le roman ressemble à une œuvre d'imagination. Ils n'admettent pas que l'écrivain puisse pétrir à son gré la réalité, inventer des caractères, interpréter la nature et l'embellir. Ils exigent qu'il la suive pas à pas. Entre leurs mains, le roman revêt un caractère purement psychologique; l'analyse y remplace l'invention; l'observation patiente des milieux y tient lieu des belles imaginations. En un mot, le roman n'est plus un écrit; c'est une étude, une copie désintéressée de la vie contemporaine. L'auteur dissèque avec amour l'âme, ou pour mieux dire, le tempérament de ses héros; il en démonte les ressorts cachés; il en fait vibrer les fibres secrètes; il le met à nu devant nous.«Cette anatomie morale n'est pas sans dangers. Celui qui procède à ces analyses s'y livre avec passion, et, par cela même, les pousse trop loin, au delà des limites raisonnables. Après avoir étudié les grands mouvements de l'âme humaine, il passe aux secondaires, puis aux plus petits. Une tendance secrète l'attire vers les exceptions physiologiques et psychologiques. Les monstres le tentent, l'intéressent; il aime mieux peindre les déviations de l'amour que l'amour lui-même; il se grise avec ses recherches. Il lui semble qu'il n'atteint jamais la vérité, qu'il ne fouille jamais assez profond, et la crainte qu'il a d'être banal et superficiel le conduit tout droit aux complexités bizarres. De là, cette psychologie affinée, maladive, étrangement subtile, qui s'étale dans les romans de M. Huysmans, et dans les derniers livres des Goncourt. Enfin, pour exprimer ces sensations anormales, ces nuances infinies de la pensée et du sentiment, les mots usuels ne suffisent plus. On en invente; on crée ces épithètes extraordinaires, ces verbes macabres, ces mots surprenants, qui ne participent pas plus du français que du chinois et qui font de certains livres modernes une énigme prétentieuse et puérile.»[177]Cf.Les Mariages d'aujourd'hui,Petits mémoires d'une stalle d'orchestre,Les fredaines de Jean de Cérilly,La Pivardière le bigame, etc.[178]Cf.Serge Panine,Les Dames de Croix-Mort,Le Maître de Forges,La grande Marnière,Noir et Rose,Volonté, etc.[179]Cf.Le comte Xavier,Nouvelles russes,Un Violon russe,Angèle,Cléopâtre,Claire fontaine,L'Amie, etc.[180]Cf.La Chasse aux juifs. M. Delines est un des traducteurs attitrés des romans russes (traduct. de Tolstoï et de Tchédrine).[181]Voir surtout sesContes juifs. M. de Sacher-Masoch, petit-russien de naissance, est originaire de Lemberg. Son cas présente quelques rapports avec celui de Tourguenieff, qui écrivit comme lui dans sa langue natale et en français. On admire fort, à l'étranger, sonKaunitz, sonDernier roi des magyarsetLe fils de Caïn.[182]Voir sesContes russes. M. Sichler a écrit uneHistoire de la littérature russequi a quelque mérite dans sa partie mythique et légendaire.[183]Un pseudonyme qui cache je ne sais qui, mais point un français, à coup sûr. Gauchement écrits, les romans d'Ary Ecilaw (Roland,Une altesse impériale, etc.), fourmillent, dit-on, de révélations sur les cours du nord.[184]Voir la série desVa-nu-pieds de Londres.[185]Cf.Le Retour,Tête folle, etc. Au reste, M. Bentzon est surtout connu pour ses études et traductions.[186]Cf.La moderne Babylone,Jacques Bonhomme chez John Bull,Au pays des brouillards, etc.[187]Cf.Jonathan et son continent,John Bull et son île, etc.[188]Cf.Les Clientes du docteur Bernagus,Laborde et Cie,L'Eau dormante, etc.[189]Cf.L'Homme des déserts,Les Mangeurs de feu, etc.[190]Cf.Le tour du monde d'un gamin de Paris(série),Les Mystères de la Guyane, etc.[191]Cf.L'Allemagne amoureuse,Histoires militaires,La Vie viennoise, etc.[192]Cf.Les Mémoires d'un orphelin,Les Fiancés du Spitzberg,Les Ames en peine,Le Roman d'un héritier,Hélène et Suzanne, etc.[193]Voir chap.VIII(Les Romantiques). Ajoutez à la liste des livres cités dans la noticeIskender(roman persan), d'une grande vie, d'un beau souffle.[194]Cf.Vingt mille lieues sous les mers,Les Enfants du capitaine Grant,L'Ile mystérieuse,Cinq semaines en ballon,Michel Strogoff,Aventures de trois Russes et de trois Anglais,Le tour du monde en 80 jours,Nord contre Sud, etc. Jules Verne est plus qu'en puissance déjà dans Edgar Poë. Il ne lui a pris que son merveilleux scientifique. Le reste de son héritage, le macabre, l'humour à vif, vous le retrouverez dans Villiers de l'Isle-Adam, par exemple.[195]Cf.Les Secrets de l'Océan,Le capitaine Ferragus,Flora chez les nains,Quinze mois dans la lune, etc. C'est du Jules Verne arrangé et pas au mieux. M. de Lamothe eut à répondre autrefois de ces imitations un peu bien directes.[196]Cf.Histoire d'une bouchée de pain,Les Serviteurs de l'estomac,Les contes du Petit-Château, etc.[197]Cf.Le Palais de marbre,La Vengeance du bonze,La fille du Boer, etc. Cette littérature enfantine a, du reste, beaucoup baissé. On y chercherait en vain les pendants àla Roche aux mouettes, àRomain Kalbris, àMaroussia, àJean-Paul Choppard, auPrince Coqueluche, ces chefs-d'œuvre d'antan.[198]Cf.Aigle et Colombe,Les Pieds d'argile,Bigarette,Le clan des Pentom,Les Rosaëc,Désertion, etc.[199]Cf.Les Laferté,Jacqueline,Denise,L'Ange du sommeil, etc.[200]Cf.Jean le boiteux,Visites à grand'mère,La Fille de l'aveugle, etc.[201]On se reportera, sur Mme Guerrier de Haulpt, à l'article que j'ai déjà cité de M. Paul Bourget, sur le roman piétiste et le roman naturaliste (Revue des deux mondes, 1873). Voir de Mme de HaulptLe Roman d'un athée,Le Trésor de Kermerel,La Clef des champs, etc.[202]Cf.Une dette d'honneur,En Poitou,La Faute du père,Petite reine, etc.[203]Cf.Marcelle Dayre,Sabine de Rivas,Aventures de Jean-Paul Riquet, etc.[204]Cf.Les Souvenirs d'un enfant de chœur,Les Récits du commissaire,Les athées du Pont-aux-Choux, etc.[205]Cf.Maître Bernillon,La Béate,Un mariage difficile,Chez l'oncle Aristide, etc.[206]Cf.Yves Trévirec,La Mission de Marguerite,Edith, etc.[207]Je prends M. Ninous au hasard. Mais j'aurais pu tout aussi bien nommer cinquante autres.[208]Cf.Aubanon Cinq-liards,Les Chevaliers de la Croix-Blanche,Le Crime de Maltaverne,Les Rois du Pays d'or,L'Honneur du Nom, etc., etc. Tous ces romans ont une réelle tenue littéraire; l'auteur est peut-être, à présent, notre meilleur romancier picaresque.[209]Cf.Le Panné,Le Wagon 303,Les Vaincus de la vie,L'Aventure d'une fille, etc.[210]Cf.Les Nuits du boulevard,Le Fer rouge,L'Enfant du Pavé,Les Drames du demi-monde,La duchesse d'Alvarès, et quelques nouvelles vraiment exquises (Le Trombone de Salzbach, par exemple). Mais c'est surtout à l'imagination que M. Zaccone a dû le succès très mérité de ses livres.[211]Cf.Le marquis de Saint-Luc,La Bataille de la bourse,Le Faubourg Saint-Antoine, etc.[212]Cf.Martyre,Les Deux orphelines,Les Remords d'un ange, etc.[213]Tels que M. Paul Saunière (Le beau Sylvain,Le Chevalier Tempête,Flamberge, etc.), M. Elie Berthet (Un mariage secret,Mère et fille,Le Château de Montbrun, etc.), Charles Valois (Le docteur André), Eugène Moret (La petite Kate), etc., etc.[214]—«Les goûts sur les livres changent de mode chez les Français comme les habits. Les longs romans pleins de paroles et d'aventures fabuleuses, vides des choses qui doivent rester dans l'esprit du lecteur et y faire fruit, étaient en vogue dans le temps que les chapeaux pointus étaient trouvés beaux. On s'est lassé presque en même temps des uns et des autres, et les petites histoires ornées des agréments que la vérité peut souffrir ont pris leur place et se sont trouvées plus propres au génie français, qui est impatient de voir en deux heures le dénouement et la fin de ce qu'il commence à lire.»—De qui ces lignes? D'un certain Le Noble, auteur d'Ildegerte, reyne de Norwège, ouL'amour magnanime, nouvelle historique, publiée en 1646, et précédée d'un à-qui-lit dont je les ai extraites.

[1]Un exemple. LeJournal général de la librairieporte environ 570 titres de romans nouveaux pour l'année 1887. Et je mets à part les rééditions et les traductions.

[2]On connaît, je pense, les romans de M. Emile Zola: sesContes à Ninon, d'abord, puisLes Rougon-Macquart, avecLa conquête de Plassans,La Curée,Une page d'Amour,L'Assommoir,Nana,L'Œuvre,Germinal, etc., et enfinLa Terre, dont nous parlons surtout ici, et dont la publication était la dernière.

[3]Voir leRoman naturalistede M. Brunetière,Le Réalisme et le Naturalismede M. A. David-Sauvageot, et les recueils critiques de M. Zola.

[4]Cf. laRevue parisienne. Année 1840.

[5]«Dans le train banal de l'existence», comme dit M. Emile Zola.

[6]Voir le no1 dela Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg. Première année.

[7]Voir aussi les vives et fines impressions de voyage publiées par M. Bonnetain sur l'extrême Orient et réunies sous diverses formes (Au large,L'Opium,Marsouins et mathurins,Au Tonkin).

[8]M. Margueritte a publié, depuis que ceci est écrit, un maître roman:Jours d'épreuve.

[9]Voir encore de M. Paul Margueritte:Maison ouverte,Mon père, etc. Ce dernier livre n'est pas écrit avec la simplicité qu'on désirerait. Mais M. Margueritte était bien jeune et enfoncé dans l'école.

[10]Voirl'Immolation,le Bilatéral,les Corneille, etc., etc.

[11]Il y a là-dessus un mot bien terrible de Sophocle et presque impossible à traduire:

Πολλοι γαρ ηδη καν ονειρασι βροτωνΜητρι ξυνευνασθησαν...(Polloi gar êdê kan oneirasi brotônMêtri xyneunasthêsan...)

(Polloi gar êdê kan oneirasi brotônMêtri xyneunasthêsan...)

(Œdipe-Roi, 966-967.)

[12]Et très récemmentSous-offs, aggravation dans l'injure.

[13]Ce dernier livre a surtout fait du bruit hors du clan naturaliste. On se reportera à l'article de M. Anatole France dans laVie littéraire(pages 73 et suiv.): «M. Abel Hermant reconnaîtra un jour qu'il a, sans le vouloir, offensé un des sentiments qui nous tiennent le plus au cœur. Il reconnaîtra qu'il est injuste de ne montrer que les moindres côtés des grandes choses et de ne voir dans l'armée que les laides humilités de la vie de garnison.» Lire encore de M. Hermant laSurintendante.

[14]Voir du même auteur laReine Arthémise.

[15]Citons pour leur excellent esprit lePompon vertde M. Toudouze etDisciplinéede M. Alphonse de Launay, deux livres, où les petitesses de la vie militaire sont noblement relevées par l'idée de patrie.

[16]Dans laRevue des deux mondes. Article non recueilli (1873).

[17]On en trouvera une bonne analyse dans l'Année littérairede M. Paul Ginisty (1887).

[18]M. Francisque Sarcey dit de ce dernier roman: «Il est d'une conception puissante, d'une belle ordonnance et d'une exécution très grasse et très fouillée.» Voir encore de M. Lemonnier:Un mâle, l'HystériqueetHappechair. On peut lui rattacher un autre Belge, M. Georges Eckoud, l'auteur de laNouvelle Carthage.

[19]Cf.Notes d'un journaliste, art. Henry Céard.

[20]A moins qu'il ne fasse des livres de description pure, commeAu soleiletSur l'eau.

[21]Ceci était écrit avantFort comme la mort. Il semble que l'auteur se renouvelle dans ce livre admirable de tout point.

On peut rattacher à M. de Maupassant l'auteur de laPeau d'un hommeet de l'Ile muette, M. Montégut, qui a donné aussi auGil Blasdes contes et nouvelles dans la manière cursive de l'auteur d'Yvette. Mettons même, si vous voulez, que M. Dubut de Laforest, avec les livres qui s'appellentMlle de Marbeuf, laBonne à tout faire, leGaga, et qui sont dans la tradition de Pigault-Lebrun, relève comme littérateur de M. de Maupassant, puisque M. de Maupassant lui a donné par lettre publique ses titres de naturalisation.

[22]Extrait duCalvaire, pages 86-87. On sent que le réalisme russe, que Tolstoï a passé là et sa saignante humanité.—Rapprochez l'admirable pièce de Théodore de Banville:Le prussien mort(Idylles prussiennes).

[23]Se reporter auRoman naturalistede M. Ferdinand Brunetière. (Art.L'impressionisme dans le roman.)

[24]Cf.Madame Gervaisais.

[25]C'est l'expression de Théophile Gautier: «Les mots ont en eux-mêmes et en dehors du sens qu'ils expriment une beauté et une valeur propres, comme des pierres précieuses qui ne sont pas encore taillées et montées en bracelets, en colliers ou en bagues.» Ailleurs: «Il y a des mots diamant, saphir, rubis, émeraude, d'autres qui luisent comme du phosphore quand on les frotte, et ce n'est pas un mince travail de les choisir.»

[26]Cf. la préface deEn 18...

[27]Cf.Madame Gervaisais.

[28]Et en particulier ceux du survivant. (Les frères Zemganno,Chérie,La Faustin, etc.)

[29]Cf.Les nouveaux lundis. (Art. Pontmartin), tome IX.

[30]Avec toutes les lacunes que le mot comporte.

[31]Cf. lesSouvenirs d'un homme de lettres(Une lecture chez Edmond de Goncourt.)

[32]Cf. lesContemporains(Art. Alphonse Daudet). Principales œuvres de M. Daudet: LesContes,Numa Roumestan, leNabab, lesRois en exil,Sapho,Tartarin de Tarascon,Jack,Fromont jeune et Risler aîné, l'Immortel, sa dernière œuvre.

[33]Jean des Vignesvient d'avoir son pendant dans laChèvre d'or.

[34]Voir l'Observateur français, du 10 avril. Je citerai, comme une jolie page de style impressionniste le passage suivant d'une nouvelle de M. Chalon (mort maintenant): «... Il y soufflait toujours, dans ce haut Saint-Majan, un vent terrible, qui vous avait une voix et des cris à croire qu'il était vivant. Il arrivait en grondant, tout en colère, des hauteurs du Trou-la-Baume, fier avec ça et parlant haut, comme un conquérant qui somme une forteresse; puis, houm! houm! de grands coups d'aile appliqués contre le mur, comme avec un bélier; puis un silence, il attendait qu'on lui ouvrît, et comme on n'avait garde, il se fâchait tout rouge. C'était une belle rage alors. On aurait dit qu'il prenait du champ; puis terriblement il s'engouffrait dans les rues trop étroites pour ses ailes. Il allait comme un aveugle, droit devant lui, se brisait au coin des maisons, tourbillonnait dans les enfoncements, faisait trembler les vitres, battait les contre-vents détachés, s'acharnait après les girouettes, culbutait les tuiles des vieux toits, buvait d'une lapée l'eau des ruisseaux, s'abattait sur les arbres de la place avec un bruit d'averse, souffletait la flamme des réverbères, bref, menait un train d'enfer. Et quel virtuose! quels cris! quels hurlements! quels gémissements! Tantôt il commandait, tantôt il suppliait. Il avait des clameurs de clairon et des vagissements de bête blessée! Tour à tour humble et belliqueux, il pleurait comme un petit enfant, puis, fantasque en ses allures, il embouchait sa longue trompette et vous sonnait des fanfares, des chevauchées qui s'en allaient au galop le long des murailles. Enfin, convaincu peut-être de son impuissance, il se faisait tout petit, se taisait presque, se glissait sous les portes, montait l'escalier vivement et venait remuer quelque portière souple, ou faire danser la flamme de la lampe sur la grande table où j'étudiais.»

[35]Voyez cette exquise petite nouvelle: leMousse.

[36]Précédemment dansUn de nous.

[37]Comme romans, on lui doitMonsieur le ministre,Robert Burat,Madeleine Bertin, leBeau Solignac, lesAmours d'un interne, etc.

[38]Cf. leRoman naturaliste. (Art.Le reportage dans le roman.)—Voyez encore sur M. Claretie tels articles, admirables de dédain et d'ironie, de M. Henri Fouquier.

[39]Publiées dans leMonde illustré, d'abord. Sur la querelle qui en résulta, je renverrai aux articles de M. Jules Tellier dans leParti nationaldu 20 janvier 1888 et de M. Maurice Barrès dans leVoltairedu 14.

[40]«Des noix! Des noix!»

[41]Remarquons pourtant que M. Moréas proteste contre ces qualifications: «Cette manifestation (la manifestation symboliste), couvée depuis longtemps, vient d'éclore. Et toutes les anodines facéties des joyeux de la presse, toutes les inquiétudes des critiques graves, toute la mauvaise humeur du public surpris dans ses nonchalances moutonnières ne font qu'affirmer chaque jour davantage la vitalité de l'évolution actuelle dans les lettres françaises, cette évolution que des juges pressés notèrent, par une inexplicable antinomie, de décadence. Remarquez pourtant que les littératures décadentes se révèlent essentiellement coriaces, filandreuses, timorées et serviles... Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école? L'abus de la pompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes: caractéristiques de toute renaissance...» (Manifeste des symbolistes.)

[42]Et d'autres grands poètes avant lui. «C'est à mon avis, dit M. Paul Bourget, une des preuves les plus frappantes de la hauteur de vue d'Alfred de Vigny que d'avoir deviné la valeur poétique du symbolisme. La beauté poétique pure réside en effet dans la suggestion plus encore que dans l'expression... Il faut, pour que le sortilège des beaux vers s'accomplisse, du rêve et de l'au-delà, de la pénombre morale et du mystérieux.» (Journal des Débats, 24 mars 1885.) Mais mystérieux n'est pas synonyme d'obscur.

[43]J'abrège la nomenclature. Pourtant il serait dommage d'oublier «l'histoire du monsieur qui a la diarrhée».

[44]Cf. le no1 de laRevue de Paris et de Saint-Pétersbourg. Première année.

[45]Rouvrons le manifeste de M. Moréas: «Ennemi de l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective», le symbolisme «cherche à vêtir l'Idée d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette. L'Idée, à son tour, ne doit point se laisser voir privée des somptueuses simarres des analogies extérieures; car le caractère essentiel de l'art symbolique consiste à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'Idée en soi...»

[46]Voir non lesDemoiselles Goubert(médiocre),Le thé chez Miranda(médiocre encore), maisSoietEtre.

[47]Cf. laRevue indépendantede juillet 1887 (L'empereur Constant, paraphrase).

[48]Sur M. Moréas, poète, et de premier ordre souvent, voirNos poètes, de M. Jules Tellier (art.Symbolistes).

[49]Plus des vers incompréhensibles, sous les «simarres de leurs analogies extérieures»,Les palais nomades.

[50]VoirLudinesurtout.Seulsmarque un progrès. Je renvoie surLudineà un excellent article de M. Gustave Geffroy, réimprimé dansLes notes d'un journaliste.

[51]Encore cette page s'entend-elle nettement. Mais que démêler dans celle-ci, Seigneur, que j'emprunte à desnotesde M. Stéphane Mallarmé?

«La Gloire! je ne la sus qu'hier, irréfragable, et rien ne m'intéressera d'appelé par quelqu'un ainsi.

«Cent affiches s'assimilant l'or incompris des jours, trahison de la lettre, ont fui, comme à tous confins de la ville, mes yeux au ras de l'horizon, par un départ sur le rail traînés avant de se recueillir dans l'abstruse fierté que donne une approche de forêt en son temps d'apothéose.

«Si discord parmi l'exaltation de l'heure, un cri faussa ce nom connu, pour déployer la continuité de cimes tard évanouies, Fontainebleau, que je pensai, la glace du compartiment violentée, du poing aussi étreindre à la gorge l'interrupteur: Tais-toi! Ne divulgue pas, du fait d'un aboi indifférent, l'ombre ici insinuée dans mon esprit, aux portières de wagons battant sous un vent inspiré et égalitaire, les touristes omniprésents vomis. Une quiétude menteuse de riches bois suspend alentour quelque extraordinaire état d'illusion, que ne réponds-tu? qu'ils ont ces voyageurs, pour ta gare aujourd'hui quitté la capitale,—(oh! cet alexandrin de Baour-Lormian dans cette prose!)—bon employé vociférateur par devoir, et dont je n'attends, loin d'accaparer une ivresse à tous départie par les libéralités conjointes de la Nature et de l'Etat, rien qu'un silence prolongé, le temps de m'isoler de la délégation urbaine vers l'extatique torpeur de ces feuillages là-bas trop immobilisés pour qu'une crise ne les éparpille bientôt dans l'air; voici, sans attenter à ton intégrité, tiens, une monnaie.

«Un uniforme inattentif m'invitant vers quelque barrière, je remets sans dire mot, au lieu du suborneur métal, mon billet.

«Obéi pourtant, oui, à ne voir que l'asphalte s'étaler nette de pas, car je ne peux encore imaginer qu'en ce pompeux octobre exceptionnel du million d'existences étageant leur vacuité en tant qu'une monotonie énorme de capitale dont va s'effacer ici la hantise avec le coup de sifflet sous la brume, aucun furtivement évadé que moi n'ait senti qu'il est, cet an, d'amers et lumineux sanglots, mainte indécise flottaison d'idée désertant les hasards comme des branches, tel frisson et ce qui fait penser à un automne sous les cieux.

«Personne et, les bras de doute envolés comme qui porte aussi un lot d'une splendeur secrète, trop inappréciable trophée pour paraître! mais sans du coup m'élancer dans cette diurne veillée d'immortels troncs au déversement sur un d'orgueils surhumains (or ne faut-il pas qu'on en constate l'authenticité?), ni passer le seuil où des torches consument, dans une haute garde, tous rêves antérieurs à leur éclat, répercutant en pourpre dans la nue l'universel sacre de l'intrus royal qui n'aura eu qu'à venir: j'attendis, pour l'être, que lent et repris du mouvement ordinaire, se réduisit à ses proportions d'une chimère puérile emportant du monde quelque part, le train qui m'avait là déposé seul.»

[52]M. Vignier n'a pas réuni ses nouvelles. Comme poète, il tient un rang très estimable. (VoirCenton.)

[53]Et ils s'en font gloire! Dans un article de laCaravanedu 10 novembre 1889, je lis sous la signature P. Marius André: «Scientifiquement, voici l'évidence de la théorie symboliste: «Comme il faut plus d'énergie pour retrouver un objet sous un signe indirect que sous un signe direct, on fournit à l'entendement l'occasion d'employer plus de force disponible et par conséquent d'éprouver plus de plaisir.» (Dumont,Théorie scientifique de la sensibilité). La raison est amusante, tout de même. Mais alors qu'on nous ramène aux logogriphes et aux rébus.

[54]Sur tels d'entre eux, consulter les recueils critiques de M. Jules Lemaître (Les contemporains), de M. Philippe Gille (La bataille littéraire), de M. Anatole France (La vie littéraire), de M. Paul Ginisty (L'année littéraire), les articles au jour le jour de M. Francisque Sarcey, F. Lhomme, Adolphe Brisson, Edmond Lepelletier, Édouard Petit, Charles Maurras, etc.

[55]Je ne traite que du roman. Je n'ai pas besoin, je l'espère, de renvoyer aux beaux volumes de critique et de poésie de M. Bourget.—DepuisMensonges, leDisciplea paru.

[56]Cf.Revue des Deux-Mondes. Cette nouvelle n'a point été recueillie en volume.

[57]LaRevue bleuea publié, depuis que ceci est écrit, unConte philosophiquede M. Haraucourt. Voir encore ses vers, et particulièrementL'âme nue.

[58]Au ch.XXVII, l. I,De l'Amitié.

[59]«Il serait facile de le démontrer, dit M. Brunetière, ce que la plupart de nos romanciers savent le moins, quoi qu'ils en disent, quoi qu'ils veulent nous en imposer, ne vous y trompez pas: c'est leur métier.» (Le Roman naturaliste.)

[60]Et des brochures, lesTaches d'encre, ou des articles et des nouvelles d'un esprit très fin, une autre brochure sur leQuartier latin, une autre, plus que critiquable par un côté:Huit jours chez M. Renan. Tout récemment enfin, il vient de publier son second roman,Un homme libre, qui consacre définitivement sa réputation. Voir l'article de M. Jules Lemaître (Figarodu 8 juin 1889).

[61]Le Sainte-Beuve deVolupté.

[62]Avec toutes les restrictions qu'une telle comparaison comporte. Lamennais, dans sa préface à l'Imitation, a très bien montré en quoi et par quoi l'Imitationse distingue des livres de morale profane: «L'auteur ne se borne pas, dit-il, à nous montrer nos misères: il en indique le remède; il nous le fait goûter; et c'est un de ces caractères qui distingue les écrivains ascétiques des simples moralistes. Ceux-ci ne savent guère que sonder les plaies de notre nature. Ils nous effrayent de nous-mêmes et affaiblissent l'espérance de tout ce qu'ils ôtent à l'orgueil. Ceux-là, au contraire, ne nous abaissent que pour nous relever; et, plaçant dans le ciel notre point d'appui, ils nous apprennent à contempler sans découragement, du sein même de notre impuissance, la perfection infinie où les chrétiens sont appelés.» Ceux qui ont lu le livre de M. Barrès trouveront peut-être que cette citation n'était pas déplacée ici.

[63]Cf.Journal des Débatsdu 3 avril 1888.

[64]Voir le recueil de ces portraits:Mémoires d'aujourd'hui.

[65]Voir le roman du même nom. Voir aussiLes Monach. M. de Bonnières, très goûté comme critique et comme romancier, ne l'est peut-être pas assez comme poète.

[66]Voir, pour la raison peut-être, la note59de la page 152.

[67]Surtout pour la très belle scène romantique de la confession. L'auteur a depuis publié un autre roman à succès,Mademoiselle Jaufre.

[68]Notez combien de nos romanciers ont essayé cette psychologie de la jeune fille du monde: Edmond de Goncourt avecChérie, Gyp avecLoulouetPaulette, Halévy avecPrincesse, etc. Je signale encore sur le même sujetFilles du monde, une forte étude de M. Oudinot, qu'il faudrait ranger parmi les jeunes impressionnistes d'avenir.

[69]Cf. la préface deChonchette.

[70]Depuis, M. Rod a donné un pendant à laCourse à la mort. Je renvoie sur ce très beau livre,Le Sens de la vie, à un excellent article de M. Charles Maurras, dans l'Instruction publiquedu 16 février 1889. Le «pessimiste» de M. Rod finit par trouver le bonheur dans le mariage. Ainsi la vie «prend un sens» pour lui. Soit! dit M. Maurras, mais adoptez le conseil. Est-il si sûr que le mariage vous guérisse aussi? «Ce jeune homme se marie; il aurait pu très bien se faire, précisément à cause de sa misanthropie et de son shopenhauérisme intellectuel, qu'il se refusât obstinément au mariage. Admettons que la nécessité, l'amour—qui est la plus efficace des nécessités—lui ait imposé ces justes noces; le héros de M. Rod a toujours ce bonheur immense, et peu prévu pour un analyste comme lui, de ne pas rencontrer dans le caractère, dans le tempérament de sa jeune femme, ces antipathies foncières contre lesquelles le pauvre amour éclate en morceaux comme un verre lancé contre une muraille. Il y a des différences dans leur pensée; il y a dans leurs personnes des points muets, des places qui ne vibrent pas—ou pas encore. Mais l'analyste, le chercheur, si bien qu'il pénètre, ne fait nulle part dans l'aimée cette angoissante découverte de l'ennemie, de l'autre, qui ôte au bonheur souhaité jusqu'à la possibilité d'être. Oh! le héros de M. Rod est un heureux! Et les événements arrivent bien à point, ni une heure trop tôt, ni une heure trop tard, pour lui révéler chacun des nouveaux liens qui l'ont rattaché à la vie sans qu'il y ait pris garde.—Tu croyais ne pas aimer ta femme! Mais vois donc, malheureux, comme te voilà jaloux de l'enfant avec qui il va falloir que tu partages sa tendresse! Tu croyais n'aimer pas ta fille, «ce paquet de chair rouge qui se violace et qui glousse», dont ta femme a tant souffert pendant cette nuit mortelle où tu te convulsais de rage, de honte et de peur, aux cris de l'accouchée,—cette petite envahissante qui t'a volé jusqu'aux soins de ta vieille bonne, a troublé le travail de tes soirs, le repos de tes nuits,—qu'as-tu donc, si tu ne l'aimes pas, à trembler comme un peuplier à la pensée de te voir enlever ta petite Marie?—Et c'est tout le temps ainsi. Mais si la petite Marie était morte, je vois distinctement à quelles récriminations blasphématoires l'aventure «paternelle» aurait pu tourner; et j'en dirai autant de l'aventure «mariage», car la naissance de Marie aurait pu être indéfiniment retardée par l'un quelconque des scrupules philosophiques de l'homme, l'une quelconque des appréhensions très modernes de la femme, ou par les précautions malthusiennes de tous les deux. Le héros de M. Rod risquait, en ce cas, d'ignorer perpétuellement son amour pour madame; et, à force de chercher en elle la petite bête, l'endroit défectueux, c'eût été bien le diable s'il ne l'eût découvert à la fin.»

[71]La littérature est une mère avare. M. Quellien, comme tant d'autres, est employé dans un de nos ministères.

[72]J'ai connu trop tard le livre de M. François Sauvy:Loin de la vie, pour donner à l'auteur la place qu'il mériterait. Du moins, signalerai-je le livre pour un des meilleurs romans «psychologiques» de ces dernières années.

[73]Cf.Fragments d'un livre inéditetLe livre d'une Mère.

[74]N'est-ce point un peu ce qu'a fait M. Maurice Barrès?

[75]Principaux livres de M. France: Dans le roman,Les désirs de Jean Servien,Le crime de Sylvestre Bonnard,Jocaste,Balthazar,Le livre d'un enfant. En poésie,Les noces corinthiennes. En critique,La vie littéraire(série).

[76]C'est peut-être à M. France qu'il faudrait rattacher M. Gilbert-Augustin Thierry, encore qu'il prétende à ne relever que de lui-même. On connaît de M. ThierryLes aventures d'une âme en peine, leCapitaine sans façon, surtoutMarfaetLa tresse blonde, d'où date son succès. Ce dernier livre est précédé d'une sorte de manifeste où je relève ce qui suit, pour la curiosité: «Notre vieux roman d'observationse meurt d'épuisement. (On ne s'en douterait guère....) Désormais l'étude de l'homme doit poursuivre sa recherche plus haut que l'homme, vers ces régions de l'Infini dont nous sommes des atômes passionnels.... Se haussant vers l'Occulte, s'élevant jusqu'au grand Inconnu, hardiment, le roman nouveau devra s'efforcer à pénétrer les abîmes réputés impénétrables, à percer les ténèbres dont l'absolu enveloppe son être.... L'absolu providentiel une fois dégagé, l'homme observé dans ses passions sera placé alors par son analyste en face des lois immuables, aux prises avec elles et sous leurs étreintes. Aussitôt bien des questions troublantes se présenteront à la divination de l'artiste-penseur...» C'est un beau phœbus pour dire que les sciences hypnotiques ouvrent une nouvelle voie à la curiosité du romancier. Et, en effet, toute une littérature hypnotique s'échafaude, avec laMarfade M. Thierry, l'Inconnude M. Paul Hervieu, leJean Mornasde M. Claretie, la série de laDécadence latinede M. Péladan, l'Uraniede M. Camille Flammarion, etc.

[77]Suivi de quelques autres groupés sous le titre du premier.

[78]Jésus ayant dit à Pilate: «Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité; quiconque est de la vérité écoute ma voix», Pilate lui répondit: «Qu'est-ce que la vérité?»

[79]Je n'ai voulu rien changer à ceci, qui fut écrit quand Tellier vivait encore. Notre pauvre ami n'avait publié qu'un livre:Nos poètes, et des articles, çà et là, auGaulois, auParti nationalet auxAnnales. Mais il avait la tête pleine de projets. Il méditait un livre sur la poésie lyrique au moyen âge, un autre sur l'érudition des romantiques, un autre sur la versification française auXIXesiècle, un autre sur leTimonde Libanius et la sophistique grecque. Tout cela est perdu. Il laisse seulement un livre de vers,La Cité intérieure, que ses amis publieront bientôt et qui le classera en un haut rang, et, avec ses contes philosophiques et ses poèmes en prose, la matière d'un livre de mélanges. Lui-même devait les réunir à son retour d'Alger; il y aurait joint deux contes qu'il caressait dans sa tête:Le maître d'école de RavenneetLe voyage du rhéteur Epidius. Le livre se fût appeléLa mort. Hélas! cette mort, dont il inscrivait ainsi d'avance le nom sur son livre, elle est venue à vingt-six ans pour notre ami, pour la plus noble et la plus belle des intelligences de cette génération. Sa mort a été une consternation sans égale, et l'on peut dire qu'aucun jeune homme, depuis ce Maurice de Guérin qu'il aimait tant et dont la destinée fut si voisine de la sienne, n'a emporté avec lui un regret si universel.

Suivent les titres desConteset desProsesqui ont paru de lui, tant dans lesChroniquesqu'auParti-national:Le pacte de l'écolier Juan,Nocturne,Discours à la bien-aimée,Les notes de Tristan Noël,Les deux paradis d'Abd-er-Rhaman. Je citerai le plus court de ces admirables morceaux:Nocturne.

«Nous quittâmes la Gaule sur un vaisseau qui partait de Massilia, un soir d'automne, à la tombée de la nuit.

«Et cette nuit-là et la suivante, je restai seul éveillé sur le pont, tantôt écoutant gémir le vent sur la mer, et songeant à des regrets, et tantôt aussi contemplant les flots nocturnes et me perdant en d'autres rêves.

«Car c'est la mer sacrée, la mer mystérieuse où il y a trente siècles le subtil et malheureux Ulysse, agita ses longues erreurs; le subtile Ulysse, qui, délivré des périls marins, devait encore, d'après Tirésias, parcourir des terres nombreuses, portant une rame sur l'épaule, jusqu'à ce qu'il rencontrât des hommes si ignorants de la navigation qu'ils prissent ce fardeau pour une aile de moulin à vent.

«C'est la mer que sillonnaient jadis sur les galères et les trirèmes les vieux poètes et les vieux sages; et comme ils se tenaient debout à la poupe, au milieu des matelots attentifs, attentive elle-même, elle a écouté en des nuits pareilles les chansons d'Homère et les paroles de Solon.

«Et c'est aussi la mer où, dans les premiers siècles de l'erreur chrétienne, alors que le règne de la sainte nature finissait et que commençait celui de l'ascétisme cruel, le patron d'une barque africaine entendit des voix dans l'ombre, et l'une d'entre elles l'appeler et lui dire: «Le grand Pan est mort! Va-t'en parmi les hommes, et annonce-leur que le grand Pan est mort!»

«Et, par la mystérieuse nuit sans étoiles, sur le chaos noir de la mer et sous le noir chaos du ciel, il y avait quelque chose de triste et d'étrange à songer que peut-être l'endroit innommé, mouvant et obscur, que traversait notre vaisseau avait vu passer tous ces fantômes, et qu'il n'en avait rien gardé.

«Et c'est parce que cette pensée me vint, et qu'elle me parut étrange et triste, et qu'elle troubla longtemps mon cœur de rhéteur ennuyé, qu'il m'est possible encore, entre tant d'heures oubliées, d'évoquer ces lointaines heures noires où je rêvais seul sur le pont du navire parti de Massilia, un soir d'automne, à la tombée de la nuit.»

[80]Cf. No2 desChroniques(livraison de décembre 1887).

[81]On peut croire que M. Dumas a raconté cette crise de son génie dans ce fragment deLa dame aux perles:

«Jusqu'au jour où Jacques avait connu la duchesse, il avait été un homme de talent, mais comme il y en a beaucoup, comme il y en aura toujours, comme tout le monde peut le devenir avec un peu d'étude, de jeunesse, de nature et de sentiment. Au début de sa carrière agréable, heureuse, distinguée, un amour prit tout à coup dans sa vie une grande importance et brusquement relégua au second plan ce talent si peu sûr de lui-même. Il souffrit de cet amour. Ce fut le commencement de sa transformation. Jamais il ne s'était avoué si complètement son infériorité, son inutilité en art. Alors commença son véritable travail, germa en lui la consolation réelle avec l'ambition de devenir un maître à son tour. Il admit pour lui la possibilité d'entreprendre plus qu'il n'avait fait jusqu'alors. A son grand étonnement, quand il se mit à l'œuvre, il trouva en lui des accents pleins, énergiques et mâles, qu'il avait ignorés jusqu'alors, impression facile d'une âme civilisée par la douleur. Son talent, éclairé et façonné par ces émotions intimes, prenait la couleur et le contour, sans qu'il sût positivement ce qu'il faisait, sans qu'il se fatiguât en efforts.»

[82]Son père disait de lui: «Ce n'est pas de la littérature qu'il fait, c'est de la musique; on ne voit que des barres, et, de temps à autre, quelques paroles.»

[83]Mort récemment.

[84]

Arsène Houssaye, à qui souvent, le cœur troubléRêvent les jeunes filles,A des cheveux pareils à ceux des champs de bléTombant sous les faucilles.(Th.de Banville.)

Arsène Houssaye, à qui souvent, le cœur troubléRêvent les jeunes filles,A des cheveux pareils à ceux des champs de bléTombant sous les faucilles.

Arsène Houssaye, à qui souvent, le cœur troublé

Rêvent les jeunes filles,

A des cheveux pareils à ceux des champs de blé

Tombant sous les faucilles.

(Th.de Banville.)

(Th.de Banville.)

[85]Cf.Contes pour les femmes,La couronne de bleuets,les Grandes Dames,Les comédiens sans le savoir, etc.

[86]Cf.A outrance,70 et 90,Le petit manuel du parfait causeur parisien,Sans queue ni tête, etc.

[87]Cf.Ohé, vitrier!Boutique de plâtres,Paris vicieux, etc.

[88]Cf.Diogène le chien,La bêtise parisienne, et dans le roman l'Inconnusurtout.

[89]Cf.Tarte à la crème,Entre minuit et une heure,Point et virgule, etc.

[90]Cf. la série desGaietés de l'année.

[91]Cf.Notes sur Paris.

[92]Cf. lesJeudis de Madame Charbonneau,Mes mémoires, etc. Dans le roman:Un filleul de Beaumarchais,Contes d'un planteur de choux,Entre chien et loup, etc.

[93]Cf.Fruits défendus,Paris aux cent coups,Le roman de Folette,l'Esprit du Boulevard,Paris en caleçon, etc.

[94]Cf. les recueils deLa vie à Paris.

[95]Cf. l'Invalide à la tête de bois,Zoologie morale, etc., et dans le romanFusil chargéetChimère.

[96]Cf. lesBêtises vraies,Les petites comédies du vice,Les petits drames de la vertu, etc.

[97]Cf. lesFrançais de la décadence,la Grande Bohème,Les signes du temps, etc.

[98]Voir surtout la collection desGuêpes.

[99]Cf.Les contemporains, art.De Glouvet. C'est ce qu'a fait, en les reliant d'un commentaire délicat, M. Charles Fuster, avec les vers desPoètes de clocher.

[100]Cf.La Terre, de M. Zola.

[101]Cf.Cézette, de M. Pouvillon.

[102]Cf.Cézette.

[103]Cf. Apulée:L'Ane d'or.

[104]Le mot est de M. Rod, qui est lui-même un romancier de grand talent. On le retrouvera au chapitre desPhilosophes.

[105]Cf.Les œillets de Kerlaz(La flouve odorante). p. 172.

[106]«J'ai une idée claire et distincte du chiliogone, dit Descartes; mais je ne puis l'imaginer.» Rapprochez, par contraste, les jolis vers de M. Frédéric Plessis dans saLampe d'argile:

Oh! puissé-je revoir...L'allée au banc de pierre et, devant la maison,Cet arbuste inconnu dont la fleur est si rose.

Oh! puissé-je revoir...L'allée au banc de pierre et, devant la maison,Cet arbuste inconnu dont la fleur est si rose.

Oh! puissé-je revoir...

L'allée au banc de pierre et, devant la maison,

Cet arbuste inconnu dont la fleur est si rose.

En effet, cela m'en dit plus que tous les termes savants, à moi qui ne suis pas forcé d'être un botaniste.

M. Theuriet a beaucoup écrit. En vers, c'est notre premier poète rustique. Il y est incomparable. Dans le roman, outre les livres que j'ai cités de lui, il faut connaître:Madame Heurteloup,Tante AurélieRaymondeLe fils Maugars,Toute seule,Eusèbe Lombard,Le Mariage de Gérard,L'Amoureux de la Préfète, etc.

[107]Cf.L'Idéal,Le Forestier,Le Marinier,Le Père,Le Berger, etc. M. de Glouvet a publié sous l'anonyme, depuis que ceci est écrit, un roman à manifeste, intitulé:Marie Fougère, et qui s'est attiré une riposte assez vive de M. Alphonse Daudet.

[108]Cf.Contes.

[109]Cf.Madame Thérèse.

[110]Cf.Maître Rok.

[111]Cf.Le docteur Mathéus.

[112]Cf.Madame Thérèse.

[113]Cf.L'abbé Tigrane.

[114]Cf.Lucifer.

[115]Cf.Barnabé.

[116]Ce charme, je le retrouve dans le dernier roman de M. Fabre:Norine. «Le sujet est très simple, dit M. Adolphe Brisson, et se résume en deux mots: l'auteur se promenant, en 1842, dans un village des Cévennes, où son oncle était curé, a rencontré une paysanne qui mangeait des cerises avec son fiancé. Il a partagé leur repas rustique, accompagné par la musique des chardonnerets. Quarante ans après, il retrouve cette paysanne établie charbonnière à Paris, dans une maison obscure de la rue Visconti. Et c'est tout...»

[117]A bien des titres aussi, il m'eût fallu ranger M. Léon Cladel parmi les romanciers de la nature. Il a dit quelque part: «Si Paris a tué en moi le dévot et le chauvin qui s'y développèrent ensemble, il n'a même pas entamé le Celte, le paysan, et je reste, à l'instar de mes ancêtres, un des mille et mille pygmées fidèles à la grande nature, et aussi, comme mes devanciers, des étoiles, de la terre et de l'eau, de tout ce qui marche, vole, nage ou rampe, luit et respire.» C'est d'un bel effet; mais le côté champêtre n'est pas ce qui frappe d'abord chez M. Cladel. Voir néanmoins sur les paysans de M. Cladel un excellent article de M. Charles Buet (Revue bleuedu 4 janvier 1890).

[118]On connaît, par ailleurs, l'admirable poète de laChanson des Roseset deToute la Comédie. Comme prosateur, on lui doit encore une très fine étude de la vie d'artiste, laPrincesse Pâle, écrite en collaboration avec M. G. Millet et parue trop tard pour trouver place ici. Du moins détacherai-je duGars Périerun épisode d'un rendu intense et profond: c'est celui où Constant Périer, le braconnier, à qui un vieux bonhomme, le père Marolles, a donné asile dans un réduit de la forêt de Bourgon, est pris par les gendarmes et grièvement blessé, au moment où, sur les instances de sa fiancée, Marie Allain, il se décidait à se livrer de lui-même à la justice:

«Une sorte de conseil de guerre avait été tenu. Il y fut décidé qu'à tout prix on en finirait avec le gars. Et à l'heure même où le père Chenel s'en retournait de la forêt à Champ-Viel, près de Marie Allain bien impatiente, c'était dans les brigades un mouvement inusité, une animation, un entrain, comme en guerre avant une attaque. Les bons gendarmes ciraient leurs bottes, démontaient et nettoyaient leurs carabines, caressaient à grandes tapes sur le col et la croupe leurs chevaux étonnés. Le boutte-selle sonnait sur toutes les lèvres dans les écuries; et ainsi qu'elles l'eussent fait si leurs maris s'en étaient allés à une guerre véritable, les femmes silencieusement regardaient ces préparatifs avec des yeux douloureux, car probablement le gars se défendrait.

«Comme il ne s'agissait pas d'envelopper seulement la forêt de Bourgon, mais les bois d'Hermet et tout le pays de Jublains à Deux-Evailles, les brigades s'ébranlèrent de minuit à deux heures du matin, selon que tel ou tel rôle leur avait été assigné. Une pluie glaciale tombait. La nuit était noire comme poix. Ce furent de tragiques départs. Dans les villages qu'on traversait, plus d'un, entendant le clapotement des fers des chevaux dans l'eau, risqua son nez à la fenêtre et frissonna de voir s'enfoncer en les ténèbres ces cavalcades d'hommes taciturnes engoncés dans leurs manteaux et qu'un bruit d'armes accompagnait.

«Néanmoins, l'éveil ne fut pas donné, et quand, avec l'aube indécise, la battue commença, nul, en la forêt de Bourgon, ne soupçonnait ce déploiement de forces.

«Quant à Constant, il avait chassé toute cette nuit, sous la pluie incessante. Et il était revenu à la hutte du père Marolles... Là, sur quelques fumerons, péniblement allumés dans la baie de la porte, il cuisine son maigre repas et de son mieux tâche de se réchauffer, sous ses vêtements mouillés.

«Il a vidé ses poches; son couteau, de la ficelle, la lettre de Marie Allain sont sur la couchette. Il est tranquille, il ne se défie de rien, il tourne le dos au bois. Le père Marolles, pendant ce temps, était en quête d'un fagot un peu plus sec qui consentît à brûler. Il en a trouvé un, et, courbé sous ce fardeau, il s'achemine.—Mais les gendarmes sont à cent pas. Il les aperçoit, fait demi-tour.

—«Eh! eh! dit le brigadier, voilà un bonhomme qui change bien vite de résolution.» Le brigadier interroge la clairière. Une mince fumée bleue s'échappe d'une hutte.

—«Allons voir!» dit-il, et, par-dessus les buissons, qu'il domine du haut de son carcan, il reconnaît Constant à son habillement de velours, saute à bas de son cheval, confie les bêtes à l'un de ses hommes, se dirige avec l'autre vers la hutte, s'approche, et tout à coup:

—«Perrier!» dit-il.

«Constant, à cet appel, s'est dressé sur ses pieds. Aussitôt, il a son fusil en main. Et voici ce qui a lieu: tandis que le brigadier lui fait sommations sur sommations, il met un genou en terre, il arme son fusil, il épaule. Le brigadier n'obtenant de lui que cette réponse, se piète, ajuste, tire.. Le coup rate. Constant aurait pu trois fois tuer cet homme. Mais non, il a abaissé son arme.

«La seconde balle du brigadier l'atteignit à la tête, le jeta à terre.

—«Mort? hélas! le pauvre gars n'eut pas même la chance de mourir ainsi ..»

[119]Voir surtoutChérieetMensonges.

[120]Il y a encore, chez Henry Monnier, ces inénarrables scènes de la vie d'étudiant, trop crues pour nous, mais qu'on pourra trouver chez les éditeurs belges.

[121]Cf.Autour du Mariage,Petit Bob,Loulou, etc. Se reporter à un exquis article de Jules Tellier (Parti-National, du 2 octobre 1888).

[122]Mon «homme du monde» parle un peu ici comme les photographes. Il s'en excusa dans la conversation.

[123]AvecLa Morte. On a lu de M. Feuillet sonRoman d'un jeune homme pauvre,M. de Camors,Julia de Trécœur,L'Histoire de Sybille, etc.

[124]Cf.Fruits défendus, par Aurélien Scholl.

[125]Cf.Nouveaux Lundis, tome X (art.Feuillet).

[126]Et de l'Amie, duStage d'Adhémar, d'Un homme du monde, de l'Epousée, etc.

[127]Cf.Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1887.

[128]Voir la pièce du même nom. EtMonsieur et Madame Cardinal? EtLes petites Cardinal? On se reportera sur M. Halévy à un très fin article de M. A. Cartault, paru dans laRevue bleuedu 28 mai 1881, et qui, comme tant d'autres articles judicieux et délicats du même écrivain, mériterait d'être recueilli.

[129]Voir encoreAutour d'une sourceetBabolain.

[130]Cf.Andrée,L'Unisson,Le Garde du corps, etc.

[131]Mais que d'exagération en tout ceci! Mon «homme du monde», quand il s'exprimait si dédaigneusement, n'avait certainement pas luFin de rêve, et, dansFin de rêve, la description de la revue, les pages sur Gambetta, l'agonie tragique du grand homme. Que n'assistait-il, comme nous, à une conférence de M. Maurice Souriau, où l'orateur, prenant pour texte les romans militaires, faisait haleter toute une salle en lisant des fragments de ce beau livre!...

[132]Mort depuis.

[133]Cf.L'Aventure de Briscart. M. Dayot a publié aussi chez Magnier desSouvenirs de voyage(Italie, Espagne, Portugal) qui sont pleins de verve et d'esprit.

[134]Cf.Drames en cinq minutes. Une des nouvelles,Fleur bretonne, est à noter pour l'identité de thème qu'elle présente avecPêcheurs d'Islande. Elle a paru dans leRappeldes 7 et 8 juillet 1884, et, s'il y a eu réminiscence (dont je doute), ce n'est point, la date le montre, chez M. Destrem.

[135]«Son style est agaçant, dit M. Maurice Barrès, coupé, heurté, rentré, plein de réticences, d'allusions, d'éruditions boulevardières, mais très propre par sa complexité même à rendre l'aventure du Parisien sensuel et énergique que paraît être l'auteur. Tous ses livres sont des confessions, poèmes brutaux, ou mieux encore affiches d'amour; mais timbrées d'un sceau personnel et à la date de cette époque.» (Les Chroniques, node sept. 1887.)

[136]Qui fut supérieur dans quelques scènes duPrêtre.

[137]Il y faudrait la plume d'airain qui servit dans sa tâche l'auteur duDictionnaire des cent mille adresses. N'oublions point cependant Tancrède Martel avecLa main aux dames; Frantz-Jourdain, avecBeau-Mignon; Jacques Lozère, avec saVie en jaune; Lucien-Victor Meunier, avecPlaisirs en deuil; Jules Lermina, avec sesHistoires incroyables; Alain Beauquesne, avec lesAmours cocasses; Charles Grandmougin, avec sesContes d'aujourd'hui; Léon Allard, avecLes Vies muettes; Guillaume Livet, avec lesRécits de Jean Féru; Edmond Thiaudière, avecLa Proie du néant; Gaston Bergeret, avec sesContes modernes; Gabriel Marc, avecLindetta; Georges Moynet, avecEntre garçons; Auguste Erhard, avec sesContes panachés; Léon Deschamps, avec sesContes à Sylvie; Charles Diguet, avec lesContes du Moulin-Joli; Pierre Gauthiez, avecLa Danaé; Charles Lexpert, avec sesNouvelles gauloises; Camille Bruno, avecEn désordre; Paul Chetelat, avecLe Monde où l'on s'abuse; Noël Blache, avecLes Clairs de soleil; Fernand Boissier, avecLe Galoubet; Jules de Marthold, avecCasse-Noisetteet lesContes sur la Branche; H. de Chennevières, avec lesContes sans «qui» ni «que», etc., etc.

Encore n'ai-je point parlé des nouvelles de certains maîtres, Daudet, France, Bourget, d'Aurevilly, etc., qui ont marqué ailleurs, non plus que des recueils en collaboration publiés annuellement par la Société des gens de lettres, par les secrétaires des journaux de Paris, par les chroniqueurs judiciaires, etc. Toutefois relèverai-je dans ce dernier recueil le nom d'un alerte et spirituel nouvelliste, M. L. Vonoven. Je rappellerai enfin, au hasard, les noms de quelques écrivains de talent, dont les nouvelles, contes, «proses», traductions et adaptations, publiés un peu partout dans nos périodiques parisiens, n'ont pas encore été réunis en volume: ainsi M. Emile Michelet, M. Raymond de la Tailhède, M. Charles Frémine, M. Anatole Lebraz, M. Raoul Gineste, M. Ephraïm Mikaël, M. Lucien Charles, M. Emile Taboureux, M. Robert de la Villehervé.

[138]Cf.Revue bleuedu 28 mai 1881.

[139]Cette haine du bourgeois est bien caractéristique. Vous la retrouverez chez presque tous, et c'est en particulier le thème favori de M. Richepin et de M. Barbey d'Aurevilly.

[140]«Pendant longtemps, dit M. Emile Faguet, George Sand a reçu et reflété. En 1831, elle disait gaiement: «Les monstres sont à la mode, faisons des monstres.» Les monstres de George Sand ne pouvaient pas être très monstrueux; mais c'étaient, en effet, des êtres bien extraordinaires.»Etudes littéraires sur le XIXesiècle, art. George Sand.

[141]Voyez par exemple, pages 209 et suiv.N'a qu'un œil. Il y a aussi le latin de M. Cladel. Page 198 du même livre:salve, regina; salve, rege(pourrex), etc. Observez que le livre commence ainsi: «Xénophon, Horace, Virgile, Tacite, Juvénal, Esope, Aristophane, Eschyle, Sophocle, Euripide, Homère, et tous les autres classiques, grecs et latins, m'avaient excédé terriblement.» On le croirait.

[142]L'œuvre de M. Mendès «est quelque chose comme la villa d'Hadrien, qui contenait des réductions de tous les monuments de l'univers. Seulement, dans l'édifice composite, vous trouverez un coin décoré d'un goût bien personnel, et c'est l'alcôve.» J. Tellier (Nos poètes, p. 204).

[143]Et deBébé Million, et duBoulet, deP'tit-mi, desDeux femmes de mademoiselle, etc., etc.

[144]Voir, par exemple, le début deSœur Doctrouvé.

[145]Voir la confession du pape dansLes Débuts de César Borgia.

[146]Cf.Les Débuts de César Borgia.

[147]Cf.La Glu;Madame Andrée.

[148]Cf.Monsieur Destrémeaux;Une Histoire de l'autre monde.

[149]Remarquez qu'il y a presque toujours un saltimbanque dans ses livres. Vous en trouverez dansLes Braves gens, dansMiarka, dans lesMorts bizarres, dans laChanson des gueux, dansMonsieur Destrémeaux, dansUne Histoire de l'autre monde, etc.

[150]Cf.Curieuse,Le Livre suprême,L'Initiation sentimentale, etc.

[151]Mort depuis. Ses principaux livres sont:Les Contes cruels,L'Amour suprême,L'Eve future,Axël, etc.

[152]N'est-ce pas à propos de sonNouveau Monde, que M. Weiss écrivait: «Dans tout autre domaine que le théâtre il est aisé d'appliquer des principes de cénacle... On conçoit gigantesque. On turlupine les maîtres reconnus et acceptés, et on ne s'est pas seulement donné la peine de les comprendre. On est luministe et immenséïste. On fait... des romans réfractaires, sans pieds ni têtes, où les ateliers du haut de Montmartre et les capharnaüms du boulevard Saint-Michel reconnaissent avec exaltation la vie comme elle est, exactement, superbement comme elle est..»

[153]Le rapprochement, que je ne fais qu'indiquer ici (le premier, je crois), mériterait d'être suivi avec quelque développement. C'est tout un, le pharmacien deMadame Bovaryet celui deHermann et Dorothée.

[154]Voir particulièrementLe Vol de l'éléphant blanc, de Marc Twain, etLa Légende de l'éléphant blanc, de M. de Villiers.

[155]Plus, épouse divorcée de M. Catulle Mendès.

[156]On trouvera sur M. Robidou de bons articles de M. Mario Proth et de M. Oscar Comettant. J'y renvoie. Tout récemment, sonHistoire du clergé pendant la Révolutiona fait faire un pas considérable à l'étude de ce grave problème.

[157]Je laisse de côté iciSous la hache, sorte de roman révolutionnaire dans le genre un peu usé duQuatre-vingt-treizede Hugo. L'auteur confesse lui-même qu'il s'agit d'un fond de tiroir.

[158]Cf.Les Diaboliques.

[159]Cf.Memorandum.

[160]Cf. Idem.

[161]Cf.Memorandum.

[162]Voir la note141de la page 273.

[163]Barbey d'Aurevilly est mort récemment. Ce fut, du reste, et sous toutes les poses de cette vie outrée, criarde, puérile, un véritable écrivain, un de ceux qui ont leur marque particulière, la fleur de coin dans l'expression à quoi on reconnaît les batteurs de style. VoirL'Ensorcelée,Une vieille maîtresse,Les Diaboliques,Un prêtre marié,Ce qui ne meurt pas, etc. Peut-être aussi qu'il ne m'eût point fallu tant m'attacher à ce dandysme et à ce diabolisme. Je me demande maintenant si c'est bien là tout l'homme, la synthèse de cette «âpre et solitaire destinée», dont a parlé M. Bourget, et à laquelle «le grand Barbey» aura dû «de séjourner dans un monde de visions magnifiques et de conserver une superbe intégrité de sa pensée». J'hésite; je ne serais pas éloigné de croire que c'est plutôt l'extérieur, la surface, l'enveloppe, ce qu'il voulait montrer de lui pour occuper les yeux. Et il peut se vanter d'avoir réussi, et que c'est bien ainsi qu'il n'a cessé d'apparaître à ses contemporains. Sa vraie vie, nul, dit-on, ne sait ce qu'elle a été. Elle tient peut-être dans ceToo late(trop tard!) dont il fit sa mélancolique devise. L'autre, au contraire, sa vie extérieure, il l'a étalée avec une complaisance si marquée qu'on peut le soupçonner de l'avoir fait exprès pour détourner des curiosités gênantes.

[164]On se reportera sur Balzac à l'étude de M. Emile Faguet, dans sesEcrivains du XIXesiècle.—M. Nettement l'appelle d'une belle expression: «le poète des faits».

[165]Principales œuvres:Le Comte Kostia,La Ferme du Choquard,L'Aventure de LadisLas Boski,Olivier Maugand, etc. Valbert, le délicat «essayiste» de laRevue des deux mondesn'est autre, comme on sait, que M. Cherbuliez. Se reporter sur M. Cherbuliez à un excellent article de M. André Bellessort (Chroniques, nod'oct. 1888.)

[166]Cf.La petite Zette,Une Bourgeoise,La fille à Blanchard,Bonnet-Rouge, etc.

[167]Cf.Solange de Croix-Saint-Luc,Disparu,Mademoiselle de Bressier,Le fils de Coralie,La Marquise,Les Fils du siècle, etc.

[168]Cf.Défroqué,Jean Malory,La baronne Almati,Gisèle Rubens, etc.

[169]Voir, en plus des livres que M. Camille Le Senne écrivit en collaboration avec M. Edmond Texier (La Dame du lac,Le Mariage de Rosette,Les Idées du docteur Simpson, etc.),En CommanditeetLouise Mengal. Ce dernier livre met en scène un peintre homme du monde de l'avenue de Villiers. C'est un des sujets les plus fréquemment traités par nos romanciers.

[170]Cf.Les Cravates blanches,Le Chantage,Courtisane,La bouche de Mme X...,Mademoiselle Giraud ma femme,Alphonsine, Hélène et Mathilde, etc., etc.

[171]Cf. leRoman naturaliste(Art.:Le Reportage dans le roman).

[172]AinsiMademoiselle Giraud, ma femme.

[173]Voir avecHenriettelesContes en prosede M. François Coppée.—Tout dernièrement (trop tard pour mon texte) l'Illustrationa publié de lui un nouveau roman. Le héros du livre, Amédée Violette, ne laisse pas que de présenter certains rapports d'esprit avec l'auteur. Monographie attachante, au demeurant, écrite dans cette jolie langue souple et dorée que vous connaissez bien, avec je ne sais quelle vague tristesse, comme un rappel de souvenirs, la gloire perdue, l'oubli qui vient.. Le livre s'appelle:Toute la jeunesse.

[174]Je note que Sainte-Beuve appréciait fort la «sensibilité» de M. Paul Perret. Cf.Nouveaux lundis, t. V (art.Feuillet).

[175]Voir le chapitre I, p.33.

[176]On trouve en tête du livre une préface de M. Adolphe Brisson, où l'intelligent critique recherche et démêle les causes du pessimisme contemporain dans ses rapports avec la littérature. J'en détache la conclusion, qui me paraît trouver sa place ici:

«La plupart des jeunes écrivains... repoussent violemment les traditions du roman d'hier. Ils répudient, avec une véhémence un peu ridicule, l'idéalisme de George Sand et la fantaisie de Dumas père. Ils ne veulent pas que le roman ressemble à une œuvre d'imagination. Ils n'admettent pas que l'écrivain puisse pétrir à son gré la réalité, inventer des caractères, interpréter la nature et l'embellir. Ils exigent qu'il la suive pas à pas. Entre leurs mains, le roman revêt un caractère purement psychologique; l'analyse y remplace l'invention; l'observation patiente des milieux y tient lieu des belles imaginations. En un mot, le roman n'est plus un écrit; c'est une étude, une copie désintéressée de la vie contemporaine. L'auteur dissèque avec amour l'âme, ou pour mieux dire, le tempérament de ses héros; il en démonte les ressorts cachés; il en fait vibrer les fibres secrètes; il le met à nu devant nous.

«Cette anatomie morale n'est pas sans dangers. Celui qui procède à ces analyses s'y livre avec passion, et, par cela même, les pousse trop loin, au delà des limites raisonnables. Après avoir étudié les grands mouvements de l'âme humaine, il passe aux secondaires, puis aux plus petits. Une tendance secrète l'attire vers les exceptions physiologiques et psychologiques. Les monstres le tentent, l'intéressent; il aime mieux peindre les déviations de l'amour que l'amour lui-même; il se grise avec ses recherches. Il lui semble qu'il n'atteint jamais la vérité, qu'il ne fouille jamais assez profond, et la crainte qu'il a d'être banal et superficiel le conduit tout droit aux complexités bizarres. De là, cette psychologie affinée, maladive, étrangement subtile, qui s'étale dans les romans de M. Huysmans, et dans les derniers livres des Goncourt. Enfin, pour exprimer ces sensations anormales, ces nuances infinies de la pensée et du sentiment, les mots usuels ne suffisent plus. On en invente; on crée ces épithètes extraordinaires, ces verbes macabres, ces mots surprenants, qui ne participent pas plus du français que du chinois et qui font de certains livres modernes une énigme prétentieuse et puérile.»

[177]Cf.Les Mariages d'aujourd'hui,Petits mémoires d'une stalle d'orchestre,Les fredaines de Jean de Cérilly,La Pivardière le bigame, etc.

[178]Cf.Serge Panine,Les Dames de Croix-Mort,Le Maître de Forges,La grande Marnière,Noir et Rose,Volonté, etc.

[179]Cf.Le comte Xavier,Nouvelles russes,Un Violon russe,Angèle,Cléopâtre,Claire fontaine,L'Amie, etc.

[180]Cf.La Chasse aux juifs. M. Delines est un des traducteurs attitrés des romans russes (traduct. de Tolstoï et de Tchédrine).

[181]Voir surtout sesContes juifs. M. de Sacher-Masoch, petit-russien de naissance, est originaire de Lemberg. Son cas présente quelques rapports avec celui de Tourguenieff, qui écrivit comme lui dans sa langue natale et en français. On admire fort, à l'étranger, sonKaunitz, sonDernier roi des magyarsetLe fils de Caïn.

[182]Voir sesContes russes. M. Sichler a écrit uneHistoire de la littérature russequi a quelque mérite dans sa partie mythique et légendaire.

[183]Un pseudonyme qui cache je ne sais qui, mais point un français, à coup sûr. Gauchement écrits, les romans d'Ary Ecilaw (Roland,Une altesse impériale, etc.), fourmillent, dit-on, de révélations sur les cours du nord.

[184]Voir la série desVa-nu-pieds de Londres.

[185]Cf.Le Retour,Tête folle, etc. Au reste, M. Bentzon est surtout connu pour ses études et traductions.

[186]Cf.La moderne Babylone,Jacques Bonhomme chez John Bull,Au pays des brouillards, etc.

[187]Cf.Jonathan et son continent,John Bull et son île, etc.

[188]Cf.Les Clientes du docteur Bernagus,Laborde et Cie,L'Eau dormante, etc.

[189]Cf.L'Homme des déserts,Les Mangeurs de feu, etc.

[190]Cf.Le tour du monde d'un gamin de Paris(série),Les Mystères de la Guyane, etc.

[191]Cf.L'Allemagne amoureuse,Histoires militaires,La Vie viennoise, etc.

[192]Cf.Les Mémoires d'un orphelin,Les Fiancés du Spitzberg,Les Ames en peine,Le Roman d'un héritier,Hélène et Suzanne, etc.

[193]Voir chap.VIII(Les Romantiques). Ajoutez à la liste des livres cités dans la noticeIskender(roman persan), d'une grande vie, d'un beau souffle.

[194]Cf.Vingt mille lieues sous les mers,Les Enfants du capitaine Grant,L'Ile mystérieuse,Cinq semaines en ballon,Michel Strogoff,Aventures de trois Russes et de trois Anglais,Le tour du monde en 80 jours,Nord contre Sud, etc. Jules Verne est plus qu'en puissance déjà dans Edgar Poë. Il ne lui a pris que son merveilleux scientifique. Le reste de son héritage, le macabre, l'humour à vif, vous le retrouverez dans Villiers de l'Isle-Adam, par exemple.

[195]Cf.Les Secrets de l'Océan,Le capitaine Ferragus,Flora chez les nains,Quinze mois dans la lune, etc. C'est du Jules Verne arrangé et pas au mieux. M. de Lamothe eut à répondre autrefois de ces imitations un peu bien directes.

[196]Cf.Histoire d'une bouchée de pain,Les Serviteurs de l'estomac,Les contes du Petit-Château, etc.

[197]Cf.Le Palais de marbre,La Vengeance du bonze,La fille du Boer, etc. Cette littérature enfantine a, du reste, beaucoup baissé. On y chercherait en vain les pendants àla Roche aux mouettes, àRomain Kalbris, àMaroussia, àJean-Paul Choppard, auPrince Coqueluche, ces chefs-d'œuvre d'antan.

[198]Cf.Aigle et Colombe,Les Pieds d'argile,Bigarette,Le clan des Pentom,Les Rosaëc,Désertion, etc.

[199]Cf.Les Laferté,Jacqueline,Denise,L'Ange du sommeil, etc.

[200]Cf.Jean le boiteux,Visites à grand'mère,La Fille de l'aveugle, etc.

[201]On se reportera, sur Mme Guerrier de Haulpt, à l'article que j'ai déjà cité de M. Paul Bourget, sur le roman piétiste et le roman naturaliste (Revue des deux mondes, 1873). Voir de Mme de HaulptLe Roman d'un athée,Le Trésor de Kermerel,La Clef des champs, etc.

[202]Cf.Une dette d'honneur,En Poitou,La Faute du père,Petite reine, etc.

[203]Cf.Marcelle Dayre,Sabine de Rivas,Aventures de Jean-Paul Riquet, etc.

[204]Cf.Les Souvenirs d'un enfant de chœur,Les Récits du commissaire,Les athées du Pont-aux-Choux, etc.

[205]Cf.Maître Bernillon,La Béate,Un mariage difficile,Chez l'oncle Aristide, etc.

[206]Cf.Yves Trévirec,La Mission de Marguerite,Edith, etc.

[207]Je prends M. Ninous au hasard. Mais j'aurais pu tout aussi bien nommer cinquante autres.

[208]Cf.Aubanon Cinq-liards,Les Chevaliers de la Croix-Blanche,Le Crime de Maltaverne,Les Rois du Pays d'or,L'Honneur du Nom, etc., etc. Tous ces romans ont une réelle tenue littéraire; l'auteur est peut-être, à présent, notre meilleur romancier picaresque.

[209]Cf.Le Panné,Le Wagon 303,Les Vaincus de la vie,L'Aventure d'une fille, etc.

[210]Cf.Les Nuits du boulevard,Le Fer rouge,L'Enfant du Pavé,Les Drames du demi-monde,La duchesse d'Alvarès, et quelques nouvelles vraiment exquises (Le Trombone de Salzbach, par exemple). Mais c'est surtout à l'imagination que M. Zaccone a dû le succès très mérité de ses livres.

[211]Cf.Le marquis de Saint-Luc,La Bataille de la bourse,Le Faubourg Saint-Antoine, etc.

[212]Cf.Martyre,Les Deux orphelines,Les Remords d'un ange, etc.

[213]Tels que M. Paul Saunière (Le beau Sylvain,Le Chevalier Tempête,Flamberge, etc.), M. Elie Berthet (Un mariage secret,Mère et fille,Le Château de Montbrun, etc.), Charles Valois (Le docteur André), Eugène Moret (La petite Kate), etc., etc.

[214]—«Les goûts sur les livres changent de mode chez les Français comme les habits. Les longs romans pleins de paroles et d'aventures fabuleuses, vides des choses qui doivent rester dans l'esprit du lecteur et y faire fruit, étaient en vogue dans le temps que les chapeaux pointus étaient trouvés beaux. On s'est lassé presque en même temps des uns et des autres, et les petites histoires ornées des agréments que la vérité peut souffrir ont pris leur place et se sont trouvées plus propres au génie français, qui est impatient de voir en deux heures le dénouement et la fin de ce qu'il commence à lire.»—De qui ces lignes? D'un certain Le Noble, auteur d'Ildegerte, reyne de Norwège, ouL'amour magnanime, nouvelle historique, publiée en 1646, et précédée d'un à-qui-lit dont je les ai extraites.


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