XLVI.

Hector, Sagremor et messire Yvain recommandèrent à Dieu les chevaliers de l'Étroite marche et s'en séparèrent à l'entrée d'une ancienneforêt qu'il fallait traverser avant d'arriver dans une vaste lande. Ils aperçurent alors, à leur droite, une pucelle qu'un chevalier emmenait de force; à leur gauche, un autre chevalier qui, vivement poursuivi par deux fer-vêtus, cherchait un refuge dans la forêt. «Voilà, dit Sagremor, deux aventures: il en manque une troisième pour que nous ayons chacun la nôtre.» En ce moment un grand bruit de plaintes et de malédictions part de la forêt: «Vraiment, dit Hector, je crois que Dieu a entendu Sagremor: c'est la troisième. Prenons chacun la nôtre.» Sagremor dit: «J'irai au chevalier poursuivi.» Messire Yvain: «Je suivrai la demoiselle.—Et moi, dit Hector, je verrai d'où part le grand bruit.»

Nous pourrons savoir plus tard ce qu'il advint de Sagremor et de messire Yvain. Pour Hector, il chevaucha du côté des voix et joignit bientôt une grande assemblée de gens qui escortaient une bière avec de grandes démonstrations de douleur. Un nain monté, sur un maigre cheval fermait le cortége: «Pourquoi ce grand deuil?» lui demande Hector. Le nain ne répond pas.—«Je te demande pourquoi ce grand deuil.»—Même silence.—«Tu es bien vilain de ne pas répondre, et tu mériterais une buffe.—Frappe, et je répondrai.—Le diable te frappe! moi, je ne daignerais. Parle de ton plein gré.—Je ne dirai rien.—Demande ce que tu voudras et parle.—Je demande que tu me frappes, si tu veux me faire parler.» En même temps, il saisit le frein du cheval d'Hector et le tire avec violence. Hector perd patience et donne de son pied sur le nain qu'il abat de son roncin. «Maudite l'heure, dit Hector, où je te rencontre, chétive pièce de chair! il faut que les nains soient nés pour mon malheur.—Tu n'en as pas fini avec eux,» reprit le nain en se relevant, «et tu ferais bien de me tuer, car ma vie sera la fin de la tienne.—Je me soucie peu de tes menaces; je voudrais seulement savoir pourquoi ces gens-là pleurent?—Pour un chevalier dont ils sauront bien venger la mort.» Et il fait un récit qui ne laisse pas douter à Hector que celui qu'on porte en bière ne soit le chevalier qu'il avait lui-même tué pour délivrer la dame de Windesore.

La crainte des parents de la victime ne l'arrête pas: il pousse en avant du convoi et salue la compagnie qui ne semble pas le voir. Mais, en passant près de la bière, les plaies du mort se rouvrent et le sang jaillit. Et le nain de crier: «Arrêtez le meurtrier!» Un des vingt chevaliers qui entouraient la bière regarde les armes d'Hector et reconnaît par elles le chevalier venu au secours de Sinados. Il avertit les autres; tous s'élancent sur Hector qui porte le premier àterre, puis un second, un troisième; et quand il a rompu son glaive, il tient en respect les autres avec son épée. «Surtout, criait le nain, gardez bien qu'il ne vous échappe!» Hector allait être écrasé sous le nombre, quand surviennent un chevalier et une demoiselle. C'était précisément Sinados, celui qu'il avait vengé de Guinas de Blaquestin. «Ah! cher sire,» disait à Sinados la demoiselle, «hâtez-vous; c'est le chevalier qui nous a sauvé l'honneur. Si vous tardez, c'en est fait de lui.»

Sinados s'avance et, d'un air d'autorité, avertit les assaillants de baisser les armes; mais on lui dit que le chevalier dont il prend la défense est le meurtrier de son frère; il hésite et pâlit. «Sire, dit-il à Hector, vous avez tué mon frère; et vous avez tant fait pour moi que je ne puis me joindre à ceux qui veulent nous venger. Vous n'avez ici rien à craindre; mais je ne pourrais ailleurs me rendre votre garant.»

Hector le remercie et revient sur ses pas. Le nain, dès qu'il le voit s'éloigner, appelle un valet et lui glisse à l'oreille quelques paroles. Le valet prend un chemin de traverse qui lui fait devancer Hector, et arriver avant lui sur la grande voie. Quand il est assis près de lui: «Puis-je vous demander, sire, où vous pensez aller?—En Norgalles.—Vous n'êtes pas dans la meilleure voie. Je vais moi-même dans cepays, et, si vous le trouvez bon, je vous remettrai sur le chemin.» Hector le remercie et se laisse conduire. Ils suivent un sentier peu frayé: «Ne soyez pas inquiet, nous prenons de ce côté pour gagner du temps.» Une source, laFontaine à l'Ermite, était sur leur passage: «N'auriez-vous pas envie de manger?» demande le valet. «Pour moi, je me sens un grand appétit: j'ai un pain que nous pouvons partager; mais je n'aurais pas faim que je puiserais encore de l'eau à cette fontaine, la plus merveilleuse de toute la Bretagne. Il n'est pas de plaie grave et merveilleuse qu'elle ne ferme et ne cicatrise. Descendez, s'il vous plaît, nous y ferons deux ou trois soupes[92].» Hector se laisse persuader, descend, ôte son heaume, suspend son écu à une branche voisine, et l'écuyer, après s'être chargé d'attacher le destrier, taille plusieurs soupes qu'il présente à Hector. Quand il le voit penché sur la fontaine, il passe l'écu à son cou, saisit le heaume, monte sur le destrier et s'éloigne à toutes brides. Hector se tourne, voit qu'il est trahi, enfourche le roncin et suit le valet d'aussi près qu'il peut, jusqu'à la porte d'un château qu'on appelait lesMares. Alors l'écuyer s'esquive en entrant dans une maisonoù Hector a beau chercher, il ne le retrouve plus. Il prend le parti de monter le degré qui conduisait à la tour: un homme de grand âge était à l'entrée, il le salue: «Sire, dit-il, faites-moi rendre mon cheval, mon heaume et mon écu qu'un valet de céans vient de m'enlever.—Qui êtes-vous, sire?—Je suis de la maison de la reine de Logres.» En même temps arrivait un chevalier suivi de quinze sergents, parmi lesquels Hector reconnaît le larron de ses armes. «Voici, dit-il, celui qui s'est emparé de mon cheval.—Ne le croyez pas, répond l'écuyer, c'est un meurtrier, celui même qui a tué sans le défier votre fils Maugalis.» Hector rougit de colère et, mettant la main à l'épée, fend le valet de la tête aux épaules. Puis, prenant le mur pour point d'appui, il se couvre d'un écu pendu au-dessus de lui, et reçoit ainsi tous les hommes armés qui se ruaient sur lui. Le seigneur du château arrête ses gens, il s'approche d'Hector et l'invite à se rendre. «Mais quelle sera ma rançon? dit Hector: je tiens à le savoir, et je ne me rendrai que si je puis défier quiconque soutiendra que j'aie tué votre fils en trahison.»

En ce moment la porte s'ouvre pour laisser entrer ceux qui avaient escorté la bière. Sinados reconnaît Hector auquel il devait tant, et il essaye de lui venir en aide. «Sire père, dit-il,n'épargnerez-vous pas ce chevalier, auquel je dois l'honneur et la vie?—Qu'il commence par se mettre en notre merci.» Sinados joignant ses instances à celles du père, Hector remet son épée et se laisse conduire dans une chambre éloignée. Cependant on transporte la bière dans le milieu de la salle: on mande les clercs et les prêtres, pour faire le service du mort, et le lendemain il est enseveli dans l'intérieur du château en grande pompe et douleur. Hector en voyant passer le corps gémit d'être la cause de tant de deuil. Nous le laisserons dans la chambre où on le tient enfermé, mais où la dame de Windesore vient souvent lui faire compagnie. Lancelot nous réclame, et on pourrait nous accuser de l'oublier trop longtemps.

FIN DU TROISIÈME VOLUME DES ROMANS DE LA TABLE RONDE.

1:Saint-Graal, p. 349.2:Merlin, p. 41. Les deux fils du roi Constant, Uter et Uter-Pendragon, se réfugient vers Orient, c'est-à-dire en Bretagne. Il faut que quelque lai non conservé ait parlé de leur séjour dans Bourges.3: Ce donjon de Trebes ou Trèves existe encore, ou du moins la tour, construite au quinzième siècle sur les ruines du château du onzième siècle. Elle a été gravée dans l'ouvrage de M. Godart-Faultrier, t. II, p. 114. Trèves est à peu de distance de Saumur, sur la Loire, au pied de coteaux encore boisés.4: Msc. 754; fo61.5: Quel est ce conte duCommun? c'est un point qu'il est malaisé de résoudre. Peut-être est-ce notre Banin qu'on retrouve sous le nom deBalaan,BalahamouBalan, dans le texte inédit de Merlin, suivi par un traducteur anglais du quinzième siècle, sir Thomas Maleore ou Malory. Balaham y devient le Chevalier aux deux épées. Victime de la fatalité, il combat son frère, qu'il reconnaît après l'avoir frappé et en avoir reçu des blessures également mortelles.6: Le romancier fait descendre la reine Hélène de Joseph d'Arimathie, qu'il confond ici avec S. Joseph, époux de la Sainte Vierge.7: «Un rendu».8: Dans le livre d'Artus, Pharien, sénéchal du roi de Gannes, est tué dans un dernier combat contre Claudas. (Tom. II, p. 389.)9: Dans l'original, elle est presque toujours appelée la Damoiselle; mais il serait plus tard assez difficile aux lecteurs de la distinguer des pucelles et demoiselles chargées de ses nombreux messages. Il suffit d'avertir ici de cette infidélité.10: «En la Grant-Bretagne», msc. 339 et 754. Mais l'ensemble des récits oblige de lire «les deux Bretagnes»; car Ban, Bohor, Lancelot, Bourges, tout cela ne peut être transporté dans la Bretagne insulaire.11: Le récit qu'on va lire diffère assez de celui qu'on a lu dans le Merlin, pour démontrer que le même auteur n'a pas fait le Merlin et le Lancelot.12: Dans le livre d'Artus, il remplit déjà cette charge près du roi Bohor, son premier seigneur. (Voy. t. II, p. 207 et suiv.)13: La couche, dont le diminutif estcoussin, répond toujours dans nos romans à ce que nous appelonsdivanoucanapé.14: «Un boson légier que il le fit traire avant au berceau.»Bouzonest encore en Champagne, et sans doute ailleurs, le bâton posé en travers de l'échelle et formant échelon. Leberceauest, je crois, une espèce de haie dressée en demi-cercle, vers lequel on poussait le gros gibier, pour le tirer plus facilement.15: Une grant herce de biches.16: On voit ici que cette laisse doit être prise d'un autre texte plus ancien, qui se liait moins bien avec la suite du Lancelot. Ce Kaheus de Cahors est évidemment le même que Keu, qui dans toutes les suivantes laisses est encore en pleine charge de sénéchal, à la cour d'Artus.17: Nous dirions aujourd'hui lestours.Jocosusa le même sens dans laVita Merlini. Geoffroi de Monmouth promet d'y raconter les tours du personnage:Fatidici rabiem, musamquejocosamMerlini cantare paro......18: On voit ici l'indice du droit reconnu de récuser ses juges, dans les anciennes cours féodales. Le pair atteint et convaincu d'avoir forfait à l'honneur pouvait être rendu incapable de juger et même de siéger.19: El chief de la vallée Nocorrange, à l'entrée de la forest qui estoit appelé Briosque, de cele part de la forest où li lais (le lac) estoit.....» (msc. 339, f. 13, vo.—msc. 341, f. 25.—«Nocorringue.—Brioigne.» msc. 773, fo29.)20: La Dame du lac faisait justement le contraire de saint Louis, dans une pensée également pieuse. «Le Roi,» disent les Chroniques de Saint-Denis, «faisoit porter à ses enfans chapeaux de roses ou d'autres fleurs au vendredi, en remembrance de la sainte couronne d'épines dont Jhesu-Crist fut couronné le jour de sa sainte Passion.» (Tom. IV, p. 355 de la dernière édition.)21: «Et se vous remanés après moi vivant, si attendez de moi la mort, ou âme de cors sera noient.» (Msc. 339, fo15.)22: Le bon manuscrit 339 présente ici une longue lacune que je remplis à l'aide des nos754 et 1430, qui n'offrent pas un moins bon texte.23: Les chevaux de chasse étaient dressés d'une façon particulière; de là le nom dechacéorsqui les distinguait.24: Voy.S. Graal, t. I, p. 339.25: Flodece, msc. 341, fo36.26: Sagremor, dans le livre du Roi Artus, avait déjà voulu être adoubé de ses propres armes. (T. II, p. 204.)27: La robe de chevalier différait de celle des écuyers, et le candidat à la chevalerie devait s'en couvrir avant de recevoir ses armes. Il faut voir dans Garin le Loherain la mauvaise humeur du bon vilain Rigaud, quand Begon l'avertit de prendre la robe fourrée de vair et de gris.«Or vous allés baigner un seul petit,Et vous arés et le vair et le gris.—A la maleure, Rigaus li respondi,Por vostre vair qu'avés et vostre gris!Or me convient baignier et resfreschir?Ne sui chéus en gué ne en larris...»Mantel ot riche et pelisson hermin,Qui li traïne demi pié acompli.Rigaus le voit, pas ne li abeli.Devant lui garde, un damoisel choisiQui coutel porte por chevaliers servir:Il li demande, li vallés li tendiEt il en coupe un grant pié et demi.«Por coi le fais, biaus fis? li peres dit,A novel home est-il coustume ensi,Que li traïne et le vair et le gris.»Et dist Rigaus: «Folle costume a ci!»(Garin, t. II, p, 180.)On voit par le Lancelot, c'est-à-dire dès le douzième siècle, que la cérémonie de l'adoubement était simplifiée; on ne se baignait plus, et les robes étaient probablement moins traînantes.28: Et non l'accoléecomme on a dit plus tard par une sorte de confusion.Coléesemble venir decolaphus, tape sur le cou.29: «Un perron lés une moult bele fontaine». Le perron doit toujours s'entendre d'un pilier ou fût de colonne. Ainsi le perron à l'enclume d'où Artus avait détaché l'épée. Je crois que M. Viollet-le-Duc, dans son excellentDictionnaire de l'architecture française, a confondu le sens deperronavec celui dedegré. Tous les exemples qu'il cite duperrondoivent s'entendre depilieroucolonne, et non pas d'escalier. De là le sens inexact qu'il a donné à un passage de Joinville.30: Saint-Graal, t. I, p. 188.31: Cette aventure du Gué de la reine est racontée dans la partie inédite du livre d'Artus. (Manuscrit de la Bibliothèque nationale, no337, p. 180.)32: Vous avez un trop bon sauf-conduit, dirait-on aujourd'hui.33: Le bon msc. 773 termine le récit de cette aventure par les mots: «Et ci faillent lesEnfancesde Lancelot.»34:Belicne se trouve que dans les romans de la Table ronde. Cotgrave et le Dictionnaire de Trévoux l'interprètent rouge, mais nous verrons souvent ici des bandes de belicblanchesou d'azur. Ce mot répond au latinobliquus, et distingue les bandes transversales des horizontales, plus tard nomméesfasces.35: Lancelot préfère la poterne aux grandes portes, sans doute afin de ne pas être aperçu de ceux qui, dans le château, attendaient de lui leur délivrance. Lafausse poterne, dans les châteaux fortifiés, était une porte secrète connue seulement du châtelain.36: Le msc. 754, que nous avions suivi pour remplir la première partie de la lacune du bon manuscr. 339, s'arrête ici; nous prenons, à son défaut, le no341, fo45, et le no773, fo62.37: Lancelot, lié par les derniers conseils de la Dame du lac, devait cacher son nom aussi longtemps qu'il le pourrait (voy. p.125). Voilà pourquoi il a évité de paraître désarmé devant la reine, et pourquoi il change d'armes si souvent.38: Ici, les derniers compilateurs ayant trouvé dans certaines rédactions le nom du roi d'Outre les marches de Galore, et dans les autres celui de Galehaut, le prince des Îles étranges, ont, pour cela, deux fois mentionné trois assemblées successives; les premières avec ce roi de Galore, les secondes avec Galehaut. Je n'ai pas cru devoir m'égarer avec eux dans cette voie confuse.39: L'usage en revint au treizième siècle; mais on voit qu'il était interrompu au douzième, époque de la composition du Lancelot. Pour cette assemblée de Galore, voyez plus haut, page185,note.40:Plein poing de chandelles. Expression qui revient souvent.41:Deux chevaliers de cuivre tresjeté. Ce dernier mot paraît avoir précisément le sens d'émaillé. Cet émail donnait au cuivre une belle couleur d'or et d'outremer.42: Ici finit la lacune du bon masc., 337, fo16.43: «La porte coléice.» Comme celle dont il est parlé dans le Roman de la Rose:Si a bones portes coulans,Pour faire ceux dehors dolans;Et pour eux prendre et retenirS'il osoient avant venir.On peut voir une belle gravure de la porte coléice ou coulante de Villeneuve-sur-Yonne, qui existe encore, dans leDictionn. d'architecturede M. Viollet-Le-Duc, t. VII, p. 336.44: Nous avons déjà averti nos lecteurs, p. 185, que nous laisserions de côté les trois assemblées ou rencontres qui, dans le roman, nous paraissaient faire double emploi avec celles où Galehaut sera le tenant contre le roi Artus. Des incidents d'un seul récit primitif les rédacteurs de l'ensemble avaient formé sans nécessité deux récits distincts. C'est dans ces premières assemblées que Lancelot avait porté l'écu d'argent à la bande noire qui le fait ici reconnaître.45: La guimpe ou guimple était, comme on doit le savoir, une sorte de voile épais passé sur le cou, tombant sur la poitrine quand on le baissait, couvrant le nez et même les yeux quand on le tenait levé. Il ne faut pas l'oublier, ni prendre le change quand on voit les dames lever ou baisser leur guimpe.46: On disait:maison fort. De là le nom propre si commun de la Maisonfort.47: Il n'est pas aisé de bien se rendre compte de la description de cette geôle, qui varie dans les différentes leçons et même dans la même leçon, à quelques alinéas de distance; voici la plus intelligible: «La geole estoit au chief de la salle; si estoit lée par desoz, et par dessus greille. Si avoit deux toises en tout sens, et haut jusqu'à la couverture de la salle; à chascune quarréure de la salle avoit deux fenestres d'ivoire (s. d. de voirre) si clers, que cil qui estoit dedens povoit veoir tout ce qui entour estoit en la salle.»48: Les mss. 341, fo60, et 773, fo82, vo, disent: «La demoiselle des marches de Sezile.» Le no339, fo19, porte seulement «la demoiselle.»49: Cette expression qui revient encore ici semble indiquer un faisceau de petits cierges qu'on tenait à la main.50: «Cotes à armes et couvertures noires.» Fo24. La couverture était lesurcotde soie ou de laine qu'on jetait sur le haubert ou la cotte d'armes.51: Gauvain étant le héros sans pair des Bretons, notre auteur croit devoir justifier ainsi la supériorité qu'il donnera au jeune Lancelot sur le vieux Gauvain.52: Il y a dans leParadisde Dante, chant XVI, une allusion ingénieuse à cette toux de la dame de Malehaut; c'est quand le poëte, oubliant un instant la contemplation céleste pour s'arrêter aux souvenirs de la terre, est averti de sa distraction par Béatrice:Onde Beatrice, ch'era un poco sovra,Ridendo parve quella che tossioAl primo fallo scritto di Ginevra.53: «Et que par vous seront amendé le mefait et le trespas del convenant.»Var.«des convenances.» Ce passage laisse quelque doute; on serait tenté de l'entendre: «et que sur vous retombe le bon marché que nous ferons des convenances.» Mais une telle interprétation serait de notre temps plutôt que du douzième siècle. L'ancien traducteur italien l'a entendu comme moi: «che per voi sieno emendate tutte le cose mal fatte.» C'est-à-dire: «et que vous soyez juge de la façon dont ce commun engagement sera tenu.»54: Au moyen âge, les droits de l'hérédité n'étaient guère foulés aux pieds que dans certains cas exceptionnels dont l'Église était juge. Voilà pourquoi on voit Galehaut réserver le Sorelois à l'héritière du prince sur lequel il l'avait conquis. Les Grandes Chroniques de France nous apprennent que la raison qui avait porté Philippe-Auguste à épouser la fille du comte de Hainaut, fut qu'elle descendait en ligne féminine de Charles, duc de Lorraine, frère du dernier roi Carlovingien. (Chroniques de S.-Denis, éd. Techener, t. IV, p. 215.)55: Var.Arcise.—Aise.—Surpe.56: La coudée répondait à peu près à notre demi-mètre.57: Environ trente-deux ans et six mois. Cette évaluation m'est fournie par les mss. 751 et 1430.58: Malgré l'étendue qu'on lui suppose, le Sorelois doit être la langue de terre située dans le Chestershire, à l'extrémité nord du pays de Galles, entre le Lancashire et Flint. Au-dessus de Chester, deux petites rivières séparent presque entièrement cette langue du continent breton.59: Cet épisode du ressentiment de Gauvain contre le roi semble être une sorte de contrefaçon de la querelle racontée dans les rédactions inédites du livre d'Artus, à l'occasion du sobriquet deMort à jeun, donné à Sagremor par Keu. On trouvera dans l'Appendice une notice de ces rédactions que les premiers assembleurs des livres de la Table ronde ont laissées de côté.60: On ne retrouve pas cette action de Merlin dans le livre de ses faits et gestes.61: Laguicheétait ce que nous appelons aujourd'hui assez improprementbaudrier: ce dernier mot est dérivé debaudréqui répondait àceinture;baudrierserait donc proprement leceinturon.62: «Par mon chief vous n'irés pas, mès je irai; car vous savez bien que li derroi de la maison le roi Artus sont mien, et por ce ai-je nomDesréé.» (Msc. 1430, fo75, vo.) C'était un surnom que Sagremor avait mérité, parce que, dans les grandes assemblées ou dans les tournois, il sortait le premier des rangs, et ne réglait jamais ses mouvements sur ceux des autres. Le sens dedesrééest justifié par un passage de la partie inédite du livre d'Artus: «Lors commence à approcher li conroi li uns à l'autre. Et Sagremordesrengetout premiers à l'Amirant Monys, un Saisne orgueilleux. Et quant si compaignon le voient aler, si dient: C'est Sagremor lidesréés, bien est drois qu'il ait la première jouste.» (Msc. 337, fo144, vo.)—Le nom, voit-on dans le même livre d'Artus, lui avait été donné au retour de la dernière bataille livrée aux Saisnes. Après s'être trop avancé dans les rangs ennemis il avait été abattu et eût été retenu prisonnier, si Gauvain n'était venu le délivrer. La vieille reine de Vendebiere avait alors dit: «Il ne pourra longuement vivre; jamais chevalier n'a mieux mérité le nom dedesréé.» Depuis ce temps on ne l'avait plus appelé autrement, et il ne le trouvait pas mauvais.63: Un bleteron, mss. 776, fo116; et 1430, fo76.64: Traces marquées par les fers de chevaux. Le mot est à regretter; Rabelais l'a souvent employé.65: Dans la partie inédite du livre d'Artus, cette demoiselle qu'on peigne est parente de Giromelan, et se tient dans une tour où la foule assiége messire Gauvain et la demoiselle à la Harpe. On l'y voit railler également messire Gauvain, mais pour avoir tenu dans ses bras, une nuit entière, la belle Hélais, sans lui rien faire.66: Cela était raconté un peu différemment dans l'Artus inédit. Hélie, le mari de la dame de Roestoc, mortellement frappé dans une bataille contre les Saisnes, est ramené dans son château; avant d'expirer, il recommande à sa belle, sage et jeune femme, une nièce qui avait, dans la personne du nain Monabonagrin, un second oncle.67: Nous dirions aujourd'hui: «Bonne chance!»68: Ce joli mot, dérivé dedru, ami, répond à gage de fidèle affection ou d'amour; le mot actueljoyau, n'en serait pas l'équivalent.69: «À membres d'or.»70: Nous disons aujourd'hui, sans doute pour abréger: «Jevous donne le bonjour!»71: Apparemment une sorte de toile cirée.72: On voit pour la seconde fois que les dames n'assistaient pas encore aux combats judiciaires, sur les échafauds dressés devant les combattants.73: Le feutre était une forte pièce de cuir fixé au côté gauche, où venait poser l'extrémité du bois de lance.74: Il faut distinguer l'enarmeou lesenarmesde la guiche. L'enarme était la bande de cuir ou le rouleau de bois cloué au revers de l'écu, pour permettre d'y passer le bras. Il semble avoir la même origine que lesarms(bras) des Anglais.75: On sait que, parpont, il faut toujours entendre le pommeau de l'épée.76: Les salles même les plus somptueuses n'étaient pas ordinairement pavées, encore moins parquetées. On couvrait la terre de fleurs et d'herbes odoriférantes, de là le motjoncher, couvrir de joncs.77: Les épées, de choix portaient alors des lettres tracées près de la poignée et rappelant soit le nom de l'ouvrier, soit la bonté de la lame. De là l'expression si fréquente dans les anciens romans et chansons de geste:épée lettrée.78:Variante, Landebelle. (Msc. 751, fo112.)79: L'histoire de la rencontre d'Agravain avec les deux dames dont il avait blessé les amis, est plus longuement racontée dans la partie inédite de l'Artus, msc. 337, fo255.—Voyez dans le livre d'Artus (Rom. de la Table ronde, t. II, p. 283) la conversation des quatre fils de Loth, et l'allusion faite à l'aventure qu'on vient de lire.80: La plupart des manuscrits donnent ici Quimper-corentin, au lieu de Caradigan; c'est une erreur. De même, dans la partie inédite du livre d'Artus, au lieu de faire résider la belle Lyanor à Quimper, elle est dame de Caradigan ou Cardigan, en Galles. Il faut assurément préférer Caradigan. Cette étrange confusion dans le nom des résidences d'Artus semble tenir à ce que les plus anciens récits se rapportaient à la Francebretonnante. Les assembleurs, en transportant la scène en Angleterre, auront oublié d'opérer, pour un certain nombre d'aventures, le même déplacement ou, si l'on peut parler ainsi, le mêmedéménagement.81: On voit que le rédacteur du Lancelot connaissait mal le livre d'Artus, où Sagremor, neveu de l'empereur de Constantinople est admis, le jour même qu'il est présenté au roi, parmi les chevaliers de sa maison. (Voy.t. II. p. 204.) Ajoutons que dans une première rédaction du roman d'Artus, fournie par le manuscrit Bachelin, fo96, Sagremor est fils de Nabor le desréé, père nourricier de Mordret.82: Il se peut que labrisure, dans le blason, ait tiré sa raison d'être de ce passage du Lancelot. Elle devait indiquer la distinction des branches puînées, et disparaissait quand le droit ouvert de succession donnait à celui qui l'avait prise la primogéniture. C'est ainsi que la branche de Bourbon-Orléans porte encore labrisuredu lambel.83: Ces rêveries sont fréquentes chez Lancelot, chez Hector et même chez Gauvain. Elles sont le type de celles de Guilan le pensif dans l'Orlando furioso.84: Apparemment parce que leurs devoirs à son égard ne leur auraient pas permis de la contraindre, et parce qu'ils avaient un intérêt réel à ce que leur suzerain fût homme à bien défendre sa terre et ses vassaux.85:Proie, dans le véritable sens qu'il avait encore, répond àprœdium, le bétail.86: Nouvelle preuve de l'ignorance où était le romancier de la topographie de la Grande-Bretagne. Windsor au nord du pays de Galles, au milieu d'une grande forêt!87: Var. Belinan.—Benian.—Halinan.88: L'imprimé qui fait ici rappeler l'aventure de la Fontaine du Pin, avait passé le récit de cette aventure; si bien qu'on ne peut savoir, avec lui, pourquoi Hector rougit de modestie.89: Var. «bretesche.» La barbacane, dit fort bien M. Viollet-le-Duc, était un ouvrage de fortification avancé qui protégeait un passage ou une porte, et qui permettait à la garnison d'une forteresse de se réunir à couvert et, de là, faire des sorties ou protéger une retraite.» (Dict. de l'architecture franc.) L'excellent dessin qu'on trouve t. II, p. 113, s'applique parfaitement à la barbacane du château de l'Étroite marche.90: Les chevaliers en quête ne devaient jamais reposer deux jours de suite dans la même maison. (Voy. t. II.Artus, p. 267.)91: Cet épisode prouve une fois de plus que le Lancelot est composé de laisses (ou plutôt delais) recueillies de diverses parts, sans lien des unes avec les autres. On a vu Hector follement amoureux de la nièce du nain Groadain; une fois en quête de Gauvain, il n'est plus question de cette nièce, et il se laisse enchaîner sans trop de résistance en d'autres amours.92: Le motsouperépond exactement à tranche de pain trempé.

1:Saint-Graal, p. 349.

2:Merlin, p. 41. Les deux fils du roi Constant, Uter et Uter-Pendragon, se réfugient vers Orient, c'est-à-dire en Bretagne. Il faut que quelque lai non conservé ait parlé de leur séjour dans Bourges.

3: Ce donjon de Trebes ou Trèves existe encore, ou du moins la tour, construite au quinzième siècle sur les ruines du château du onzième siècle. Elle a été gravée dans l'ouvrage de M. Godart-Faultrier, t. II, p. 114. Trèves est à peu de distance de Saumur, sur la Loire, au pied de coteaux encore boisés.

4: Msc. 754; fo61.

5: Quel est ce conte duCommun? c'est un point qu'il est malaisé de résoudre. Peut-être est-ce notre Banin qu'on retrouve sous le nom deBalaan,BalahamouBalan, dans le texte inédit de Merlin, suivi par un traducteur anglais du quinzième siècle, sir Thomas Maleore ou Malory. Balaham y devient le Chevalier aux deux épées. Victime de la fatalité, il combat son frère, qu'il reconnaît après l'avoir frappé et en avoir reçu des blessures également mortelles.

6: Le romancier fait descendre la reine Hélène de Joseph d'Arimathie, qu'il confond ici avec S. Joseph, époux de la Sainte Vierge.

7: «Un rendu».

8: Dans le livre d'Artus, Pharien, sénéchal du roi de Gannes, est tué dans un dernier combat contre Claudas. (Tom. II, p. 389.)

9: Dans l'original, elle est presque toujours appelée la Damoiselle; mais il serait plus tard assez difficile aux lecteurs de la distinguer des pucelles et demoiselles chargées de ses nombreux messages. Il suffit d'avertir ici de cette infidélité.

10: «En la Grant-Bretagne», msc. 339 et 754. Mais l'ensemble des récits oblige de lire «les deux Bretagnes»; car Ban, Bohor, Lancelot, Bourges, tout cela ne peut être transporté dans la Bretagne insulaire.

11: Le récit qu'on va lire diffère assez de celui qu'on a lu dans le Merlin, pour démontrer que le même auteur n'a pas fait le Merlin et le Lancelot.

12: Dans le livre d'Artus, il remplit déjà cette charge près du roi Bohor, son premier seigneur. (Voy. t. II, p. 207 et suiv.)

13: La couche, dont le diminutif estcoussin, répond toujours dans nos romans à ce que nous appelonsdivanoucanapé.

14: «Un boson légier que il le fit traire avant au berceau.»Bouzonest encore en Champagne, et sans doute ailleurs, le bâton posé en travers de l'échelle et formant échelon. Leberceauest, je crois, une espèce de haie dressée en demi-cercle, vers lequel on poussait le gros gibier, pour le tirer plus facilement.

15: Une grant herce de biches.

16: On voit ici que cette laisse doit être prise d'un autre texte plus ancien, qui se liait moins bien avec la suite du Lancelot. Ce Kaheus de Cahors est évidemment le même que Keu, qui dans toutes les suivantes laisses est encore en pleine charge de sénéchal, à la cour d'Artus.

17: Nous dirions aujourd'hui lestours.Jocosusa le même sens dans laVita Merlini. Geoffroi de Monmouth promet d'y raconter les tours du personnage:

Fatidici rabiem, musamquejocosamMerlini cantare paro......

18: On voit ici l'indice du droit reconnu de récuser ses juges, dans les anciennes cours féodales. Le pair atteint et convaincu d'avoir forfait à l'honneur pouvait être rendu incapable de juger et même de siéger.

19: El chief de la vallée Nocorrange, à l'entrée de la forest qui estoit appelé Briosque, de cele part de la forest où li lais (le lac) estoit.....» (msc. 339, f. 13, vo.—msc. 341, f. 25.—«Nocorringue.—Brioigne.» msc. 773, fo29.)

20: La Dame du lac faisait justement le contraire de saint Louis, dans une pensée également pieuse. «Le Roi,» disent les Chroniques de Saint-Denis, «faisoit porter à ses enfans chapeaux de roses ou d'autres fleurs au vendredi, en remembrance de la sainte couronne d'épines dont Jhesu-Crist fut couronné le jour de sa sainte Passion.» (Tom. IV, p. 355 de la dernière édition.)

21: «Et se vous remanés après moi vivant, si attendez de moi la mort, ou âme de cors sera noient.» (Msc. 339, fo15.)

22: Le bon manuscrit 339 présente ici une longue lacune que je remplis à l'aide des nos754 et 1430, qui n'offrent pas un moins bon texte.

23: Les chevaux de chasse étaient dressés d'une façon particulière; de là le nom dechacéorsqui les distinguait.

24: Voy.S. Graal, t. I, p. 339.

25: Flodece, msc. 341, fo36.

26: Sagremor, dans le livre du Roi Artus, avait déjà voulu être adoubé de ses propres armes. (T. II, p. 204.)

27: La robe de chevalier différait de celle des écuyers, et le candidat à la chevalerie devait s'en couvrir avant de recevoir ses armes. Il faut voir dans Garin le Loherain la mauvaise humeur du bon vilain Rigaud, quand Begon l'avertit de prendre la robe fourrée de vair et de gris.

«Or vous allés baigner un seul petit,Et vous arés et le vair et le gris.—A la maleure, Rigaus li respondi,Por vostre vair qu'avés et vostre gris!Or me convient baignier et resfreschir?Ne sui chéus en gué ne en larris...»Mantel ot riche et pelisson hermin,Qui li traïne demi pié acompli.Rigaus le voit, pas ne li abeli.Devant lui garde, un damoisel choisiQui coutel porte por chevaliers servir:Il li demande, li vallés li tendiEt il en coupe un grant pié et demi.«Por coi le fais, biaus fis? li peres dit,A novel home est-il coustume ensi,Que li traïne et le vair et le gris.»Et dist Rigaus: «Folle costume a ci!»

(Garin, t. II, p, 180.)

On voit par le Lancelot, c'est-à-dire dès le douzième siècle, que la cérémonie de l'adoubement était simplifiée; on ne se baignait plus, et les robes étaient probablement moins traînantes.

28: Et non l'accoléecomme on a dit plus tard par une sorte de confusion.Coléesemble venir decolaphus, tape sur le cou.

29: «Un perron lés une moult bele fontaine». Le perron doit toujours s'entendre d'un pilier ou fût de colonne. Ainsi le perron à l'enclume d'où Artus avait détaché l'épée. Je crois que M. Viollet-le-Duc, dans son excellentDictionnaire de l'architecture française, a confondu le sens deperronavec celui dedegré. Tous les exemples qu'il cite duperrondoivent s'entendre depilieroucolonne, et non pas d'escalier. De là le sens inexact qu'il a donné à un passage de Joinville.

30: Saint-Graal, t. I, p. 188.

31: Cette aventure du Gué de la reine est racontée dans la partie inédite du livre d'Artus. (Manuscrit de la Bibliothèque nationale, no337, p. 180.)

32: Vous avez un trop bon sauf-conduit, dirait-on aujourd'hui.

33: Le bon msc. 773 termine le récit de cette aventure par les mots: «Et ci faillent lesEnfancesde Lancelot.»

34:Belicne se trouve que dans les romans de la Table ronde. Cotgrave et le Dictionnaire de Trévoux l'interprètent rouge, mais nous verrons souvent ici des bandes de belicblanchesou d'azur. Ce mot répond au latinobliquus, et distingue les bandes transversales des horizontales, plus tard nomméesfasces.

35: Lancelot préfère la poterne aux grandes portes, sans doute afin de ne pas être aperçu de ceux qui, dans le château, attendaient de lui leur délivrance. Lafausse poterne, dans les châteaux fortifiés, était une porte secrète connue seulement du châtelain.

36: Le msc. 754, que nous avions suivi pour remplir la première partie de la lacune du bon manuscr. 339, s'arrête ici; nous prenons, à son défaut, le no341, fo45, et le no773, fo62.

37: Lancelot, lié par les derniers conseils de la Dame du lac, devait cacher son nom aussi longtemps qu'il le pourrait (voy. p.125). Voilà pourquoi il a évité de paraître désarmé devant la reine, et pourquoi il change d'armes si souvent.

38: Ici, les derniers compilateurs ayant trouvé dans certaines rédactions le nom du roi d'Outre les marches de Galore, et dans les autres celui de Galehaut, le prince des Îles étranges, ont, pour cela, deux fois mentionné trois assemblées successives; les premières avec ce roi de Galore, les secondes avec Galehaut. Je n'ai pas cru devoir m'égarer avec eux dans cette voie confuse.

39: L'usage en revint au treizième siècle; mais on voit qu'il était interrompu au douzième, époque de la composition du Lancelot. Pour cette assemblée de Galore, voyez plus haut, page185,note.

40:Plein poing de chandelles. Expression qui revient souvent.

41:Deux chevaliers de cuivre tresjeté. Ce dernier mot paraît avoir précisément le sens d'émaillé. Cet émail donnait au cuivre une belle couleur d'or et d'outremer.

42: Ici finit la lacune du bon masc., 337, fo16.

43: «La porte coléice.» Comme celle dont il est parlé dans le Roman de la Rose:

Si a bones portes coulans,Pour faire ceux dehors dolans;Et pour eux prendre et retenirS'il osoient avant venir.

On peut voir une belle gravure de la porte coléice ou coulante de Villeneuve-sur-Yonne, qui existe encore, dans leDictionn. d'architecturede M. Viollet-Le-Duc, t. VII, p. 336.

44: Nous avons déjà averti nos lecteurs, p. 185, que nous laisserions de côté les trois assemblées ou rencontres qui, dans le roman, nous paraissaient faire double emploi avec celles où Galehaut sera le tenant contre le roi Artus. Des incidents d'un seul récit primitif les rédacteurs de l'ensemble avaient formé sans nécessité deux récits distincts. C'est dans ces premières assemblées que Lancelot avait porté l'écu d'argent à la bande noire qui le fait ici reconnaître.

45: La guimpe ou guimple était, comme on doit le savoir, une sorte de voile épais passé sur le cou, tombant sur la poitrine quand on le baissait, couvrant le nez et même les yeux quand on le tenait levé. Il ne faut pas l'oublier, ni prendre le change quand on voit les dames lever ou baisser leur guimpe.

46: On disait:maison fort. De là le nom propre si commun de la Maisonfort.

47: Il n'est pas aisé de bien se rendre compte de la description de cette geôle, qui varie dans les différentes leçons et même dans la même leçon, à quelques alinéas de distance; voici la plus intelligible: «La geole estoit au chief de la salle; si estoit lée par desoz, et par dessus greille. Si avoit deux toises en tout sens, et haut jusqu'à la couverture de la salle; à chascune quarréure de la salle avoit deux fenestres d'ivoire (s. d. de voirre) si clers, que cil qui estoit dedens povoit veoir tout ce qui entour estoit en la salle.»

48: Les mss. 341, fo60, et 773, fo82, vo, disent: «La demoiselle des marches de Sezile.» Le no339, fo19, porte seulement «la demoiselle.»

49: Cette expression qui revient encore ici semble indiquer un faisceau de petits cierges qu'on tenait à la main.

50: «Cotes à armes et couvertures noires.» Fo24. La couverture était lesurcotde soie ou de laine qu'on jetait sur le haubert ou la cotte d'armes.

51: Gauvain étant le héros sans pair des Bretons, notre auteur croit devoir justifier ainsi la supériorité qu'il donnera au jeune Lancelot sur le vieux Gauvain.

52: Il y a dans leParadisde Dante, chant XVI, une allusion ingénieuse à cette toux de la dame de Malehaut; c'est quand le poëte, oubliant un instant la contemplation céleste pour s'arrêter aux souvenirs de la terre, est averti de sa distraction par Béatrice:

Onde Beatrice, ch'era un poco sovra,Ridendo parve quella che tossioAl primo fallo scritto di Ginevra.

53: «Et que par vous seront amendé le mefait et le trespas del convenant.»Var.«des convenances.» Ce passage laisse quelque doute; on serait tenté de l'entendre: «et que sur vous retombe le bon marché que nous ferons des convenances.» Mais une telle interprétation serait de notre temps plutôt que du douzième siècle. L'ancien traducteur italien l'a entendu comme moi: «che per voi sieno emendate tutte le cose mal fatte.» C'est-à-dire: «et que vous soyez juge de la façon dont ce commun engagement sera tenu.»

54: Au moyen âge, les droits de l'hérédité n'étaient guère foulés aux pieds que dans certains cas exceptionnels dont l'Église était juge. Voilà pourquoi on voit Galehaut réserver le Sorelois à l'héritière du prince sur lequel il l'avait conquis. Les Grandes Chroniques de France nous apprennent que la raison qui avait porté Philippe-Auguste à épouser la fille du comte de Hainaut, fut qu'elle descendait en ligne féminine de Charles, duc de Lorraine, frère du dernier roi Carlovingien. (Chroniques de S.-Denis, éd. Techener, t. IV, p. 215.)

55: Var.Arcise.—Aise.—Surpe.

56: La coudée répondait à peu près à notre demi-mètre.

57: Environ trente-deux ans et six mois. Cette évaluation m'est fournie par les mss. 751 et 1430.

58: Malgré l'étendue qu'on lui suppose, le Sorelois doit être la langue de terre située dans le Chestershire, à l'extrémité nord du pays de Galles, entre le Lancashire et Flint. Au-dessus de Chester, deux petites rivières séparent presque entièrement cette langue du continent breton.

59: Cet épisode du ressentiment de Gauvain contre le roi semble être une sorte de contrefaçon de la querelle racontée dans les rédactions inédites du livre d'Artus, à l'occasion du sobriquet deMort à jeun, donné à Sagremor par Keu. On trouvera dans l'Appendice une notice de ces rédactions que les premiers assembleurs des livres de la Table ronde ont laissées de côté.

60: On ne retrouve pas cette action de Merlin dans le livre de ses faits et gestes.

61: Laguicheétait ce que nous appelons aujourd'hui assez improprementbaudrier: ce dernier mot est dérivé debaudréqui répondait àceinture;baudrierserait donc proprement leceinturon.

62: «Par mon chief vous n'irés pas, mès je irai; car vous savez bien que li derroi de la maison le roi Artus sont mien, et por ce ai-je nomDesréé.» (Msc. 1430, fo75, vo.) C'était un surnom que Sagremor avait mérité, parce que, dans les grandes assemblées ou dans les tournois, il sortait le premier des rangs, et ne réglait jamais ses mouvements sur ceux des autres. Le sens dedesrééest justifié par un passage de la partie inédite du livre d'Artus: «Lors commence à approcher li conroi li uns à l'autre. Et Sagremordesrengetout premiers à l'Amirant Monys, un Saisne orgueilleux. Et quant si compaignon le voient aler, si dient: C'est Sagremor lidesréés, bien est drois qu'il ait la première jouste.» (Msc. 337, fo144, vo.)—Le nom, voit-on dans le même livre d'Artus, lui avait été donné au retour de la dernière bataille livrée aux Saisnes. Après s'être trop avancé dans les rangs ennemis il avait été abattu et eût été retenu prisonnier, si Gauvain n'était venu le délivrer. La vieille reine de Vendebiere avait alors dit: «Il ne pourra longuement vivre; jamais chevalier n'a mieux mérité le nom dedesréé.» Depuis ce temps on ne l'avait plus appelé autrement, et il ne le trouvait pas mauvais.

63: Un bleteron, mss. 776, fo116; et 1430, fo76.

64: Traces marquées par les fers de chevaux. Le mot est à regretter; Rabelais l'a souvent employé.

65: Dans la partie inédite du livre d'Artus, cette demoiselle qu'on peigne est parente de Giromelan, et se tient dans une tour où la foule assiége messire Gauvain et la demoiselle à la Harpe. On l'y voit railler également messire Gauvain, mais pour avoir tenu dans ses bras, une nuit entière, la belle Hélais, sans lui rien faire.

66: Cela était raconté un peu différemment dans l'Artus inédit. Hélie, le mari de la dame de Roestoc, mortellement frappé dans une bataille contre les Saisnes, est ramené dans son château; avant d'expirer, il recommande à sa belle, sage et jeune femme, une nièce qui avait, dans la personne du nain Monabonagrin, un second oncle.

67: Nous dirions aujourd'hui: «Bonne chance!»

68: Ce joli mot, dérivé dedru, ami, répond à gage de fidèle affection ou d'amour; le mot actueljoyau, n'en serait pas l'équivalent.

69: «À membres d'or.»

70: Nous disons aujourd'hui, sans doute pour abréger: «Jevous donne le bonjour!»

71: Apparemment une sorte de toile cirée.

72: On voit pour la seconde fois que les dames n'assistaient pas encore aux combats judiciaires, sur les échafauds dressés devant les combattants.

73: Le feutre était une forte pièce de cuir fixé au côté gauche, où venait poser l'extrémité du bois de lance.

74: Il faut distinguer l'enarmeou lesenarmesde la guiche. L'enarme était la bande de cuir ou le rouleau de bois cloué au revers de l'écu, pour permettre d'y passer le bras. Il semble avoir la même origine que lesarms(bras) des Anglais.

75: On sait que, parpont, il faut toujours entendre le pommeau de l'épée.

76: Les salles même les plus somptueuses n'étaient pas ordinairement pavées, encore moins parquetées. On couvrait la terre de fleurs et d'herbes odoriférantes, de là le motjoncher, couvrir de joncs.

77: Les épées, de choix portaient alors des lettres tracées près de la poignée et rappelant soit le nom de l'ouvrier, soit la bonté de la lame. De là l'expression si fréquente dans les anciens romans et chansons de geste:épée lettrée.

78:Variante, Landebelle. (Msc. 751, fo112.)

79: L'histoire de la rencontre d'Agravain avec les deux dames dont il avait blessé les amis, est plus longuement racontée dans la partie inédite de l'Artus, msc. 337, fo255.—Voyez dans le livre d'Artus (Rom. de la Table ronde, t. II, p. 283) la conversation des quatre fils de Loth, et l'allusion faite à l'aventure qu'on vient de lire.

80: La plupart des manuscrits donnent ici Quimper-corentin, au lieu de Caradigan; c'est une erreur. De même, dans la partie inédite du livre d'Artus, au lieu de faire résider la belle Lyanor à Quimper, elle est dame de Caradigan ou Cardigan, en Galles. Il faut assurément préférer Caradigan. Cette étrange confusion dans le nom des résidences d'Artus semble tenir à ce que les plus anciens récits se rapportaient à la Francebretonnante. Les assembleurs, en transportant la scène en Angleterre, auront oublié d'opérer, pour un certain nombre d'aventures, le même déplacement ou, si l'on peut parler ainsi, le mêmedéménagement.

81: On voit que le rédacteur du Lancelot connaissait mal le livre d'Artus, où Sagremor, neveu de l'empereur de Constantinople est admis, le jour même qu'il est présenté au roi, parmi les chevaliers de sa maison. (Voy.t. II. p. 204.) Ajoutons que dans une première rédaction du roman d'Artus, fournie par le manuscrit Bachelin, fo96, Sagremor est fils de Nabor le desréé, père nourricier de Mordret.

82: Il se peut que labrisure, dans le blason, ait tiré sa raison d'être de ce passage du Lancelot. Elle devait indiquer la distinction des branches puînées, et disparaissait quand le droit ouvert de succession donnait à celui qui l'avait prise la primogéniture. C'est ainsi que la branche de Bourbon-Orléans porte encore labrisuredu lambel.

83: Ces rêveries sont fréquentes chez Lancelot, chez Hector et même chez Gauvain. Elles sont le type de celles de Guilan le pensif dans l'Orlando furioso.

84: Apparemment parce que leurs devoirs à son égard ne leur auraient pas permis de la contraindre, et parce qu'ils avaient un intérêt réel à ce que leur suzerain fût homme à bien défendre sa terre et ses vassaux.

85:Proie, dans le véritable sens qu'il avait encore, répond àprœdium, le bétail.

86: Nouvelle preuve de l'ignorance où était le romancier de la topographie de la Grande-Bretagne. Windsor au nord du pays de Galles, au milieu d'une grande forêt!

87: Var. Belinan.—Benian.—Halinan.

88: L'imprimé qui fait ici rappeler l'aventure de la Fontaine du Pin, avait passé le récit de cette aventure; si bien qu'on ne peut savoir, avec lui, pourquoi Hector rougit de modestie.

89: Var. «bretesche.» La barbacane, dit fort bien M. Viollet-le-Duc, était un ouvrage de fortification avancé qui protégeait un passage ou une porte, et qui permettait à la garnison d'une forteresse de se réunir à couvert et, de là, faire des sorties ou protéger une retraite.» (Dict. de l'architecture franc.) L'excellent dessin qu'on trouve t. II, p. 113, s'applique parfaitement à la barbacane du château de l'Étroite marche.

90: Les chevaliers en quête ne devaient jamais reposer deux jours de suite dans la même maison. (Voy. t. II.Artus, p. 267.)

91: Cet épisode prouve une fois de plus que le Lancelot est composé de laisses (ou plutôt delais) recueillies de diverses parts, sans lien des unes avec les autres. On a vu Hector follement amoureux de la nièce du nain Groadain; une fois en quête de Gauvain, il n'est plus question de cette nièce, et il se laisse enchaîner sans trop de résistance en d'autres amours.

92: Le motsouperépond exactement à tranche de pain trempé.


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