Concluons tout ce livre.
Ce livre ne s’adresse qu’aux rares esprits qui aiment et cherchent la sagesse, et aux courages qui sacrifient tout à la justice et à la vérité.
Établir du silence dans son âme pour écouter en soi Dieu qui parle dans tous les hommes, surtout en ceux qui aiment la vérité ; se dégager de ses passions, et se tenir au-dessus de son siècle pour être plus près de Dieu et du cœur de l’humanité : fuir la méditation oisive et l’illusion des contemplations paresseuses, en fixant par la plume les vérités qui se déploient dans l’âme, sous le souffle de Dieu, quand elle est pure et en repos ; discipliner son corps, le pénétrer, le rapporter, comme un instrument, à son esprit et à son âme, pour que l’homme tout entier soit uni dans son œuvre ; consacrer à la vérité tout son temps, aussi bien que l’homme tout entier, âme et corps ; consacrer la journée entière, et ne pas mépriser la nuit même ni le sommeil ; consacrer le sommeil en consacrant le soir ; préparer au sommeil sa tâche, et le faire travailler ; fuir la dissipation qui interrompt l’esprit et qui l’éteint, pour trouver le repos qui le recueille et le féconde ; pratiquer, dans la continuité de l’adoration intérieure, ce que pratiquent les germes, qui croissent et qui grandissent, soit que l’on veille ou que l’on dorme : parvenir à la vraie prière, où la voix infaillible de Dieu se fait entendre ; où le contact de Dieu nous est donné, et où s’accomplit le mystère du rapport substantiel et vivant de l’âme à Dieu ; puiser dans cette union à Dieu l’inspiration réelle, c’est-à-dire la résolution de devenir un ouvrier dans la moisson de Dieu ; recevoir, dans cette inspiration et cette résolution, la connaissance des plaies de son âme et des souffrances du monde, la compassion pour ces souffrances et pour ces plaies, la force, la volonté de travailler à les guérir ; voir et juger, dans cette lumière, la crise du présent siècle, qui est la question du Seigneur ; pensez-vous que le Fils de l’homme trouve encore de la foi sur la terre ? Apprendre ce que Dieu veut du cœur humain et de l’esprit humain, et ce qu’il en exige pour leur donner ou leur laisser la foi ; rentrer dans la voie, manifestement droite, du dernier grand siècle, qui allait à Dieu par la sainteté et par la science, et unissait, fécondait, ou pour mieux dire, créait les sciences dans la lumière de Dieu ; reprendre le faisceau, trop longtemps brisé, des grandes lignes de l’esprit humain ; créer ainsi cette science comparée qui sera celle du prochain grand siècle ; remonter de chaque ligne de la science au centre de la comparaison ; y trouver Dieu partout, et sa lumière vivante et régénératrice ; faire redescendre cette lumière dans tous les canaux de la science, dans toutes les fibres de l’esprit ; délivrer, réchauffer les cœurs par cet influx nouveau ; et relever enfin, par une éducation plus lumineuse, les générations à venir : tel est l’ensemble des conseils qu’il faut donner, et du but qu’il faut proposer à celui qui veut être aujourd’hui disciple de Dieu.
Comprenez maintenant l’unité théorique, et le sens proprement scientifique de tout ceci.
Nous avons démontré ailleurs que le souverain procédé de la raison, celui qui donne la science, est un procédé qui mène, à partir de toute chose, à l’infini, à Dieu ; et que ce procédé donne la science, précisément en tant qu’il mène à Dieu et aux idées éternelles qui sont Dieu. Vous avez compris que ce ne sont pas là seulement de poétiques assertions, mais bien des vérités logiques précises et scientifiquement établies.
Mais ce procédé mène à Dieu, nous l’avons encore démontré, parce qu’il part de Dieu, c’est-à-dire du sens divin en nous, et d’un degré quelconque de foi en l’objet infini de ce sens ; et il y mène, en se servant de choses finies, l’âme et la nature, comme signes et comme images, pour expliquer ce sens obscur de l’infini que Dieu nous donne par son contact.
Donc la méthode pratique, pour aller à la science, consistera d’abord à développer en soi le sens divin ; en second lieu, à connaître son âme, à connaître la nature et ses lois, — ce qui renferme toutes les sciences partielles, — puis à remonter toujours, de notre âme, de tout état de l’âme, et de toute science partielle et de toute impression, jusqu’aux idées de Dieu et jusqu’au cœur de Dieu.
Oui, ceci est la méthode pratique pour arriver à la lumière : rappeler l’esprit à lui-même ; unir son esprit à son cœur, son cœur à Dieu ; et tout ramener, sans rien confondre, à cette unité intérieure qui est notre âme et Dieu.
Et l’homme arrivé là connaît la vie. Il sent et voit qu’aimer Dieu par-dessus toutes choses, aimer tous les hommes comme soi-même, donner son cœur, son âme, son esprit et ses forces pour rendre les hommes meilleurs et plus heureux, c’est la vie, c’est la loi, c’est le bonheur, la justice et la vérité.
FIN DES SOURCES