CHAPITRE XI

Gulliver est percé d'une flèche que lui décoche un sauvage.—Il est pris par des Portugais qui le conduisent à Lisbonne.—Il passe en Angleterre.

Je commençai ce malheureux voyage le 15 février de l'an 1715, à neuf heures du matin. Quoique j'eusse le vent en poupe, il me suffit d'abord de mes rames. Mais, considérant que je serais bientôt las et que le vent pouvait changer, je déployai ma voile, et, la marée arrivant à mon aide, je cinglai l'espace d'une heure et demie.

Mon maître, avec tous les Houyhnhnms de sa compagnie, restèrent sur le rivage, éperdus et fort attristés, jusqu'à ce qu'ils m'eussent perdu de vue, et j'entendis plusieurs fois mon cher ami l'alezan hennir:Hnuy illa nyha, majah Yahou!C'est-à-dire:Prends bien garde à toi, gentil Yahou!

Mon dessein était de découvrir, par bonheur, quelque petite île inhabitée, où je trouvasse à point ma nourriture et de quoi me vêtir. Je me figurais, dans un pareil séjour, une situation mille fois plus heureuse que celle d'un premier ministre. Une horreur extrême de retourner en Europe et d'yvivre en la société et sous l'empire des Yahous me faisait rêver la royauté d'une île déserte.—Ah! quel bonheur si mon vœu se fût accompli! Dans cette heureuse solitude je passerais doucement le reste de mes jours, enveloppé dans ma philosophie et jouissant de mes pensées sur le souverain bien, sans autres plaisirs que le témoignage de ma conscience, sans être exposé à la contagion des vices énormes que les Houyhnhnms m'avaient fait apercevoir dans ma détestable espèce!

Le lecteur se souvient sans doute des accidents de mon voyage, de mes gens révoltés, de ma triste prison dans mon propre navire, et de Gulliver abandonné dans une île déserte. Il m'avait semblé que mon île était située à dix degrés au sud du cap de Bonne-Espérance, quarante-cinq degrés de latitude méridionale. Et sur cette inquiétante conjecture je ne laissai pas de cingler à l'est, espérant mouiller au sud-ouest de la côte de la Nouvelle-Hollande, et de là me rendre à l'ouest, en quelqu'une des petites îles situées aux environs. Le vent était directement à l'ouest, et, sur les six heures du soir, je supputai que j'avais fait environ dix-huit lieues, à l'est.

Sur ces entrefaites apparut à mes yeux clairvoyants une île infime, et, quand j'abordai, cette île était une roche; au flanc de la roche, une vague hurlante avait creusé une baie où j'amarrai mon canot. La roche était de facile escalade, et je découvris, vers l'est, une terre qui s'étendait du sud au nord. Je passai la nuit dans mon canot; le lendemain, ramant de grand matin et de grand courage, en sept heures j'arrive à cette corne de la Nouvelle-Hollande qui est au sud-ouest.

Ainsi je fus confirmé dans une opinion que j'avais depuislongtemps: que les mappemondes et les cartes placent ce pays au moins à trois degrés plus à l'est qu'il n'est réellement. Je crois avoir, il y a déjà plusieurs années, communiqué ma pensée à mon illustre ami M. Herman Moll et lui avoir expliqué mes raisons. Naturellement le savant M. Moll, après m'avoir bien écouté en approuvant de la tête, obstinément... en revint aux anciennes cartes.

L'endroit où j'avais pris terre annonçait une profonde solitude, et cependant la prudence empêchait (j'étais sans armes) que je me hasardasse plus avant dans les terres. Je ramassai des coquillages, mais le plus petit feu me pouvait déceler aux habitants de la contrée. Ainsi, pendant les trois jours que je me tins en cet endroit, je vécus d'huîtres et de moules, afin de ménager mes humbles provisions. Je trouvai très-heureusement un petit ruisseau dont l'eau jasait, courait, et me rafraîchissait.

Le quatrième jour m'étant risqué dans les terres, je découvris vingt ou trente habitants du pays, sur une hauteur qui n'était guère à plus de cinq cents pas. Ils étaient nus, et se chauffaient autour d'un grand feu. Un d'eux m'aperçut et me désigna au reste de la bande.

Aussitôt voilà mes sauvages qui se dirigent de mon côté, et moi de ramer de toutes mes forces!... Ils me suivirent le long du rivage, et comme je n'étais pas fort avancé dans la mer, ils me décochèrent une flèche; elle m'atteignit au genou gauche, et me fit une large blessure, dont je porte encore aujourd'hui la marque. Ajoutez que l'arme était peut-être empoisonnée, et pensez donc si, une fois hors d'atteinte, je tâchai de sucer ma plaie et de bander mon genou.

En ce moment cruel, je me disais: «Comment faire? et dequel côté me conduire? Ici, une terre inhospitalière, et là-bas le nuage, et rien que l'espace!...» Et comme, au loin, je cherchais à m'orienter, j'aperçus au nord-est une voile!

A chaque instant elle avançait. J'étais sauvé... Mais l'horreur que j'avais conçue pour toute la race des Yahous me fit prendre en ce moment le parti de virer de bord et de ramer vers le sud, pour me rendre à cette même baie d'où j'étais parti le matin. Plutôt mille fois servir de pâture aux anthropophages de l'Océan que de vivre avec des Yahous! J'approchai donc mon canot le plus près qu'il me fut possible, et me cachai à quelques pas de là, derrière une petite roche assez voisine du petit ruisseau dont j'ai parlé.

Cependant le navire que je fuyais s'arrête à une demi-lieue de la baie; il envoie au rivage ses tonneaux vides, à remplir de cette eau fraîche; elle était célèbre en ces parages. Les mariniers, en prenant terre, aperçurent mon canot, et reconnurent sans peine que le propriétaire n'était pas loin.

Quatre d'entre eux, bien armés, cherchèrent aux environs, et me trouvèrent, couché la face contre terre, à l'abri de la roche. Ils furent d'abord très-surpris de ma figure: un habit de peau de lapin, des souliers de bois, des bas fourrés!

«Voilà, dirent-ils, un sauvage qui a perdu le talent d'aller tout nu!—Lève-toi, reprit un de ces matelots, et réponds-nous! Qui es-tu? d'où viens-tu? où vas-tu?»

Il parlait portugais; je lui répondis, en portugais, que j'étais un pauvre Yahou banni du pays des Houyhnhnms, et que je le conjurais de me laisser libre. Ils furent surpris de m'entendre parler leur langue, et jugèrent, par la couleur de mon visage, que j'étais un Européen; mais ils ne savaient ce que je voulais dire par ces mots deYahous,Houyhnhnms, etde grand cœur ils s'amusèrent de mon accent, qui ressemblait au hennissement d'un cheval.

Je ressentais à leur aspect des mouvements de crainte et de haine, et déjà je me mettais en état de leur brûler la politesse et de rentrer dans mon canot... Ils mirent la main sur moi, et m'obligèrent de répondre à leurs questions. Je répondis:

«Je suis Anglais, j'ai quitté l'Angleterre il y aura tantôt cinq ans, à l'heure où la paix était profonde entre le Portugal et l'Angleterre. Ainsi j'espérais qu'ils voudraient bien ne me point traiter en ennemis, puisque je ne leur voulais aucun mal. Encore une fois, j'étais un pauvre Yahou qui cherchait quelque île déserte où passer dans la solitude le reste d'une vie infortunée!»

A leur tour ils me parlèrent, et Dieu sait quelle fut ma surprise et si je crus voir un prodige! Cela me paraissait aussi extraordinaire que si j'entendais aujourd'hui un chien, une vache parler en bon anglais. Ces marins...Yahousme répondirent avec toute l'humanité et la politesse imaginables!

«Ayez bon courage, me disaient-ils; certainement notre capitaine voudra vous prendre sur son bord, etgratis, vous ramener à Lisbonne, et de Lisbonne en Angleterre.»

Ainsi, deux d'entre eux iraient en toute hâte trouver le capitaine, l'informer de ce qu'ils avaient vu et recevoir ses ordres; en même temps, à moins que je ne leur donnasse ma parole de ne point m'enfuir, ils allaient me lier. «Faites-en, leur dis-je, à votre volonté.»

Ils avaient bien envie de savoir mon histoire et mes aventures; mais je leur donnai peu de satisfaction, et tous conclurent que mes malheurs m'avaient troublé l'esprit. Au boutde deux heures, la chaloupe, qui avait porté l'eau douce au navire, revint avec l'ordre de m'amener tout de suite à bord.

Je me jetai à genoux, priant qu'on me laissât et qu'on voulût bien respecter ma liberté! Vaine prière... On me lie, on m'emporte, on me mène au navire, et me voilà en présence du Yahou qui le conduit.

Il s'appelait Pedro de Mendez, honnête homme. Il me pria d'abord de lui dire qui j'étais; ensuite il me demanda ce que je voulais boire et manger, m'assurant que je serais traité comme lui-même. Il me dit tant de choses obligeantes, que je fus tout stupéfait de trouver tant de bonté dans un Yahou.

Cependant je gardais un air morne et fâché, et ne répondis autre chose à ses honnêtetés, sinon que j'avais à manger dans mon canot. Pour en finir, il voulut qu'on mît un poulet à la broche et qu'on tirât de son meilleur vin. En attendant que mon repas fût prêt, il me fit conduire en un bon lit, dans la meilleure cabine. On eut grand'peine à me coucher tout habillé; peu s'en fallut même que je ne me jetasse à la mer, pour n'être point obligé de vivre avec des Yahous.

Je fus retenu par les matelots, et le capitaine, informé de ma tentative, ordonna de m'enfermer.

Après le dîner, don Pedro me vint retrouver; il voulut savoir quel motif m'avait porté à cette entreprise d'un homme au désespoir, et pourquoi donc je résistais à toute sa bienveillance. «Et quoi! me disait-il, on vous sauve, on s'empresse autour de vous, et vous voulez mourir?» Il parlait si bien, d'une façon si touchante et si persuasive, que je commençai à le regarder comme un animal un peu raisonnable. En peu de mots je lui racontai mon voyage, la révolte de mes gens sur une embarcation dont j'étais capitaine, et larésolution qu'ils avaient prise de me laisser sur un rivage inconnu.

Je lui dis ces trois belles années passées parmi les Houyhnhnms, qui étaient des chevaux parlants, raisonnants et raisonnables... Il prit mon récit tout entier pour un tissu de visions et de mensonges, et j'en fus extrêmement choqué.

«Monsieur, lui dis-je, on ne ment que chez les Yahous d'Europe, on ne sait pas mentir chez les Houyhnhnms, non pas même les enfants et les valets.» Au surplus, il croirait ce qu'il lui plairait; mais j'étais prêt à répondre à toutes les difficultés qu'il pourrait m'opposer, et je me flattais de lui faire enfin connaître la vérité.

Le capitaine, homme sensé, après m'avoir fait plusieurs questions pour s'assurer que je gardais l'ordre et la logique du discours, comprenant enfin que je n'étais pas un visionnaire et que les parties de mon histoire se rapportaient l'une à l'autre, commença à ne plus douter de ma sincérité.

Même il se souvint qu'il avait jadis rencontré un matelot hollandais qui lui avait dit avoir pris terre, avec cinq de ses camarades, à une certaine île ou continent, au sud de la Nouvelle-Hollande, où ils avaient mouillé pour faire aiguade, et bel et bien ils avaient aperçu un cheval, chassant devant lui un troupeau d'animaux semblables aux Yahous dont je parlais.

Il avait ajouté plusieurs particularités que le capitaine avait oubliées; et maintenant ces étranges détails lui revenaient en mémoire et le rendaient tout honteux de son incrédulité.

Donc, puisque aussi bien je faisais profession d'un si grand attachement à la vérité, il exigeait ma parole d'honneur de rester avec lui pendant tout le voyage, et sans songer à plusattenter sur ma vie; ou bien il m'enfermerait jusqu'à ce qu'il fût arrivé à Lisbonne. Je lui promis ce qu'il exigeait de moi, non pas sans de grandes protestations que je souffrirais plutôt les traitements les plus fâcheux que de consentir jamais à retourner parmi les Yahous de mon pays.

Il ne se passa rien de remarquable pendant notre voyage. Afin de témoigner au capitaine combien j'étais sensible à ses bontés, je m'entretenais quelquefois avec lui, s'il me priait instamment de lui parler, et m'efforçais de lui cacher mon aversion pour tout le genre humain.

Il m'échappait néanmoins quelques traits satiriques; il les prenait en galant homme, ou bien il ne faisait pas semblant d'y prendre garde. Je passais la plus grande partie du jour, seul dans ma chambre, et ne voulais parler à qui que ce fût de l'équipage. Ainsi j'obéissais aux répugnances que m'avaient laissées les Houyhnhnms avec leurs idées philosophiques.

J'étais dominé par une misanthropie insurmontable; on m'eût pris pour quelqu'un de ces sombres esprits, de ces farouches solitaires, qui, sans avoir fréquenté les Houyhnhnms, se piquent de connaître à fond le caractère des hommes et d'avoir un souverain mépris pour l'humanité.

Gavarni del.Ed. Willmann sc.Imp. Lemercier et CeParisà trois heures de l'après midi j'arrivai à Redriff et me rendis au logis.

Gavarni del.Ed. Willmann sc.Imp. Lemercier et CeParisà trois heures de l'après midi j'arrivai à Redriff et me rendis au logis.

Le capitaine en vain me pressa plusieurs fois de quitter les dépouilles dont j'étais couvert, et de m'habiller de pied en cap; je le remerciai de ses offres, ayant horreur de mettre sur mon corps ce qui avait été à l'usage d'un Yahou. Je lui permis seulement de me prêter deux chemises blanches. Le blanchissage, à coup sûr, les avait purifiées! Je les mettais tour à tour de deux jours l'un, et j'avais soin de les laver moi-même.

Nous arrivâmes à Lisbonne le 5 de novembre 1715. Le capitaine alors me força à prendre ses habits, pour empêcher la foule de nous huer dans les rues. Il me conduisit à sa maison, et voulut que je demeurasse chez lui, pendant mon séjour en cette ville. Instamment je le priai de me loger au quatrième étage, en un coin sombre et loin de la foule, et qu'il me fît la grâce de ne dire à personne ce que je lui avais raconté de mon séjour parmi les Houyhnhnms! Si mon histoire était sue, il m'arriverait une infinité de curieux, suivis d'une infinité de questions... et peut-être aussi l'inquisition s'en mêlant, gare le bûcher!

Le capitaine était garçon, il n'avait que trois domestiques; celui qui m'apportait à manger dans ma chambre avait de si bonnes façons à mon égard et tant de bon sens pour un Yahou, que sa compagnie ne me déplut point. Il gagna sur moi que parfois je mettrais ma tête à ma lucarne pour prendre l'air; ensuite il me persuada de descendre à l'étage au-dessous et de coucher dans une chambre dont la fenêtre donnait sur la rue.

Il me fit regarder par cette fenêtre, et tout d'abord je retirais ma tête aussitôt que je l'avais avancée: voir la foule aller, venir, m'était insupportable! A la fin, je m'apprivoisai peu à peu; au bout de huit jours, je descendis encore un étage.

Et si complétement ce garçon triompha de ma faiblesse, qu'il me fit asseoir sur le seuil de la porte, où je regardais les passants... Un peu plus tard je l'accompagnai dans les rues.

Don Pedro, à qui j'avais expliqué l'état de ma famille et de mes affaires, me dit un jour, que j'étais obligé, en honneur et en conscience, de retourner dans mon pays, et de vivre, en ma maison, avec ma femme et mes enfants.

Il y avait justement dans le port un navire prêt à faire voile pour l'Angleterre, et le bon capitaine avait déjà fait porter dans ma cabine tout ce qui serait nécessaire à mon voyage. A ces raisons j'en opposai plusieurs qui me détournaient de rentrer dans mon pays. «Non, non, disais-je, une île déserte où je finirai mes jours en rêvant aux amis que j'ai perdus, voilà ce qu'il me faut désormais.» Il me répliqua que cette île à moi tout seul était une chimère, et que partout je trouverais des hommes; au contraire, une fois chez moi, j'y serais le maître et pourrais être aussi seul qu'il me plairait.

A la fin, je me rendis, ne pouvant mieux faire, et d'ailleurs j'étais devenu un peu moins sauvage. Le 24 du mois de novembre, je quittai Lisbonne et m'embarquai sur un bateau marchand. Don Pedro m'accompagna jusqu'au port; il eut l'honnêteté de me prêter vingt livres sterling.

Durant tout le voyage, aucun commerce avec le capitaine, avec pas un des passagers! Je me fis malade afin de rester dans ma chambre. Le 5 décembre 1715, nous jetâmes l'ancre aux Dunes, environ sur les neuf heures du matin. A trois heures de l'après-midi, j'arrivai à Redriff en bonne santé, et me rendis à mon logis.

Ma femme et toute ma famille, en me revoyant, me témoignèrent leur surprise et leur joie; ils m'avaient cru mort, et, me retrouvant sain et sauf, ils s'abandonnèrent à des transports que je ne saurais exprimer. Je les embrassai tous assez froidement, à cause de l'idée Yahou, qui n'était pas encore sortie de mon esprit.

Mon premier argent frais, je l'employai à l'achat de deux jeunes chevaux. Je leur fis bâtir une fort belle écurie, etleur donnai un palefrenier du premier mérite, dont je fis mon favori et mon confident. L'odeur de l'écurie était pour moi une odeur suave, et j'y passais tous les jours quatre heures charmantes, à parler à mes deux amis hennissants, qui me rappelaient le souvenir des vertueux Houyhnhnms.

Hélas! voici déjà cinq années que je suis de retour de mon dernier voyage, et que je vis retiré chez moi.

La première année, avec grand'peine, je supportais la vue de ma femme et de mes enfants, il fallut un grand effort de ma volonté pour manger avec eux.

Mes idées changèrent à la longue; aujourd'hui je suis un homme ordinaire... un peu misanthrope, il est vrai. Mais convenez, ami lecteur, qu'on le serait à moins! Quoi de plus sérieux que la vie humaine? quoi de plus triste au départ, de plus décourageant au retour?

Contre les voyageurs qui mentent dans leurs relations.—Ce que pense Gulliver de la conquête à faire des pays qu'il a découverts.

La voilà terminée enfin, cette histoire complète de mes voyages, pendant l'espace de seize ans et sept mois! Dans cette relation, j'ai moins cherché l'élégance et le talent du récit que la vérité et la sincérité. Peut-être avez-vous pris pour contes et fables lesVoyages de Gulliver; convenez du moins que l'auteur parle en bonhomme, ignorant du mensonge et des ressources les plus vulgaires de la fiction. Donc ceci est un livre de bonne foi, il en a toutes les apparences: simplicité, clarté, bonhomie, exacts détails.

Il nous est aisé, sans doute, à nous autres voyageurs dans les terres inconnues, de nous perdre en descriptions surprenantes de quadrupèdes, de serpents, d'oiseaux et de poissons extraordinaires, mais, si la vérité a ses voiles, en revanche le mensonge a ses fumées, il est toujours le mensonge!

Au contraire, ici, reconnaissez le voyageur véridique à ces signes: il songe à donner de bons enseignements; il vise à l'utilité plus qu'à l'intérêt de la leçon; il s'adresse aux sages esprits, non aux esprits curieux; il est content s'il persuade, il est fâché s'il amuse; il cherche en tout lieu l'utile, il laisse aux écumeurs de mer les miracles.

Voilà tout ce que je me suis proposé dans cet ouvrage et je crois que l'avenir m'en saura gré.

Je voudrais de tout mon cœur qu'il fût ordonné par une loi:

Avant qu'un voyageur publie la relation de ses voyages, il jure par serment, en présence du lord grand chancelier, que tout ce qu'il va dire est exactement vrai, ou du moins qu'il le croit tel.

Le monde, à ce compte, aurait moins de déboires et ne serait pas trompé comme il l'est tous les jours. Je vote à l'avance pour cette loi salutaire! et, mon livre à la main, j'entendrai volontiers le terrible axiome:Il faut subir la loi que soi-même on a faite.

Autrefois, quand j'étais jeune, il n'y avait pas de relation de voyage qui n'eût un grand charme à mes yeux! Mais, depuis que j'ai fait plus que le tour du monde, que j'ai vu les choses de mes yeux, je n'ai plus de goût pour cette sorte de lecture; un simple roman me convient davantage, et plaise au Ciel que mon lecteur pense comme moi!

Mes amis ayant jugé que la relation de mes voyages avait un certain air de vérité qui plairait au public, je me suis livré à leurs conseils, et j'ai consenti à me faire imprimer vif! Certes, peu de malheurs m'ont été épargnés, mais j'aitoujours évité les horreurs du mensonge. Il n'y a rien de pire, et voilà l'abîme dont il est impossible de se tirer.

La fortune éprouva le malheureux Sinon.Qu'elle en ait fait un traître! oh! ma foi non[4]!

La fortune éprouva le malheureux Sinon.Qu'elle en ait fait un traître! oh! ma foi non[4]!

Je sais qu'il n'y a pas beaucoup d'honneur à publier des voyages: cela ne demande ni science, ni génie, il suffit d'avoir une bonne mémoire, ou tenir un journal exact: je sais aussi que les faiseurs de relations ressemblent aux faiseurs de dictionnaires; ils ont leur nouveauté..., ils ont leur éclipse. On a dépouillé son voisin de droite, on est dépouillé par son voisin de gauche. Il m'arrivera peut-être ici la même chose, d'autres voyageurs iront dans les pays d'où je viens, ils en reviendront, ils enchériront sur mes descriptions, ils feront tomber mon livre... Heureusement, je n'écris pas pour la gloire, et pour peu que je sois utile un instant, ces petites déchéances ne sauraient me chagriner.

Je voudrais bien qu'on s'avisât de censurer mon ouvrage. En vérité, quel reproche adresser au voyageur qui décrit des pays dans lesquels nos marchands n'ont rien à gagner? J'ai écrit sans passion, sans esprit de parti, et sans vouloir blesser personne, uniquement pour l'instruction générale du genre humain. J'ai écrit sans aucune vue d'intérêt ou de vanité.

Les observateurs, les examinateurs, les critiques, les chicaneurs, les politiques, les petits génies, les patelins, les esprits les plus difficiles et les plus injustes, n'ont rien à me dire; ils ne trouveront point, Dieu soit loué! l'occasiond'exercer leur odieux talent contre un livre innocent de supercherie et de toute espèce de vanité.

Le petit nombre, c'est-à-dire les sages, me conseillaient, à mon retour, de présenter au secrétaire d'État un Mémoire instructif de mes découvertes! C'est la loi: toutes les terres qu'un sujet découvre appartiennent à la couronne.

Hélas! je doute un peu que la conquête des pays d'où je viens soit aussi facile que celle de Fernand Cortez dans cette contrée de l'Amérique où les Espagnols massacrèrent tant de pauvres Indiens nus et sans armes! Qui s'inquiète, après tout, de Lilliput? Le bel empire à conquérir et comme on serait sûr de faire ses frais de flotte et d'armée! En même temps, comme il serait d'une administration prudente et d'un gouvernement prévoyant d'attaquer les Brobdingnagiens!

Il ferait beau voir une armée anglaise entreprendre une descente en ce pays étrange, et messieurs les Anglais seraient-ils contents d'être envoyés dans une contrée où l'on a toujours une île aérienne sur la tête, et prête à écraser les rebelles?... à plus forte raison les ennemis du dehors qui voudraient s'emparer de cet empire!

Le pays des Houyhnhnms paraît une conquête aisée, au premier abord. On ignore dans ce doux pays, le métier de la guerre; armes blanches, armes à feu, sont lettres closes; plaines chargées d'avoine, opulentes prairies, pas un fossé, pas un rempart... Royaume à prendre...

Et pourtant, si j'étais ministre d'État, je ne serais guère d'humeur à tenter pareille entreprise. Ils sont sages, ils sont prudents, les Houyhnhnms; et leur prudence et leur parfaite unanimité sont des armes terribles. Imaginez-vous, d'ailleurs,cent mille Houyhnhnms en fureur, se jetant sur une armée européenne; est-ce qu'on résiste à pareil choc? Ah! que de soldats déchirés à belles dents! Que de bataillons défoncés à coups de pied, que de têtes brisées par ces poitrails de fer!

Il n'est point de Houyhnhnm auquel on ne puisse appliquer l'impavidum ferient... Quant à moi, leur disciple et leur serviteur fidèle, à Dieu ne plaise que jamais j'indique à la conquête les chemins qui conduisent à ces pâturages de la philosophie et du bonheur!

Ils m'ont appris la justice! ils m'ont enseigné le devoir! ils m'ont démontré l'horreur de la guerre! A Dieu ne plaise que Gulliver soit l'instrument d'une invasion chez eux!

Savez-vous, mes frères, ce que peut être une invasion? Une troupe de pirates est poussée par la tempête on ne sait où. Un mousse, au sommet du perroquet, découvre une terre: aussitôt les voilà qui cinglent vers ce lointain sans nom.

Ils abordent, ils descendent sur le rivage; ils voient un peuple innocent qui les accueille. Aussitôt ils donnent un nouveau nom à cette terre, ils prennent possession au nom de leur maître. Avec du sable et de la fange, ils élèvent un monument qui atteste à la postérité cette illustre action!

C'est bien fait. Par ces petites cérémonies, la terre appartient à ces brigands, toute la terre et ses habitants, tombeaux, berceaux, le fruit de l'arbre et l'or enfoui, de droit naturel tout leur revient. Ils ont le droit de vie et de mort. Pour le manifester au monde entier qui les contemple, ils égorgent une centaine de pauvres Indiens sans défense. Ils ont la bonté d'en épargner une douzaine, qu'ils renvoient à leurs cabanes. Voilà le grand acte de possession souveraine qui commence à fonder le droit divin.

Cette œuvre accomplie, ils reviennent en toute hâte au pays natal, rapportant des échantillons de leurs pillages, et demandant de nouveauxdroitsà tout piller, tout égorger; ils les obtiennent. Vaisseaux, fusils, canons, munitions, chevaux même, rien n'y manque, et pille, et tue!... Et voilà comme on devient un peuple civilisateur prêchant l'Évangile, et donnant aux peuples soumis l'utile exemple de toutes les vertus!

A Dieu ne plaise que je désigne ici la joyeuse Angleterre! Elle a déployé dans ses colonies une justice paternelle. Elle a porté l'Évangile dans les pays nouvellement découverts, heureusement envahis; elle a pratiqué la loi chrétienne, et pendant que l'Espagne envoie aux Indiens des égorgeurs, l'Angleterre est attentive à choisir des ministres dévoués, des gouverneurs honorables, des braves gens des deux sexes, bienvenus du roi, bienvenus des colonies, bienvenus du peuple anglais.

Qui nous pousse, au reste, à nous emparer des pays dont j'ai fait la description! Quel avantage d'enchaîner et de tuer les naturels? Ils ne possèdent ni mines d'or et d'argent, ni sucre, ni tabac. Ils ne méritent donc pas d'être un objet de notre ardeur martiale et de notre zèle religieux, et que nous leur fassions tant d'honneur que de les conquérir.

Si néanmoins la cour en juge autrement, je déclare que je suis prêt d'attester en justice, et la main sur le livre antique de notre foi, qu'avant moi nul Européen n'avait mis le pied dans ces mêmes contrées: je prends à témoin les naturels, dont la déposition serait irrécusable.

Il est vrai que l'on pourrait m'objecter ces deux Yahous dont j'ai parlé, et qui, selon la tradition des Houyhnhnms,parurent autrefois sur une montagne, et sont devenus la tige de tous les Yahous de ce pays-là...

Avec un peu de bonne volonté dans la demande et dans la réponse, il ne serait pas difficile de prouver que ces deux anciens Yahous étaient natifs d'Angleterre: ils ont transmis à leurs descendants plus qu'il n'en faut de leurs habitudes, de leur rudesse et des traits de leur visage, pour attester de leur origine picte et saxonne.

Au surplus, je laisse aux docteurs ès-colonies, aux économistes de profession, à discuter cet article, à examiner s'il ne fonde pas un titre incontestable et d'une évidente clarté pour le droit de la Grande-Bretagne.

Et maintenant que j'ai répondu, sans réplique, à la seule objection qu'on me pût faire au sujet de mes voyages, permettez, ami lecteur, après tant de fatigues sur terre et sur mer, que je me retire enfin dans mon doux pays de Redriff.

Après tant d'aventures presque incroyables, il n'est rien de mieux, en attendant une mort paisible, que beaucoup de sagesse, une humble maison, beaucoup de philosophie, un petit jardin.

ICI S'ARRÊTENT LES VOYAGES DE GULLIVER.

Jonathan Swift.

Gulliver rend compte des premiers motifs qui le portèrent à voyager.—Il fait naufrage, et se sauve à la nage dans le pays deLilliput.—On l'enchaîne, on le conduit, enchaîné, plus avant dans les terres.

L'empereur de Lilliput, accompagné de plusieurs de ses courtisans, visite Gulliver dans sa prison.—Description de la personne et de l'habit de Sa Majesté.—Une commission scientifique est nommée pour apprendre la langue à l'auteur.—Il obtient des grâces par sa douceur: ses poches sont visitées.

Gulliver divertit l'empereur et les grands de l'un et de l'autre sexe, d'une manière fort extraordinaire.—Description de la cour de Lilliput.—L'auteur est mis en liberté à certaines conditions.

Description de Mildendo, capitale de Lilliput, et du palais de l'empereur.—Conversation entre Gulliver et un secrétaire d'État, sur les affaires de l'empire.—Les offres que fait Gulliver de servir l'empereur dans toutes ses guerres.

Gulliver par un stratagème extraordinaire, s'oppose à une descente des ennemis.—L'empereur lui confère un grand titre d'honneur.—Les ambassadeurs arrivent de la part de l'empereur de Blefuscu, pour demander la paix.—Le feu prend à l'appartement de l'impératrice, et Gulliver contribue à éteindre l'incendie.

Les mœurs des habitants de Lilliput.—Leur littérature, leurs coutumes, leur façon d'élever les enfants.

Gulliver, ayant reçu l'avis qu'on voulait lui faire son procès, pour crime de lèse-majesté, s'enfuit dans le royaume de Blefuscu.

Gulliver, par un accident heureux, trouve le moyen de quitter Blefuscu.—Après quelques difficultés, il retourne enfin dans sa patrie.

Gulliver, après avoir essuyé une grande tempête, se jette dans une chaloupe et descend à terre.—Il est saisi par un des habitants du pays.—Comment il est traité.—Idée du pays et du peuple de Brobdingnac.

Portrait de la fille du laboureur.—Gulliver est conduit à la ville, un jour de marché.—Plus tard on le porte dans la capitale du royaume, et récit de ce qu'il a vu et souffert.

Gulliver mandé à la cour.—La reine l'achète et le présente au roi.—Il dispute avec les savants de Sa Majesté.—On lui prépare un appartement.—Il devient favori de la reine.—Il soutient l'honneur de son pays.—Ses querelles avec le nain de Sa Majesté.

Description du pays.—Gulliver indique une correction pour les cartes modernes.—Palais du roi; sa capitale.—Manière de voyager de Gulliver.—Le temple.

Aventures diverses.—Gulliver montre ses connaissances en navigation.

Différentes inventions de Gulliver pour plaire au roi et à la reine.—Le roi daigne s'informer de l'état de l'Europe.—Observations du roi sur la politique des peuples civilisés.

Zèle de Gulliver pour l'honneur de sa patrie.—Il fait une proposition avantageuse au roi.—Sa proposition est rejetée.—La littérature de ce peuple imparfaite et bornée. Leurs lois, leurs affaires militaires et les divers partis dans l'État.

Le roi et la reine font un voyage vers la frontière.—Comment Gulliver sort de ce pays, pour retourner en Angleterre.

Gulliver entreprend un troisième voyage.—Il tombe aux mains des pirates.—Méchanceté d'un Hollandais.—Arrivée à Laputa.

Caractère des Laputiens.—Leurs savants, leur roi et sa cour.—Réception faite à Gulliver.—Les craintes et les inquiétudes des habitants.—Caractère des femmes laputiennes.

Phénomène expliqué par les philosophes et les astronomes modernes.—Les Laputiens sont grands astronomes.—Comment s'apaisent les séditions.

Gulliver quitte l'île de Laputa; il est conduit auxBalnibarbes.—Son arrivée à la capitale.—Description de cette ville et des environs.—Il est reçu avec bonté par un grand seigneur.

Gulliver visite l'Académie; il en fait la description.

Suite de l'Académie.

Gulliver quitte Lagado.—Il arrive à Maldonada.—Il fait un petit voyage à Glubbdubdrid.—Comment il est reçu par le gouverneur.

Retour de Gulliver à Maldonada.—Il fait voile pour le royaume de Luggnagg.—A son arrivée il est arrêté et conduit à la cour.—Comment il y est reçu.

Des Struldbruggs ou Immortels.

Gulliver, de l'île de Luggnagg, se rend au Japon.—Il s'embarque sur un vaisseau hollandais.—Il arrive dans Amsterdam, et, de là, passe en Angleterre.

Gulliver entreprend un dernier voyage en qualité de capitaine.—Son équipage se révolte, et l'abandonne sur un rivage inconnu.—Description des Yahous.—Deux Houyhnhnms viennent au-devant du voyageur.

Gulliver est conduit au logis d'un Houyhnhnm: comment il y est reçu.—Quelle était la nourriture des Houyhnhnms.—Embarras de l'auteur aux heures du repas.

Gulliver s'applique à apprendre la langue, et le Houyhnhnm son maître s'applique à la lui enseigner.—Plusieurs Houyhnhnms viennent voir Gulliver par curiosité.—Il fait à son maître un récit succinct de ses voyages.

Idée des Houyhnhnms sur la vérité et le mensonge.—Les discours de Gulliver sont censurés par son maître.

Gulliver expose à son maître les causes les plus ordinaires de la guerre entre les princes de l'Europe; il explique ensuite comment les particuliers se font la guerre les uns aux autres.—Portrait des procureurs et des juges en Angleterre.

Du luxe, de l'intempérance et des maladies qui règnent en Europe.—Et caractère de la noblesse.

Parallèle des Yahous et des hommes.

Philosophie et mœurs des Houyhnhnms.

Parlement des Houyhnhnms.—Question importante agitée dans l'assemblée de toute la nation.—De quelques usages du pays.

Félicité du pays des Houyhnhnms.—Les bonheurs de la causerie.—Il est banni du pays par l'ordre du parlement.

Gulliver est percé d'une flèche que lui décoche un sauvage.—Il est pris par des Portugais qui le conduisent à Lisbonne.—Il passe en Angleterre.

Contre les voyageurs qui mentent dans leurs relations.—Ce que pense Gulliver de la conquête à faire des pays qu'il a découverts.

FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.

ANGERS.—IMPRIMERIE LACHÈSE ET DOLBEAU

LES SYMPHONIES DE L'HIVER, par MM.Jules JaninetGavarni. 1 beau volume grand in-8o, illustré de 15 magnifiques dessins de Gavarni, gravés sur acier

LES PETITS BONHEURS DE LA VIE, par MM.Jules JaninetGavarni. 1 volume grand in-8o, illustré de 15 magnifiques dessins de Gavarni, gravés sur acier

LES CONTES FANTASTIQUES D'HOFFMANN, traduction deP. Christian. Un beau volume grand in-8o, illustré de 200 vignettes parGavarni

ROBINSON CRUSOÉ, traduction nouvelle. Un magnifique volume grand in-8o, illustré de 16 gravures sur acier, dessinées parGavarni

ROBINSON SUISSE, parWyss. 1 beau volume grand in-8o, illustré de 22 grandes gravures sur bois

L'ILE DES RÊVES,aventures amusantes d'un Anglais qui s'ennuie, parLouis Ulbach. Un beau volume grand in-8o, illustré de 8 belles gravures sur acier

LES ENFANTS DE LA BIBLE, par M. l'abbéSergent. Un superbe volume grand in-8o, illustré de 11 dessins deStaal, gravés sur acier parBlanchard

LES NAVIGATEURS FRANÇAIS, par M.Léon Guérin. Un volume grand in-8o, illustré de 6 gravures et de 6 portraits en pied surmontées d'armoiries coloriées

LES MARINS ILLUSTRES DE LA FRANCE, par M.Léon Guérin. 1 volume illustré de 12 portraits lithographiés, avec armoiries coloriées

LE MAGASIN DES ENFANTS, par MmeLeprince de Beaumont, avec une Notice par MmeEugénie Foa. Illustré de 300 vignettes et de 10 lithographies parGavarni,Mouilleron. Un volume grand in-8o

LA SEMAINE DES TROIS JEUDIS, contes pour les enfants, par M.Jules Janin. 1 volume in-12, illustré de 4 gravures

VOYAGE A TRAVERS MES LIVRES, lectures pour tous parCh. Romey. 1 vol. in-12 illustré de 4 gravures

CONTES NOCTURNES D'HOFFMANN, traduits parChristian. 1 volume in-12 illustré de 4 gravures par Gavarni

ADÈLE ET THÉODORE, par Mmede Genlis. Nouvelle édition, soigneusement revue et corrigée, 2 vol. in-12, illustrés de 8 gravures

LES PETITS ÉMIGRÉS, par Mmede Genlis. Nouvelle édition. 1 volume in-12, illustré de 4 gravures

THÉATRE D'ÉDUCATION, par Mmede Genlis. Nouvelle édition. 2 volumes in-12, illustrés de 8 gravures

LES VEILLÉES DU CHATEAU, par Mmede Genlis. 2 volumes in-12, illustrés de 12 gravure


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