The Project Gutenberg eBook ofLes adevineaux amoureux

The Project Gutenberg eBook ofLes adevineaux amoureuxThis ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.Title: Les adevineaux amoureuxAuthor: AnonymousEditor: active 15th century Colard MansionRelease date: August 18, 2018 [eBook #57719]Language: FrenchCredits: Produced by Laurent Vogel and the Online DistributedProofreading Team at http://www.pgdp.net (This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) athttp://gallica.bnf.fr)*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES ADEVINEAUX AMOUREUX ***

This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.

Title: Les adevineaux amoureuxAuthor: AnonymousEditor: active 15th century Colard MansionRelease date: August 18, 2018 [eBook #57719]Language: FrenchCredits: Produced by Laurent Vogel and the Online DistributedProofreading Team at http://www.pgdp.net (This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) athttp://gallica.bnf.fr)

Title: Les adevineaux amoureux

Author: AnonymousEditor: active 15th century Colard Mansion

Author: Anonymous

Editor: active 15th century Colard Mansion

Release date: August 18, 2018 [eBook #57719]

Language: French

Credits: Produced by Laurent Vogel and the Online DistributedProofreading Team at http://www.pgdp.net (This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) athttp://gallica.bnf.fr)

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES ADEVINEAUX AMOUREUX ***

Pour par chevaliers et escuiers entretenir dames et damoiselles en gracieuses demandes et responses et pour joyeusement deviser et passer le temps ensemble affin ausi d'eviter oyseuse mere et nourrice de tous vices. j'ay tissu un petit livret ou quel j'ay entrechangié pluiseurs honnestes demandes et responses que fist nagaires une damoiselle a un gentil chevalier sage et courtois touchant le fait et mestier d'amours qui n'est pas pou de chose a mener et conduire comme autresfois l'ay esprouvé et comme le font de present pluisurs qui par aventure se cestui livret avoient veu ilz en seroient plus et mieulx usitez envers les dames a respondre et aussi a demander choses honnestes et affreans a tout honneur. Et pareillement le chevalier a son tour demande a la damoiselle pluiseurs demandes touchant le fait des dames ausquelles la damoiselle respond moult sagement et prudentement comme il apperra ou procés de ce petit volume. Et pour ce que en commun proverbe se dit que en moult de parolles ne deffault vice et aussy que esdittes demandes et responses y seront mises pluiseurs dictions et mos qui sembleront deshonnestes a aucunes par quoy ilz paraventure vouldront blasmer cest euvre. je leur prie qu'ilz ayent regard au premier impositeur d'iceulx lequel n'en eust aucune honte de les ainsy nommer. Et aussy que toutes choses qui sont escriptes sont a nostre instruction et doctrine escriptes comme nous tesmoingne l'appostre. Pourquoy je supplie a tous les liseurs de ceste euvre. et especialement aux dames que desplaire ne leur veuille. Et s'aucune chose y a qui leur semble deshonneste et vergoingneuse. tournent le fueillet en convertissant leur maltalent en risee joyeuse delaissant cest article a une autre qui paraventure comme bonne galoise le mettera en euvre et en fera son prouffit. Or me soit doncques pardonné. car ceste hardiesse m'a mis en corrage le noble et gentil chevalier seigneur de la marche que dieu gard. Et aincoires pour augumenter cedit traittié m'a de sa grace donné aucunes demandes et responses moult honnestes dont je l'en remercie.

Honneur aux dames.

La damoiselle demande.

Sire chevalier puis que temps et loisir avons de deviser afin aussi pour mieulx et plus sagement gouverner et conduire ma gentillesse en honneur/ je vous supplie et requiers que me dittes tout premierement qui est la cause pourquoy on aime.

Le chevalier.

Damoiselle moult grant chose me demandez mais a vostre correction et desplus sages et experimentez je treuve qu'ilz sont quatre manieres de desirs desquelz les poursuivans amours usent diversement. Le premier des desirs est de grant pris car on aime une dame ou damoiselle pour d'elle aprendre et mieulx valoir et pour le tresgrant bien et honneur qui est en elle et par ce acquerre honneur et pris. Le second desir qui est honneste est que on aime s'amie ou la damoiselle son ami pour avoir a mariage qui est saint estat Le tiers qui est lait et deshonneste est quant aucun aime pour attraire prouffit et gaing de sa partie Et le quart qui est naturel est quant on aime sa partie pour joyr a sa volenté et plaisance

La damoiselle

Sire chevalier lequel de ces desirs est le plus honneste et vault le mieulx.

Le chevalier.

Damoiselle le primier vault trop mieulx des autres car toutes manires de gens pevent amer par cellui desir sans en aucune manire meffaire.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande en fleur de gentillesse lequel vous ameriez le meulx ou a joyr de voz amours sans desirer/ ou a desirer sans joir.

Le chevalier.

Damoiselle a les desirer sans en joir. Car nul ne puet savoir la grande vertu qui est en amours s'il n'a avant eu et sentu l'aguillon de loyal desir.

La damoiselle.

Sire chevalier aincoires vous demande lequel vous aimeriez mieulx ou a faillir a l'amour de vostre amie pour doubte que on ne s'en apperceust et par aventure qu'elle en peust estre blasmee ou a en joir par tel si qu'elle en demourast en celle aventure.

Le chevalier.

Damoiselle trop mieulx aimeroie a faillir de la joissance de son amour. Car je ne puis ne ne doy estre avanchié la ou madame en amours fust en riens amoindrie de son honneur.

La damoiselle.

Sage chevalier or me dittes lesquelles deux choses sont qui plus nuisent et font de mal en amours aux vrays et loyaux amans.

Le chevalier.

Damoiselle a mon aviz ce sont desir et paour. Car desir esmeut tousjours l'amant a requerir sa dame de merci. Et la paour qu'il a d'estre escondis l'esbahist telement qu'il n'ose ne scet parler a elle quant il s'i treuve.

La damoiselle

Sire chevalier je vous demande par contraire. qui sont les deux choses qui plus de bien font en amours aux vrais amans.

Le chevalier.

Certainement damoiselle ce sont souvenir et esperance. Car le souvenir lui met audevant la grande beauté et les grans biens qu'il a veus et trouvez en sa dame. Et esperance lui promet qu'elle aura de lui mercy.

La damoiselle.

Aincoires vous demande sire chevalier que me dittes qui sont les trois choses qui plus font durer amours entre amant et amie

Le chevalier.

Damoiselle je croy que ce sont sens loyauté et bien celer. Car sens aprent a bien et honneur savoir. Loyauté lui fait loyaument perseverer. Et bien celer tient les vrais amans soubz lui pour estre plus secrez.

La damoiselle.

Sire chevalier dittes moy en riant dont jalousie puet venir aux vrais amans.

Le chevalier.

Je cuide damoiselle qu'elle leur viengne de tresloyaument et de tresardanment amer. Car pou ou nul puet amer sans estre jaloux ou jalouse.

La damoiselle.

Et ceste jalousie dont nous parlons sire chevalier. puet elle faire aucun bien en amours.

Le chevalier.

Certes damoiselle oyl entant que les amans en deviennent plus secrés et mieulx celans et mettent paine a eulx sagement garder de faire chose qui desplaise a cellui ou a celle que on aime/ et ainsi en ceste chose est jalousie bonne et non autrement.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande se vous amiez une damoiselle laquele demourast en aucune loingtaine contree/ et vous alaissiez par dela lequel ameriez vous mieulx ou que vous la trouveissiez mariee a aucun/ ou qu'elle fust de ce monde trespassee.

Le chevalier

Trop mieulx l'ameroie trouver trespassee de ce monde. Car combien que moult de paines et de melencolies en eusse a l'oublier aumoins je n'en verroye point joyr ung autre laquelle chose se mariee estoit force me seroit veoir et souffrir qui aincoires piz me feroit.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande en quel temps les amans prendent plusgrant delit ou en recordant en eulx la beauté sens et honneur qu'ilz ont veu en leurs dames ou quant ilz les voient presentement.

Le chevalier.

Damoiselle je croy que c'est en recordant les graces et vertus de leurs dames/ Car quant l'amant voit sa dame en amours il est si souspris et si ravys de son amour et beauté que en sa penssee n'a nul arrest mais aprés quant il est absent et il pensse et remire en soy la grande beauté et les vertus d'elle et l'onneur dont elle est aornee il rechoit une leesse et plaisance en son cuer que ce lui est une seconde gloire et n'est homme qui le peust penser se esprouvé ne l'a

La damoiselle.

Sire chevalier aincorres vous demande se vous aviez un vostre bien amé compaignon lequel sceust tous vous secrez et vous pareillement les siens et entre vous deux amissiez une damoiselle lequel ameriez vous mieulz s'il convenoit qu'il fust ou que vous prensissiez s'amie a femme en mariage ou qu'il prensist la voustre.

Le chevalier

Damoiselle trop mieulx aimeroie qu'il preist la mienne. Car se je prendoie s'amie je lui ferroie desloyauté qui me tourneroit en vice et a villonnie laquele j'aime mieulx qu'il le me face que moy a lui combien qu'il m'en desplairoit moult et me tourneroit a grant tourment de le souffrir.

La damoiselle.

Sire chevalier ilz sont deux hommes qui tous deux aiment une damoisselle dont chascun d'eux cuide estre le mieulx amé. Or avient que eulx deux sont ung jour a une dansse et la damoiselle ou milieu laquele porte sur son chief un chapel de roses et l'un des compaignons aussi en porte un autre La damoiselle bien aprise prent le sien de dessus son chief et le met sur le chief de cellui qui point n'en a. Et tantost prent l'autre chappel de dessus le chief de cellui qui apporté l'avoit a la feste et le met sur son chief. Or vous demande auquel la damoiselle monstre le plusgrant signe d'amour.

Le chevalier.

Damoiselle elle monstre plusgrant signe d'amour a cellui duquel elle prent le chappel de dessus son chief. Car le prendre monstre signe de fiance et d'amours. et le donner est une courtoisie que toutes dames pevent faire sauve leur honneur.

La damoiselle.

Sire chevalier ilz sont deux hommes qui tous deux aiment une damoiselle/ et chascun d'eux lui requiert avoir guerredon de son service. La damoiselle veuillant user de courtoisie ottroye a l'un qu'il prengne d'elle ung seul baisier. Et de l'autre elle sueffre qu'il l'accole tant seulement. Or vous demande auquel elle monstre plusgrant signe d'amour.

Le chevalier.

Damoiselle sachiez que c'est a cellui auquel elle ottroye le baisier. Car cent milles accolers n'attainderoient pas a un baisier ottroyé d'une dame en amours.

La damoiselle.

Sire chevalier aincoires vous demande en toute honnesteté que me dittes se vous aviez une dame en amours et vous lui requeriez de son amour tant que par sa debonnaireté elle le vous ottroyast par tel couvenant que jamais plus ne lui demanderiez aucune chose. se vous accepteriez cestui marchié.

Le chevalier.

Certes damoiselle nennil. Car ce ne puet estre que en parfaite amour ait fin ne contredit d'aucunes choses que l'un amant puist faire a l'autre sauve son honneur.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande aincoires une joyeuse demande et question. assavoir se vous estiez avec vostre dame d'amours en lieu secret du quel vous voz tendriez plus grevé/ ou s'elle vous disoit qu'elle eust le cuer dolent de ce que trop vous aimast: ou se elle regrettoit ung autre qu'elle eust amé avant vous.

Le chevalier.

Damoiselle trop mieulx aimeroie le premier que le second. Car de ce qu'elle regretteroit l'amour d'un autre ce me seroit trop grieve chose a oyr.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande que me dittes se vous le savez au quel des deux grieve plus jalousie ou a l'omme ou a la femme

Le chevalier.

Certainement dame je croy que jalousie grieve plus a la femme que a l'omme et la raison si est pour ce que l'omme est franc et si a puissance et seignourie sur femme pour la corrigier et maistroier laquele chose n'a pas la femme par dessus l'omme et si puet homme aler franchement par tout ou il lui plaist que ne puet la femme pour quoy je croy que jalousie lui grieve plus que a l'omme qui est seigneur et maistre par dessus elle.

La damoiselle

Sire chevalier dittes moy par courtoisie se vous amiez une dame ou damoiselle que de vray vous sceussiez qu'elle ne vous amast point ne n'auriez espoir de jamaiz d'elle estre amé et vous eussiez un vostre compaignon et bon ami. vouldriez vous qu'il l'aimast et que d'elle fust amé.

Le chevalier.

Certes damoiselle point ne vouldroie qu'elle l'amast. Car jamais mon cuer ne se pourroit a ce consentir que je veisse un autre joyr de l'amour de madame et je en fusse mendiant.

La damoiselle.

Sire chevalier une joyeuse demande vous veuil demander. Se vous amissiez une dame de fine amour lequel ameriez vous le mieulx a avoir d'elle tous voz voloirs et plaisirs par tel si que jamais ne la veissiez ne parlissiez a elle. ou que la peussiez veoir et a elle parler sans la jamais touchier.

Le chevalier

Damoiselle trop mieulx ameroie a la veoir et parler a elle sans la touchier. Car trop seroit chose brutale et grieve a ung homme de estre en la compaignie de sa dame sans la jamais veoir ne povoir parler ne deviser a elle.

La damoiselle.

Sire chevalier pour mieulx savoir vostre corrage je vous demande que me respondez a une question assavoir se toutes graces estoient a vous a donner qui sont en amours et vous n'en peussiez donner a nullui que l'une tant seulement laquele donneriez vous a vostre dame en amours.

Le chevalier.

Dame je lui donneroie loyauté car entre toutes les vertus c'est la plus souveraine en amours.

La damoiselle.

Sire chevalier ilz sont deux gentilz hommes qui aiment une damoiselle. desquelz l'un lui requiert de son amour toutes les fois qu'il puet venir en place ou il puet trouver la damoiselle mais en elle ne puet trouver aucun merci car elle ne l'aime point. Et l'autre escuier ne l'ose requerre de son amour et si perchoit tresbien au semblant d'elle qu'elle l'aime tresloyaument Or vous demande lequel d'eux vit en plusgrant anoy de cuer et en plusgrande merancolie.

Le chevalier.

Dame je vous respons que ce doit estre cellui qui est escondis de s'amie. Car estre escondi de sa dame est la plusgrande angoisse que amans puissent recevoir en amours.

La damoiselle.

Sire chevalier aincoires veuil de vous savoir une gracieuse response. Ilz sont deux ou trois escuiers qui tous aiment une damoiselle et bien scevent tous l'un de l'autre et tant que tous d'un accord ilz vont parler a elle pour d'elle savoir auquel d'eux trois elle se vouldroit tenir par tel sy qu'ilz laisseront cellui qu'elle choisira en possession de l'amour d'elle.

La damoiselle subtile et bien aprise oye la requeste des trois escuiers s'aprocha de l'un d'eux et l'estraingny par le doy. Au second marcha sur le pied: Et au tiers gyngna de l'ueil. Or vous demande auquel elle donne plusgrant signe d'amour.

Le chevalier.

Damoiselle cellui a qui elle gingne de l'ueil car l'ueil c'est le messagier du cuer et non le doy ne le pied.

La damoiselle.

Sire chevalier pour rire je vous demande. S'il avenoit que vous amissiez dame ou damoiselle de parfaitte amour. et vous seussiez bien que un autre l'amast aussy parfaitement comme vous lequel auriez plus chier ou que tous deux faillissiez a l'amour d'elle sans jamais y recouvrer/ ou que tous deux en eussiez vostre desir et volenté

Le chevalier

Certes damoiselle trop mieulx ameroie que tous deux y faillissions Car plus tost vouldroit languir en sa merci attendant qu'elle fust ainsy de son honneur amoindrie.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande se ainsy estoit que ne penssiez avoir l'ottroy de l'amour de vostre dame en amours fors par trayson se vous la prenderiez ou non

Le chevalier.

Damoiselle oyl. par tele condicion que la trayson ne fust trop ou deshonneur d'elle. car cestui vice seroit en aprés pardonnable.

La damoiselle.

Sire chevalier lequel de deux ameriez vous mieulx ou languir trois ans pour vostre amie et puis vous l'eussiez a femme a grande leesse. ou que prestement l'eussiez et puis que languissiez troys ans aprés.

Le chevalier.

Certes damoiselle que je languisse les trois ans premierement et puis en leesse l'espousaisse. Car grant desplaisir est de commencer chose que a joye ne se puisse achever.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande lequel vous ameriez le mieux ou a perdre amours par vostre lacheté. ou a les gaignier par trayson.

Le chevalier.

Damoiselle a les gaignier par trayson. Car qui aime loyaument ne puet faire trayson pour acquerir l'amour de sa dame pour tant que ce ne soit tel deshonneur qui lui puisse tourner en reprocche.

La damoiselle.

Sire chevalier s'il avenoit que vous retournissiez des joustes ou tournoy ou d'aucun noble fait d'armes dont raportissiez le pris et l'onneur et vostre dame en amour vous demandast qui auroit eu l'onneur pour ce jour comment lui responderiez vous sans vous vanter.

Le chevalier.

Dame je lui diroie qu'elle en auroit eu le pris. Car se vray amant fait aucun bien qui lui soit tourné a loenge et honneur le pris en doit estre a sa dame pour l'amour de laquele il l'a fait.

La damoiselle.

Sire chevalier volentiers sauroie de vous duquel il y a le plus ou de pensseez en amours/ ou de suspris en cuer jaloux.

Le chevalier.

Damoiselle sachiez que en tous deux il en y a grant plenté mais je croy qu'il y ait plus de pensseez en amours que en cuer jaloux.

La damoiselle.

Sire chevalier aincoires vous demande quele chose appellent les amans le grant bien d'amours

Le chevalier.

Damoiselle c'est le don de merci paré de grase flouri de joye et enluminé de playsance.

La damoiselle.

Sire chevalier aincoires me plaist il savoir de vous une demande. ilz sont deux damoiselles soeurs toutes d'un sens et d'une beauté desqueles vous amez l'une parfaitement et si savez bien que point ne vous aime. Et l'autre vous aime de tout son cuer. Or est le cas tel qu'il leur fault passer une riviere. mais la fortune est qu'il convient l'une d'elles noyer. et en vous est de rescourre et sauver laquele qu'il vous plaist. Si vous prie que me dittes laquelle vous sauveriez ou celle qui vous aime ou celle qui point ne vous aime

Le chevalier.

Certes damoiselle je rescourroie celle que j'ameroie. Car ce seroit grande desloyauté de laissier perir ce que mon cuer ameroit dont jamais il n'auroit joye. Et combien que de present elle ne m'aimast point si auroie tousjours espoir que en temps avenir elle auroit de moy pitié car espoir est ce qui soustient les amans et non autre

La damoiselle

Sire chevalier je vous demande auquel des deux il convient plus grant sens a l'amant/ ou a acquerre amours ou merci de sa dame: ou a garder amours et merci quant la dame en a fait l'ottroy.

Le chevalier.

Damoiselle a garder amours et merci quant on en a l'ottroy. Car trop est prez envie de dangier qui tousjours agaittent les amoureux pour les surprendre et empeschier leurs deduis et plaisances.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande laquele amour est plus durable et plus aspre ou celle qui se fait de regard sans parler ou celle qui est ditte de bouche.

Le chevalier.

Certainement damoiselle c'est celle que se fait de regard sans parler. car les regars amoureux sont aspres et telement penetratis qu'il perchent les cuers d'amans et d'amies.

La damoiselle

Sire chevalier aincores convient que me dittes une chose pour la conclusion de mes demandes c'est que me dittes lequel vous aimeriez mieulx ou que vostre dame en amours fust belle par raison et sage oultreement. ou sage par raison et belle oultreement.

Le chevalier.

Damoiselle je vous respons que mieulx ameroie qu'elle fust sage outreement et belle raisonnablement. Car combien que beauté soit une chose moult prisie et moult desiree en amours si le surmonte la vertu de senz autant que fait le soleil la clerté de la lune.

La damoiselle.

Sire chevalier aincoires vous demande lequel vit en plusgrant malaise ou cellui qui est fins jaloux de s'amie et si en joyst ou cellui qui vit en priant merci sans nul ottroy d'amours et sans jalousie.

Le chevalier.

Damoiselle cellui qui est jaloux de s'amie et si en joyst. car jalousie si est le plus mauvais vice et plus grieve aux amans qui soit entre tous autres.

La damoiselle.

Sire chevalier affin de non plus vous traveillier je metteray fin a mes demandes vous remerciant de tout mon possible de voz honnestes et gracieuses responses par lesquelles j'ay entencion d'orres en avant me mieulx et plussagement conduire ens ou pelerimage d'amours ouquel je suis en chemin pelerine que je n'eusse sceu faire sans vostre debonnaire conseil. Et outre plus se en moy est aucun passetemps de demandes affreans a damoiselle honneste et dignes de responses. je vostre humble disciple et chamberiere me submés et offre de mon possible sans riens vous en celler sans toutesfois touchier a l'onneur des dames tant soit pou. Car je suis icy pour garder leur honneur en tant que en moy en est. et aussy sire chevalier je vous sçay si prudent et si discret que a ce ne vouldriez touchier/ comme assez l'ay desja esprouvé et congneu.

Le chevalier.

Damoiselle trop me donnez de voz loenges et gracieuses parolles mal en moy merités. Car chose ne vous ay apris ne monstré que sauve vostre grace ne sceussiez aussy bien et trop mieulx que moy ains que les vous deisse. mais ce que vous en ay respondu a esté et est du tout a vostre noble correction. Et de ce que m'en portez en vostre honneur moult me plaist et telement que m'en constraingniez estre a perpetuité vostre loyal chevalier en amours. Or damoiselle mais qu'il ne vous ennoye et que point ne vous donne de traveil attendu aussy que avons aincoires temps assez et lieu couvenable de deviser en maniere de passetemps. Et aussy que moult me peseroit le departement d'entre nous je vous requiers que me veuilliez satisfaire par voz gracieuses responses a aucunes secretes demandes appartenans aux dames et dont entre nous hommes ne povons cognoistre se n'est de par vous protestant toutesvoies que ceste chose ne fay par arrogance ou presumption ne pour autre male foy ou deception fors seulement pour nous entretenir en parrolles joieuses et honnestes. ensuivant celles dont m'avez nagaires fait les demandes

La damoiselle.

Sire chevalier trop seroie a blasmer de desdaing et d'ingratitude se ceste vostre requeste vous escondissoie mais d'une chose vous suplie/ c'est que prenez en gré mon petit sens femenin et des responses que vous feray n'y adjouster grant substance ains le mettés et imputez a mon tendre et jone eage. et sur ceste protestacion commenciez quant il vous plaira.

Le chevalier.

Damoiselle donques pour mieulx me conduire en amours s'il vous plaist vous me direz lequel de deux mieulz vauldroit a dame ou damoiselle ou qu'elle ottroiast son desir et amour a un escuier de bonne condicion de qui elle seroit loyaument amee/ ou qu'elle l'escondist sans y jamais povoir recouvrer.

La damoiselle.

Sire chevalier mieulx lui voulroit ottroier son amour que s'escondire. car on ne doit trop eslongier un bon ami quant on l'a. combien que nous disons qu'ilz sont difficiles a trouver

Le chevalier.

Damoiselle je vous conjure par la poissance du dieu d'amours que me dittes se oncques vous feistes la sourde oreille quant aucun escuier vous requeroit de vostre amour pour doubte que ne mesprissiez en vostre response.

La damoiselle.

Sire chevalier espoir que oyl. Car la honte que j'avoye et paour de non adressier a homme secret et loyal me faisoit l'oreille sourde et la bouche mue.

Le chevalier.

Damoiselle je vous demande le quel entre vous dames vous prisiez le plus ou homme attrempé sage et non gaires bel. ou cellui qui est cointes jolis euvoisiez et plaisans et non gaires prudent

La damoiselle.

Sire chevalier trop plus est a prisier l'escuier attrempé sage et a mesure que le bel non prudent. Car jamais n'a lieu vice devant vertu.

Le chevalier.

Damoiselle je vous demande laquelle femme aime le mieulx ou celle qui prent ou celle qui donne.

La damoiselle.

Sire chevalier je croy que ce soit celle qui donne. Car nul sage escuier ne doit avoir fiance en amour de femme. ne par contraire damoiselle en amour d'homme qui tend a avoir prouffit de la personne qu'il aime et mesmes est un vice moult reprochable et deshonneste.

Le chevalier

Damoiselle aincores veul de vous savoir lequel vous ameriez mieulx a avoir de voz amours ou joye et deduit qui tantost fauldroit. ou avoir bon espoir d'elles sans parfaittement en joyr.

La damoiselle.

Sire chevalier trop mieulx ameroie avoir de mes amours bon espoir sans en parfaitement joyr que d'en joyr et tantost faillir. Car la couronne d'amours est de le savoir contenir et servir.

Le chevalier.

Damoiselle je vous demande le quel de deux mieulx ameriez ou a oyr dire moult de maulx de vostre amy et vous y trouvissiez moult de biens. ou que vous oyssiez dire moult de biens de lui et vous y trouvissiez mal.

La damoiselle.

Sire chevalier a ceste vostre demande en est la response moult clere. Car trop mieulx ameroie oir dire mal de mon ami par tel si que je y trouvasse des biens que le contraire. On dist que tout noble et vaillant cuer ne se doit arrester aux parrolles volans. mais seulement a l'experience/ et a ce je m'en tiens.

Le chevalier.

Damoiselle puis que en vous treuve si parfaitte prudence aincoires veuil de vous savoir se en bone amour n'eut onques fin.

La damoiselle.

Sire chevalier aincoires plus avant vous veuil bien dire que en bonne amour n'eut onques commencement et si croy fermement que en elle jamais n'aura fin. ains a esté et est et sera avec dieu pardevant tous les siecles et est de present entre dieu et les hommes et si durera pardurablement.

Le chevalier.

Damoiselle pour ce que diversement est entre les hommes parlé d'amours l'un en le blasmant l'autre en la loant je vouldroie volentiers savoir de vous duquel il y a plus en amours ou de bien ou de mal.

La damoiselle.

Sire chevalier quoy que l'en die d'amours trop plus y a de bien que de mal envers ceulx qui s'en scevent entremettre. Car nul ne porroit tant de mal endurer en la queste d'amours que un tout seul bien ne l'en puisse guerdonner et enrichir.

Le chevalier.

Damoiselle combien que n'ayez aincoires esté mariee je vous demande se vous amiez bien parfaitement un escuier/ duquel pareillement vous fussiez bien amee. lequel dueil passeriez vous plus legierement/ ou se vostre ami se marioit a une autre damoiselle ou s'il morroit.

La damoiselle.

Certainement sire chevalier se si parfaitement l'amoie comme vous dittes mieulx ameroie qu'il morrust/ que qu'il se remariast a une autre de moy. Car trop dure chose me seroit a porter veoir autrui joyr de cellui en qui j'auroie du tout mis mon cuer et ma beneureté.

Le chevalier.

Damoiselle aincoires veuil de vous aprendre une chose de laquele paraventure aincoires n'avez eu besoing. C'est que se un escuier et une damoiselle aiment l'un l'autre parfaitement/ et il avient que un autre escuier requist la damoiselle de son amour je vous demande se elle le doit dire a son ami ou non.

La damoiselle.

Sire chevalier bien est vray que onques de ceste chose n'eus affaire. mais tant vous dy que la damoiselle le doit dire a son ami voire se elle le scet sage et discret autrement non. Car entre deux amans ne doit nulle rien estre celee ne aussy de femme a mary.

Le chevalier.

France damoiselle se ainsi fust que tenissiez loyales amours en voz mains je vous prie que me dittes que vous en feriez.

La damoiselle

Sire chevalier sachiez que sans aucun delay je les metteroie ou cuer de mon amy. car ailleurs ne les pourroie mieulx mettre a mon avantage et honneur.

Le chevalier.

Damoiselle lequel des deux ameriez vous mieulx ou que sceussiez toutes les pensseez de vostre ami ou qu'il sceust toutes les vostres

La damoiselle.

Sire chevalier mieulx ameroie savoir toutes les pensseez de mon ami qu'il sceust les miennes.

Le chevalier.

Certes damoiselle trop mieulx ameroie savoir celles de madame affin que je fusse certain de l'amour dont elle m'aimeroit.

Le chevalier.

Damoiselle je vous demande laquele des deux fait mieulx a prisier ou celle qui oncques n'ama par amours ou celle qui tout son temps a amé sans loyauté.

La damoiselle.

Sire chevalier je tiens que plus fait a prisier la dame qui onques n'ama Car s'elle n'aime et n'a en elle aucune des vertus d'amours. aussi n'a elle le grant vice de desloyauté qui est moult a vituperer en dame.

Le chevalier.

Damoiselle aincoires vous demande de quoy les amans doivent avoir plusgrant doubte ou d'estre escondis quant ilz prient leur dame. ou quant l'ottroy leur en est fait qu'ilz ne le perdent.

La damoiselle.

Sire chevalier je croy qu'ilz ont plusgrant doubte de le perdre. Car on doit plus resongnier a perdre la chose acquise que celle dont n'a aincoires eu la possession.

Le chevalier.

Damoiselle de vous convient que aincoires saches duquel vous avez plus usé en amours/ ou de semblant sans corrage/ ou de cuer sans semblant.

La damoiselle.

Sire chevalier je croy que ç'a esté de semblant sans corage. combien que ceste chose vous dy bien a regret/ mais riens ne vous puis celer/ car promis le vous ay.

Le chevalier.

Ma treshonnouree damoiselle je vous ay demandé de moult diverses demandes ausqueles moult honnestement et sagement m'avez respondu dont trop a jamais ne vous en sauroie remercier ne satisfaire en cas pareil ne en semblable. si n'ay pour tout vostre guerdon autre gaige a vous donner que mon cuer lequel je vous presente a tenir prisonnier a vostre obeissance. Et pour ce que point ne me enuie d'estre emprés vous et aussy que temps avons aincoires assez de deviser et de passer temps je vous supplie que me veuilliez aprendre et faire sage d'aucunes doutes que j'ay en mon cuer touchant les personnes des amans et que c'est d'amours.

La damoiselle.

Sire chevalier trop exauchiez mon ygnorance de me donner loenge non deservie. Car en moy n'a aincoires eu gaires d'experience ne de cognoissance de pluseurs choses es fais d'amours et ce a cause de ma tendre jonesse/ mais pour ce que promis le vous avoye a mon povoir tenu le vous ay. si vous prie que les ayez et prisiez tant qu'elles valent et non plus. et de ce que m'avez a demander j'en responderay a mon povoir/ et savoir qui n'est gaires grant/ si commenciez quant il vous plaira.

Le chevalier.

Qu'est en amours le dart villain.com plus me fiert et je plus l'aim.Que plus me bat villainement.plus l'endure legierement.

Qu'est en amours le dart villain.com plus me fiert et je plus l'aim.Que plus me bat villainement.plus l'endure legierement.

Qu'est en amours le dart villain.

com plus me fiert et je plus l'aim.

Que plus me bat villainement.

plus l'endure legierement.

La damoiselle.

C'est faulz semblant.

Le chevalier.

Aux vrais amans qui aiment hault.Quele chose est que mieulx leur vaulx.et au besoing plus tost leur fault.

Aux vrais amans qui aiment hault.Quele chose est que mieulx leur vaulx.et au besoing plus tost leur fault.

Aux vrais amans qui aiment hault.

Quele chose est que mieulx leur vaulx.

et au besoing plus tost leur fault.

[La damoiselle.]

C'est beau parler.

Le chevalier.

Qui est d'amours mere et nourrice.com plus est noble et plus est nice.

Qui est d'amours mere et nourrice.com plus est noble et plus est nice.

Qui est d'amours mere et nourrice.

com plus est noble et plus est nice.

La damoiselle.

C'est la pensee.

Le chevalier.

Quele est l'enseigne par dehorsqui plus monstre l'amour du cuer

Quele est l'enseigne par dehorsqui plus monstre l'amour du cuer

Quele est l'enseigne par dehors

qui plus monstre l'amour du cuer

La damoiselle.

C'est muer couleur.

Le chevalier.

Quele est la seignourie.que l'amant puet avoir.Sans peur sans tricherie.sans joye et sans espoir.

Quele est la seignourie.que l'amant puet avoir.Sans peur sans tricherie.sans joye et sans espoir.

Quele est la seignourie.

que l'amant puet avoir.

Sans peur sans tricherie.

sans joye et sans espoir.

La damoiselle.

C'est estre amé qu'on n'en scet riens

Le chevalier.

De quoy puet plusgrant bien venir.en vie d'amours maintenir.

De quoy puet plusgrant bien venir.en vie d'amours maintenir.

De quoy puet plusgrant bien venir.

en vie d'amours maintenir.

La damoiselle.

C'est soy maintenir sagement.

Le chevalier.

Qu'est en amour la courtoisiemoins prouffitable et plus prisie.

Qu'est en amour la courtoisiemoins prouffitable et plus prisie.

Qu'est en amour la courtoisie

moins prouffitable et plus prisie.

La damoiselle.

C'est estre accolez sans baisier.

Le chevalier.

Qui est une autre courtoisie.que nul ne rechoit qui en rie.

Qui est une autre courtoisie.que nul ne rechoit qui en rie.

Qui est une autre courtoisie.

que nul ne rechoit qui en rie.

La damoiselle.

C'est courtois escondit.

Le chevalier.

Qu'est le moindre don qu'amours face.qui plus conforte et plus solace.

Qu'est le moindre don qu'amours face.qui plus conforte et plus solace.

Qu'est le moindre don qu'amours face.

qui plus conforte et plus solace.

La damoiselle.

C'est doulz regart.

Le chevalier.

Qui fait aux fins amans joyrde ce de quoy ilz ont desir.

Qui fait aux fins amans joyrde ce de quoy ilz ont desir.

Qui fait aux fins amans joyr

de ce de quoy ilz ont desir.

La damoiselle.

C'est courtoisie.

Le chevalier.

Qui fait amours long temps durer.et enforcer et embrachier.

Qui fait amours long temps durer.et enforcer et embrachier.

Qui fait amours long temps durer.

et enforcer et embrachier.

La damoiselle.

C'est joye et leesse.

Le chevalier.

Quele chose esse qui monstre en fin.le faulx cuer et aussy le fin.Car en faulz cuer l'amour descroitet ou fin cuer double et si croist.

Quele chose esse qui monstre en fin.le faulx cuer et aussy le fin.Car en faulz cuer l'amour descroitet ou fin cuer double et si croist.

Quele chose esse qui monstre en fin.

le faulx cuer et aussy le fin.

Car en faulz cuer l'amour descroit

et ou fin cuer double et si croist.

La damoiselle.

C'est par monstrer dangier.

Le chevalier.

Par quel semblant et par quel touche.cognoist on sage dame en bouche

Par quel semblant et par quel touche.cognoist on sage dame en bouche

Par quel semblant et par quel touche.

cognoist on sage dame en bouche

La damoiselle.

C'est par la response qu'elle fait

Sire chevalier moult de joyeuses demandes m'avez faites ausqueles assez simplement et en brief je vous ay respondu si me pardonnez que si ruidement l'ay couchié/ car mieulx ne le sçay. et on dist encommun que qui fait le mieulx qu'il scet et qu'il puet on lui doit pardonner Or me pardonnez doncques/ et me satisfaittes a aucunes doubtes sur certaines demandes que aincoires vous veuil demander esqueles je croy vous estre expert mieulx que ne soyons entre nous femmelettes et n'ayez en desdaing ou despit quant si franchement vous empesche/ mais autant en avez de moy quant temps et lieu le vous semondront

Le chevalier.

Gentille damoiselle moult me plaist la franchise que dittes prendre et avoir sur moy/ car bien le povez dire et faire a vostre bon plaisir comme il vous poura aparoir cy aprés. Or commenciez quant vous plaira et je de mon petit sens et sans riens vous en celer diray a la france margarite ce que en moy en est

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande se vous aviez l'ottroy de vostre amie d'estre dix fois en sa compaignie a vostre volenté et jamais plus n'y deussiez estre se vous les prenderiez en brief temps ou se vous attenderiez longuement.

Le chevalier.

Damoiselle sachiez que je en prenderoie aucunes prestement et les autres garderoie. Car se je les avoie toutes prinses a une fois je devroie estre dolant quant si legierement auroie despendu les biens que madame m'auroit de sa grace otroiez et n'y porroie plus recouvrer.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande se vous aviez l'ottroy de vostre amie de couchier avec elle par tel sy qu'elle deust avoir sur vous un souhait tel qu'il lui plairoit lequel ameriez vous mieulx ou qu'elle le prist a vostre couchier. ou a vostre lever.

Le chevalier.

Certes damoiselle mieulx ameroie qu'elle le preist au couchier. Car puis qu'elle m'aroit ottroié tele grace que d'estre la nuit emprés elle je pourroie bien penser que son souhait ne seroit point contraire a ma volenté. mais a mon avantaige et honneur.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous veuil demander une joyeuse demande. c'est lequel vous ameriez le mieulx se vous teniez vostre dame par amours en lieu secret ou qu'elle fust vestue des plus precieux habis du monde ou que la tenissiez nue entre deux sacs.

Le chevalier.

Damoiselle a ceste demande a beau choix. car trop mieulx l'ameroie nue entre deux sacs que vestue des plus riches draps du monde. Comme mon cuer ne desire que son gracieux corps et non ses riches habis.

La damoiselle.

Sire chevalier je vous demande se vous amiez dame ou damoiselle et ung autre aussy l'amast pareillement. lequel ameriez vous le mieulx. ou que veissiez l'autre issir de la chambre d'elle quant vous y enteriez. ou qu'il y entrast quant vous en ysteriez.

Le chevalier.

Damoiselle que l'autre en yssist et je y entraisse. car se je lui veoie entrer et j'en ississe jamais n'auroie joye en mon cuer tant que a elle parlé auroie.

La damoiselle

Sire chevalier se vostre amie estoit en prison en une haute tour et eust tresgrant fain je vous demande comment vous lui donneriez a la pointe d'une lance deux parties de mes l'un cuisant et l'autre refroidant.

Le chevalier

Damoiselle je metteroie ung oeuf en ung pain chault si cuiroit l'un en refroidant l'autre.

La damoiselle.

Sire chevalier se une damoiselle avoit toute une nuit assiz sur vostre oreillier. et ne l'eussiez touchie ne elle vous et elle deust l'endemain estre une rose ou jardin assize entre mille autres roses pareille aux autres/ et s'il le vous couvenist recognoistre sur paine d'avoir la teste trenchie je vous demande comment vous la recognoisteriez.

Le chevalier.

Damoiselle je la recognoisteroie a ce que toutes les autres roses seroient chargeez de la rousee du ciel et elle point.

La damoiselle.

Sire chevalier trop ne me sauroie saouler de voz gracieuses et sages responses. si vous prie que me dittes quele dame ou damoiselle pour estre parfaitte doit estre

Le chevalier.

Damoiselle sachiez que toute dame d'honneur doit estre humble et courtoise en parler et en toutes ses manieres simple et coye.

La damoiselle.

Sire chevalier aincoires vous veuil demander une joyeuse demande asavoir se homme marié et femme mariee ou dame de religion pevent amer par amours loiaument et sans mesprendre.

Le chevalier.

Certes damoiselle je croy que oil pourtant qu'il n'y ait aucun villain fait ne villaine intencion de penssee deshonneste. Car en vraie amour n'a aucun vice ne pechié.

La damoiselle.

En verité sire chevalier bien le croy et moult sagement m'en avez satisfait dont je vous mercie. Mais aincoires veuil de vous savoir plus avant comment amours se pevent longuement maintenir et par quoy.

Le chevalier.

Volentiers et a mon povoir en ce vous serviray.

La damoiselle.


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