En y songeant mûrement, je vis que ma situation, quelque pénible qu'elle dût me paroître, n'étoit pas désespérée. Rosambert, compatissant aux peines de son ami, m'aideroit sans doute; Jasmin m'étoit entièrement dévoué; et je croyois connoître assez mon petit gouverneur pour être sûr qu'avec de l'or je ferois de lui tout ce que je voudrois. M. Duportail paroissoit vouloir rester neutre, je n'aurois que mon père à combattre. Mon père, occupé de son intrigue avec cette belle demoiselle de l'Opéra, sortoit tous les soirs; il ne pouvoit donc pas me veiller de très près. Voilà lesréflexions sagesque je faisois: ce n'étoient pas celles que M. Duportail m'avoit conseillées; mais je ne le trahissois pas, je l'avois prévenu.
Cependant il ne falloit pas dans les premiers jours heurter le baron de front; je devois prudemment m'interdire, pendant quelque temps, les visites au couvent; mais comment faire passer une lettre à Sophie? Cette lettre étoit si pressée, si nécessaire! Qui la porteroit à ma jolie cousine? Je ne voyois aucun expédient pour me tirer de cet embarras. Parmi les ressources que je m'étois ménagées, je n'avois pas calculé celles qui me restoient dans l'amitié d'Adélaïde.
Une vieille femme m'apporte un billet; je l'ouvre: il est signéde Faublas! Ah! ma chère sœur! Je baise l'écriture et je lis:
Je crains bien d'avoir commis tout à l'heure une indiscrétion; mon frère, j'ai appris à mon père que vous m'aviez promis un remède qui guériroit ma bonne amie: il s'est fâché; il a dit que c'étoit du poison que vous prépariez pour Sophie!… Du poison!… Mon frère, en vérité, je ne l'ai pas cru, quoique ce fût le baron qui l'assurât.J'ai conté tout cela à ma bonne amie, qui attendoit impatiemment la recette en question. «Adélaïde, m'a-t-elle dit, vous avez eu tort d'en parler au baron… Ce remède de votre frère n'est peut-être pas bien bon; mais enfin nous aurions vu ce que c'est.» Au reste, mon frère, soyez tranquille; elle ne croit pas plus que moi que vous ayez voulu l'empoisonner.Comme j'ai vu qu'elle mouroit d'envie d'avoir la recette, je lui ai conseillé de vous l'envoyer demander. Elle m'a encore répété ces mots qui me chagrinent: «Adélaïde! Adélaïde! ah! que tu es heureuse!»Cependant je suis sûre qu'elle seroit bien aise d'avoir la recette. Envoyez-la-moi tout de suite, mon frère, je la lui remettrai, et je vous assure que je ne parlerai de rien à personne.Donnez trois livres à la femme porteuse du billet: elle m'a dit qu'elle ne jasoit jamais quand on lui donnoit un petit écu. Votre sœur, etc.Adélaïde de Faublas.P.-S.Tâchez de me venir voir.
Je crains bien d'avoir commis tout à l'heure une indiscrétion; mon frère, j'ai appris à mon père que vous m'aviez promis un remède qui guériroit ma bonne amie: il s'est fâché; il a dit que c'étoit du poison que vous prépariez pour Sophie!… Du poison!… Mon frère, en vérité, je ne l'ai pas cru, quoique ce fût le baron qui l'assurât.
J'ai conté tout cela à ma bonne amie, qui attendoit impatiemment la recette en question. «Adélaïde, m'a-t-elle dit, vous avez eu tort d'en parler au baron… Ce remède de votre frère n'est peut-être pas bien bon; mais enfin nous aurions vu ce que c'est.» Au reste, mon frère, soyez tranquille; elle ne croit pas plus que moi que vous ayez voulu l'empoisonner.
Comme j'ai vu qu'elle mouroit d'envie d'avoir la recette, je lui ai conseillé de vous l'envoyer demander. Elle m'a encore répété ces mots qui me chagrinent: «Adélaïde! Adélaïde! ah! que tu es heureuse!»
Cependant je suis sûre qu'elle seroit bien aise d'avoir la recette. Envoyez-la-moi tout de suite, mon frère, je la lui remettrai, et je vous assure que je ne parlerai de rien à personne.
Donnez trois livres à la femme porteuse du billet: elle m'a dit qu'elle ne jasoit jamais quand on lui donnoit un petit écu. Votre sœur, etc.
Adélaïde de Faublas.
P.-S.Tâchez de me venir voir.
Transporté de joie, je vais à la vieille: «Madame, voilà six francs, parce que je vais vous charger d'une réponse que je vous prie d'attendre.»
Je rentre dans mon cabinet, je me mets à mon secrétaire: la lettre commencée pour Sophie est devant moi; je la vois encore mouillée de larmes… Hélas! ces pleurs, c'est la marquise qui les a versés! Quels discours elle a entendus! Quelle lettre elle a lue!… Pauvre vicomte de Florville! que de chagrins mon père et moi nous t'avons donnés!… En me disant cela, je baise le papier sur lequel la marquise a tant gémi, et le sentiment que j'éprouve alors, s'il est moins vif que l'amour, est cependant plus tendre que la pitié.
Je reviens à moi, je songe à Sophie. Ce papier, détrempé en plusieurs endroits, n'est pas présentable; il faut recommencer la lettre trois fois écrite… Et pourquoi donc recommencer? Au nom, au seul nom de ma jolie cousine, je sens déjà mes paupières s'humecter; je vais sangloter en lui écrivant! Sophie saura-t-elle que deux personnes ont pleuré sur le même papier? Moi-même pourrois-je, entre ces larmes confondues, distinguer celles qui seront venues de la marquise de B… et celles qui m'auront appartenu?… Ces réflexions me déterminent; je ne recommence pas, je continue:
… Sophie, je n'existe plus que par toi! et cependant tu te plains! tu gémis! tu m'accuses d'ingratitude et de cruauté! Tu crois, tu peux croire qu'il existe au monde une femme, une seule femme comparable à toi! une femme qu'on puisse aimer quand on connoît Sophie!O ma jolie cousine! avec quel transport j'ai reçu la nouvelle de votre tendresse pour moi! Mais quelle douleur j'ai ressentie en apprenant qu'un noir chagrin consumoit vos beaux jours, altéroit vos charmes naissans, menaçoit votre vie!… Votre vie!… Ah! Sophie, si Faublas vous perdoit, il vous suivroit au tombeau!Ma sœur, qui m'a dévoilé, sans le vouloir, les plus secrets sentimens de votre âme, ma sœur m'a annoncé de votre part une éternelle séparation… Elle m'a dit que vous ne me reverriez de la vie… Ma Sophie! s'il étoit vrai, elle ne dureroit pas longtemps cette vie qui me deviendrait insupportable; et vous-même! vous-même!… Mais livrons-nous à des idées plus douces, un avenir plus heureux nous attend. Qu'il me soit permis d'espérer que ma jolie cousine sera bientôt mon épouse, et que, tous deux réunis, nous ne cesserons jamais d'être amans. Je suis, avec autant de respect que d'amour, votre jeune cousin, le chevalierde Faublas.
… Sophie, je n'existe plus que par toi! et cependant tu te plains! tu gémis! tu m'accuses d'ingratitude et de cruauté! Tu crois, tu peux croire qu'il existe au monde une femme, une seule femme comparable à toi! une femme qu'on puisse aimer quand on connoît Sophie!
O ma jolie cousine! avec quel transport j'ai reçu la nouvelle de votre tendresse pour moi! Mais quelle douleur j'ai ressentie en apprenant qu'un noir chagrin consumoit vos beaux jours, altéroit vos charmes naissans, menaçoit votre vie!… Votre vie!… Ah! Sophie, si Faublas vous perdoit, il vous suivroit au tombeau!
Ma sœur, qui m'a dévoilé, sans le vouloir, les plus secrets sentimens de votre âme, ma sœur m'a annoncé de votre part une éternelle séparation… Elle m'a dit que vous ne me reverriez de la vie… Ma Sophie! s'il étoit vrai, elle ne dureroit pas longtemps cette vie qui me deviendrait insupportable; et vous-même! vous-même!… Mais livrons-nous à des idées plus douces, un avenir plus heureux nous attend. Qu'il me soit permis d'espérer que ma jolie cousine sera bientôt mon épouse, et que, tous deux réunis, nous ne cesserons jamais d'être amans. Je suis, avec autant de respect que d'amour, votre jeune cousin, le chevalierde Faublas.
Cette lettre cachetée, il en fallut faire une autre.
Que vous avez bien fait de m'écrire, ma chère Adélaïde! Je suis privé du bonheur de vous voir: le baron me défend de sortir, le baron m'a fait une scène!… Il ne falloit pas lui parler de Sophie.Remettez promptement à ma jolie cousine le billet que je lui adresse, et que je joins au vôtre; ne le lui remettez que quand elle sera seule, et surtout ne parlez de cela à qui que ce soit. Adieu, ma chère sœur, etc.
Que vous avez bien fait de m'écrire, ma chère Adélaïde! Je suis privé du bonheur de vous voir: le baron me défend de sortir, le baron m'a fait une scène!… Il ne falloit pas lui parler de Sophie.
Remettez promptement à ma jolie cousine le billet que je lui adresse, et que je joins au vôtre; ne le lui remettez que quand elle sera seule, et surtout ne parlez de cela à qui que ce soit. Adieu, ma chère sœur, etc.
Je mis ces deux billets sous une même enveloppe, et je confiai le tout à la discrétion de la vieille.
Dès le même soir je voulus travailler à former la grande confédération que j'avois méditée. Mon père venoit de sortir: je demandai M. Person; il étoit allé promener aussi. Il ne rentra qu'un peu tard, et vint à moi d'un air triomphant: «Monsieur, vous avez entendu ce matin monsieur votre père; il m'a remis sur vous un absolu pouvoir.—Monsieur Person, vous m'en voyez ravi. Je suis en effet trop heureux d'avoir un gouverneur tel que vous, un gouverneur complaisant, honnête, indulgent surtout.—Monsieur, je savois bien qu'un jour vous me rendriez justice.—Un gouverneur plein de politesse et d'aménité…—Vous me flattez, Monsieur.—Un gouverneur qui sent bien qu'un enfant de seize ans ne peut être aussi raisonnable qu'un homme de trente-cinq…—Assurément.—Un gouverneur qui connoît le cœur humain…—Cela est vrai.—Et qui excuse, dans son élève, un doux penchant que lui-même il éprouve.—Je ne comprends pas trop…—Asseyez-vous, Monsieur Person; nous avons à traiter ensemble une matière fort délicate, qui mérite toute votre attention… Parmi tant de qualités qui brillent en vous, et dont j'aurois pu faire une énumération plus longue, si je n'avois craint de blesser votre modestie; parmi tant de qualités, il faut vous le dire franchement, Monsieur Person, j'ai cru m'apercevoir qu'il vous en manquoit une, qu'on dit fort importante, mais que je regarde comme assez inutile, moi! celle de savoir enseigner.—Monsieur, mais…—Je ne dis pas cela pour vous mortifier. Je suis très persuadé que ce n'est pas l'érudition qui vous manque; mais on voit tous les jours des gens, aussi malheureux qu'habiles, qui enseignent très mal ce qu'ils savent très bien. Vous êtes dans ce cas-là, Monsieur Person; et, à cet égard, pour me servir des expressions dont usoit le fameux cardinal de Retz en parlant du grand Condé, vous ne remplissez pas votre mérite.—Oh! Monsieur, la citation…—N'est pas tout à fait juste, je le sens bien. Vous n'êtes point conquérant, vous! vous n'avez pas une armée à conduire! Mais aussi, former le cœur d'un adolescent; étudier ses goûts pour les combattre ou les diriger; amortir ou modifier ses passions, quand on n'a pu les prévenir; polir ses manières gauches et orner son esprit inculte, croyez-vous que cela soit une chose si facile?—Non, sûrement; je sais que ma profession offre de grandes difficultés.—Eh bien! Monsieur, les parens n'entendent pas cela. Ils cherchent un gouverneur qui ait tous les talens et toutes les vertus! et ils croient que cela se trouve! C'est un homme qu'ils payent, et c'est un dieu qu'il leur faudroit! Mais revenons à ce qui nous touche… J'ai encore remarqué, Monsieur Person, que votre attachement singulier pour tout ce qui porte le nom de Faublas vous a mené trop loin.—Comment?…—Oui, cette extrême affection que vous portez à la famille en général, vous ne l'avez pas également reversée sur chacun de ses membres!—Je n'entends pas.—Tenez, vous avez pour ma sœur des airs de prédilection!… Le baron appelleroit cela de l'amour… La difficulté que vous éprouvez à enseigner, il la nommeroit ineptie. Ce que je vous dis est exact: si j'instruisois le baron de ces petits détails-là, vous ne resteriez pas vingt-quatre heures dans cet hôtel. Ce seroit un grand malheur pour moi, Monsieur Person, et un plus grand malheur pour vous. Je sais bien qu'on me chercheroit vite un autre instituteur; mais, comme nous le disions tout à l'heure, il n'y a pas d'homme parfait sur la terre. En supposant que le nouveau venu se trouvât plus propre que vous à m'instruire, les premiers jours il me donneroit avec distraction des leçons que je recevrois avec ennui; et au diable les livres, dès que je l'aurois surpris bâillant avec moi dessus! Cependant mon nouveau Mentor participeroit aux foiblesses de l'humanité, il auroit des défauts ou des passions que je connoîtrois vite, parce que je serois intéressé à les étudier. Animé des mêmes motifs, il pénétreroit mes goûts avec le même discernement. La première semaine, nous nous serions observés comme deux ennemis qui se craignent; au bout de huit jours, nous nous traiterions comme deux amis également intéressés à se ménager. Cependant vous, Monsieur Person, vous ne trouveriez peut-être pas à faire ce que vous appelez une éducation. Je sais que beaucoup de petits abbés qui ont moins de mérite que vous trouvent des élèves, et même les conservent; mais tant d'autres aussi végètent sans emploi! Vous seriez peut-être réduit à recommencer le rudiment et la grammaire avec les enfans gâtés d'un notaire-marguillier, d'un marchand presque échevin, ou de quelque gros employé, tous gens trop fiers pour envoyer messieurs leurs fils à l'Université. Et, prenez-y garde, les gens d'affaires, qui savent calculer, veulent toujours accorder leur intérêt avec leur vanité: ils vous diront très bien que Restaut tout entier ne vaut pas une page de Barrême; et, si vous n'apprenez à vos petits bourgeois qu'à parler leur langue, si vous ne possédez pas à fond la science des chiffres, le maître d'arithmétique sera beaucoup mieux payé que vous. Je veux vous épargner ces désagrémens-là, Monsieur. Je sens qu'il seroit dur pour le gouverneur d'un noble de devenir le précepteur d'un roturier: je ne prétends pas changer votre condition, mais la rendre meilleure; au lieu de diminuer vos émolumens, je vais les augmenter.—Monsieur, je suis très sensible… J'ai toujours bien dit que chez vous les qualités du cœur…—Oh! les qualités du cœur! Oui, mon cher gouverneur, j'ai un cœur extrêmement bon, extrêmement sensible… Vous savez que j'adore Sophie! Mon père veut m'empêcher de la voir.—Mais, au fond, a-t-il tort?—Comment! Monsieur, s'il a tort! vous me demandez s'il a tort! Mais vous n'avez donc pas compris ce que je vous ai dit?—Pas très bien.—Je vais m'expliquer clairement. Si vous m'êtes contraire, je déclare au baron tout ce que je sais sur votre compte: on vous congédie, on me donne un autre gouverneur. Si vous voulez me servir… Monsieur Person, vous savez quelle somme le baron me donne par an pour mes menus plaisirs; je vous en livre la moitié, et voilà un acompte (je lui présentai six louis).—De l'argent! Monsieur, fi donc! Me prenez-vous pour un valet?—Ne vous fâchez pas; je n'ai pas voulu vous offenser, j'ai cru… (Je remis les six louis dans ma bourse.)—Monsieur, j'ai beaucoup d'amitié pour vous, et ce n'est pas l'intérêt… Vous l'aimez donc bien fort, Mllede Pontis?—Plus que je ne saurois vous le dire!—Et que voulez-vous que je fasse à cela, moi?—Je vous demande seulement de prendre autant de peine pour détourner l'attention du baron que vous en auriez pris à me tourmenter.—Monsieur, vous n'avez sur Mllede Pontis que des vues honnêtes,… légitimes?—Je serois un monstre si j'en avois d'autres! Foi de gentilhomme! Sophie sera ma femme.—En ce cas, je ne vois pas d'inconvénient…—Il n'y en a pas!—Je n'en vois aucun, Monsieur: pour une chose si simple, vous me proposez de l'argent!—Recevez mes excuses.—De l'argent! fi donc! Quelques présens, passe… J'ai demeuré deux ans chez M. L…; il me faisoit de temps en temps quelques cadeaux. Ses enfans m'en faisoient de leur côté, tout cela s'arrangeoit assez bien. Un présent s'accepte.—Ainsi, Monsieur Person, voilà qui est dit, je puis compter sur vous?—Assurément.—Écoutez donc, mon cher gouverneur, j'ai une observation à vous faire. Si ce que vous sentez pour Adélaïde est un effet de l'amour, ne croyez pas que je l'approuve, au moins. Celui dont je brûle pour Sophie est innocent et pur comme elle. Celui que vous éprouveriez pour ma sœur!… Monsieur Person, prenez-y garde!… Je suis très convaincu que la vertu d'Adélaïde la défendroit contre les entreprises d'un suborneur; mais ces entreprises mêmes seroient un affront!… un affront que tout le sang du coupable n'expieroit que foiblement!—Monsieur, soyez tranquille.—Je le suis.—Monsieur, comptez sur moi.—Mon cher gouverneur, j'y compte.»
Person sortoit; il revint pour me dire que dans l'après-dîner il avoit été au couvent de la part du baron. «Au couvent! Pourquoi faire?—Pour défendre expressément à MlleAdélaïde de paroître au parloir, quand vous irez seul la demander.—Vous l'avez vue, Adélaïde?—Oui, Monsieur.—Elle ne vous a rien dit?—Ah! qu'elle étoit bien fâchée de cette défense!—Rien de plus?—Rien du tout.—Et Sophie? Avez-vous demandé comment elle se portoit?—Beaucoup mieux depuis midi.—Et à quelle heure avez-vous été au couvent?—A cinq heures à peu près, il y a environ quatre heures.—Bien, fort bien.» Person s'en alla.
Beaucoup mieux depuis midi! C'est l'heure à peu près à laquelle elle a reçu ma lettre. Sophie! ma chère Sophie! ne te hâteras-tu pas de me répondre? Adélaïde, tu dois être bien contente! ta bonne amie est déjà guérie. Et, dans les transports de joie que me causoit la nouvelle d'une cure aussi prompte, je me mis à faire des sauts, des gambades, au bruit desquels accourut Jasmin; j'achevois un superbe entrechat quand il ouvrit la porte: «Monsieur, je vous demande excuse; j'entendois un vacarme! j'étois inquiet.—Jasmin, allez tout de suite chez le comte de Rosambert, et priez-le de passer ici demain matin, sans faute.»
Rosambert n'y manqua pas. De tous les événemens de la veille je ne lui racontai que ceux qui se rapportoient à Sophie; il me rappela en riant que ce n'étoit pas la jolie cousine qui étoit dans mon cabinet. Je voulus éluder; le comte me pressa si vivement qu'il fallut tout avouer. «C'est une femme bien étonnante que la marquise de B…, me dit-il alors. Personne ne sait comme elle commencer agréablement une intrigue, la filer vite, brusquer le dénouement qui ne lui déplaît pas, et que même on peut croire nécessaire à sa constitution. Personne ne possède mieux le grand art de retenir l'amant heureux, de supplanter une rivale dangereuse, ou, quand la chose est impossible, de tenir du moins la balance incertaine. Cette femme-là sait varier les plaisirs, de manière qu'avec elle, et pour elle, un amour de six mois est un amour nouveau. Un amour de six mois à la cour! vous concevez que c'est un vieillard décrépit: eh bien, la marquise rajeunit ce vieillard-là! car, quoiqu'elle m'ait quitté brusquement, je lui rends justice: elle n'est pas volage. Je crois même lui avoir surpris quelques éclairs de sensibilité; au fond il se pourroit qu'elle eût le cœur tendre. Son génie intrigant s'est développé à la cour dans tous les genres. Peut-être que, si elle fût née simple bourgeoise, au lieu d'être femme galante, elle eût été tout bonnement femme sensible. Je vous répète qu'elle n'est pas ce qu'on appelle volage. Je l'avois depuis six semaines, je l'aurois peut-être gardée trois mois encore; mais votre déguisement a tout dérangé. Un novice à instruire, un fat à corriger (il se montroit lui-même en riant), un mari presque jaloux à duper si plaisamment! des obstacles de toute espèce à surmonter!… elle n'a pu résister à ces idées-là. Oui, quoique vous soyez d'une figure charmante, je parierois que c'est surtout la difficulté de l'entreprise qui a déterminé Mmede B… D'abord la marquise a pris à tâche de ne pas suivre la route battue. Prendre cette semaine, avec distraction, un amant qu'on renverra maussadement la semaine prochaine, rompre et nouer des engagemens uniformes: voilà l'éternelle occupation de nos femmes de qualité! Le personnage change, mais jamais la conduite de l'intrigue; on dit, on fait sans cesse la même chose. C'est toujours une déclaration à recevoir, un aveu à faire, quelques billets à écrire, deux ou trois tête-à-tête à ranger, une rupture à consommer. Tout cela répété devient d'une monotonie assommante. La marquise, au contraire, n'est pas fâchée que le même cavalier lui reste, pourvu que le manège varie. Ce n'est pas par le nombre de ses amans qu'elle s'affiche, c'est par la singularité de ses aventures. Une scène ne lui paroît piquante que quand elle n'est pas ordinaire: elle ose tout pour la produire; elle se plaît à braver les hasards et à lutter contre les événemens. Aussi le sentiment de sa force l'emporte-t-il quelquefois trop loin. Quelquefois il arrive que toute son adresse ne peut lui épargner les désagrémens d'une démarche trop imprudente. Dans son aventure avec nous, par exemple, voilà deux terribles scènes qu'elle a essuyées. La première,… c'est moi qui l'en ai tourmentée, et en conscience je la lui devois. Hier elle est venue très inconséquemment chercher ici la seconde, et le hasard peut-être lui garde la troisième; mais n'importe! La marquise, toujours supérieure aux petites mortifications, accoutumée à considérer froidement, sous tous les rapports, les événemens les plus fâcheux, la marquise tirera de ses malheurs mêmes un avantage contre ses ennemis, contre sa rivale et contre vous.—Contre sa rivale! Ah! Rosambert, Sophie sera toujours préférée!… Mais que dites-vous de ma jolie cousine, qui ne répond pas?—Attendez donc qu'elle ait dormi. Ne vous souvenez-vous pas qu'il y a huit jours qu'elle n'a fermé l'œil? Votre lettre l'a doucement bercée… Mais laissez-la donc goûter son bonheur. Savez-vous de quoi nous devons nous occuper?—Non.—Il faut aller acheter quelque bijou pour le cher gouverneur: il vous a dit qu'un présent s'acceptoit.—Vraiment oui; mais si je sors et qu'il me vienne une lettre de Sophie?—On fera attendre la vieille messagère.—Eh bien, allons donc vite.—Vous oubliez votre chapeau.—Vous avez raison», répliquai-je d'un air distrait, et j'allai m'asseoir. Rosambert me prit par le bras: «Où diable êtes-vous? A quoi rêvez-vous?—Je songeois à ce pauvre vicomte de Florville. Qu'elle doit être affligée, la marquise! Rosambert, croyez-vous qu'elle m'écrira?—Nous parlons de la marquise à présent?—Oui, mon ami… Mais ne riez donc pas; répondez-moi.—Eh bien, mon cher Faublas, je crois qu'elle ne vous écrira pas.—Vous croyez?—Cela est très vraisemblable. La marquise s'est déjà consultée sur votre situation présente et sur la sienne. En femme bien apprise, elle a sans doute compris que vous ne pourriez vous dispenser de venir à elle; elle n'ira point à vous. Elle vous attendra, soyez sûr qu'elle vous attendra.»
Je sonnai Jasmin: «Mon ami, tu connois l'hôtel du marquis de B…; tu connois Justine, prends un habit bourgeois, va demander Justine, et tu lui diras que tu viens de ma part savoir comment se porte madame la marquise.» Rosambert, qui rioit de toutes ses forces, me dit: «Ah! c'est que vous croyez qu'il ne seroit pas poli de la faire trop attendre? Mais dites-moi, vous désiriez une lettre de Sophie?—Sans doute. Jasmin, nous allons à deux pas; tu ne sortiras que quand nous serons rentrés. Jasmin, de la discrétion! Je compte sur toi: on nous fait la guerre; l'ennemi est là-bas: en garde! mon ami, en garde!—Oh! Monsieur, dans toutes mes maisons j'ai toujours été du parti des enfans contre les pères.—Bien, mon ami; sois sûr que je te récompenserai quand je serai marié avec elle.—Marié avec madame la marquise! Monsieur!» Rosambert rioit: «Venez, venez, mon ami, me dit-il, vous n'y êtes plus.»
J'achetai une bague assez belle; mais, quand il fut question de nous en aller, je ne pus jamais arracher Rosambert de la boutique. La bijoutière étoit jolie.
A mon retour, Jasmin me remit une lettre. La vieille n'avoit pas voulu seulement s'asseoir, parce qu'on lui avoit défendu d'attendre une réponse.
Qu'on juge de ma douleur en lisant ce qui suit:
Si je n'avois vu mon nom vingt fois répété dans votre lettre, Monsieur, je n'aurois jamais pu croire qu'elle me fût adressée. Je ne m'imaginois pas que quelques mots échappés sans conséquence, recueillis au hasard par ma bonne amie, dussent être interprétés par son frère d'une manière si étonnante! Je n'imaginois pas que mon jeune cousin, qui se disoit mon ami, dût me traiter jamais d'une façon si injurieuse.Qui vous a dit que je vous aimois, Monsieur? Adélaïde? Elle n'en sait rien. Qui vous a dit que ces mots:cruel,ingrat,je ne le reverrai de ma vie, vous fussent adressés? Qui vous a dit que je mourois de chagrin parce que vous ne m'aimiez pas? Si cela étoit, Monsieur, il n'y auroit que moi qui pût le savoir: vous l'ai-je jamais dit, moi, Monsieur?Et vous avez l'air d'être sûr de votre fait! vous aimez quelqu'un, et vous me dites que vous m'aimez parce que vous croyez que je vous aime? Vous pensez donc me faire une grâce, quand vous me demandez mon cœur et ma main? Monsieur, si je suis assez malheureuse pour n'inspirer jamais que de la compassion, je serai du moins assez sage pour ne pas aimer, ou assez discrète pour cacher mon amour; et certainement jamais l'amant d'une autre ne sera le mien.Maintenant c'est à vous et pour vous que je dis ces mots: «Je ne vous reverrai jamais.» Ma famille vaut bien la vôtre, Monsieur; et vous devez me savoir quelque gré de ne pas pousser plus loin le ressentiment de l'outrage que vous n'avez pas craint de me faire.
Si je n'avois vu mon nom vingt fois répété dans votre lettre, Monsieur, je n'aurois jamais pu croire qu'elle me fût adressée. Je ne m'imaginois pas que quelques mots échappés sans conséquence, recueillis au hasard par ma bonne amie, dussent être interprétés par son frère d'une manière si étonnante! Je n'imaginois pas que mon jeune cousin, qui se disoit mon ami, dût me traiter jamais d'une façon si injurieuse.
Qui vous a dit que je vous aimois, Monsieur? Adélaïde? Elle n'en sait rien. Qui vous a dit que ces mots:cruel,ingrat,je ne le reverrai de ma vie, vous fussent adressés? Qui vous a dit que je mourois de chagrin parce que vous ne m'aimiez pas? Si cela étoit, Monsieur, il n'y auroit que moi qui pût le savoir: vous l'ai-je jamais dit, moi, Monsieur?
Et vous avez l'air d'être sûr de votre fait! vous aimez quelqu'un, et vous me dites que vous m'aimez parce que vous croyez que je vous aime? Vous pensez donc me faire une grâce, quand vous me demandez mon cœur et ma main? Monsieur, si je suis assez malheureuse pour n'inspirer jamais que de la compassion, je serai du moins assez sage pour ne pas aimer, ou assez discrète pour cacher mon amour; et certainement jamais l'amant d'une autre ne sera le mien.
Maintenant c'est à vous et pour vous que je dis ces mots: «Je ne vous reverrai jamais.» Ma famille vaut bien la vôtre, Monsieur; et vous devez me savoir quelque gré de ne pas pousser plus loin le ressentiment de l'outrage que vous n'avez pas craint de me faire.
Cette fatale lettre n'étoit pas signée. Le chagrin dont elle me pénétra est plus facile à imaginer qu'à décrire. Sophie ne m'aimoit pas! Sophie ne vouloit plus me voir! Je tombai dans un accablement profond, dont je ne sortis que pour verser un torrent de larmes: si du moins Rosambert étoit là, il m'aideroit de ses conseils, il me donneroit quelque consolation.
Je me levai brusquement, j'essuyai mes yeux, je volai chez la bijoutière. Elle n'étoit plus au comptoir! Rosambert n'étoit plus dans la boutique! Je parus si fâché de ce contre-temps qu'une demoiselle de magasin eut pitié de moi. Elle me dit que, si je voulois entrer aucafé de la Régence, qu'elle me montra à dix pas de là, elle iroit avertir le comte, qui n'étoit pas loin, et qui ne manqueroit pas de me rejoindre dans une demi-heure au plus tard.
J'entrai dans cecafé de la Régence. Je n'y vis que des gens profondément occupés à préparer un échec et mat. Hélas! ils étoient moins recueillis, moins rêveurs, moins tristes que moi. Je m'assis d'abord près d'une table, mais, l'agitation que j'éprouvois ne me permettant pas de rester en place, bientôt je me promenai à grands pas dans le café silencieux. Bientôt aussi l'un des joueurs, haussant la voix, levant la tête et frottant ses mains, dit d'un ton fier: «Au roi!—Grand Dieu! s'écria l'autre, la dame forcée! la partie perdue! Une partie superbe!… Oui, oui, Monsieur, frottez vos mains! Vous vous croyez un Turenne! Savez-vous à qui vous devez l'obligation de ce beau coup? (Il se tourna de mon côté.) A monsieur. Oui, à monsieur. Maudits soient les amoureux!» Étonné de la manière vive dont on m'apostrophoit, j'observai au joueur mécontent que je ne comprenois pas… «Vous ne comprenez pas! Eh bien! regardez-y; un échec à la découverte!—Eh bien! Monsieur! qu'a de commun cet échec…—Comment! ce qu'il a de commun! Il y a une heure, Monsieur, que vous tournez autour de moi. «Et ma chère Sophie par-ci, et ma jolie cousine par-là…» Moi, j'entends ces fadaises, et je fais des fautes d'écolier… Monsieur, quand on est amoureux, on ne vient pas aucafé de la Régence.» J'allois répliquer; il continua avec violence: «Un échec à la découverte, il faut couvrir le roi; seul moyen de sauver… On profite des distractions que ce monsieur me donne!… Un misérable coup de mazette! Un homme comme moi!» (Il se retourna vers moi.) «Monsieur, une fois pour toutes, sachez que toutes les cousines du monde ne valent pas la dame qu'on me force… Elle est forcée! Il n'y a pas de ressource… Au diable soient la bégueule et son doucereux amant!»
De toutes les exclamations du joueur, la dernière fut celle qui me piqua le plus. Emporté par ma vivacité, je m'avançai brusquement; mais, chemin faisant, je rencontrai sur la table voisine un échiquier qui débordoit: mes boutons l'accrochèrent, il tomba; les pièces roulèrent de tous côtés. Voilà pour moi deux adversaires nouveaux. L'un me dit: «Monsieur, prenez-vous quelquefois garde à ce que vous faites?» l'autre s'écrie: «Monsieur, vous m'enlevez une partie!…—Vous? vous aviez perdu, interrompt son adversaire.—J'avois gagné, Monsieur.—Cette partie-là, je l'aurois jouée contre Verdoni!—Et moi, contre Philidor.—Eh! Messieurs, ne me rompez pas la tête! je vais la payer, votre partie!—La payer! vous n'êtes pas assez riche.—Que jouez-vous donc?—L'honneur.—Oui, Monsieur, l'honneur. Je suis venu en poste tout exprès pour répondre au défi de monsieur,… de monsieur qui croit n'avoir pas d'égal! Sans vous je lui donnois une leçon!—Une leçon! eh mais, vous êtes fort heureux que l'étourderie de monsieur vous ait sauvé: je forçois la dame en dix-huit coups!—Et vous n'alliez pas jusqu'au onzième, en moins de dix vous étiez mat.—Mat! mat! C'est pourtant vous, Monsieur, qui êtes cause que l'on m'insulte!… Apprenez, Monsieur, que dans lecafé de la Régenceon ne doit pas courir.» (Alors un autre joueur se leva:) «Eh! Messieurs, dans lecafé de la Régenceon ne doit pas crier, on ne doit pas parler. Quel train vous faites!»
D'autres encore se mêlèrent de la querelle; et, comme j'étois l'auteur de tout le mal, chacun me gourmandoit; je ne savois plus à qui répondre, quand Rosambert entra. Il eut beaucoup de peine à me tirer de là: nous nous sauvâmes auPalais-Royal.
Je pris Rosambert à l'écart; je lui montrai la lettre de Sophie. «Et voilà ce qui vous afflige? me dit-il après l'avoir lue… Mais vous devriez baiser cent fois cette lettre-là!—Ah! Rosambert, est-ce donc le moment de plaisanter?—Je ne plaisante pas, mon ami, vous êtes adoré.—Mais vous n'avez donc pas lu?—J'ai lu, et je vous répète que vous êtes adoré.—Rosambert, nous sommes mal ici, revenez chez moi.»
En chemin, le comte me dit: «Sophie a cessé ses visites au parloir à l'époque de votre liaison avec Mmede B… C'est à cette époque aussi que les insomnies ont commencé; c'est alors qu'elle a eu ce que mademoiselle votre sœur appelle la fièvre. Elle a désiré la recette, elle l'a demandée indirectement. Il y a plus, le remède avoit fait un excellent effet, puisqu'hier, à midi, Mllede Pontis se portoit mieux. Il faut donc conclure de tout cela que, dans l'après-dînée d'hier, il s'est passé quelque chose d'extraordinaire au couvent. N'en doutez pas, mon ami, cette lettre est l'effet d'une ruse du baron, ou d'une naïveté d'Adélaïde, ou d'une indiscrétion de M. Person. Au reste, le ton de cette épître prouve que vous êtes aimé. Un aveu tacite est même échappé à la jeune personne. Elle vous fait de terribles reproches! Vous avez cru qu'elle vous aimoit! elle ne peut supporter cette idée; mais elle ne dit nulle part qu'elle ne vous aime pas.»
Tout ce que Rosambert me disoit me paroissoit fort raisonnable; cependant mon cœur étoit oppressé. Les amans espèrent follement, ils s'alarment de même.
«Savez-vous bien, reprit le comte, qu'elle est assez bien tournée, sa douce épître? Oh! la jolie cousine ne vous aura pas écrit dix fois que vous trouverez son style tout à fait formé!—Rosambert, que vous êtes cruel avec votre gaieté!»
Jasmin rentroit chez moi en même temps que nous, il me dit qu'il venoit de chez madame la marquise. «Eh bien, Monsieur, j'ai parlé à MlleJustine; elle m'a fait attendre assez longtemps, et elle est enfin revenue me dire que madame étoit très sensible à votre attention; que madame s'étoit sentie fort incommodée hier en rentrant, que le docteur lui avoit trouvé un peu de fièvre ce matin.—Voyez, Rosambert, voyez comme je suis malheureux! elles ont toutes deux la fièvre en même temps! Celle que j'adore ne veut plus me voir!…—Et je ne verrai pas aujourd'hui celle qui m'amuse! ajouta le comte en me contrefaisant. Pauvre jeune homme! que je le plains!… Mon cher Faublas, consolez-vous. Pour guérir les maux que vous avez causés, vous serez tout seul plus docteur que tous les docteurs de la faculté. Mais, quoique la maladie de la jolie cousine soit à peu près celle de l'aimable marquise, je prévois cependant qu'il y aura quelque différence dans le traitement. On cherchera dans les yeux de la jolie demoiselle s'il n'y a pas quelque reste d'émotion; on prendra sa main pour tâter le pouls qui pourroit être un peu élevé; peut-être même qu'il faudra voir si sa bouche n'a rien perdu de sa fraîcheur… Mais pour la belle dame! oh! l'examen sera plus long, plus sérieux! Vous serez obligé de la considérer de plus près, et plus généralement… de la tête aux pieds! mon ami!… Je crois même que la méthode de ce M. Mesmer… Oui, Chevalier, oui, un peu de magnétisme!—De grâce! trêve de plaisanterie! Rosambert, occupez-vous avec moi de Sophie… Tâchons d'abord de découvrir ce qui m'a valu cette cruelle lettre; voyons ensuite par quels moyens je pourrois avoir une entrevue, une explication avec ma jolie cousine.—Très volontiers, mon cher Faublas; commençons par appeler M. Person.»
Mon père entra comme Rosambert sonnoit. Il répondit froidement aux politesses du comte, et m'annonça, d'un ton assez brusque, que j'allois sortir avec lui. «Les chevaux sont mis», ajouta-t-il, et, se tournant du côté de Rosambert: «Pardon, Monsieur, mais l'heure me presse.—Demain matin, de bonne heure», me dit le comte en nous quittant. Je suivis le baron avec inquiétude.
Il me conduisit chez M. Duportail. Lovzinski m'attendoit pour achever de m'apprendre les aventures de sa vie les plus secrètes; et, de peur que le marquis de B… ou quelque autre importun ne vînt encore nous interrompre, il ordonna qu'on refusât la porte à tout le monde. Dès que nous eûmes dîné, il continua ainsi le récit de ses infortunes.
Imprimé par Jouaust et SigauxPOUR LAPETITE BIBLIOTHÈQUE ARTISTIQUE
M DCCC LXXXIV
PETITE BIBLIOTHÈQUE ARTISTIQUE
Tirage in-16 sur papier de Hollande, plus 25 chine et 25 whatman.—Tirage en GRAND PAPIER (in-8o), à 170 pap. de Hollande, 20 chine, 20 whatman.
Nota.—Les prix indiqués sont ceux du format in-16. S'adresser à la librairie pour les autres exemplaires.