IISIGISMOND A GUSTAVE.

L'amour, dit-on, est un fruit délicieux, que le ciel a accordé à la terre, pour faire le charme de la vie. Cher Potowski! tu n'en connais que les douceurs; je n'en connus que l'amertume.

Comme toi, j'aimais autrefois à soupirer auprès des belles: mais si souvent dupe de leur duplicité, jouet de leurs caprices, j'ai enfin appris à fuir leur commerce dangereux.

Pourrais-tu le croire? Je préfère à leurs fausses caresses, le plaisir d'en médire. Dévoiler leurs artifices, publier leurs intrigues, et rire de leur tourment au milieu d'un cercle d'amis aussi dégoûtés que moi; voilà le seul plaisir qu'il m'en reste.

Lorsque le feu de la conversation commence à s'éteindre, nous prenons en main la coupe enchanteresse; un jus pétillant vient au secours de l'esprit, ranime nos propos, nous inspire de nouvelles saillies, et fait renaître la joie parmi nous.

Au sortir de ces entretiens, je reviens au milieu des femmes, leur montrer mon mépris et ma gaîté.

De Pinsk, le 23 février 1769.


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