Depuis quelque temps je vois avec chagrin les débats de nos parents au sujet des confédérés. Déjà ils ont fait naître du refroidissement entre nos familles; le jour de notre union est renvoyé, je ne puis plus te voir aussi souvent que je le souhaite, et je tremble qu'à la fin cette mésintelligence n'ait des suites funestes pour notre bonheur.
Hélas! nous touchons peut-être au moment d'être séparés pour jamais.
Chère Lucile, prévenons par un nœud indissoluble le coup fatal dont le destin nous menace. Viens, âme de ma vie, viens, présentons-nous aux autels de l'hymen, et qu'un doux lien nous unisse. Nous tenons encore dans nos mains l'arrêt de notre sort: le laisserons-nous prononcer sans retour?
O ma Lucile, ne ferme pas ton oreille à la voix de ton amant. Rends-toi à son ardente prière, ouvre ton âme aux plus doux sentiments et garde-toi bien de résister au plus puissant des dieux qui veut couronner notre bonheur.
De la rue Neuve, le 27 octobre 1769.