A Pinsk.
Je touchais à l'objet de mes vœux. J'allais m'unir à Lucile. Comblée des dons de la fortune, de la jeunesse, de la beauté, de la vertu, tous ceux qui la connaissent enviaient mon sort. Que manquait-il à mon bonheur? L'heure nuptiale était arrêtée. J'attendais mon épouse sous des lambris dorés. Déjà la volupté faisait briller à mes yeux ses attraits séducteurs, et mon cœur enivré de joie se livrait à ses transports.
Mais tandis que le plaisir s'offrait à mon esprit sous la plus flatteuse image, le destin jaloux minait sourdement mon bonheur. Les feux de la discorde, qu'il souillait de toute part, ont pénétré jusqu'au sein de nos familles: il m'arrache ma maîtresse.
Hélas! mon bonheur s'est évanoui comme un songe. Ces riantes idées qui enchantaient mon âme ont fini par devenir des pensées douloureuses; et ce palais, qui devait voir deux époux couronnés, n'est plus qu'un temple de deuil et de larmes.
La source de la joie est tarie dans mon cœur. Dégoûté du présent, je redoute l'avenir et suis insensible à tout, excepté à ma douleur.
Aujourd'hui, cher Panin, le soleil s'est couché sur mon bonheur: à son lever qu'il va me trouver malheureux!
De Varsovie, le 29 décembre 1769.