A Pinsk.
De l'endroit où je t'écrivis mon désastre, l'affliction m'a suivi chez mon oncle où je suis venu chercher un asile. Dès-lors mes larmes n'ont cessé de couler.
J'ai fait mille vaines recherches. Je ne puis parvenir à tromper ma douleur; tout me ramène à l'objet de mes craintes; et lorsque je viens à me rappeler ces tristes masures, je frissonne d'horreur.
Rien n'égale la tristesse de mon âme. Le jour paraît trop court pour suffire à mon tourment: et comme si ce n'était pas assez des fantômes qui m'épouvantent alors, la nuit, ils m'assiégent encore. Le doux repos ne vient plus fermer mes paupières. Après quelques moments d'un sommeil agité, je me réveille en transes. Je crois voir l'ombre de Lucile pâle et sanglante, je crois entendre sa plaintive voix; et je ne sors de ces rêves effrayants où le désespoir égare ma pensée, que pour me livrer à des idées plus affligeantes encore.
Hélas! n'est-ce que pour verser des larmes que mes yeux s'entr'ouvrent? O chaîne de malheurs! Ils viennent rarement seuls; ils aiment à se presser sous les pas d'un malheureux. Occupé à pleurer mes amis, fallait-il aussi pleurer ma maîtresse! Tous mes chagrins passés s'abîment dans le sentiment de sa perte. Lucile enlevée de ce monde à la fleur de son âge, lorsque… A cette idée, comme ma douleur s'aigrit!
Mon âme s'abreuve à longs traits d'amertume, mon cœur se déchire, et le sentiment du bonheur s'écoule pour jamais par cette blessure.