A Biella.
Je touche au moment de voir ce que j'ai de plus cher au monde. Me voici en équipage de cavalier à l'endroit que Sansterres m'a indiqué.
—C'est là, disais-je en approchant, qu'est l'objet de mes plus douces espérances.
—C'est là, disais-je en approchant, qu'est l'objet de mes plus douces espérances.
Mon cœur palpitait de plaisir et je ne me sentais pas d'impatience d'arriver.
J'arrive enfin. Après quelques recherches, j'apprends que Gustave est dans les environs: mes vœux paraissent remplis. La nuit tombe, je soupire après le lever du soleil. Qu'il me parut tardif!
Quoique fatiguée, le sommeil ne vint pas de longtemps se poser sur mes yeux: l'amour les tenait ouverts, un doux espoir flattait mes désirs, et mon esprit se livrait aux plus agréables idées.
Déjà je croyais avoir l'avant-goût de ces nuits délicieuses dont le charme attache les amants; je croyais ressentir ces transports ravissants de deux cœurs amoureux. Mon âme nageait dans la joie: enfin au milieu des pensées délicieuses qui m'occupaient, le sommeil s'empara de mes sens. L'image de Gustave me poursuivit dans le sein du repos.
Mais quelles illusions abusèrent alors mon esprit! Je croyais être transportée dans un séjour enchanté. J'y attendais Gustave sur un lit de roses au pied d'un grand arbre touffu.
Près de moi un ruisseau d'une onde plus pure que le cristal fuyait en murmurant; tandis que les oiseaux cachés sous le feuillage remplissaient les airs de leurs chants amoureux.
Une troupe de petits génies m'environnaient; les uns me présentaient toutes sortes de fruits exquis, les autres m'offraient des guirlandes de fleurs: tandis que les grâces étaient attentives à me servir et que des nymphes légères et à demi nues dansaient autour de moi sur un tapis de verdure émaillé de violettes et d'amarantes.
L'Amour était caché derrière un buisson de myrthe, qui me décochait un trait, en souriant d'un air malin.
Mon âme était enivrée de volupté. Remplie d'une impatiente ardeur, je soupirais après mon amant.
Il arrive enfin, il s'avance vers moi, je m'élance vers lui, je veux l'embrasser, mais il s'éloigne à l'instant, je cours pour l'atteindre, il fuit toujours et semble se jouer de mes feux. Enfin je vois que je poursuis une ombre impalpable, qui s'obstine à me fuir.
Tout-à-coup cette scène changea, et je me vis dans une sombre forêt.
A quelques pas était une grotte obscure. Une main invisible m'y entraîna malgré moi. A mesure que je m'y enfonçai, je découvris, à la sombre lueur de quelques flambeaux, des furies, leur fouet à la main. A leur approche je fus saisie de terreur.
J'étais dans une cruelle agitation, rien n'égalait mon trouble; je m'éveillai enfin, et me trouvai dans mon lit baignée de sueur et de larmes.
On dit que les songes ne sont que de vaines illusions: cependant, je te l'avoue, celui-ci m'attriste.
De Krasilow, le 16 septembre 1770.