[100]Ce dernier portrait nous rappelle le cardinal de Fleury. Il n'est pas plus exactement reproduit que tous ceux que nous avons cru reconnaître; mais, comme nous l'avons déjà dit, ce n'est pas pour faire du scandale que Diderot sème son roman d'allusions. Ces allusions lui sont venues tout naturellement. Il commence souvent l'esquisse d'un personnage: on peut croire qu'il va achever le tableau; mais la prudence intervient et lui souffle de bons conseils; il tourne subitement et tâche d'écarter le danger en déroutant les devineurs d'énigmes. C'est donc sur les traits généraux et non sur les détails qu'il faut se fonder pour essayer des explications. C'est par ce procédé que les lecteurs contemporains ont reconnu le maréchal de Richelieu dans Sélim, quoique les aventures de Sélim et celles du maréchal diffèrent considérablement par la particularité et par la succession des événements. Il est fort possible que cette habileté, qui a empêché qu'on poursuivît l'auteur desBijoux, ait contribué à faire enfermer celui de laLettre sur les aveugles. La punition a été retardée parce que, devant des peintures volontairement vaporeuses, on était forcé de se dire: «C'est évidemment tel ministre, tel courtisan, telle grande dame, et cependant on ne saurait l'affirmer; elle est venue, comme cela arrive souvent, à propos d'autre chose. Ici, on peut mieux qu'ailleurs suivre les habiletés et les intrigues de Fleury avant d'arriver au ministère, son amour de la paix qui le pousse à payer l'Angleterre pour conserver son alliance; ses persécutions contre les jansénistes qui «jouaient d'autres menuets que les siens;» sa maladroite condescendance vis-à-vis de l'Autriche, etc.Dans le cas où nous ne nous tromperions pas, Brrrouboubou serait Charles Frey de Neuville, qui prononça à Paris, en 1743, l'Oraison funèbre de S. Exc. Mgrle cardinal A.-H. Fleury.
[100]Ce dernier portrait nous rappelle le cardinal de Fleury. Il n'est pas plus exactement reproduit que tous ceux que nous avons cru reconnaître; mais, comme nous l'avons déjà dit, ce n'est pas pour faire du scandale que Diderot sème son roman d'allusions. Ces allusions lui sont venues tout naturellement. Il commence souvent l'esquisse d'un personnage: on peut croire qu'il va achever le tableau; mais la prudence intervient et lui souffle de bons conseils; il tourne subitement et tâche d'écarter le danger en déroutant les devineurs d'énigmes. C'est donc sur les traits généraux et non sur les détails qu'il faut se fonder pour essayer des explications. C'est par ce procédé que les lecteurs contemporains ont reconnu le maréchal de Richelieu dans Sélim, quoique les aventures de Sélim et celles du maréchal diffèrent considérablement par la particularité et par la succession des événements. Il est fort possible que cette habileté, qui a empêché qu'on poursuivît l'auteur desBijoux, ait contribué à faire enfermer celui de laLettre sur les aveugles. La punition a été retardée parce que, devant des peintures volontairement vaporeuses, on était forcé de se dire: «C'est évidemment tel ministre, tel courtisan, telle grande dame, et cependant on ne saurait l'affirmer; elle est venue, comme cela arrive souvent, à propos d'autre chose. Ici, on peut mieux qu'ailleurs suivre les habiletés et les intrigues de Fleury avant d'arriver au ministère, son amour de la paix qui le pousse à payer l'Angleterre pour conserver son alliance; ses persécutions contre les jansénistes qui «jouaient d'autres menuets que les siens;» sa maladroite condescendance vis-à-vis de l'Autriche, etc.
Dans le cas où nous ne nous tromperions pas, Brrrouboubou serait Charles Frey de Neuville, qui prononça à Paris, en 1743, l'Oraison funèbre de S. Exc. Mgrle cardinal A.-H. Fleury.
Mangogul avait le cœur excellent; il regretta Sulamek, et lui ordonna un catafalque avec une oraison funèbre, dont l'orateur Brrrouboubou fut chargé.
Le jour marqué pour la cérémonie, les chefs des bramines, le corps du divan et les sultanes, menées par leurs eunuques, se rendirent dans la grande mosquée. Brrrouboubou montra pendant deux heures de suite, avec une rapidité surprenante, que Sulamek était parvenu par des talents supérieurs; fit préfaces sur préfaces; n'oublia ni Mangogul, ni ses exploits sous l'administration de Sulamek; et il s'épuisait en exclamations, lorsque Mirzoza, à qui le mensonge donnait des vapeurs, en eut une attaque qui la rendit léthargique.
Ses officiers et ses femmes s'empressèrent à la secourir; on la remit dans son palanquin; et elle fut aussitôt transportée au sérail. Mangogul, averti du danger, accourut: on appela toute la pharmacie. Le garus, les gouttes du général La Motte, celles d'Angleterre, furent essayés, mais sans aucun succès. Le sultan, désolé, tantôt pleurant sur Mirzoza, tantôt jurant contre Orcotome, perdit enfin toute espérance, ou du moins n'en eut plus qu'en son anneau.
«Si je vous ai perdue, délices de mon âme, s'écria-t-il, votre bijou doit, ainsi que votre bouche, garder un silence éternel.»
A l'instant il commande qu'on sorte; on obéit; et le voilà seul vis-à-vis de la favorite: il tourne sa bague sur elle; mais le bijou de Mirzoza, qui s'était ennuyé au sermon, comme il arrive tous les jours à d'autres, et qui se sentait apparemment de la léthargie, ne murmura d'abord que quelques mots confus et mal articulés. Le sultan réitéra l'opération; et le bijou, s'expliquant très-distinctement, dit:
«Loin de vous, Mangogul, qu'allais-je devenir?... fidèle jusque dans la nuit du tombeau, je vous aurais cherché; et si l'amour et la constance ont quelque récompense chez les morts, cher prince, je vous aurais trouvé.... Hélas! sans vous, le palais délicieux qu'habite Brama, et qu'il a promis à ses fidèles croyants, n'eût été pour moi qu'une demeure ingrate.»
Mangogul, transporté de joie, ne s'aperçut pas que la favorite sortait insensiblement de sa léthargie; et que, s'il tardait à retourner sa bague, elle entendrait les dernières paroles de son bijou: ce qui arriva.
«Ah! prince, lui dit-elle, que sont devenus vos serments? Vous avez donc éclairci vos injustes soupçons? Rien ne vous a retenu, ni l'état où j'étais, ni l'injure que vous me faisiez, ni la parole que vous m'aviez donnée?
—Ah! madame, lui répondit le sultan, n'imputez point à une honteuse curiosité une impatience que le désespoir de vous avoir perdue m'a seul suggérée: je n'ai point fait sur vous l'essai de mon anneau; mais j'ai cru pouvoir, sans manquer à mes promesses, user d'une ressource qui vous rend à mes vœux, et qui vous assure mon cœur à jamais.
—Prince, dit la favorite, je vous crois; mais que l'anneau soit remis au génie, et que son fatal présent ne trouble plus ni votre cour ni votre empire.»
A l'instant, Mangogul se mit en oraison, et Cucufa apparut:
«Génie tout-puissant, lui dit Mangogul, reprenez votre anneau, et continuez-moi votre protection.
—Prince, lui répondit le génie, partagez vos jours entre l'amour et la gloire; Mirzoza vous assurera le premier de ces avantages; et je vous promets le second.»
A ces mots, le spectre encapuchonné serra la queue de ses hiboux, et partit en pirouettant, comme il était venu.
Sur lesRecueils philosophiques et littérairesde la Société typographique de Bouillon
Sur lesObservations sur la Religion, les lois et les mœurs des Turcs
Éphémérides du Citoyen
Sur lesLettres d'un Fermier de Pensylvanie
Spéculations utiles et Maximes instructives
Dieu et l'Homme, par M. de Valmire
Sur leParallèle de la condition des facultés de l'homme avec la condition et les facultés des animaux
Principes philosophiquespour servir d'introduction à la connaissance de l'esprit et du cœur humain
Morceau de Diderot inséré dans leDiscours sur l'Inégalité, de J.-J. Rousseau
Sur l'Éducation des Rois, extrait de l'Éloge de Fénelon, de M. de Pezay
Abrégé du Code de la Nature, extrait duSystème de la Nature, de d'Holbach
La Moïsade, extrait desŒuvres philosophiquesde Fréret
BELLES-LETTRES.
I.
Les Bijoux indiscrets
Notice préliminaireA Zima
Chapitres.
I. Naissance de Mangogul
II. Éducation de Mangogul
III. Qu'on peut regarder comme le premier de cette histoire
IV. Évocation du génie
V. Dangereuse Tentation de Mangogul
VI. Premier essai de l'anneau.—Alcine
VII. Second essai de l'anneau.—Les Autels
VIII. Troisième essai de l'anneau.—Le petit Souper
IX. État de l'Académie des sciences de Banza
X. Moins savant et moins ennuyeux que le précédent.—Suite de la séance académique
XI. Quatrième essai de l'anneau.—L'Écho
XII. Cinquième essai de l'anneau.—Le Jeu
XIII. Sixième essai de l'anneau.—De l'Opéra de Banza
XIV. Expériences d'Orcotome
XV. Les Bramines
XVI. Vision de Mangogul
XVII. Les Muselières
XVIII. Des Voyageurs
XIX. De la Figure des Insulaires et de la Toilette des Femmes
XX. Les deux Dévotes
XXI. Retour du Bijoutier
XXII. Septième essai de l'anneau.—Le Bijou suffoqué
XXIII. Huitième essai de l'anneau.—Les Vapeurs
XXIV. Neuvième essai de l'anneau.—Des Choses perdues et retrouvées; pour servir de supplément au savant Traité de Pancirole, et aux Mémoires de l'Académie des Inscriptions
XXV. Échantillon de la morale de Mangogul
XXVI. Dixième essai de l'anneau.—Les Gredins
XXVII. Onzième essai de l'anneau.—Les Pensions
XXVIII. Douzième essai de l'anneau.—Question de droit
XXIX. Métaphysique de Mirzoza.—Les Ames
XXX. Suite de la conversation précédente
XXXI. Treizième essai de l'anneau.—La petite Jument
XXXII. Le meilleur peut-être, et le moins lu de cette histoire.—Rêve de Mangogul, ou Voyage dans la région des hypothèses
XXXIII. Quatorzième essai de l'anneau.—Le Bijou muet
XXXIV. Mangogul avait-il raison?
XXXV. Quinzième essai de l'anneau.—Alphane
XXXVI. Seizième essai de l'anneau.—Les Petits-Maîtres
XXXVII. Dix-septième essai de l'anneau.—La Comédie
XXXVIII. Entretien sur les lettres
XXXIX. Dix-huitième et dix-neuvième essais de l'anneau.—Sphéroïde l'aplatie et Girgiro l'entortillé.—Attrape qui pourra
XL. Rêve de Mirzoza
XLI. Vingt-unième et vingt-deuxième essais de l'anneau.—Fricamone et Callipiga
XLII. Les Songes
XLIII. Vingt-troisième essai de l'anneau.—Fanni
XLIV. Histoire des voyages de Sélim
XLV. Vingt-quatrième et vingt-cinquième essais de l'anneau.—Bal masqué, et Suite du Bal masqué
XLVI. Sélim à Banza
XLVII. Vingt-sixième essai de l'anneau.—Le Bijou voyageur
XLVIII.Cydalise
XLIX. Vingt-septième essai de l'anneau.—Fulvia
L. Événements prodigieux du règne de Kanoglou, grand-père de Mangogul
LI. Vingt-huitième essai de l'anneau.—Olympia
LII. Vingt-neuvième essai de l'anneau.—Zuleïman et Zaïde
LIII. L'amour platonique
LIV. Trentième et dernier essai de l'anneau.—Mirzoza
L'oiseau blanc, conte bleu
Première soiréeDeuxième soirée