ADDITIONS ET VARIANTES

Je consultai mon épouse: «Il ne faut pas refuser, dit-elle.—Mais c'est une dépense énorme, et un fardeau bien lourd pour moi.—Ne refuse pas, je t'en prie, ils croiraient que tu leur en veux.—Ils m'ont pourtant bien fait souffrir avec leurs dénonciations; ils mériteraient que je les envoie promener.—Non, me dit-elle, ne pense plus à cela.—Mais cela va nous gêner, il me faut 200 francs.—Ne recule pas, je t'en prie.»

À midi je leur portai ma réponse: «Voilà notre porte-drapeau! crient-ils.—Vous n'en savez rien, Messieurs, je suis mon maître et non pas vous; vous n'avez aucun droit sur moi; la loi est là. Si vous croyez me faire plaisir en me donnant un fardeau si lourd, vous vous trompez, mais je le porterai.—Nous vous donnerons un aide.—Et cette dépense qu'il faut que je fasse! vous êtes riches, vous autres, mais moi pas.—Allons, mon brave, vous êtes des nôtres.—Je vous promets de me mettre de suite en mesure, mais je ne vois pas votre maire, il faut le faire rentrer à son poste; les moutards l'ont chassé; ce n'est pas à nous à faire justice. S'il ne convient pas, il sera remplacé. Il faut de suite nommer un officier de planton chez le préfet pour le protéger; les moutards lui mettent la baïonnette sur la poitrine pour lui faire donner les dépêches.»

Tous mes avis furent suivis; l'autorité reprit son cours et le maire revint à son poste. La garde nationale fut convoquée pour se rendre à l'Arquebuse au nombre de 1,500 à 1,800 hommes, tous en blouse (les tailleurs n'eurent pas de bon temps). Je reçus l'ordre de m'y rendre pour être reçu, car ça pressait; le canon ronflait à Paris, on faisait la chasse aux Suisses; à Auxerre, on avait improvisé un drapeau pour faire les premières proclamations; tous les jours on me promenait dans toutes les rues avec mon pénible fardeau. Quand je rentrais, j'étais en nage.

Mais ce fut bien pis plus tard; la ville fit faire un drapeau qui coûtait 600 francs, il était magnifique; la draperie était aussi large que la grande voile d'un vaisseau de 74; il me bouchait la figure. J'en pliais dessous; quand je rentrais, tous mes habits étaient trempés. Comme c'était amusant pour un vieux capitaine qui avait assez de son épée! Ils me tenaient des deux heures à parcourir toute la ville, puis arrivés à l'Hôtel de ville, il fallait le reporter chez le commandant Turquet sur le port; si on l'avait gardé, je les aurais remerciés. Je faisais plus que mes forces; je le donnai un jour à M. Mathieu pour le descendre, il ne put le porter à son terme.

Heureusement la Reine en avait brodé un, dit-on, pour la garde nationale d'Auxerre; il fut apporté par le duc d'Orléans. Toute la garde nationale des campagnes arriva pour cette grande cérémonie; le prince descendit auLéopard, et il fallut une garde d'honneur: les pompiers, les chasseurs, les grenadiers et le drapeau (c'était de rigueur). Il fallut passer la nuit, les pieds dans l'eau, et avoir pour corps de garde l'écurie; personne ne tint compte de nous, nous passâmes la nuit à grelotter, couchés sur le fumier. Voilà la prévoyance des autorités d'Auxerre pour les citoyens. Si un bataillon de troupe de ligne avait été à notre place, les chefs ne les auraient pas laissés dans un pareil état; le lendemain, il fallut reporter le drapeau à l'Hôtel de ville. Je profitai de cette occasion pour passer chez moi, et déjeuner le plus vite possible pour rejoindre mon poste. J'eus tout le temps de me reconnaître; il fallut placer tous les gardes nationaux des campagnes dans la grande allée de l'Éperon à droite. Lorsque tous furent placés, on fut prévenir le duc d'Orléans; je fus à mon poste pour recevoir le drapeau. Le prince arrive à cheval, le portant lui-même; il s'arrête devant moi. Je lui dis: «Prince, vous remettez ce drapeau dans les mains du soldat qui a été décoré le premier, le 14 juin 1804, au dôme des Invalides, par les mains du premier Consul.»

Le prince répondit: «Tant mieux, mon brave! c'est une raison de plus pour qu'il soit bien défendu.» Ces paroles et les miennes furent consignées dans le journal.

Je portai ce drapeau pendant trois ans, et je puis dire que j'ai souffert; tous les fourriers et caporaux m'écrasaient les pieds, étant pris de vin les trois quarts du temps. Heureusement, on me donna un aide nommé Charbonnier, ancien gendarme décoré; sans lui, je n'aurais pas pu faire mon temps.

Le duc d'Orléans, rentré à son hôtel, prit des informations sur mon compte, et le lendemain nous fûmes lui faire la conduite avec le drapeau. Arrivé à Paris, il rendit compte de sa mission et lui parla de moi. Le Roi voulut éclaircir cette affaire, fit demander mes états de service au ministère de la guerre, et trouva que j'avais fait toutes les campagnes. Il envoya à la chancellerie pour s'assurer si réellement j'avais été décoré le premier ainsi que je l'avais dit à son fils; tout lui fut affirmé. Il vit que j'avais été nommé officier de la Légion d'honneur le 5 juillet 1815 par le gouvernement provisoire. J'ignorais que j'avais intéressé le duc d'Orléans en ma faveur; je ne le sus qu'en janvier 1847.

Les vieux légionnaires de toute la France faisaient des pétitions à la Chambre des députés pour réclamer notre arriéré des sept ans que les Bourbons avaient retenu. Auxerre ne manqua pas d'adresser sa pétition à M. Larabit qui tonnait à la tribune en notre faveur, mais en vain. On ne reniait pas notre dette, mais c'était toujours rejeté; il ne lâchait pas prise; tous les ans, il recommençait. Un jour je le vis et lui dis: «Vous vous donnez bien du mal pour nous. Si vous pouviez seulement obtenir les intérêts de nos sept ans? Les intérêts de 875 francs ne feraient que 43 fr. 75 c. qu'ils ajouteraient tous les ans à notre pension et les vieux légionnaires seraient contents.—Je vous remercie, me dit-il, je n'oublierai pas votre avis.» À force de renouveler nos pétitions, ça finit par prévaloir. À partir du 1er janvier 1846 et en 1847, il nous était dû 350 francs au lieu de 250, ce qui fit la joie des 10,000 légionnaires les plus anciens. Le 1er janvier 1847 arrivé, ils reçurent tous leur 350 francs, mais moi je ne reçus rien. J'attends jusqu'au 5 janvier, puis jusqu'au 16; je réclamai, on me mit dans le panier, ce qui veut dire les oubliettes. On ne me répondit point. Mais mon Dieu, ils ne veulent donc plus me payer ma croix? Enfin, le 18 janvier, je reçois une lettre de la Légion, je me dis à part: J'ai bien fait de leur écrire, voilà mes 350 francs qui arrivent. Pas du tout, je ne trouve que 250 francs. Mais ce n'est pas mon compte! J'ai droit à 350, ils se moquent de moi. On fit ma déclaration à la Chancellerie, mais on en fit comme des autres, on la mit au panier. Enfin, le 31 janvier, je reçus une réponse, mais quelle est ma surprise de voir sur l'adresse:À M. le capitaine Coignet, officier de la Légion d'honneur!Je me dis: «Ils se moquent de moi, ils me dorent la pilule pour ne pas me donner mes 100 francs.» Je décachette la lettre ainsi conçue: «Monsieur, les cent francs que vous réclamez ne vous sont point dus (je fus prêt à ôter ma casquette pour les remercier). Vous avez été nommé le 5 juillet 1815 par le gouvernement provisoire, puis le 28 novembre 1831 par le Roi, officier de la Légion d'honneur. Par conséquent, vous n'avez pas droit aux cent francs, vous êtes porté pour 250 francs qui vous seront payés annuellement.Signé: Le Secrétaire général de la Légion d'honneur, Vicomte de Saint-Mars.»

Me voilà donc nommé pour la troisième fois, mais qui a pu me faire nommer par le gouvernement provisoire? Me creusant la tête dans mes vieux souvenirs, je me suis rappelé la plaine des Vertus, le 30 juin, et le bel officier supérieur qui a pris mes nom et prénoms. C'est peut-être lui, il m'a pourtant dit son nom quand il m'a vu couper le nez à cet officier prussien. Ah! je le tiens, il se nomme Bory de Saint-Vincent. Quel bonheur pour moi de pouvoir citer un pareil homme!

Je reçus mon brevet et des lettres de tous ceux qui s'intéressaient à moi: le comte Monthyon, M. Larabit, ma belle-sœur Baillet, supérieure de la succursale des orphelines de la Légion d'honneur, rue Barbette.

Le 16 août 1848, anniversaire de ma naissance, je fus frappé du plus grand malheur; je perdis ma compagne chérie après 30 ans de jours fortunés; je restai seul, accablé de douleur. Que vais-je devenir à 72 ans! Je ne puis rien entreprendre; mes petites occupations ne pouvaient me tirer de mes ennuis profonds; il y avait longtemps que je me creusais la tête de tous mes anciens souvenirs qui se trouvaient bien loin derrière moi. Si je savais écrire! je pourrais entreprendre d'écrire mes belles campagnes, et l'enfance la plus pénible qu'un enfant de 8 ans a pu endurer. Eh bien, dis-je, Dieu viendra à mon aide. Ma résolution bien prise, j'achetai du papier et tout ce qu'il fallait; je mis la main à l'œuvre.

Le plus difficile pour moi était de n'avoir point de notes ni aucun document pour me guider. Que de veilles et de tourments je me suis donnés pour pouvoir me retracer tout le chemin parcouru pendant ma carrière militaire! Il n'est pas possible de se faire une idée de ma peine pour arriver à me reconnaître et me ressouvenir des faits. Si j'ai atteint mon but, je me trouverai bien récompensé, mais il est temps que je finisse. Ma mémoire est bien affaiblie; ce n'est pas l'histoire des autres que j'ai écrite, c'est la mienne, avec toute la sincérité d'un soldat qui a fait son devoir et qui écrit sans passion. Voilà ma devise: l'honneur est mon guide.

Maintenant qu'il me soit permis de parler aux pères de famille qui me liront. Qu'ils fassent tous leurs efforts pour faire apprendre à leurs enfants à lire et à écrire, et pour les amener au bien: c'est le plus bel héritage et il est facile à porter. Si mes parents m'avaient gratifié de ce don précieux, j'aurais pu faire un soldat marquant, mais il ne faut pas injurier ses parents. À 33 ans, je ne savais niAniB; et là ma carrière pouvait être ouverte si j'avais su lire et écrire. Il y avait chez moi courage et intelligence. Jamais puni, toujours présent à l'appel, infatigable dans toutes les marches et contre-marches, j'aurais pu faire le tour du monde sans me plaindre. Pour faire un bon soldat, il faut: courage dans l'adversité, obéissance à tous ses chefs, sans exception de grade. Qui fait aussi le bon soldat, c'est le bon officier. Je termine mes souvenirs le 1er juillet 1850.

Fait par moi.

Les premiers éditeurs de Coignet ont suivi moins littéralement que nous le manuscrit original: ils l'ont aussi abrégé davantage, ce qui explique pourquoi notre édition peut être considérée comme plus complète. Si on la compare à l'édition de 1851, elle présente cependant certaines lacunes. Lors de la première publication, Coignet vivait encore, et, en écoutant la lecture des épreuves, il a fourni très probablement de mémoire quelques additions. Ces additions, on sera bien aise de les retrouver ici, bien qu'elles ne figurent pas sur le manuscrit; elles renferment des détails que l'auteur seul pouvait donner, et qui nous semblent devoir être lus avec confiance.

* * * * *

Préliminaires de la bataille de Marengo.(Voir le Troisème Cahier.)—La 24e demi-brigade fut détachée pour pointer en avant, à la découverte. Elle marcha très loin et finit par rencontrer des Autrichiens. Même elle eut avec eux une affaire très sérieuse. Elle fut obligée de se former en carré pour résister à l'effort des ennemis. Bonaparte l'abandonna dans cette position terrible. On prétendit qu'il voulait la laisser écraser. Voici pourquoi. Lors de la bataille de Montebello, cette demi-brigade, ayant été poussée au feu par le général Lannes, commença par fusiller ses officiers. Les soldats n'épargnèrent qu'un lieutenant. Je ne sais au juste quel pouvait être le motif de cette terrible vengeance. Le Consul, averti de ce qui s'était passé, cacha son indignation. Il ne pouvait sévir en face de l'ennemi. Le lieutenant qui avait survécu au désastre de ses camarades fut nommé capitaine, l'état-major recomposé immédiatement. Mais néanmoins on conçoit que Bonaparte n'avait rien oublié.

Vers les cinq ou six heures du soir, on nous envoya pour dégager la 24e. Quand nous arrivâmes, soldats et officiers nous accablèrent d'injures, prétendant que nous les avions laissé égorger de gaieté de cœur, comme s'il dépendait de nous de marcher à leur secours. Ils avaient été abîmés. J'estime qu'ils avaient perdu la moitié de leur monde, ce qui ne les empêcha pas de se battre encore mieux le lendemain.

Description de l'uniforme de la Garde.(Voir le Quatrième Cahier.)—Rien de plus beau que cet habillement. Quand nous étions sous les armes en grande tenue, nous portions l'habit bleu à revers blancs, échancrés sur le bas de la poitrine, la veste de basin blanc, la culotte et les guêtres de basin blanc; la boucle d'argent aux souliers et à la culotte, la cravate double, blanche dessous et noire dessus, laissant apercevoir un petit liséré blanc vers le haut. En petite tenue, nous avions le frac bleu, la veste de basin blanc, la culotte de nankin et les bas de coton blanc uni. Ajoutez à cela les ailes de pigeon poudrées et la queue longue de six pouces, avec le bout coupé en brosse et retenu par un ruban de laine noire, flottant de deux pouces, ni plus ni moins.

Ajoutez encore le bonnet à poil avec son grand plumet, vous aurez la tenue d'été de la garde impériale. Mais ce dont rien ne peut donner une idée, c'est l'extrême propreté à laquelle nous étions assujettis. Quand nous dépassions la grille du casernement, les plantons nous inspectaient, et, s'il y avait une apparence de poussière sur nos souliers ou un grain de poudre sur le collet de notre habit, on nous faisait rentrer. Nous étions magnifiques, mais abominablement gênés.

Au camp de Boulogne.(Voir le Quatrième Cahier.)—Étant au camp d'Ambleteuse, je reçus la visite de mon ancien camarade de lit, en compagnie duquel j'avais fait mes débuts dans la garde. J'ai déjà dit qu'il était le plus grand de tous les grenadiers; du reste, charmant garçon, doux, enjoué, un peu goguenard. Je ne puis me rappeler son nom; je me souviens seulement qu'il était fils d'un aubergiste des environs de Meudon. Il avait quitté la garde à la suite d'une aventure singulière. Un jour, nous étions de service aux Tuileries; il fut placé à la porte même du premier Consul, à l'entrée de sa chambre. Quand le Consul passa, le soir, pour aller se coucher, il s'arrêta stupéfait. On l'eût été à moins. Figurez-vous un homme de six pieds quatre pouces, surmonté d'un bonnet à poil de dix-huit pouces de haut, et d'un plumet dépassant encore le bonnet à poil d'au moins un pied. Il m'appelait son nabot, et, quand il étendait le bras horizontalement, je passais dessous sans y toucher. Or, le premier Consul était encore plus petit que moi, et je pense qu'il fut obligé de lever singulièrement la tête pour apercevoir la figure de mon camarade.

Après l'avoir examiné un moment, il vit qu'en outre il était parfaitement taillé: «Veux-tu être tambour-major? lui dit-il.—Oui, Consul.—Eh bien! va chercher ton officier.»

À ces mots, le grenadier dépose son fusil et s'élance, puis il s'arrête et veut reprendre son arme, en disant qu'un bon soldat ne devait jamais la quitter. «N'aie pas peur, répliqua le premier Consul; je vais la garder et t'attendre.»

Une minute après, mon camarade arrive au poste. L'officier, surpris de le voir, demanda brusquement ce qui était arrivé. «Parbleu! répondit-il avec son air goguenard, j'en ai assez de monter la garde, j'ai mis quelqu'un en faction à ma place.—Qui donc? s'écria l'officier.—Bah!… le petit caporal.—Ah çà! pas de mauvaise plaisanterie!—Je ne plaisante pas; il faut bien qu'il monte la garde à son tour… D'ailleurs, venez-y voir, il vous demande, et je suis ici pour vous chercher.»

L'officier passa de l'étonnement à la terreur, car Bonaparte ne mandait guère les officiers près de lui que pour leur donner uneculotte. Le nôtre sortit l'oreille basse et suivit son nouveau guide. Ils trouvèrent le premier Consul se promenant dans le vestibule, à côté du fusil. «Monsieur, dit-il à l'officier, ce soldat a-t-il une bonne conduite?—Oui, général.—Eh bien! je le nomme tambour-major dans le régiment de mon cousin; je lui ferai trois francs par jour sur ma cassette, et le régiment lui en fera autant. Ordonnez qu'on le relève de faction, et qu'il parte dès demain.»

Ainsi dit, ainsi fait. Mon camarade prit aussitôt possession de ses fonctions nouvelles, et, quand il vint nous voir à Ambleteuse, il avait un uniforme prodigieux, tout couvert de galons, aussi riche que celui du tambour-major de la garde. Il obtint pour moi la permission de quitter le camp, m'emmena à Boulogne et me paya à dîner. Le soir, je le quittai pour rejoindre Ambleteuse. J'étais seul; je rencontrai en route deux grenadiers de la ligne qui voulurent m'arrêter. En ce moment, les soldats de la garde étaient exposés à de fréquentes attaques. Il y avait au camp de Boulogne ce que nous appelionsla compagnie de la lune; c'étaient des brigands et des jaloux qui profitaient de la nuit pour dévaliser ceux d'entre nous qu'ils surprenaient isolés, pour leur piller leur montre et leurs boucles d'argent, et pour les jeter à la mer. On fut obligé de nous défendre de revenir la nuit au camp sans être plusieurs de compagnie.

Pour moi, je me tirai d'affaire en payant d'audace. J'avais mon sabre et sept ans de salle. Je dégaine et je défie mes adversaires. Ils crurent prudent de me laisser passer mon chemin; mais si j'avais faibli, j'étais perdu, et le dîner de mon tambour-major m'eût coûté terriblement cher.

Variante du récit de la bataille d'Austerlitz.(Voir le Quatrième Cahier.)—Contrairement à l'habitude, l'Empereur avait ordonné que les musiciens restassent à leur poste au centre de chaque bataillon. Les nôtres étaient au grand complet avec leur chef en tête, un vieux troupier d'au moins 60 ans. Ils jouaient une chanson bien connue de nous:

On va leur percer le flanc,Ran, ran, ran, ran, tan plan, tirelire;On va leur percer le flanc,Que nous allons rire!Ran, tan, plan, tirelire,Que nous allons rire!

Pendant cet air, en guise d'accompagnement, les tambours, dirigés par M. Sénot, leur major, un homme accompli, battaient la charge à rompre les caisses; les tambours et la musique se mêlaient. C'était à entraîner un paralytique!

Arrivés sur le sommet du plateau, nous n'étions plus séparés des ennemis que par les débris des corps qui se battaient devant nous depuis le matin. Précisément nous avions en face la garde impériale russe. L'Empereur nous fit arrêter, et lança d'abord les mamelucks et les chasseurs à cheval. Ces mamelucks étaient de merveilleux cavaliers; ils faisaient de leur cheval ce qu'ils voulaient. Avec leur sabre recourbé, ils enlevaient une tête d'un seul coup, et avec leurs étriers tranchants ils coupaient les reins d'un soldat. L'un d'eux revint à trois reprises différentes apporter à l'Empereur un étendard russe; à la troisième l'Empereur voulut le retenir, mais il s'élança de nouveau, et ne revint plus. Il resta sur le champ de bataille.

Les chasseurs ne valaient pas moins que les mamelucks. Cependant ils avaient affaire à trop forte partie. La garde impériale russe était composée d'hommes gigantesques et qui se battaient en déterminés. Notre cavalerie finit par être ramenée. Alors l'Empereur lâcha leschevaux noirs, c'est-à-dire les grenadiers à cheval, commandés par le général Bessières. Ils passèrent à côté de nous comme l'éclair et fondirent sur l'ennemi. Pendant un quart d'heure, ce fut une mêlée incroyable, et ce quart d'heure nous parut un siècle. Nous ne pouvions rien distinguer dans la fumée et la poussière. Nous avions peur de voir nos camarades sabrés à leur tour. Aussi, nous avancions lentement derrière eux, et s'ils eussent été battus, c'était notre tour.

Récit de la bataille d'Austerlitz.(Voir le Quatrième Cahier.)—Au milieu de ces circonstances solennelles, nous trouvâmes moyen de rire comme des enfants. Un lièvre, qui se sauvait tout affolé de peur, arriva droit à nous. Mon capitaine Renard l'apercevant, s'élance pour le sabrer au passage, mais le lièvre fait un crochet. Mon capitaine persiste à le poursuivre, et le pauvre animal n'a que le temps de se réfugier, comme un lapin, dans un trou. Nous qui assistions à cette chasse, nous criions tous à qui mieux mieux: «Le renard n'attrapera pas le lièvre! le renard n'attrapera pas le lièvre!» Et, en effet, il ne put l'attraper; aussi on se moqua de lui, et l'on rit d'autant plus que le capitaine était le plus excellent homme, estimé et chéri de tous ses soldats.

Préliminaires de la bataille d'Eylau.(Voir le Cinquième Cahier.)—Cette montagne forme une espèce de pain de sucre à pentes très rapides; elle avait été prise la veille ou l'avant-veille par nos troupes, car nous trouvâmes une masse de cadavres russes étendus çà et là dans la neige et quelques mourants faisant signe qu'ils voulaient être achevés. Nous fûmes obligés de déblayer le terrain pour établir notre bivouac. On traîna les corps morts sur le revers de la montagne et l'on porta les blessés dans une maison isolée située tout au bas. Malheureusement, la nuit vint, et quelques soldats eurent si froid, qu'ils s'imaginèrent de démolir la maison pour avoir le bois et se chauffer. Les pauvres blessés furent victimes de cet acte de frénésie, ils succombèrent sous les décombres. L'Empereur nous fit allumer son feu au milieu de nos bataillons; il nous demanda une bûche par chaque ordinaire. On s'en était procuré en enlevant les palissades qui servent l'été à parquer les bestiaux. De notre bivac, je voyais parfaitement l'Empereur, et il voyait de même tous nos mouvements. À la lueur des bûches de sapin, je faisais la barbe à mes camarades, à ceux qui en avaient le plus besoin. Ils s'asseyaient sur la croupe d'un cheval mort qui était resté là et que la gelée avait rendu plus dur qu'une pierre. J'avais dans mon sac une serviette que je leur passais sous le cou; j'avais aussi du savon que je délayais avec de la neige fondue au feu. Je les barbouillais avec la main, et je leur faisais l'opération. Du haut de ses bottes de paille, l'Empereur assistait à ce singulier spectacle, et riait aux éclats. J'en rasai, dans ma nuit, au moins une vingtaine.

Bataille d'Eylau.(Voir le Cinquième Cahier.)—M. Sénot, notre tambour-major, était derrière nous à la tête de ses tambours. On vint lui dire que son fils était tué. C'était un jeune homme de seize ans; il n'appartenait encore à aucun régiment, mais, par faveur et par égard pour la position de son père, on lui avait permis de servir comme volontaire parmi les grenadiers de la garde: «Tant pis pour lui, s'écria M. Sénot; je lui avais dit qu'il était encore trop jeune pour me suivre.» Et il continua à donner l'exemple d'une fermeté inébranlable. Heureusement, la nouvelle était fausse: le jeune homme avait disparu dans une file de soldats renversés par un boulet, et il n'avait aucun mal; je l'ai revu depuis, capitaine adjudant-major dans la garde.

L'inspection au général Dorsenne.(Voir le Sixième Cahier.)—«J'étais toujours prêt à le recevoir, et toujours prévenu, jamais surpris.» Une fois, cependant, je faillis recevoir une verte réprimande: nous avions fait quelques économies sur la nourriture de la semaine, et l'on avait décidé que l'on achèterait de l'eau-de-vie avec la somme économisée. Mais pour ne pas éveiller l'attention du général Dorsenne, je portai sur mon compte: «Légumes coulantes… tant.» Précisément l'infatigable général tomba sur ce passage. «Qu'est-ce que cela? s'écria-t-il,légumes coulantes? Je balbutiai et je finis par avouer notre peccadille. D'abord, il voulut se fâcher; puis en voyant ma confusion, en songeant au singulier stratagème que nous avions imaginé, il se prit à rire: «Cette fois, je vous pardonne, dit-il, mais je n'entends pas qu'on économise sur la nourriture pour acheter des liqueurs.»

Une visite à Coulommiers.(Voir le Huitième Cahier.)—À la suite de nos fredaines contre les officiers des alliés, mon frère, qui en était informé, me fit garder les arrêts: «Ne sors plus, me dit-il, tu serais arrêté.» Je le lui promis.

Cependant, je pensais souvent à mes anciens maîtres, qui s'étaient montrés si bons pour moi, et je grillais d'avoir de leurs nouvelles. Or, un jour que j'étais sorti avec l'agrément de mon frère, et que je me rendais au faubourg Saint-Antoine, arrivé auprès de la Bastille, un grand bel homme qui passait là, vêtu d'une blouse, m'arrête tout à coup en m'abordant: «Voilà, me dit-il, un monsieur qui doit connaître Coulommiers, ou je me trompe fort.—Vous ne vous trompez pas, répondis-je aussitôt, en toisant mon homme de mes plus grands yeux; j'ai connu beaucoup, à Coulommiers, M. Potier.—C'est donc bien vous, monsieur Coignet?—Oui, c'est bien moi, monsieur Moirot, car je crois vous remettre à mon tour. Mais M. et Mme Potier, comment vont-ils[64]?—À merveille. Ils vous croient bien perdu, et il y a longtemps, car nous parlons souvent de vous.—Cependant me voilà, et, comme vous voyez, gaillard et bien portant.—Mais vous avez donc la croix?—Oui, mon ami, et de plus, le grade de capitaine. Il y a bien longtemps que nous ne nous étions vus. Voulez-vous me permettre de vous embrasser?—Très volontiers: je n'en reviens pas de surprise et de joie de vous retrouver, mon cher monsieur Coignet; nous vous croyons tous si bien mort! Mais, où restez-vous donc?—Chez mon frère, marché d'Aguesseau.—Moi, je décharge mes farines chez le boulanger du coin du marché.—C'est mon frère qui rapprovisionne.—Vous savez maintenant mon adresse: il faut me faire l'amitié de venir dîner avec moi dès ce soir, nous causerons.—J'accepte avec le plus grand plaisir.»

J'arrivai de bonne heure au rendez-vous, et Moirot m'apprit qu'il n'était plus chez M. Potier; il était établi à son compte. Il avait gagné dans cette maison soixante mille francs, et, grâce à sa bonne conduite, il avait obtenu d'épouser une cousine de M. Potier. En nous quittant, il me serrait les mains avec émotion: «Ah! que demain je vais faire des heureux, me dit-il, en leur apprenant que je vous ai vu!»

À peine de retour à Coulommiers, il vole au moulin des Prés: «Qu'y a-t-il donc d'extraordinaire, Moirot, que vous courez si vite? lui dit en l'apercevant de loin M. Potier.—Ah! Monsieur, j'ai retrouvé M. Coignet, l'enfant perdu.—Comment? que dites-vous?—Oui, M. Coignet; il n'est pas mort, mais très vivant, décoré, capitaine!—Vous vous trompez: il ne savait ni lire ni écrire, il lui a été impossible d'occuper aucun grade. C'est, sans doute, quelque autre Coignet que vous aurez pris pour le nôtre.—C'est bien lui-même: j'ai reconnu tout de suite son gros nez, sa stature et sa voix. C'est un beau militaire. Il m'a dit qu'il avait trois chevaux et un domestique. Il désire bien vous voir. Il vous a tenu parole, car il a gagné le fusil d'argent qu'il vous avait promis de rapporter en partant de chez vous.—Mais c'est incroyable: tout cela m'étonne et me surpasse; il faudrait que je le visse pour y croire.» Et M. Potier, à son tour, s'en va faire part de cette bonne nouvelle à madame, qui ne fut pas la moins surprise et la moins heureuse en apprenant que Jean Coignet, son fidèle domestique, était retrouvé, et que, décoré et officier, il avait un domestique et trois chevaux à sa disposition. «Il faut le faire venir ce cher enfant, disait-elle à son mari.»

Mais les troupes alliées occupaient toujours Paris, et il fallait un permis spécial du préfet de police pour que je pusse sortir. Avec l'intervention du procureur du Roi, à qui il fit part de ses intentions, M. Potier obtint tout ce qu'il demandait, et, dès le lendemain, son fils arrivait me chercher à Paris. J'éprouvai beaucoup de joie de revoir ce jeune homme, qui me dit: «Papa et maman m'envoient vous chercher: voilà la permission du préfet de police: nous partons demain pour Coulommiers; domestique, chevaux, tout enfin. J'emmène tout, papa le veut.» Mon frère voulut le retenir au moins jusqu'après déjeuner. Impossible! Dès quatre heures, il était sur pied et nous pressait de partir. «Nous avons quinze grandes lieues à faire, répétait-il, et on nous attend de bonne heure.»

Nous marchions bon train, et j'arrive avec ma petite livrée, car mon domestique portait la livrée d'ordonnance (cœur haut, fortune basse; mais il fallait bien paraître). Je mets pied à terre à la porte du moulin; moi, vieux grognard, j'éprouvais un saisissement de cœur à la vue de tous ceux que je reconnaissais. Mes membres tremblaient.

Je cours chez mes bons maîtres leur sauter au cou. Mme Potier était au lit. Je demandai la permission de la voir: «Entrez, me cria-t-elle tout émue, entrez tout de suite. Malheureux enfant! Pourquoi ne nous avoir pas donné de vos nouvelles et demandé de l'argent?—J'ai eu grand tort; Madame, mais vous voyez qu'en ce moment je ne manque de rien. Je suis votre ouvrage. Je vous dois mon existence, ma fortune; c'est vous et M. Potier qui avez fait de moi un homme.—Vous avez bien souffert?—Tout ce qu'un homme peut endurer, je l'ai enduré.—Je suis heureuse de vous voir sous un pareil uniforme. Vous avez un beau grade?—Capitaine à l'état-major de l'Empereur et le premier décoré de la Légion d'honneur. Vous voyez que vous m'avez porté bonheur.—C'est vous, c'est votre bon courage qui vous a sauvé. Mon mari se fait une fête de vous présenter à nos amis.» M. Potier m'accueillit, de son côté, comme un bon père. Il voulut voir mes chevaux. Après les avoir tous passés en revue: «En voilà un, dit-il, qui est bien beau, il a dû vous coûter cher.—Il ne m'a rien coûté du tout, qu'un coup de sabre donné à un officier bavarois à la bataille de Hanau. Mais je vous conterai cette histoire-là en dînant.—C'est cela. Après dîner, nous irons voir mes enfants; puis demain nous monterons à cheval avec votre domestique, car vous avez changé de rôle. Ce n'est plus notre petit Jean d'autrefois, c'est le beau capitaine. Que de plaisir je me réserve en vous présentant à mes amis; ils ne vont pas vous reconnaître.»

En effet, arrivés chez ces gros fermiers, et reçus partout à bras ouverts: «Je viens, disait M. Potier, vous demander à dîner pour moi et mon escorte. Je vous présente un capitaine qui est venu me voir.—Soyez tous les bienvenus», répondait-on; et comme j'étais militaire, on me parlait le plus souvent des ravages qu'avait faits l'ennemi en envahissant les environs de Paris. Jusqu'au dîner, M. Potier ne disait rien de moi: ce n'est qu'après le premier service qu'il demandait à nos hôtes s'ils ne connaissaient pas l'officier qu'il avait amené. Chacun regardait avec de grands yeux, mais personne ne me reconnaissait. «Vous l'avez cependant vu chez moi pendant dix ans, reprenait M. Potier. C'est l'enfant perdu que j'ai ramené de la foire d'Entrains, il y a vingt ans. C'est lui que je vous présente aujourd'hui. Il n'a pas perdu son temps, comme vous voyez. Il m'avait dit en partant:Je veux un fusil d'argent. Il a rempli sa promesse, car il en a gagné un la première fois qu'il a été au feu, et vous le voyez avec la croix d'honneur et le grade de capitaine, attaché à la personne du grand homme… aujourd'hui déchu. Voilà mon fidèle domestique d'il y a quinze ans, buvons à sa santé!»

Et nous buvions, et j'étais partout comblé de prévenances et d'amitiés. Il me fallut leur conter mon histoire, et plus d'une fois nous passions des heures, des journées entières, moi à leur raconter, eux à m'écouter, aussi contents, aussi heureux les uns que les autres, car c'étaient des jours de bonheur que je passais ainsi au milieu de toutes ces vieilles connaissances qui m'avaient vu jadis portant le sac de trois cent vingt-cinq livres et maniant la charrue.

Après avoir fait ainsi chez tous les gros fermiers et meuniers des environs une promenade que je ne puis comparer qu'à celle du bœuf gras à l'époque du carnaval, je fis mes adieux à tous les amis de M. Potier. J'embrassai mes bienfaiteurs, et je revins à Paris où je reçus l'ordre de partir immédiatement pour mon département.

RELEVÉ des services militaires de COIGNET (Jean-Roch), capitaine à l'état-major général, né à Druyes, département de l'Yonne, le 16 mars 1776, retiré à Auxerre, chef-lieu dudit département de l'Yonne.

Entré au service comme soldat dans le 1er bataillon auxiliaire deSeine-et-Marne, le 6 fructidor an VII (23 août 1799).

Incorporé dans la 96e demi brigade, le 21 Ans Mois Jours fructidor an VII (8 septembre 1800) 1 » 12

Entré dans la garde, le 2 germinal an XI (23 mars 1803) 2 6 15

Caporal, le 14 juillet 1807 4 3 21

Sergent, le 18 mai 1809 1 10 4

Lieutenant dans la ligne, le 13 juillet 1812. 3 1 25

Capitaine à l'état-major général, le 14 septembre 1813 1 2 1

Rentré dans ses foyers, en vertu de la lettre du duc de Tarente au maréchal de camp, chef de l'état-major général, datée de Bourges, le 31 octobre 1815, ci 2 1 16 ___________________ TOTAL effectif des années de service 16 2 4

NOTA. Le service effectif sera à ajouter à la suite du présent état, à compter du 31 octobre 1815, date de la lettre de M. le maréchal de camp, chef de l'état-major général, comte HULOT, qui ordonna la rentrée dans ses foyers.

Collationné, conforme à l'original à nous représenté et à l'instant retiré, par nous, maire de la ville d'Auxerre, le 2 décembre 1816.

Signé: LEBLANC.

Ans Mois Jours

Campagnes en Italie, an VIII et an IX 2 » »

Ans X, XI, XII, XIII et XIV, à l'armée d'observation de la Gironde, aux armées d'Espagne et Portugal et armée d'Angleterre 5 » »

1806 et 1807, en Prusse et en Pologne 2 » »

Années 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813 et 1814, et subséquentes, en Prusse, Pologne, Espagne, Allemagne, Russie, Saxe et Pologne, et à l'armée du Nord 7 » » _______________ TOTAL DES CAMPAGNES 16 » »

Légionnaire, le 25 prairial an XII (14 juin 1804).

Ans Mois Jours

CAMPAGNES DE GUERRE 16 » » _______________ TOTAL GÉNÉRAL DES SERVICES, JUSQUES ET Y COMPRIS LE 31 OCTOBRE 1815 32 2 4 ———————-

Pour copie conforme:

Le Sous-Inspecteur aux revues,

Signé: LUCET.

Le 2 décembre 1816.

TABLEAU GÉNÉRAL des affaires auxquelles COIGNET (Jean-Roch) a pris part pendant la durée de ses services militaires, qui ont commencé le 23 août 1799.

9 juin 1800 Bataille de Montebello.

14 juin 1800 —— de Marengo.

17 octobre 1805 Bataille et prise d'Ulm.

14 novembre 1805. —— —— de Vienne.

2 décembre 1805. —— d'Austerlitz.

14 octobre 1806 Bataille d'Iéna

25 octobre 1806 —— et prise de Berlin.

8 février 1807 —— d'Eylau.

10 juin 1807 Combat d'Heilsberg.

14 juin 1807 Bataille de Friedland.

25 juin 1807 Tilsitt, réunion des empereurs.

30 novembre 1808 Bataille de Somo-Sierra.

4 décembre 1808 —— et prise de Madrid.

19 avril 1809 Bataille de Thann.

20 avril 1809 —— d'Abensberg.

22 avril 1809 —— d'Eckmühl.

13 mai 1809 Prise de Vienne.

22 mai 1809 Bataille d'Essling.

5 juillet 1809 —— d'Enzersdorf.

6 juillet 1809 —— de Wagram.

27 juillet 1812 Combat de Witepsk.

15 août 1812 —— de Krasnoë.

17 août 1812 Bataille de Smolensk.

19 août 1812 Combat de Valoutina.

7 septembre 1812 Bataille de la Moskowa.

14 octobre 1812 —— et prise de Moscou.

24 octobre 1812 —— de Malo-Jaroslawetz.

2 mai 1813 Bataille de Lutzen.

20 mai 1813 —— de Bautzen.

21 mai 1813 —— de Wurtchen.

27 août 1813 —— de Dresde.

22 septembre 1813 Combat de Bichofswerth.

30 octobre 1813 Bataille de Hanau.

27 janvier 1814 Combat de Saint-Dizier.

20 janvier 1814 Bataille de Brienne.

1er février 1814 Combat de Champaubert.

11 février 1814 Bataille de Montmirail.

12 février 1814 Combat de Château-Thierry.

15 février 1814 —— de Jeanvilliers.

17 février 1814 —— de Nangis.

18 février 1814 Bataille de Montereau.

21 février 1814 Combat de Méry-sur-Seine.

28 février 1814 —— de Sézanne.

5 mars 1814 —— de Berry-au-Bac.

7 mars 1814 Bataille de Craonne.

13 mars 1814 Combat de Reims.

26 mars 1814 2e —— de Saint-Dizier.

15 juin 1815 Bataille de Charleroi.

18 juin 1815 —— de Ligny (Waterloo).

Paris, le 25 prairial an XII (14 juin 1804).

Le grand Chancelier de la Légion d'honneur à Monsieur COIGNET (Jean-Roch), membre de la Légion d'honneur, ancien sapeur dans le 96e régiment d'infanterie de ligne, maintenant grenadier dans la Garde impériale.

L'Empereur, en grand Conseil, vient de vous nommer membre de la Légion d'honneur.

Je m'empresse et me félicite vivement, Monsieur, de vous annoncer ce témoignage de bienveillance de Sa Majesté Impériale, et de la reconnaissance nationale.

Signé: L. G. A. LACÉPÈDE.

Bourges, le 31 octobre 1815.

Monsieur le Capitaine,

Le licenciement total de l'armée étant effectué, l'état-major général cesse d'exister; je vous préviens en conséquence qu'en vertu des ordonnances du roi et des instructions ministérielles, vous êtes autorisé à vous retirer dans vos foyers, pour y être à la disposition de S. Ex. le Ministre Secrétaire d'État de la Guerre.

Vous instruirez S. Ex. du lieu que vous avez choisi pour votre domicile, et vous l'informerez du jour où vous arriverez afin de la mettre à même de vous faire connaître les ordres que le Gouvernement jugera à propos de vous donner, et de vous faire payer votre traitement.

Je regrette, Monsieur le Capitaine, que cette circonstance mette un terme aux relations de service que j'ai eues avec vous, je vous fais mes remercîments du zèle et de la bonne volonté que vous y avez toujours apportés.

Je vous prie de m'accuser réception de cette lettre et de me faire connaître en même temps le lieu de votre domicile, et le jour de votre départ de l'armée.

Agréez la nouvelle assurance de ma considération distinguée.

Le Maréchal de camp, Chef de l'état-major général,

Signé: Comte HULOT.

Paris, le 24 mai 1847.

À Monsieur Coignet, officier de l'ordre royal de la Légion d'honneur, capitaine en retraite, à Auxerre.

Monsieur,

Le roi, par l'ordonnance du 28 novembre 1831, relative aux nominations des Cent jours, vous a nommé officier de l'ordre royal de la Légion d'honneur.

J'ai l'honneur de vous adresser la décoration de ce grade et je vous autorise à la porter.

Quant à votre titre de nomination, je vous l'adresserai ultérieurement.

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

Pour le grand Chancelier de l'ordre royal de la Légion d'honneur:

Le Maréchal de camp, Secrétaire général de l'ordre,

Signé: Vicomte DE SAINT-MARC.

[1: Trouve qui voudra ce legs déplacé; il en valait un autre, et je ne serais pas surpris qu'il ait procuré à Coignet le bénéfice de regrets fort prolongés.

Dans des proportions plus modestes, les collations funéraires ne sont-elles pas encore de mode dans le menu peuple et dans beaucoup de campagnes? Une légende relativement touchante de Monselet est celle du brave Auvergnat qui ferme boutique tous les dimanches pour aller déjeuner avec son enfant au cimetière Montmartre, sur la tombe de sa défunte charbonnière, et qui finit la cérémonie en élevant son verre et en murmurant avec des larmes dans 1a voix: «À ta santé, ma femme!»]

[2: Ce contraste se retrouve dans sa première leçon de lecture{221} dans les charités du petit ménage{416}, sana oublier la singulière histoire de son empoisonnement{151}; celle-ci donne à réfléchir sur les moyens employés par les conspirateurs d'alors; elle rend moins invraisemblables les doutes causés par l'empoisonnement de Hoche, qui devait être assurément une victime plus désirée.]

[3: Ce procédé rappelle celui qui, dit-on, fit périr le colonel Oudet et les Philadelphes dans la campagne de 1808. Ce qui est certain c'est que j'ai entendu des invalides du premier Empire se vanter d'actions semblables à celles des soldats de la 21e et que dans nos guerres d'Afrique, on a vu succomber ainsi un capitaine d'artillerie portant un nom illustre.]

[4: Une anecdote qui marque on ne peut mieux la différence du soldat français avec beaucoup d'autres est cet épisode curieux du grand banquet de Tilsitt, où un grenadier français qui a changé d'uniforme avec un grenadier russe pour s'amuser, oublie tout à fait son rôle en recevant un coup de canne, et veut tuer le sergent qui le lui a appliqué pour défaut de salut{217}.]

[5: Les témoignages naïfs de cette adoration sont multipliés dans notre livre. «On se sent bien petit près de son souverain, dit-il dans le Sixième Cahier; je ne levais pas les yeux sur lui, il m'aurait intimidé. Je ne voyais que son cheval.» Aussi, admire-t-il ses pieds et ses mains, «un vrai modèle{273}». Plus tard, la contemplation de la tabatière impériale en fait un priseur, et, comme son cher empereur{380}, il multiplie les prises de tabac dans les moments critiques{382}. Et je ne serais pas surpris qu'en se faisant embaumer après sa mort (c'était une de ses dispositions testamentaires), Coignet n'ait pensé au cercueil impérial.]

[6:Fortunene doit pas être pris ici dans le sens littéral. Il ne faut pas oublier que c'est un paysan qui parle.]

[7: Coignet note un seul détail pour faire juger de leur état de famine: Nous avions découvert des pois ronds dans un sac. Tout fut mis au pillage.]

[8: Les chèvres se détachent volontiers pour brouter les jeunes pousses.]

[9: Mot à mot: la marmite restait vide sous la huche à pétrir. C'est-à-dire: le pain sec remplaçait la soupe.]

[10: Je reviens à mon point de départ (terme de vénerie).]

[11: D'où le nom du village: Druyes-les-Belles-Fontaines.]

[12: Je me rappelle à ce propos que j'avais le nez sale. Elle prit la pincette pour me moucher, et fut assez méchante pour me faire souffrir. «Je te l'arracherai», me dit-elle.

Aussi la pincette fut jetée dans le puits. (COIGNET.)]

[13: Il fallait que ses quatre années passées dans les champs et dans les bois eussent en effet bien changé notre héros, pour qu'il ne fût reconnu par aucun des siens. Le fait paraîtrait invraisemblable si Coignet ne se distinguait par la sincérité des détails. Il convient aussi de faire remarquer qu'à la campagne et surtout dans une famille où la marmaille est nombreuse, on ne se grave pas dans la mémoire aussi bien qu'à la ville les traits d'un enfant. Puis, de huit à douze ans, l'enfant lui-même peut changer beaucoup.]

[14: Il n'eut pas cette peine, il ne nous revit pas. Mais ce n'est pas tout, il restait encore le petit Alexandre et la petite Marianne qui embarrassaient cette vilaine femme. Ne voulant pas perdre du temps, un beau jour que mon père était en campagne, elle fait descendre ces deux pauvres petits, les prend par la main le soir, à la nuit, et les mène dans le bois de Druyes, les enfonce le plus avant qu'elle peut et leur dit: «Je vais revenir»; mais pas du tout, elle les abandonne à la merci de Dieu. Jugez quelle douleur! ces pauvres petits au milieu des bois, dans les ténèbres, sans pain, ne pouvant retrouver leur chemin. Ils restèrent trois jours dans cette déplorable position, ne vivant que de fruits sauvages, pleurant et appelant à leur secours. Enfin, Dieu leur envoie un libérateur. Cet homme se nommait le père Thibault, meunier de Beauvoir. Je le sus en 1804. (COIGNET.)]

[15:Grande dameest ici pourgrande femme.]

[16: Le fromage de Coulommiers a conservé sa réputation.]

[17: C'est-à-dire: «De l'argent d'avance sur ses gages».]

[18: Il n'y avait point de pairs alors, mais la suite montrera qu'il s'agissait du Directoire, qu'on connaissait plus ou moins bien dans les campagnes.]

[19: Ce n'était pas un Directeur, mais, comme on le verra, quelque fonctionnaire principal de l'administration.]

[20: Le décadi remplaçait le dimanche comme jour consacré au repos; mais il n'arrivait que tous les dix jours.Chanter la victoireveut dire icichanter le chant du départqui commence par ces mots: «La victoire en chantant…, etc.»]

[21: Des cuirassiers, ainsi appelés à cause de leurs bottes fortes. On les appela ensuitegilets de fer, à cause de leurs cuirasses.]

[22: Lesgros monsieursétaient les représentants de la nation.]

[23: Le manteau et la toque à plume faisaient alors partie de la tenue parlementaire.]

[24: L'argent se plaçait sur les hanches et sous la chemise, dans une ceinture de cuir.]

[25: Pour se chauffer et coucher au bivouac.]

[26: Chaque demi-brigade avait alors son artillerie.]

[27: C'est-à-dire qui comprend bien le commandement.]

[28: Cette roche était à pic, aussi droite que si elle était sciée.]

[29: Amoncellements de pierres. (Expression usitée dans l'est de la France.)]

[30: Un à un, en se tenant l'un à l'autre par le pan de l'habit.]

[31: Flacon.]

[32: C'est-à-dire: à hauteur de leur rang de bataille, au point où ils devaient entrer en ligne.]

[33:Vengersignifie icirendre le même service.]

[34: Ceci veut dire qu'on avait dépouillé les chênes pour faire jouer à leurs feuilles le rôle des feuilles de laurier.]

[35: C'est-à-dire: On ne nous dit pas quelle suite eut cette affaire.]

[36:Monter à poil, veut dire dans l'arméemonter sans selle.]

[37: Une légion polonaise se battait en effet déjà pour la France, mais comme la loi défendait l'emploi des troupes étrangères, cette légion était censée marcher pour le compte de l'Italie.]

[38: Nos soldats ont aussi connu ces paniques; on voit qu'elles sont de tous les temps.]

[39: Par ses deux traités de juin et septembre 1801, le Portugal s'était engagé à payer 25 millions à la France.]

[40: Les fourriers précèdent le corps en marche pour préparer le logement.]

[41: Cet épisode en temps de paix pouvait faire présager ce que serait une guerre future.]

[42: Comment lavieilledame avait-elle pu, huit années auparavant, exciter à ce point les désirs de Robespierre qui fut cruel et défiant, mais n'aima ni l'argent ni les femmes? On abuse évidemment ici de la naïveté de notre sapeur.]

[43: C'est-à-dire dans le régiment qui avait contribué à former la demi-brigade.]

[44: Au point de vue alimentaire, les hommes de chaque compagnie étaient répartis en plusieurs sections constituant chacune un ordinaire.]

[45:Matadorveut dire ici bourgeois.]

[46: L'enthousiasme des Viennois paraîtrait invraisemblable sans la sincérité habituelle de l'auteur.]

[47: Nous avons cherché la confirmation de ce fait singulier. Le bonhomme s'appelait Naroçki et prétendait en effet être né en 1690. Mais son grand âge n'était invoqué que pour obtenir une pension.]

[48: La vue du manuscrit autographe de Coignet nous force à dire qu'il se vantait un peu.]

[49: C'est ce qui arriva. Au bout de huit jours de séjour à Valladolid, il fallut faire manger la soupe à nos ivrognes, ils tremblaient et ne pouvaient tenir leurs cuillers. (Coignet.)]

[50: Batterie des tambours de grenadiers.]

[51: Ils étaient renfermés dans des étuis sur le sac.]

[52: Allusion à la chanson connue:Bon voyage, M. Dumollet, etc., etc.]

[53: N'oubliez pas que c'est un sergent qui parle.]

[54: Le cérémonial de la procuration devait en effet être peu compris à la caserne.]

[55: Cette foule se composait de traînards qui avaient refusé de passer le jour précédent, et qui bivaquaient sur la rive. Il fallut le canon russe pour les émouvoir.]

[56: Ce devait être le poêle de la maison.]

[57: Je revenais toujours vainqueur de ma mission. L'Empereur me regardait comme un limier qu'il lâchait au besoin, mais il eut beau faire, je rentrais toujours et j'étais payé d'un regard gracieux qu'il savait jeter à la dérobée, car il était dur et sévère avec une parole brève, quoique bon. Aussi je le craignais et je tâchais toujours de m'éloigner de lui; je l'aimais de toute mon âme, mais j'avais toujours le frisson quand il me parlait.]

[58: Les Écossais, ainsi nommés à cause de leurs jambes nues.]

[59: Voilà qui rectifie la sévérité de la fin du Huitième Cahier.]

[60: «Mon ami, me disait-il, venez parler au maire, il a deux mots à vous dire—C'est bien, Monbont, je vous suis.—Je vais vous annoncer.» Je n'ai pas à me plaindre de cet homme, il faisait son métier; c'était le mandataire de la ville, le faiseur de petits procès. Il en faisait le dimanche dans la matinée; il tenait toutes les rues. Si le tailleur avait un habit à finir, notre ami entrait chez lui: «Un procès, cinq francs d'amende, il est dix heures!» Si le perruquier rasait un homme: «Il est dix heures, cinq francs!» Pour un paquet devant la boutique d'un marchand, cinq francs d'amende; cela ne faisait pas un pli, de manière que lui seul pouvait augmenter les revenus de la ville. Il était précieux et poli.»]

[61: Je revis le major à Auxerre au café Milon: «Voilà le capitaine Coignet», dirent les officiers. Il faisait sa partie de billard, il jeta sa queue et ne voulut pas me voir.]

[62: Un ancien ami de mon père. M. Morin, me dit alors: «Votre père se porte bien, mais il a bien souffert du temps des cosaques.—Comment cela!—Vous ne le savez donc pas?—Du tout, voilà la première nouvelle.—Eh bien, ils l'ont pris, il n'a pas voulu rendre son fusil, ils l'ont lié, les mains derrière le dos avec une chaîne au cou. Il était battu, attaché derrière une voiture; il faisait pleurer tout le monde. Ils l'emmenèrent jusqu'à Avallon, là ils l'ont tant battu qu'il est resté sur la place, des âmes charitables l'ont secouru, il s'en est senti longtemps.»]

[63: Nous avons vu déjà que le père Coignet chantait au lutrin de son village.]

[64: M. Moirot avait été en même temps que moi domestique au service de M. Potier.]


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