Le .ii. arrest.

Par devant le baillif de joye c'est assis ung aultre procés entre ung jeune compagnon amoureux demandeur d'une part. Et sa dame deffenderesse d'autre part. Et disoit ledict amoureux demandeur que ainsi qu'il avoit prins congé de sadicte dame pour s'en aller en sa maison elle le rappella et hucha pour parler a luy/ et aprés quant il fut tout auprés d'elle elle faisant semblant de s'acouter et de vouloir parler de secret le baisa si tresasprement que elle le cuyda faire seigner du nez Et puis quant vint au desserrer le frappa moult durement de la patte de son chapperon ou il y avoit une esguille et une espingle de laquelle il eut la joue toute esgratisgnee qui depuis est debvenue enflee et ne sera d'icy a troys moys qu'il n'y paire. A l'occasion duquel cas il ne s'est osé monstrer devant les gens par certain temps et est encores tres fort malade. et pource que il sçavoit bien que sadite dame ne l'avoit pas fait par haine et maltallent qu'elle eust a luy il ne vouloit point tendre a reparation/ mais concluoit & requetoit seulement qu'elle fust condampnee a le garir & faire penser durant sa maladie. De la partie de ladicte dame fut deffendu au contraire/ & disoit que l'amant avoit esté invaseur & assaillant pour avoir ledit baiser/ et au regard de la picqueure elle estoit advenue par fortune/ & advanture dont elle ne pouoit mais/ et aussi n'y avoit chose dont l'en deust parler/ car ledict amant n'en laissoit a boire ne a menger et se plaingnoyt de sa teste Surquoy les parties ouyes ledict bailly de joye par sa sentence & au regard a certains rappors de medecins d'amours qui avoient rapporté le peril/ et dit que la playe estoit en lieu dangereux condampna ladicte dame a mouiller de sa salive tous les moys la playe de son amy pour faire en aller le venin jusques a ce qu'il fust guery. Et aussy a luy fournir de drappeaulx surquoy seroit fait bon emplastre. De laquelle sentence ceste defenderesse c'est sentue grevee/ et en a appellé en la court de ceans ou le procés a esté receu pour juger Et finablement tout veu & consideré ce que estoit a considerer. La court d'amours a regardé et dit qu'il a esté bien jugé par ledit bailly/ et mal appellé par ladicte dame appellante et l'amendera. Et en oultre pource qu'il est apparu en ladicte court & venu a congnoissance que icelle appellante a deu dire et soy vanter que depuis ladicte sentence que s'il convenoyt moullier ladicte playe de sa sallive/ elle le mordroit en ce faisant si asprement qu'il luy en souviendroit a tousjours mais. La court l'a condampnee en trente livres d'amende envers les prisonniers d'amours pour employer en bancquetz et en herbe verte et es despens de la cause d'appel la tauxation reservee par devers luy et si ordonne qu'elle sera contraincte a obeyr a l'arrest par prinse de son corps


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