Le .vii. arrest

Par devant les conseilliers ordonné sur le fait de la justice du tresor d'amours c'est assis .i. aultre procés entre le cueur d'amours dudict tresor demandeur d'une part/ Et ung jeune amant deffendeur d'aultre part/ et disoit ledit demandeur que nulle amour ne peut tenir par acquisition aucuns biens d'amours ne faire fondation de rente ou revenue s'elle n'est deuement amortie. Et que toutes et quanteffoys que aulcun faict contre amours est en possession de prendre les fruictz et la revenue de la rente non amortie/ c'est assavoir de troys annees l'une. Or disoit ledit demandeur que ledit deffendeur sans licence d'amours ne avoir sur ce amortissement avoit faict ung contract par maniere de fondation avec une religieuse par lequel elle estoit tenue de pryer pour luy et de dire aussi certaines oraisons. Et aussi en ce faisant ledit amoureux la debvoit fournir de soyes/ et de plusieurs aultres menues bacguettes/ moyennant lesquelles ycelle religieuse luy debvoit envoyer pour souvenance tous les moys de l'an certaines bourses faictes a sa devise/ Et pour ce requeroit le procureur de amours demandeur que ledit amant deffendeur fust condampné a rendre & luy bailler de troys bourses l'une/ selon les ordonnances et qu'il feust enjoinct audit deffendeur de prendre amortissement desdictes amours de ladicte rente/ ou de en vuyder ses mains. de la partie duquel amoureux deffendeur feust deffendu au contraire et disoit que luy considerant que en amours y a tresgrande peine car ceulx qui s'i mettent/ ne sont pas aulcunes foys maistres de eulx en oster quant bon leur semble/ Et mesmement affin que amours luy aydast en tous ses affaires et besongnes il estoit bien vray vrayement que pour les grans biens qu'il avoit aperceuz en une religieuse de son accointance il luy avoit prié & requis que toutes et quantes foys que elle se trouveroit a matines et l'en commenceroit a chanterte deum laudamusqu'elle dist lors ungde profundispour l'ame de luy ce que elle luy avoit accordé Et aussi pour la recompensation de la peine icelluy amant luy avoit promis d'envoyer de la soye et de l'or de chippre pour soy esbatre a faire de belles bourses & des soursainctes et des cordelieres & seroit tenue a en bailler de troys l'une. Or disoit ledict deffendeur que proprement ce ne estoit point acquisition perpetuelle/ mais estoit seullement une pension viagere faicte de la voulenté et union des deux cueurs par quoy n'y failloit nul amortyssement/ car il n'y avoit point d'obligation ne constitution de rendre sinon tant tenu tant payé. Et que chascune desdictes parties estoit en son entier pour n'en retenir riens se bon ne luy sembloit. Et disoit oultre que veu que la dessusdicte fondation estoit faicte pour le salut de l'ame & pour convertir en piteux usages le dessusdit procureur d'amours n'en doibt riens avoir ne demander. et par ses moyens conclurent affin de absolution Surquoy finablement parties ouyes elles furent appoinctees en droit et depuis lesdictz conseilliers du tresor par leur sentence condampnerent ledict amoureux deffendeur a faire amortir a ses despens ladicte rente. Et avecques ce ordonnerent et appoincterent qu'il seroit tenu et obligé de bailler de trois bourses l'une & pareillement la tierce partie des cordelieres soursainctes/ et boucquetz/ et aultres choses/ que ycelle religieuse luy envoyeroit jusques ad ce que ladicte fondation fust deuement amortie. de laquelle sentence ledit demandeur s'est tenu pour grevé et en appelle en la court de ceans ou ledict procés a esté receu pour juger. Si a la court veu icelluy procés et tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere a grant & meure deliberation et tout veu dit qu'il a esté mal jugié par lesdictz conseilliers/ et bien appellé par l'appellant/ et en amendant le jugement la court absoult des impetrations et demandes a luy faictes par ledit procureur d'amours et ordonne que les bourses soursainctes cordelieres et biens qu'il avoit esté contraint de conseigner en main de justice lui seront rendus et mys a plaine delivrance.


Back to IndexNext