Ce malaise croissant se trouva confirmé un jour où, durant une promenade à cheval que je faisais dans les villages voisins, j’étais entré, par simple caprice, dans la petite église catholique de Louqsor. Cette église était perdue au milieu des cabanes de boue du village ; il n’y avait autour d’elle aucune atmosphère de protection européenne, et je dois avouer que son intérieur était aussi peu engageant que possible, avec une énorme quantité de mousseline sale et de papier découpé. Et cependant je suis aujourd’hui convaincu que c’est là que, pour la première fois, quelque chose qui ressemblait à une foi expressément catholique s’est éveillé en moi. L’église faisait si évidemment partie de la vie du village ! Elle était de niveau avec les maisons arabes : elle restait ouverte toute la journée ; et puis elle se trouvait exactement pareille à toute autre église catholique du monde entier, sauf pour ce qui était de l’indigence de son ornementation artistique. Elle n’avait rien d’une espèce d’appendice à la vie européenne, emporté par une certaine nation, à travers le monde (un peu comme untuben caoutchouc), pour offrir aux touristes de cette nation un surcroît de « confort », ou pour leur procurer une sensation de familiarité. Et si même cette église ne possédait pas un seul converti, du moins elle m’apparaissait accessible à tous, ce qui la distinguait encore de notre chapelle de l’hôtel.
Toutes ces choses, je ne puis pas affirmer que je les aie expressément reconnues sur-le-champ ; mais, en tout cas, c’est sûrement dans cette petite église, que, pour la première fois, il m’est venu à l’esprit de concevoir sérieusement que Rome pouvait avoir raison, et nous avoir tort, si bien que, dorénavant, mon ancien mépris pour le catholicisme a commencé à se mêler d’une nuance de crainte respectueuse. Afin de me rassurer, je me suis empressé de me lier d’amitié avec le prêtre schismatique copte de l’endroit ; et même je me souviens de lui avoir envoyé une paire de chandeliers en cuivre, pour son autel, après mon retour en Angleterre.
Une autre conséquence de cette impression fut que je commençai à raisonner un peu avec moi-même, pour me fortifier délibérément dans ma position d’anglican. Pendant mon séjour au Caire, j’avais eu deux audiences du patriarche copte ; je lui écrivis maintenant, de Louqsor, pour lui demander le droit d’être admis à la communion dans les églises coptes, tout cela par suite de mon désir de me persuader que nous n’étions pas aussi isolés que semblaient l’indiquer les apparences. Je ne m’inquiétais nullement de savoir si les Coptes étaient teintés ou non d’hérésie (car l’on connaît le proverbe anglais sur la discrétion forcée des habitants d’une maison de verre) ; mais l’unique chose qui me préoccupât était de songer que nous autres, anglicans, faisions au monde l’effet d’être tristement isolés ! En d’autres termes, je commençais pour la première fois à prendre conscience d’une aspiration instinctive vers la communion catholique. Une Église nationale, hors de sa nation, c’était décidément quelque chose de bien misérable ! Le patriarche, d’ailleurs, ne daigna point me répondre, et je demeurai tout frémissant d’une vague honte.