Ce fut, je crois bien, durant l’été et l’automne de 1902 que je commençai à écrire un petit livre intituléla Lumière invisible. Certaines histoires que m’avait racontées mon frère aîné m’avaient suggéré l’idée de ce livre, et je m’étais mis à l’écrire peu à peu, dans mes moments de loisir. Les divers récits qui formaient le volume, et où le mysticisme se mêlait volontiers d’un élément surnaturel, se déroulaient autour d’une figure principale que j’avais appelée un « prêtre catholique » ; et bien souvent, depuis lors, on m’a demandé si mon intention avait été de faire de ce personnage un véritable catholique ou un anglican[4]. Ma seule réponse est que je concevais mon héros comme pouvant appartenir indistinctement à ces deux confessions. Ma théorie de l’Église diffusive m’amenait de plus en plus à supprimer, dans mes pensées aussi bien que dans ma prédication, toute séparation entre ce que je considérais simplement comme des parties différentes du grand Corps mystique du Christ ; et c’est ainsi que, dans maLumière invisible, j’évitais soigneusement tout ce qui aurait risqué de trop « spécialiser » le « catholicisme » de mon vénérable héros. Ajouterai-je que ce souci m’apparaît maintenant revêtu d’une signification dont je n’avais point conscience sur le moment ? Il prouve que, dès lors, je n’avais plus en notre Église d’Angleterre la confiance parfaite qui, naturellement, m’aurait porté à représenter mon personnage comme un prêtre anglican.
[4]J’ai publié naguère, à la librairie Perrin, une traduction de cettelumière invisible, en y intercalant quelques autres récits d’un genre analogue, mais qui, ceux-là, avaient été écrits par le P. Benson après sa conversion définitive au catholicisme (T. W.).
[4]J’ai publié naguère, à la librairie Perrin, une traduction de cettelumière invisible, en y intercalant quelques autres récits d’un genre analogue, mais qui, ceux-là, avaient été écrits par le P. Benson après sa conversion définitive au catholicisme (T. W.).
Avant, pendant, et après la rédaction de ce livre, je me suis senti de plus en plus attiré par le mysticisme. J’avais écarté de moi la contemplation froide et positive du dogme, et m’étais efforcé de cacher celui-ci sous la réalité plus chaude d’une expérience intime d’ordre spirituel. Dans mon livre même, je tâchais à imprégner du dogme l’essence des récits, bien plutôt qu’à l’exprimer explicitement. On m’a aussi demandé si les histoires que je racontais étaient « vraies » ; à cela je puis répondre seulement que le livre, dans son ensemble, n’a pas d’autre prétention que d’être une œuvre du genre romanesque. Et je crois, d’ailleurs, qu’il m’a été donné là de réussir assez heureusement à me maintenir sur le terrain moyen entre le catholicisme et l’anglicanisme, puisque le livre continue, aujourd’hui encore, à trouver maints lecteurs à la fois parmi les catholiques et les anglicans. Mais sans aucun doute j’étais encore, à cette date, très profondément pénétré d’anglicanisme ; car, lorsque j’ai écrit l’une des histoires du livre où je montrais une religieuse en prière devant le Saint-Sacrement, j’avais dans l’esprit un couvent anglican où j’étais allé plusieurs fois, et je me suis également beaucoup inspiré de l’atmosphère de l’endroit même où je demeurais pendant que j’écrivais ce récit — le presbytère anglican de Saint-Cuthbert, à Kensington, où le Saint-Sacrement est conservé nuit et jour sur l’autel.