I

Tout d’abord, certains lecteurs trouveront peut-être étrange que je me sente obligé de dire ceci : à savoir, que l’idée de revenir jamais à l’Église d’Angleterre est pour moi absolument aussi inconcevable que le serait l’idée de tâcher à entrer dans la tribu des Natchez. Et cependant, en me plaçant au point de vue anglican — autant du moins que cela m’est possible — je comprends assez comment il se fait que les anglicans aient coutume de prédire toujours, à propos de chaque nouveau converti, qu’il « ne peut manquer de revenir à son ancienne foi ». Tout d’abord, en effet, ces anglicans ont naturellement le désir que toutes les personnes honorables appartiennent à l’Église dont eux-mêmes font partie. Les catholiques n’ont-ils pas, de leur côté, un désir tout pareil ? Mais, en second lieu, j’estime que l’erreur des anglicans susdits, au sujet de leurs anciens frères convertis au catholicisme, provient de ce qu’ils ne se rendent pas un compte exact de la situation. Ils sont si habitués à la désunion sur les matières les plus profondes de la foi, dans leurs propres congrégations, qu’ils conçoivent malaisément la possibilité d’une Église où les choses se passent tout autrement. Ou bien, se disent-ils, ces mêmes divisions doivent exister aussi dans le catholicisme, par-dessous l’union apparente, ou bien, si elles n’y existent pas, cela doit signifier que toute activité intellectuelle se trouve supprimée par l’« uniformité de fer » du système catholique. Ils n’ont absolument aucune idée de la manière dont « la vérité peut nous rendre libres ». Et j’admets combien tout ce que je vais ajouter est, chez moi, une impression purement personnelle : mais, vraiment, j’ai de plus en plus la conviction que le petit nombre de personnes qui reviennent au protestantisme y reviennent soit par le chemin de l’incrédulité complète, ou bien à cause de quelque grave péché dans leur vie, ou bien encore, simplement, parce que jamais elles n’ont bien compris leur position catholique.

Car comment ne pas voir, avec une évidence absolue, que le fait de revenir de l’Église catholique à l’Église anglicane signifie l’échange de la certitude pour le doute, de la foi pour l’agnosticisme, de la substance pour l’ombre, d’une lumière brillante pour de mornes ténèbres, d’une réalité historique et universelle pour une théorie antihistorique et toute « provinciale » ? Impossible pour moi de m’exprimer dans des termes plus doux, malgré ma certitude que ce qu’on vient de lire apparaîtra, tout au moins, d’une extravagance monstrueuse aux membres sincères et recueillis de la communion anglicane. Tout récemment encore, un jeune représentant de la Haute-Église, pourvu de l’éducation universitaire la plus relevée, m’a déclaré du ton le plus sérieux, en fixant ses yeux dans les miens, quelque chose comme ceci : « L’idée romaine, cela est parfait en théorie ! Mais, comme système pratique, cette idée ne va pas, ne s’arrange ni avec l’histoire ni avec la vie ; tandis que notre communion anglicane…! »


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