Et après avoir appris cela à Rome, j’ai appris une fois de plus, de retour en Angleterre, que l’Église est aussi tendre qu’elle est forte. Pareille à son Époux divin, elle voit toutes les choses et tous les hommes, régissant des forces immenses ; et cependant, dans sa divinité, elle ne dédaigne pas « le moindre de ces petits ». Pour le monde, elle est une reine, rigide, hautaine, impérieuse, revêtue d’or et de joyaux : mais pour ses propres enfants elle est une mère, bien plus encore qu’une reine. Elle cicatrise les plaies des plus humbles de ses enfants, elle écoute leurs doléances à peine perceptibles, elle leur enseigne patiemment leurs leçons, et désire passionnément de les voir croître comme autant de princes. Mais surtout elle connaît la manière de leur parler de leur Père, de leur interpréter Sa volonté, de leur raconter l’histoire de Ses exploits. Elle insuffle en eux quelque chose de son propre amour et de son propre respect ; elle les encourage à être francs et sans crainte, à la fois vis-à-vis d’elle et vis-à-vis de Lui. Elle les prend par la main et, par un sentier secret, les introduit en Sa présence.
Tout ce que j’avais trouvé naguère de direction et d’encouragement dans mon ancienne maison, je l’ai retrouvé à présent de la part des prêtres de cette Église, et en les découvrant doués de science aussi bien que d’amour. Toute cette liberté de foi et de pensée individuelles, que quelques-uns se figurent être le privilège des confessions non-catholiques, j’ai trouvé tout cela expressément procuré et garanti dans nos temples, et j’en ai usé désormais avec bien plus de confiance, sachant que l’œil infaillible de l’Église était sur moi, et que, sans faute, elle m’avertirait d’abord, et enfin me frapperait, s’il m’arrivait de me hasarder trop loin. Ses bras sont aussi ouverts à ceux qui veulent servir Dieu dans le silence et la solitude qu’à ceux qui « dansent devant lui de toutes leurs forces ». Car, pareille à la charité, dont elle est l’incarnation, l’Église « est patiente, elle est bonne, elle supporte toutes choses ». En elle « nous savons en partie et en partie nous prévoyons » ; nous sommes assurés de ce que nous avons reçu, et nous attendons avec espoir ce qui est encore à venir. C’est en elle que je comprends suprêmement que, « lorsque j’étais un enfant, je parlais comme un enfant, j’entendais comme un enfant, je pensais comme un enfant ; mais que, lorsque je suis devenu un homme, j’ai dépouillé les choses de l’enfant ».
Ainsi donc, tout ce qui se rencontre dans les autres systèmes, pour individuels qu’on les suppose, tout cela se retrouve dans l’Église : le mysticisme du Nord, la patience de l’Orient, la confiance joyeuse du Sud, et l’entreprise hardie de l’Ouest. L’Église comprend et réchauffe le cœur aussi bien qu’elle guide et informe la tête. Elle regarde la virginité comme l’état le plus honorable, et, en même temps, regarde le mariage comme un sacrement très saint et indissoluble. Elle seule reconnaît explicitement la vocation de l’individu et, en même temps, les idéals de la race, avec un respect pour la foi subjective égal à sa fidélité envers la vérité objective. Elle seule, en effet, est parfaitement familière et tendre avec l’âme isolée, comprenant ses besoins, suppléant à ses lacunes, traitant soigneusement ses faiblesses et ses péchés ; simplement parce qu’elle est grande comme le monde, et vieille comme les âges, et infinie de cœur comme Dieu.