«Un honnête homme a toujours dans sa poche un volume du marquis de Sade.» (Pétrus Borel, le lycanthrope.Madame Putiphar). On reconnaîtra dans cette assertion paradoxale l'originalité de cet auteur, sur lequel il a été publié une notice curieuse par M. Claretie (Paris, librairie Pincebourde, 1865, in-18.)
«Avant la révolution, les mœurs n'étaient nulle part aussi corrompues qu'à Lyon. Ce n'est pas sans motifs qu'un écrivain trop célèbre y a placé quelques épisodes de sonexécrable roman.» (Michelet,Histoire de la Révolution.)
Un autre sujet d'investigation historique et psychologique se présenterait aussi: ce serait de demander aux annales des égarements de l'esprit humain, s'il n'y a pas eu d'autres exemples des aberrations cruelles dans lesquelles le marquis se précipita. L'antiquité, les fastes des despotes de l'Orient, font connaître des personnages de cette trempe. Le quinzième siècle vit avec effroi le maréchal Gilles de Retz, qui poussa bien plus loin ses cruelles expériences, peut-être parce qu'il eut plus de moyens de satisfaire ses goûts monstrueux, mais qui du moins n'en consacra pas les principes dans des livres infâmes[28].
Nous ignorons jusqu'à quel point est fondée l'accusation que Mayer (Galerie philosophique du XVIesiècle, t. I, p. 200) porte contre le duc d'Epernon, qui aurait mêlé le sangà la débauche. LaBiographie universelleparled'un noble Polonais, auteur de divers livresd'histoire, le comte de Potocki, et elle fait observer que ses goûts, dans le genre de ceux du marquis de Sade, lui attirèrent des désagréments qui le contraignirent à s'expatrier.
Le comte de Charolois de la maison de Condé, se signala également par les cruautés qu'il apportait dans ses orgies. Brantôme, dans lesDames galantes, parle d'une femme de haut parage qui se plaisait à exercer des sévices sur ses caméristes.
L'histoire a conservé les noms de divers autres personnages qui, pour réaliser les monstruosités impossibles qu'enfante l'imagination de Sade, unirent la cruauté à la débauche. On peut mentionner Tibère, un empereur de la Chine dont le nom nous échappe, le duc Valentino Borgia, Pier Luigi Farnese dont Varchi a raconté les infamies, le marquis Annibale Porrone dont on trouve la vie et les crimes dans l'ouvrage de Grégoire Leti (Vie de Bartholomé Aresec cités dans leCatalogue d'une collection de livres anciens et modernes par J. Piazzoli. Milan, 1878). Les annales judiciaires mentionnent de nombreux scélérats, violateurs et assassins (Dumolard, les meurtriers des dames Gay près de Lyon, etc.)
Pisanus Fraxi, que nous avons déjà cité, nous offre, dans sonIndex librorum prohibitorumdes témoignages fréquents d'un goût cruel répandu en Angleterre et consistant à flageller des femmes. Diverses maisons où moyennant finances, on pouvait se livrer à cet amusement barbare, existaient à Londres (elles subsistent probablement encore), et la littérature britannique compte un assez grand nombre d'ouvrages vendus sous le manteau et consacrés à la flagellation active et passive. L'Indexen question en parle avec détail, et dans l'introduction, il entre dans des particularités minutieuses: il donne même le dessin d'une machine sur laquelle se plaçait le patient ou la patiente. Voir page 345 de longs détails sur un ouvrage intitulé: Th.Romanceof Chastisement; l'auteur s'exprime avec enthousiasme; il avance qu'il y a des femmes qui trouvent un grand plaisir à fouetter de jeunes personnes de leur sexe, et la patientefeels a luxurious sensation, carune sorte de courant magnétique s'établit entre la prêtresse et la victime.
Sade reste seul à part en son genre en raison des scènes de cruauté qu'il mêle à des tableaux du cynisme le plus repoussant, mais il faut reconnaître qu'à certains points de vue il avait eu des devanciers et qu'il a trouvé des imitateurs. Sous le rapport de l'audace immorale des paradoxes, Diderot, le plus corrompu des écrivains duxviiiesiècle, ne lui est pas inférieur, et l'auteur duSupplément au voyage de Bougainvilles'est plu à retracer des passions qui outragent la nature, exemple suivi par des romanciers modernes dont les honteuses productions ont eu un grand succès. Un journaliste qui a fait jadis quelque bruit, Capo de Feuillade, écrivait que laLeliade George Sand lui offrait des doctrines dont il ne retrouvait les équivalents que dans les monstrueuses productions d'un auteur qu'il n'osait pas nommer, et c'est à propos de ce même roman que Proudhon qualifiait de «digne fille du marquis de Sade,» la femme célèbre qui l'a écrit.
Un romancier et auteur fort oublié aujourd'hui, Révéroni Saint Cyr, décédé dans un hospice d'aliénés[29]a publiéPauliska, ou la Perversité moderne. (Paris, anvi), roman où il retrace quelques actes de barbarie, mais en restant fort au dessous du marquis.
De nos jours il s'est trouvé un écrivain allemand qui a pris pour modèle les écrits de Sade et qui s'est montré son émule, c'est l'auteur anonyme du livre intitulé:
Aus den Memoiren einer Sängerin.(Extrait des Mémoires d'une cantatrice.)Boston, Reginald Chesterfield, 2 vol. pet. in-8º,viiet 244 p.; 251 p. Cet ouvrage a été imprimé à Altona: le premier volume en 1868; le second en 1875; il se compose d'une série de lettres adressées à un vieil ami, à un médecin, et après sa mort, elles furent trouvées parmi ses papiers par un neveu qui s'en fit l'éditeur.
M. Pisanus Fraxi (Index librorum prohibitorum, p. 102-109) entre dans des détails assez étendus au sujet de cette espèce d'autobiographie. Il s'y trouve, surtout dans le second volume, des épisodes dégoûtants,des orgies semblables à celles que Sade se plaît à décrire. Il est, dans le cours du récit, fait plusieurs fois mention deJustineet de quelques autres ouvrages fort libres.
Nous n'avons pas à nous occuper de divers écrivains qui appartenaient à la famille de Sade, qui portaient le même nom, mais qui heureusement se sont exercés sur des sujets très différents de ceux qui occupaient le marquis.
Son oncle, l'abbé de Sade, mort en 1778, a laissé un ouvrage estimé: lesMémoires sur la vie de Pétrarque. 1764-1767, 3 vol. in-4º.
Nous connaissons aussi l'existence d'un ouvrage difficile sans doute à rencontrer en France:
Typologie, ou Science des marées, par le chevalier de Sade, officier de la marine de S. M. T. C. et capitaine d'artillerie de S. M. B.; 2 gros volumes in-8º avec figures. Londres, 1810, 21 sh.
Cet officier français, passé au service de l'Angleterre, était sans doute un ancien émigré appartenant à la même famille que le marquis.
Nous terminerons cette notice en reproduisant un document fort peu connu aujourd'hui et qui est un témoignage du civisme dont le citoyen Sade jugea prudent de donner des gages à une époque critique.
Un bibliographe anglais, M. Pisanus Fraxi, dans le très curieux volume qu'il a intitulé:Index librorum prohibitorum(London, 1878, in-4) signale, page 422, un ouvrage inédit de Sade; il est la propriété du marquis de V., dont le grand-père l'acheta à un nommé Armoux de Saint Maximin qui assistait à la prise de la Bastille et qui trouva cette production dans la chambre où le marquis avait été enfermé.
Le manuscrit en question se compose d'une suite de morceaux de papier, ayant un centimètre de large et qui, attachés les uns au bout des autres, forme un rouleau de 12 mètres de long. Chaque morceau est écrit des deux côtés; l'écriture est tellement fine qu'elle ne peut être lue qu'avec l'aide d'une loupe. Après une préface, vient le récit, divisé en 52 chapitres, des faits et gestes d'une association d'individus des deux sexes ayant à leur disposition des sommes énormes et deux splendides maisons de campagne auxenvirons de Paris (on voit qu'il s'agit d'une société dans le genre desAphroditesd'Andrea de Nerciat.)
Cette production abonde en détails obscènes, mais on n'y retrouve pas les discussions philosophiques qui se rencontrent dans d'autres écrits du marquis. À la fin on lit: terminé le 25 novembre 1783.
Pisanus Fraxi (Index libr. prohixi.p. 10 et suiv.) entre dans des détails étendus au sujet d'Aline et Valcourt; ouvrage puissant «(powerful) et original, et considérant qu'il a été écrit avant la révolution française, très remarquable. Quoique plongé dans tous les vices de la classe à laquelle il appartenait, Sade prévoyait nettement, et prophétisait avec clarté à quels résultats aboutissait un pareil état social; il écrivait: «Ô France! tu t'éclaireras un jour, je l'espère; l'énergie de tes citoyens brisera bientôt le sceptre du despotisme et de la tyrannie; et, foulant à tes pieds les scélérats qui servent l'un et l'autre, tu sentiras qu'un peuple libre par sa nature et par son génie, ne doit être gouverné que par lui-même (tome II,p. 41.) Une grande révolution se prépare dans ta patrie (France); les crimes de vos souverains, leurs cruelles exactions, leurs débauches et leur ineptie ont lassé la France; elle est excédée du despotisme; elle est à la veille de briser les fers.» (Tom. II, p. 448). On pourrait citer d'autres passages semblables.
«Au point de vue littéraire, l'ouvrage présente de graves défauts; il est trop long, trop encombré de digressions et de tirades philosophiques; la narration est prolixe; en adoptant la forme épistolaire, l'auteur s'est imposé des entraves pénibles; son récit devient souvent embarrassé et peu vraisemblable.»
«Sans cesse et presque à chaque page, Sade se plaît à exposer des théories sur le gouvernement, la morale, l'éducation, l'économie politique, les relations des sexes, etc. Ses opinions souvent extravagantes et outrageantes (outrageous) offrent cependant parfois des aperçus fort dignes d'attention.
«L'auteur décrit deux royaumes, en contraste complet l'un avec l'autre; dans celuide Batna, tout est vil et dégradant; les crimes les plus atroces s'y commettent au grand jour et ne trouvent que des encouragements; à Tamoë, au contraire, la vertu, le bonheur, la prospérité fleurissent sans obstacle. Les deux descriptions sont remarquables; celle de Batna est tracée avec énergie.
«L'auteur prévient (p. 2) que l'ouvrage comprend trois genres: le comique, le sentimental, l'érotique. Le comique s'y montre à peine ou pas du tout; le sentiment est forcé, dépourvu de naturel; la portion érotique est de beaucoup la plus importante.
«Nous retrouvons à peu près dansAline et Valcourt, les mêmes personnages que ceux que présententJustine et Juliette; le président de Blamont, cruel, dénaturé, adonné à tous les vices, même à l'inceste, Aline, vertueuse, soumise, modeste, toujours persécutée et préférant le suicide à l'horreur de devenir l'épouse d'un vieux libertin; son père exige ce mariage parce qu'il y voit le moyen de s'assurer la possession de sa propre fille; Sophie a les mêmesvertus qu'Aline, et elle souffre également, tandis que Rose et Léonore essentiellement vicieuses, se plongent avec ardeur dans le désordre; Rose prospère, c'est une autre Juliette.
«Mais ici du moins on ne nous fait pas assister aux dégoûtantes, aux sauvages orgies que Sade se plaît à retracer dansJustineet dansJuliette; le libertinage se concentre dans le cercle d'une famille; il est moins révoltant, mais il est d'une pratique plus facile et par conséquent plus dangereux.
«Quérard (France littéraire,viii. 303), avance que l'auteur se peint sous le nom de Valcourt et raconte parfois sa propre histoire; Valcourt n'est toutefois qu'un bien triste héros; il ne cesse de jouer un rôle passif; il ne montre aucune qualité décidée, soit en bien, soit en mal.
«Des extraits d'Aline et Valcourt, ont servi à composer deux romans fort oubliés aujourd'hui:Valmor et Lydia, 1798;Alzonde et Koradin, 1799.»
Une production de Sade,Idée sur les romans, a été réimprimée en 1878, à lalibrairie Rouveyre (petit in-8,xliiiet 50 pages avec une préface sur l'œuvre de Sade).
À la tête une lettre adressée à l'éditeur par un jeune et spirituel écrivain qui, on peut l'affirmer, rendra bien des services à l'histoire littéraire et à l'étude du passé; ce qu'on lui doit déjà est une garantie certaine.
M. Uzanne se félicite «d'avoir trouvé dans la fange sadique, une brochure décente, d'un intérêt indiscutable qui forme le plus étrange contraste avec l'originalité de son auteur. «Il raconte, à l'égard dujoli marquisdes faits déjà connus pour la plupart; il transcrit pagexxiii, le testament daté du 30 janvier 1807 et publié pour la première fois par Janin dans leLivre, 1870, page 291.
Sade formule dans ses dernières volontés que son corps ne soit ouvert sous aucun prétexte et qu'il soit transporté sur sa terre de Malmaison où il sera déposé sans aucune espèce de cérémonie dans le premier taillis fourré qui se trouve à droite.
Après une courte notice biographique. L'éditeur a placé la liste raisonnée des divers ouvrages de Sade, elle se composede 23 numéros; on y voit figurer, nº 5 laFrance f-tue, comédie datée du 5796 (1796) et que le catalogue de la bibliothèque dramatique de M. de Soleinne, nº 3712, attribue au marquis; c'est assez probable mais il existe encore des doutes.
À la suite de l'Idée sur les romans, dont le texte est accompagné de notes instructives, l'éditeur a placé quelques lettres inédites qui offrent un intérêt d'autant plus grand qu'elles présentent le marquis de Sade comme un des nombreux auteurs dramatiques monomanes.
Il est question dans le livre du docteur Paul Moreau de Tours:Des aberrations du sens génésique, (Paris, 1880) du marquis de Sade, «fameux dans les annales psychologiques» on y trouve le récit du bal suivi d'un souper dans lequel on servit à profusion des pastilles de chocolat à la vanille.
«Tout à coup les convives, hommes et femmes, se sentent brûlés d'une ardeur impudique; les cavaliers attaquent ouvertement les dames. Les cantharides dont l'essence circule dans les veines de ces infortunés, ne leur permettent ni pudeurni réserve; les excès sont portés jusqu'à la plus funeste extrémité; le plaisir devient meurtrier, le sang coule sur le parquet; les femmes ne font que sourire à cet horrible excès de leur fureur utérine. Prévoyant l'éclat que cette scène, comparable aux orgies de Néron, aurait quand le délire cesserait, Sade s'était sauvé avant le lever du soleil avec sa belle-sœur, toute sanglante encore de ces embrassements brutaux. Plusieurs dames titrées sont mortes des suites de cette nuit de dégoûtantes horreurs.» (Mémoires du temps, 1778).
Nous observerons que ce récit, souvent reproduit avec quelques variantes est fort exagéré; les documents officiels du procès devant le Parlement d'Aix, atténuent la gravité des faits qui restent toutefois fort criminels.
Vient ensuite dans le livre du docteur Moreau (p. 59) le récit de l'aventure de Rose Keller mais avec des variantes. Des personnes, passant dans une rue isolée de Paris, entendirent des gémissements, pénétrèrent dans la maison, trouvèrent une femme nue, attachée sur une table; le sang coulait de deux saignées faites aux bras; les seins étaient légèrement tailladés, les parties sexuelles également incisées et baignées de sang. Lorsque les premiers secours lui eurent été prodigués, elle raconta qu'elle avait été attirée dans cette maison par le marquis; le souper terminé, elle avait été dépouillée de ses vêtements, étendue et liée sur une table. Un homme avec une lancette lui avait ouvert les veines et pratiqué un grand nombre d'incisions sur le corps, le marquis s'était ensuite livré sur elle à ses débauches habituelles. Son intention, disait-il, n'était point de lui faire du mal, mais comme elle ne cessait de crier, et qu'on entendait du bruit dans les environs de la maison, le marquis de Sade disparut avec ses gens (Brière de Boismont,Gazette médicale de Paris, 21 juillet, 1869.)
Nous avons fait mention d'un livre allemand intitulé:Justine und Juliette, oder die Gefahren der Tugend und die Wonne des Lasters Kritische Ausgabe nach dem Franzosischen des marquis de Sade. Leipzig, CarlMinde. Druck von Ernst Sorge, in Armstadt in-12 de 150 p.
Cet ouvrage est extrêmement peu connu en France; il présente des choses fort singulières; nous en donnerons une analyse rapide.
L'auteur débute par une généalogie fantastique; il donne à tort au héros les prénom et surnom de Charles-Louis; sa famille remonte aux premières invasions des Normands; elle a fourni à l'État, sous toutes les dynasties de la France, des militaires, des ecclésiastiques du plus grand mérite. Son père perdit une grande partie de sa fortune, dans les spéculations qu'engendra le système de Law, ce qui l'amena à épouser en secondes noces une femme d'un rang fort inférieur au sien, une juive convertie, veuve d'un riche marchand d'Amsterdam.
Il avait de sa première femme qui appartenait à la famille ducale, de Liancourt, deux enfants, un garçon voué à une déplorable célébrité, et une fille, Camille, qui devint plus tard comtesse de Bray: il avait pris part à la guerre de la Succession; il avait été grièvement blessé à Ramillies;mécontent de ne pas être élevé au delà du grade de colonel, il quitta le service et se retira dans ses terres. Il avait un frère cadet qui embrassa la carrière ecclésiastique et entra dans l'ordre des Jésuites; il jouit d'un grand crédit auprès de la marquise, de Prie, et des ministres Bourbon et Fleury; intrigant habile, il se maintenait en faveur. Son frère et lui étaient de très beaux hommes, auxquels peu de belles résistaient, et la comtesse de Bray fut l'une des femmes les plus galantes de tout Paris.
Le jeune Sade porta dans sa jeunesse le titre de vicomte; son oncle discerna promptement chez lui des passions fougueuses et une intelligence remarquable. Il le plaça au couvent des Jésuites à Noisy-le-Sec. Le vicomte se distingua par ses progrès dans l'étude. Les bons Pères cherchèrent à le faire entrer dans leur ordre; ils se flattaient de trouver en lui une recrue qui leur serait utile. Son oncle l'en dissuada: «Tu as tout ce qu'il faut pour réussir; c'est pour toi, non pour d'autres qu'il faut travailler.»
L'oncle quitta Noisy-le-Sec lorsque son neveu eut fini ses études; il avait eu desquerelles avec ses confrères; le vicomte et lui entreprirent ensemble de longs voyages; ils parcourent les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie; la mort du père de notre héros les ramena en France.
Il rencontra dans la diligence qui le conduisait à Paris, une jeune fille d'une beauté remarquable, mademoiselle Aroult; elle était protestante; ses parents avaient figuré parmi les victimes de la révocation de l'Édit de Nantes; ils lui avaient fait prêter serment de ne jamais épouser un catholique. Ce fut en vain que Sade, animé pour elle de la passion la plus vive, lui offrit sa main; elle refusa, sans nier toutefois l'impression qu'il avait produite sur son cœur. C'est dans un sentiment de vengeance qu'il s'est plu à accumuler sur elle outrages et infortunes, car les romans de Sade sont des autobiographies; Justine, c'est mademoiselle Aroult; Juliette, c'est la comtesse de Bray; l'oncle c'est le père Vitin.
On sait quelle était l'immoralité qui régnait à la cour de Louis XV; Sade se précipita avec ardeur dans tous les excès; son nom devint célèbre; on parla de luidans le boudoir de madame de Pompadour et aux petits soupers du roi. Ce monarque que l'ennui dévorait, voulut connaître le libertin déjà fameux; le cardinal de Fleury s'en mêla; Sade vint prendre part à un souper auquel assistaient le roi, la maîtresse, le maréchal de Richelieu, les ministres Choiseul et Sartiges (sic).
Le souper se termina, comme d'usage, par une orgie; Sade y joua un rôle si brillant que le roi, étonné et charmé, voulut lui faire visiter le Parc-aux-Cerfs, et lui demander ses conseils sur les perfectionnements à introduire dans ce sérail. Plusieurs des scènes décrites dans les quatre derniers volumes de l'œuvre de Sade, sont un récit de ce qui se passait parfois au Parc-aux-Cerfs.
Nous ne suivrons pas l'écrivain allemand dans tous les détails qu'il se plaît à raconter. Il nous dit que mademoiselle Aroult épousa un négociant nommé Sevrin; Sade veut se venger sur l'homme qui lui a été préféré; il l'attire dans un guet à pens et lui fait subir une horrible mutilation. Il entreprend ensuite un voyage en Italie, s'ylivre à toutes sortes d'infamies et de crimes, et revenu en France, trouve le roi très empressé de le revoir. Le marquis raconte tout ce qu'il a fait, sans rien omettre ni dissimuler. Louis XV est enchanté; il veut réaliser, pour son compte, ce que Sade décrit si bien. Il s'adresse, dans ce but, au ministre de la police qui lui procure tout ce qu'il désire. Le roi se donne, entre autres distractions, celle d'assister à l'exécution de quelques criminels, et l'auteur ajoute qu'on sait que Louis XV, caché derrière une des fenêtres de l'Hôtel de ville, fut témoin de l'horrible supplice infligé à Damiens en place de Grève.
Le roi nomme Sade son «maître secret des plaisirs.» Juliette lui a été présentée; il l'accueille avec la plus vive satisfaction, et il lui fait de riches cadeaux.
Quelque temps après, le marquis, son oncle et Juliette retournent en Italie; ils s'y livrent à toutes sortes d'excès, et ils finissent par être inquiétés par la police romaine, ce qui les engagea à revenir en France. Ils trouvèrent de nouveau à Versailles l'accueil le plus empressé; madame du Barryvoulut, elle aussi, entendre le récit très détaillé des aventures du marquis; quelques épisodes la choquèrent un peu; l'histoire de la femme livrée aux bêtes féroces pour amuser le marquis et son entourage lui causa quelques émotions; mais elle se remit promptement, et elle prit une part brillante à de nouvelles orgies.
Arrivé à ce point, l'auteur allemand s'arrête dit qu'il a longtemps manqué de renseignements sur le reste de la vie de son héros qui mourut, à ce qu'il pense, vers 1775 ou 1776; heureusement, dans le cours d'un voyage qu'il fit en Angleterre, il rencontra un vieil émigré français, le marquis de M-ss-e qui, depuis 1792, n'avait pas quitté Londres, et qui était très au fait de la chronique scandaleuse de l'ancien régime; il connaissait l'histoire du marquis; il en présente le dénouement par un aspect fort inattendu.
Fatigué de tant d'excès, cédant aux reproches d'une conscience fort longtemps endormie, le marquis alla consulter son oncle, le père Vitin qui était rentré dans le couvent des Jésuites à Noisy-le-Sec; le vieux pécheur conseilla à son digne neveud'entrer dans l'ordre des Camaldules; il y fut fort bien accueilli; il y vécut en paix jusqu'à ce que la mort vint le frapper à l'âge de 63 ans; son aménité l'avait rendu cher à ses confrères; sa piété les édifia tellement qu'ils demandèrent au pape de le canoniser. Il légua toute sa fortune au couvent. Sa sœur, la comtesse de Bray, fut fort irritée; elle attaqua le testament: il en résulta un procès qui traîna si bien en longueur qu'il n'était pas terminé lorsque la révolution éclata; il n'en fut plus question. Juliette était devenue vieille et laide; elle chercha à se mettre en rapport avec les hommes que les événements élevaient au pouvoir, Barnave, Petion, Robespierre, mais ils ne firent aucune attention à elle. De dépit, elle changea de parti, elle se mêla d'intrigues contre-révolutionnaires, elle se lia avec Madame du Barry, et traduite devant le redoutable tribunal révolutionnaire, elle périt sur l'échafaud le même jour que l'ancienne favorite de Louis XV.
Une lettre de Sade faisait partie de la collection d'autographes de M. Michelot, (de Bordeaux) vendue à Paris en mai 1880: elleest adressée au gouverneur de Vincennes (prison de Vincennes, 2 nov. 1763, 6 p. pl. in-4), lettre fort curieuse, écrite à l'âge de vingt-deux ans, et très importante pour la biographie qu'elle rectifie sur plusieurs points.
Emprisonné pour des excès commis dans une petite maison (peut-être celle d'Arcueil), Sade demande qu'on instruise sa femme de son arrestation, donne l'adresse de sa belle-mère, la présidente de Montreuil, et sollicite la permission de voir un prêtre. «Tout malheureux que je me trouve ici, Monsieur, je ne me plains point de mon sort. Je méritais la vengeance de Dieu, je l'éprouve: pleurer mes fautes, détester mes erreurs, est mon unique occupation.» Il demande son valet de chambre et le prie de ne pas instruire sa famille du sujet de sa détention. «Je serais, dit-il, perdu sans ressources dans leur esprit.» La date de son mariage, d'après cette lettre, serait du 17 mai 1763, et non 1766, comme l'ont dit certains biographes. On a joint à cette curieuse épitre une minute de lettre du gouverneur de Vincennes qui invite le Père Griffet à aller voir un jeune homme devingt-deux ans, le marquis de Sade, qui a bien besoin de son ministère.
Un volume publié en 1861 (Paris, Techener, in-8º) sous le titre de:Mélanges curieux et anecdotiques tirés d'une collection de lettres autographes ayant appartenu à M. Fossé d'Arcosse, nous offre (nº 1003, p. 416) une lettre autographe adressée à un négociant de Lyon (16 pluviose anvi) pour intérêts particuliers, et 6 pages in-4º, deFragmentsautographes paraissant se rapporter soit auJournalde sa détention à la Bastille ou à Vincennes, soit à ses mémoires... temps divisé en 12 parties... Supposition... la première division de 33, sans air, ni lettre, ni encre, ni quoi que ce soit au monde... la deuxième de 34, une heure de promenade et permission d'écrire une seule fois la semaine. Celui sur lequel sont les mots:Histoire de ma détentionest particulièrement curieux.
Un de nos amis, bibliophile fervent, nous adresse la lettre suivante que nous croyons devoir reproduire:
«Vous avez bien voulu me communiquer les épreuves de votre étude sur le marquis de Sade; vous me demandez si je n'aurais pasquelques communications à vous faire à cet égard. J'en aurai sans doute, mais en ce moment, éloigné de mes livres et fort occupé d'ailleurs, je dois me borner à quelques notes rapides.
«L'auteur deJustineoffre à la psychologie un objet d'études des plus curieux; pour bien le comprendre, il ne faut pas l'isoler de l'époque qu'il traversa. Les derniers de ses écrits n'auraient pas eu le caractère de férocité qu'ils présentent, s'il n'avait pas vu les excès du régime de la Terreur; en inventant lesMariages républicainset les bateaux à soupapes, Carrier n'offrait-il pas la réalité de quelques-unes des inventions du marquis?
«Sade n'a point, de nos jours, manqué d'imitateurs parmi nos écrivains. Sans aller aussi loin que lui, des romanciers ont montré des héros et des héroïnes de la perversité la plus raffinée. Quant aux principes de la philosophiesadesque, quant à sa négation de toute morale, quant à son athéisme, on retrouve tout cela partout aujourd'hui.
«Proudhon, entre autres, a beaucoup emprunté à Sade; il s'en est inspiré en maintendroit; il serait facile d'enregistrer, à cet égard, les rapprochements les plus frappants.
«LaBiographieMichaud avance que le marquis fit hommage à chacun des cinq directeurs de la République française, d'un exemplaire de ses monstrueuses productions; ce fait a été révoqué en doute comme tout à fait invraisemblable; il est cependant exact, et des recherches persévérantes ont fait découvrir quel avait été le sort de quelques-uns de ces exemplaires, notamment de celui de Barras; le journal l'Intermédiaire, habituellement si riche en faits curieux, a donné à cet égard des détails piquants.
«Un mot et je finis, Madame Tallien, dont parle une de vos notes, ne jouissait pas, fort peu de temps après la publication deZoloé, d'une excellente réputation, puisque c'est à elle que fut adressée, selon leCatalogueimprimé de laBibliothèque nationale(Histoire de France, tom. X. p. 273 nº 19331), uneLettre du diable à la plus grande putain de Paris. La reconnaissez-vous?»
Ce libellé est signéBeelzbud. L'administration de l'immense dépôt de la rueRichelieu a placé cet opuscule dans laréserveoù elle range ce qu'elle possède de plus précieux.
Nous ne nous dissimulons pas d'ailleurs combien notre étude reste incomplète; une biographie complète du marquis de Sade, ayant pour point d'appui des documents authentiques est encore à faire; ces documents existent, ils sont dans des mains qui en connaissent le prix; un jour viendra, nous l'espérons du moins, où ils seront livrés au public.
Au moment de mettre sous presse on nous signale un article de laRevue des deux Mondesoù il est question des diplomates étrangers résidant à Madrid vers 1840; le ministre des États-Unis est signalé comme un négociateur fort habile, mais se livrant parfois à des excentricités d'un goût douteux: ne s'avisa-t-il pas un jour, imitateur trop fidèle du marquis, d'inviter à souper une vingtaine demanolas, auxquelles il distribua des substances par trop irritantes?
[19]Sotades, auteur fort licentieux, grec contemporain de Ptolémée Philadelphe. On dit qu'ayant imprudemment attaqué de puissants personnages, il fut enfermé dans un coffre et jeté à la mer. Il en est fait mention dans Athénée;Deipnos. XIV, dans Suidas; dans Plutarque. Il ne reste de ses écrits que quelques faibles débris. Voir Hermana:Élement. doct. met. (Leipzig.)1816, p. 144, et Fabricius,Bibl. grœc.II. 495.
[19]Sotades, auteur fort licentieux, grec contemporain de Ptolémée Philadelphe. On dit qu'ayant imprudemment attaqué de puissants personnages, il fut enfermé dans un coffre et jeté à la mer. Il en est fait mention dans Athénée;Deipnos. XIV, dans Suidas; dans Plutarque. Il ne reste de ses écrits que quelques faibles débris. Voir Hermana:Élement. doct. met. (Leipzig.)1816, p. 144, et Fabricius,Bibl. grœc.II. 495.
[20]Parmi les autres publications de Bertrandet, nous trouvons la traduction desNouvelles galantesde B..., (Batachi) par un académicien des Arcades de Rome (Louet de Chaumont)Paris, an XII. Ce recueil est devenu peu commun; un bel ex. payé 44 frs., vente J. D. L. M. janvier 1866. À l'égard des diverses éditions italiennes de ces contes, voir G. Passano:I Novellieri italiani in verso. Bologna. 1868 p. 137.
[20]Parmi les autres publications de Bertrandet, nous trouvons la traduction desNouvelles galantesde B..., (Batachi) par un académicien des Arcades de Rome (Louet de Chaumont)Paris, an XII. Ce recueil est devenu peu commun; un bel ex. payé 44 frs., vente J. D. L. M. janvier 1866. À l'égard des diverses éditions italiennes de ces contes, voir G. Passano:I Novellieri italiani in verso. Bologna. 1868 p. 137.
[21]Voir sur ce personnage trop célèbre une notice de M. Armand Guiraud. 1836, in-8º, et un article de M. Vallet de Viriville: 495.Nouvelle-Biographie générale.XLI, 496.
[21]Voir sur ce personnage trop célèbre une notice de M. Armand Guiraud. 1836, in-8º, et un article de M. Vallet de Viriville: 495.Nouvelle-Biographie générale.XLI, 496.
[22]On comprend sans peine queJustinene figure guère sur les catalogues des livres publiés en France; un exemplaire de l'édition de 1791, 2 vol. in-8º (gravures ajoutées), se montra cependant au catalogue Pixérécourt, numéro 1239, mais il ne passa pas aux enchères. Nous trouvons aussi les dix volumes sur le catalogue de la bibliothèque (non destinée à la vente) de M. Joachim Gomez de la Cortina, à Madrid (1855, nº 3908); ces dix volumes sont indiqués comme ayant coûté trois mille réaux, (750 francs). Ils se montrent aussi au catalogue d'une importante collection qu'un libraire fort connu à Paris, M. Techener, avait envoyée à Londres pour y être livrée aux enchères et qu'un incendie a détruite le 29 juin 1865.Le comte Tullio Dandolo, dans sesReminisence fantasie, scherzi litterari(Turin, 1840), avance que l'empereur Napoléon défendit, sous peine de mort, la lecture deJustineaux militaires de ses armées. Nous n'avons trouvé nulle autre part l'indication de cette prohibition qui nous paraît dénuée de vérité historique.
[22]On comprend sans peine queJustinene figure guère sur les catalogues des livres publiés en France; un exemplaire de l'édition de 1791, 2 vol. in-8º (gravures ajoutées), se montra cependant au catalogue Pixérécourt, numéro 1239, mais il ne passa pas aux enchères. Nous trouvons aussi les dix volumes sur le catalogue de la bibliothèque (non destinée à la vente) de M. Joachim Gomez de la Cortina, à Madrid (1855, nº 3908); ces dix volumes sont indiqués comme ayant coûté trois mille réaux, (750 francs). Ils se montrent aussi au catalogue d'une importante collection qu'un libraire fort connu à Paris, M. Techener, avait envoyée à Londres pour y être livrée aux enchères et qu'un incendie a détruite le 29 juin 1865.
Le comte Tullio Dandolo, dans sesReminisence fantasie, scherzi litterari(Turin, 1840), avance que l'empereur Napoléon défendit, sous peine de mort, la lecture deJustineaux militaires de ses armées. Nous n'avons trouvé nulle autre part l'indication de cette prohibition qui nous paraît dénuée de vérité historique.
[23]C'est, à ce qu'il paraît, l'exemplaire qui se trouvait dans la bibliothèque de M. Cigongne, acquise en bloc par le duc d'Aumale, qui rétrocéda ce volume.
[23]C'est, à ce qu'il paraît, l'exemplaire qui se trouvait dans la bibliothèque de M. Cigongne, acquise en bloc par le duc d'Aumale, qui rétrocéda ce volume.
[24]Le titre porte par le citoyen S***. La marque des frontispices est une lyre surmontée d'une couronne avec des rameaux de laurier de chaque côté et les mots VERITAS IMPAVIDA. Une autre édition, très-probablement la même avec un frontispice renouvelé, porte l'adresse de la veuve Girouard, 1795. Le nom de Sade et la marque ont disparu; l'ouvrage est précédé d'une épigraphe de sept vers latins empruntés à Lucrèce et énonçant la pensée qu'il faut faire avaler aux enfants des breuvages amers, mais salutaires: «Nam veluti pueris absinthia tetra medentes...»
[24]Le titre porte par le citoyen S***. La marque des frontispices est une lyre surmontée d'une couronne avec des rameaux de laurier de chaque côté et les mots VERITAS IMPAVIDA. Une autre édition, très-probablement la même avec un frontispice renouvelé, porte l'adresse de la veuve Girouard, 1795. Le nom de Sade et la marque ont disparu; l'ouvrage est précédé d'une épigraphe de sept vers latins empruntés à Lucrèce et énonçant la pensée qu'il faut faire avaler aux enfants des breuvages amers, mais salutaires: «Nam veluti pueris absinthia tetra medentes...»
[25]Signalons encore ici une lettre autographe fort curieuse écrite par Napoléon 1er, lorsqu'il n'était sans doute que premier consul, et adressée à Joséphine; elle a été insérée dans un catalogue d'autographes publié au mois d'octobre 1865, par le libraire Charavay et reproduite dans laPetite Revue, numéro du 4 novembre 1865, pages 170 et 171, lettre signéeN.avec paraphe, lundi à midi.Dans cette lettre fort curieuse, Napoléon défend à sa femme de voir madame Tallien sous aucun prétexte. «Si tu tiens à mon estime, et si tu veux me plaire, ne transgresse jamais le présent ordre... Un misérable l'a épousée avec huit bâtards. Je la méprise elle-même plus qu'avant. Elle était une fille aimable; elle est devenue une femme d'horreur et infâme. Je serai à Malmaison bientôt. Je t'en préviens pour qu'il n'y ait point d'amoureux la nuit; je serais fâché de les déranger.....»Née à Saragosse vers 1775, MmeTallien divorça et épousa en 1805, M. de Caraman, qui devint peu après Prince de Chimay; elle mourut le 15 janvier 1835; M. Arsène Houssaye, lui a consacré sous le titre deNotre-Dame de Termidor, un volume où la fantaisie tient plus de place que la vérité historique.
[25]Signalons encore ici une lettre autographe fort curieuse écrite par Napoléon 1er, lorsqu'il n'était sans doute que premier consul, et adressée à Joséphine; elle a été insérée dans un catalogue d'autographes publié au mois d'octobre 1865, par le libraire Charavay et reproduite dans laPetite Revue, numéro du 4 novembre 1865, pages 170 et 171, lettre signéeN.avec paraphe, lundi à midi.
Dans cette lettre fort curieuse, Napoléon défend à sa femme de voir madame Tallien sous aucun prétexte. «Si tu tiens à mon estime, et si tu veux me plaire, ne transgresse jamais le présent ordre... Un misérable l'a épousée avec huit bâtards. Je la méprise elle-même plus qu'avant. Elle était une fille aimable; elle est devenue une femme d'horreur et infâme. Je serai à Malmaison bientôt. Je t'en préviens pour qu'il n'y ait point d'amoureux la nuit; je serais fâché de les déranger.....»
Née à Saragosse vers 1775, MmeTallien divorça et épousa en 1805, M. de Caraman, qui devint peu après Prince de Chimay; elle mourut le 15 janvier 1835; M. Arsène Houssaye, lui a consacré sous le titre deNotre-Dame de Termidor, un volume où la fantaisie tient plus de place que la vérité historique.
[26]Joséphine, née en 1763, avait près de trente-huit ans lorsqueZoloéfut livrée à l'impression.
[26]Joséphine, née en 1763, avait près de trente-huit ans lorsqueZoloéfut livrée à l'impression.
[27]Le comte François de Cabarus, né à Bayonne, mort en 1810, célèbre par ses opérations financières en Espagne.
[27]Le comte François de Cabarus, né à Bayonne, mort en 1810, célèbre par ses opérations financières en Espagne.
[28]Il existe divers manuscrits du procès fait à ce monstre exécrable, qui subit, le 25 octobre 1440, le dernier supplice, peine bien douce de tant de forfaits. Voir, Desessarts,Procès fameux;, laBibliographie universelle, etc.
[28]Il existe divers manuscrits du procès fait à ce monstre exécrable, qui subit, le 25 octobre 1440, le dernier supplice, peine bien douce de tant de forfaits. Voir, Desessarts,Procès fameux;, laBibliographie universelle, etc.
[29]Voir les Fous littéraires. Bruxelles, Gay et Doucé, 1680, p. 171.
[29]Voir les Fous littéraires. Bruxelles, Gay et Doucé, 1680, p. 171.
Prononcé à la fête décernée par la Section des Piques, aux mânes demaratet dele pelletier, par Sade, citoyen de cette section, et membre de la Société populaire.
Citoyens,
Le devoir le plus cher à des cœurs vraiment républicains, est la reconnaissance due aux grands hommes; de l'épanchement de cet acte sacré naissent toutes les vertus nécessaires au maintien et à la gloire de l'État. Les hommes aiment la louange, et toute nation qui ne la refusera pas au mérite, trouvera toujours dans son sein des hommes envieux de s'en rendre dignes; trop avares de ces nobles tributs, les Romains, par une loi sévère, exigeaient un long intervalle entre la mort de l'homme célèbre et son panégyrique; n'imitons point cette rigueur: elle refroidirait nos vertus; n'étouffons jamais un enthousiasme dont les inconvénients sont médiocres et dont les fruits sont si nécessaires: Français, honorez, admirez toujours vos grands hommes. Cette effervescence précieuse les multipliera parmi vous, et si jamais la postérité vous accusait de quelque erreur, n'auriez-vous pas votre sensibilité pour excuse?
Marat! Le Pelletier! ils sont à l'abri de ces craintes ceux qui vous célèbrent en cet instant, et la voix des siècles à venir ne fera qu'ajouter aux hommages que vous rend aujourd'hui la génération qui fleurit. Sublimes martyrs de la liberté, déjà placés au temple de mémoire, c'est de là que, toujours révérés des humains, vous planerez au-dessus d'eux, comme les astres bienfaisants qui les éclairent, et qu'également utiles aux hommes, s'ils trouvent dans les uns la sourcede tous les trésors de la vie, ils auront aussi dans les autres l'heureux modèle de toutes les vertus.
Étonnante bizarrerie du sort! Marat, c'était du fond de cet antre obscur où ton ardent patriotisme combattait les tyrans avec autant d'ardeur, que le génie de la France indiquait ta place dans ce temple où nous te révérons aujourd'hui.
L'égoïsme est, dit-on, la première base de toutes les actions humaines; il n'en est aucune, assure-t-on, qui n'ait l'intérêt personnel pour premier motif, et, s'appuyant de cette opinion cruelle, les terribles détracteurs de toutes les belles choses en réduisent à rien le mérite. Ô Marat! combien tes actions sublimes te soustrayent à cette loi générale! Quel motif d'intérêt personnel t'éloignait du commerce des hommes, te privait de toutes les douceurs de la vie, te reléguait vivant dans une espèce de tombeau! Quel autre que celui d'éclairer tes semblables et d'assurer le bonheur de tes frères? Qui te donnait le courage de braver tout... jusques à des armées dirigées contre toi, si ce n'était le désintéressement le plus entier, le plus puramour du peuple, le civisme le plus ardent dont on ait encore vu l'exemple!
Scévole, Brutus, votre seul mérite fut de vous armer un moment pour trancher les jours de deux despotes, une heure au plus votre patriotisme a brillé; mais toi, Marat, par quel chemin plus difficile tu parcourus la carrière de l'homme libre! Que d'épines entravèrent ta route avant que d'atteindre le but. C'était au milieu des tyrans que tu nous parlais de liberté; peu faits encore au nom sacré de cette déesse, tu l'adorais avant que nous la connussions; les poignards de Machiavel s'agitaient en tout sens sur ta tête sans que ton front auguste en parût altéré; Scévole et Brutus menaçaient chacun leurs tyrans: ton âme, bien plus grande, voulut immoler à la fois tous ceux qui surchargeaient la terre, et des esclaves t'accusaient d'aimer le sang! Grand homme, c'était le leur que tu voulais répandre; tu ne te montrais prodigue de celui-là que pour épargner celui du peuple; avec autant d'ennemis, comment ne devais-tu pas succomber? Tu désignais les traîtres, la trahison devait te frapper.
Sexe timide et doux, comment se peut-il que vos mains délicates ayent saisi le poignard que la sédiction aiguisait?... Ah! votre empressement à venir jeter des fleurs sur le tombeau de ce véritable ami du peuple, nous fait oublier que le crime put trouver un bras parmi vous. Le barbare assassin de Marat, semblable à ces êtres mixtes auxquels on ne peut assigner aucun sexe, vomi par les enfers pour le désespoir de tous deux, n'appartient directement à aucun. Il faut qu'un voile funèbre enveloppe à jamais sa mémoire; qu'on cesse surtout de nous présenter, comme on ose le faire, son effigie sous l'emblème enchanteur de la beauté. Artistes trop crédules, brisez, renversez, défigurez les traits de ce monstre, ou ne l'offrez à nos yeux indignés qu'au milieu des furies du Tartare!
Ames douces et sensibles! Le Pelletier, que tes vertus viennent un instant adoucir les idées qu'ont aigries ces tableaux. Si tes heureux principes sur l'éducation nationale se suivent un jour, les crimes dont nous nous plaignons ne flétriront plus notre histoire. Ami de l'enfance et des hommes, quej'aime à te suivre dans les moments où ta vie politique se consacre tout entière au personnage sublime de représentant du peuple; tes premières opinions tendirent à nous assurer cette liberté précieuse de la presse sans laquelle il n'est plus de liberté sur la terre; méprisant le faux éclat du rang où des préjugés absurdes et chimériques te plaçaient alors, tu crus, tu publias que s'il pouvait exister des différences entre les hommes, ce n'était qu'aux vertus, qu'aux talents qu'il appartenait de les établir.
Sévère ennemi des tyrans, tu votas courageusement la mort de celui qui avait osé comploter celle de tout un peuple; un fanatique te frappa, et son glaive homicide déchira tous nos cœurs; ses remords nous vengèrent, il devint lui-même son bourreau: ce n'était point assez... Scélérat! que ne pouvons-nous immoler tes mânes. Ah! ton arrêt est dans le cœur de tous les Français. Citoyens, s'il était des hommes parmi vous qui ne fussent pas encore assez pénétrés des sentiments que le patriotisme doit à de tels amis de la liberté, qu'ils tournent un moment leurs regards sur les derniers mots de Le Pelletier,et remplis à la fois d'amour et de vénération, ils éprouveront plus que jamais la haine due à la mémoire du parricide qui put trancher une si belle vie.
Unique déesse des Français, sainte et divine liberté, permets qu'aux pieds de tels autels nous répandions encore quelques larmes sur la perte de tes deux plus fidèles amis; laisse-nous enlacer des cyprès aux guirlandes de chêne dont nous t'environnons. Ces larmes amères purifient ton encens, et ne l'éteignent pas; elles sont un hommage de plus à tous ceux que nos cœurs te présentent... Ah! cessons d'en répandre, citoyens; ils respirent, ces hommes célèbres que nous pleurons; notre patriotisme les revivifie; je les aperçois au milieu de nous... Je les vois sourire au culte que notre civisme leur rend. Je les entends nous annoncer l'aurore de ces jours sereins et tranquilles où Paris, plus superbe que ne fut jamais l'ancienne Rome, deviendra l'asile des talents, l'effroi des despotes, le temple des arts, la patrie de tous les hommes libres. D'un bout de la terre à l'autre, toutes les nations envieront l'honneur d'être alliées au peuple français. Remplaçant le frivole mérite de n'offrir aux étrangers que nos costumes et nos modes, ce seront des lois, des exemples, des vertus et des hommes que nous donnerons à la terre étonnée, et si jamais les mondes bouleversés, cédant aux lois impérieuses qui les meuvent, venaient à s'écrouler... à se confondre, la déesse immortelle que nous encensons, jalouse de montrer aux races futures le globe habité par le peuple qui l'aurait le mieux servie, n'indiquerait que la France aux hommes nouveaux qu'aurait recréés la nature.
Sade,rédacteur.
L'assemblée générale de la Section des Piques, applaudissant aux principes et à l'énergie de ce discours, en arrête l'impression, l'envoie à la Convention nationale, à tous les départements, aux armées, aux autorités constituées de Paris, aux quarante-sept autres sections et aux sociétés populaires.
Arrêté en assemblée générale, ce 29 septembre 1793, l'aniide la République française, une et indivisible.
Vincent,président.Gérard,Mangin,Paris,secrétaires.
FIN.