Chapter 8

«La femme a deux dénominations. Que l’homme soit jeune ou vieux, qu’il soit célibataire ou marié on lui donne ce même et unique titre: «Monsieur». Tandis que devant toute femme, une énigme se dresse, l’appellera-t-on «Madame», l’appellera-t-on «Mademoiselle».«Mademoiselle» servait autrefois de dénomination à toute femme mariée non titrée.Aujourd’hui «Mademoiselle» est le titre donné aux filles non mariées.«Madame», ancien titre des femmes deschevaliers, s’emploie actuellement en même temps que pour désigner les femmes mariées, les filles de rois.

«La femme a deux dénominations. Que l’homme soit jeune ou vieux, qu’il soit célibataire ou marié on lui donne ce même et unique titre: «Monsieur». Tandis que devant toute femme, une énigme se dresse, l’appellera-t-on «Madame», l’appellera-t-on «Mademoiselle».

«Mademoiselle» servait autrefois de dénomination à toute femme mariée non titrée.

Aujourd’hui «Mademoiselle» est le titre donné aux filles non mariées.

«Madame», ancien titre des femmes deschevaliers, s’emploie actuellement en même temps que pour désigner les femmes mariées, les filles de rois.

Comment savoir si une femme est ou «Madame» ou «Mademoiselle». Le porte-t-elle écrit sur son front? A-t-elle son signe particulier pour le faire reconnaître?—Non.

L’âge lui-même n’est pas un indice, attendu qu’il y a des femmes mariées qui ont quinze ans et des femmes non mariées qui ont soixante ans. Comment deviner alors la dénomination à donner aux femmes? N’est-on pas souvent porté à appeler «Madame» celle qui est «Mademoiselle» et «Mademoiselle» celle qui est «Madame»? Elle montrait les erreurs que l’on pouvait commettre par inadvertance, qui sont parfois préjudiciables aux femmes.

Il fallait donc adopter une seule dénomination; elle engageait ses auditrices à qualifier uniformément les femmes du titre de «Madame».

Au moment où Hubertine Auclert se disposait à publierLes Femmes au gouvernail,la cause des femmes semblait entrer dans une phase de réalisation, qu’annonçait déjà la manifestation duJournal, organisant un vote féminin dans ses bureaux, à l’occasion des élections législatives de 1914, qu’elle avait approuvée, quoique ne la tenant pas pour décisive. Elle l’explique dans sa réponse auJournalqui lui avait demandé son opinion:

«LeJournalsi bien renseigné, si bien documenté sur tout, a certainement vu dans mon livreLe vote des Femmes, et dans mon journalLa Citoyenne, qui parut de 1881 à 1891, que je revendique depuis plus de 40 ans les droits politiques pour les françaises. C’est vous dire si je suis heureuse qu’un important organe parisien stimule mes efforts en accordant sa grande publicité à la propagande en faveur de l’affranchissement politique des femmes. Mais la manifestation qu’il organise, qui excite au plus haut point ma reconnaissance, ne sera pas une expérience décisive permettant de savoir si les femmes veulent voter; attendu, qu’il y aura peu de Françaises qui participeront à cette manifestation. De même que parmi les nombreuses femmes quidésirent coopérer au gouvernement de leur pays, il n’y a qu’un nombre infime qui le demande, il n’y aura parmi les nombreuses femmes qui veulent voter qu’un nombre restreint de femmes, qui enverront leur bulletin au journal.»

«LeJournalsi bien renseigné, si bien documenté sur tout, a certainement vu dans mon livreLe vote des Femmes, et dans mon journalLa Citoyenne, qui parut de 1881 à 1891, que je revendique depuis plus de 40 ans les droits politiques pour les françaises. C’est vous dire si je suis heureuse qu’un important organe parisien stimule mes efforts en accordant sa grande publicité à la propagande en faveur de l’affranchissement politique des femmes. Mais la manifestation qu’il organise, qui excite au plus haut point ma reconnaissance, ne sera pas une expérience décisive permettant de savoir si les femmes veulent voter; attendu, qu’il y aura peu de Françaises qui participeront à cette manifestation. De même que parmi les nombreuses femmes quidésirent coopérer au gouvernement de leur pays, il n’y a qu’un nombre infime qui le demande, il n’y aura parmi les nombreuses femmes qui veulent voter qu’un nombre restreint de femmes, qui enverront leur bulletin au journal.»

Elle disait vrai, puisque pour ce vote fictif 572.000 bulletins seulement parvinrent au journal.

En mars 1914, la maladie est venue lui ôter toute espérance de voir le succès duFéminismepour lequel aucune peine, tant morale que physique, ne lui avait coûté. Elle s’en plaignait doucement.

La douleur de ceux qui l’on aimée est profonde, en pensant qu’elle n’a pas vu non plus, la révélation que les femmes ont faite de leurs aptitudes, et dont elle avait pressenti le rôle pendant la guerre qui nous menaçait, et qu’avec son esprit sagace elle voyait venir sûrement en lisant les apprêts formidables de l’Allemagne, qui ne trouvaient d’écho chez nous que par des appels au pacifisme!

Ce n’étaient pas seulement les armementstoujours plus intensifs de notre ennemie ni son emprunt de guerre qui lui faisaient voir la guerre imminente. Déjà en 1887 elle avait prévu la guerre et son caractère d’extermination. Dans un article de laCitoyennede mai 1887 elle écrivait:

«M. de Bismarck, las de nous voir mépriser ses provocations, a brutalement fait arrêter, ligoter et emprisonner à Metz un fonctionnaire français, M. Schnœbélé, commissaire spécial à la gare de Pagny-sur-Moselle. Cette scandaleuse violation du droit international a à un tel point indigné l’Europe, que le chancelier de fer a été devant l’unanime réprobation, forcé de crever son ballon d’essai.«Mais il n’y a pas à s’y méprendre, ces escarmouches Bismarckiennes annoncent la guerre. D’ici peu, nous serons forcément obligés de défendre nos personnes et notre territoire.«Avec les terribles engins destructeurs existants et les forces imposantes des deux côtés, la guerre qui se prépare ne peut être qu’une guerre d’extermination d’où le vaincu sortira, non pas blessé, mais mort. Sous peinede perdre notre nom de Français, il faut que nous vainquions et nous vaincrons si les femmes suivent les hommes à la frontière.«En cas de guerre, non seulement les hommes doivent partir, mais toutes les femmes sans enfants doivent partir aussi. On se souvient des services que les femmes ont rendu en 1870. Quelques-unes ont traversé jusqu’à dix fois les lignes prussiennes pour porter des dépêches. Dans les forteresses, sur les champs de bataille, dans les ambulances, elles seront avantageusement employées. Elles pourront remplacer dans beaucoup de fonctions les hommes capables de combattre et ainsi empêcher de distraire nombre de soldats combattants.«Ce pays qui doit à une femme, Jeanne d’Arc, d’avoir une existence propre doit aux heures désespérées considérer comme une sauvegarde la présence des femmes dans l’armée.«Si en temps de paix nous réclamons l’égalité avec l’homme devant la loi et devant ledroit, en temps de guerre, nous voulons l’égalité avec l’homme devant la défense du territoire. Si par malheur la France est un jour envahie, toute femme valide et sans enfants aura ce jour-là, autant que l’homme, devoir envers la Patrie. Elles s’occuperont des approvisionnements, elles donneront des secours immédiats aux blessés; enfin elles prépareront à nos braves soldats la soupe et le café.«Dans le corps de fonctionnaires militaires chargés de l’administration et de la comptabilité de la guerre on pourrait, au grand bénéfice de nos effectifs, substituer les femmes aux hommes.«Il faut que les sauvages Allemands qui veulent nous faire la guerre sachent bien que derrière les hommes de France, ils trouveront à la frontière les femmes prêtes à combattre, prêtes à mourir pour garder à la patrie française sa gloire et son intégralité.»

«M. de Bismarck, las de nous voir mépriser ses provocations, a brutalement fait arrêter, ligoter et emprisonner à Metz un fonctionnaire français, M. Schnœbélé, commissaire spécial à la gare de Pagny-sur-Moselle. Cette scandaleuse violation du droit international a à un tel point indigné l’Europe, que le chancelier de fer a été devant l’unanime réprobation, forcé de crever son ballon d’essai.

«Mais il n’y a pas à s’y méprendre, ces escarmouches Bismarckiennes annoncent la guerre. D’ici peu, nous serons forcément obligés de défendre nos personnes et notre territoire.

«Avec les terribles engins destructeurs existants et les forces imposantes des deux côtés, la guerre qui se prépare ne peut être qu’une guerre d’extermination d’où le vaincu sortira, non pas blessé, mais mort. Sous peinede perdre notre nom de Français, il faut que nous vainquions et nous vaincrons si les femmes suivent les hommes à la frontière.

«En cas de guerre, non seulement les hommes doivent partir, mais toutes les femmes sans enfants doivent partir aussi. On se souvient des services que les femmes ont rendu en 1870. Quelques-unes ont traversé jusqu’à dix fois les lignes prussiennes pour porter des dépêches. Dans les forteresses, sur les champs de bataille, dans les ambulances, elles seront avantageusement employées. Elles pourront remplacer dans beaucoup de fonctions les hommes capables de combattre et ainsi empêcher de distraire nombre de soldats combattants.

«Ce pays qui doit à une femme, Jeanne d’Arc, d’avoir une existence propre doit aux heures désespérées considérer comme une sauvegarde la présence des femmes dans l’armée.

«Si en temps de paix nous réclamons l’égalité avec l’homme devant la loi et devant ledroit, en temps de guerre, nous voulons l’égalité avec l’homme devant la défense du territoire. Si par malheur la France est un jour envahie, toute femme valide et sans enfants aura ce jour-là, autant que l’homme, devoir envers la Patrie. Elles s’occuperont des approvisionnements, elles donneront des secours immédiats aux blessés; enfin elles prépareront à nos braves soldats la soupe et le café.

«Dans le corps de fonctionnaires militaires chargés de l’administration et de la comptabilité de la guerre on pourrait, au grand bénéfice de nos effectifs, substituer les femmes aux hommes.

«Il faut que les sauvages Allemands qui veulent nous faire la guerre sachent bien que derrière les hommes de France, ils trouveront à la frontière les femmes prêtes à combattre, prêtes à mourir pour garder à la patrie française sa gloire et son intégralité.»

Son intuition lui avait tout révélé: la guerre d’extermination, notre obligation de vaincre; les femmes employées par milliers au ministère de la guerre pour remplacer des combattants;dans les usines, où elles firent merveille; dans les bureaux; dans les transports, partout, elles donnèrent satisfaction. De même les infirmières qui ont eu un rôle admirable dans les ambulances, et les femmes des pays envahis qui ont supporté si courageusement l’occupation de leur pays par les barbares modernes qui ne leur ont épargné aucune privation, ni aucune injure.

Le 8 avril 1914 elle mourut. Les féministes l’accompagnèrent à sa dernière demeure au Père-Lachaise. Les oratrices rappelèrent sur sa tombe ses luttes pour arriver à implanter dans l’esprit de ses contemporains l’idée que la femme avait les mêmes droits que l’homme à faire les lois de son pays et à le gouverner.

Alfred Capus a évoqué son souvenir dans leFigarodu 13 avril 1914:

«La question du suffrage des Femmes fut posée pour la première fois avec un certain tapage, par MmeHubertine Auclert-Lévrier dont la mort vient d’évoquer cette lointaine époque. Une jeune personne avec de grands yeux noirs, le teint chaud, de beaux traits un peu durs et, en toute sa physionomie, unesorte d’énergie timide. Tel est le souvenir que je retrouve de celle qui s’appelait alors Hubertine Auclert. Elle avait tout ce qu’il faut pour voter, mais elle ne manquait point cependant de finesse dans son exubérance ni de tact; et quoique atteinte de bonne heure de féminisme intégral, elle ne cherchait pas le scandale et passait pour avoir des mœurs pures».

«La question du suffrage des Femmes fut posée pour la première fois avec un certain tapage, par MmeHubertine Auclert-Lévrier dont la mort vient d’évoquer cette lointaine époque. Une jeune personne avec de grands yeux noirs, le teint chaud, de beaux traits un peu durs et, en toute sa physionomie, unesorte d’énergie timide. Tel est le souvenir que je retrouve de celle qui s’appelait alors Hubertine Auclert. Elle avait tout ce qu’il faut pour voter, mais elle ne manquait point cependant de finesse dans son exubérance ni de tact; et quoique atteinte de bonne heure de féminisme intégral, elle ne cherchait pas le scandale et passait pour avoir des mœurs pures».


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